(a-sé)
Suffixe employé surtout pour désigner des catégories de plantes ou d'animaux ; les liliacées, les crustacés.Aceus, suffixe latin indiquant le rapport et la ressemblance.
suffixe
Suffixe tiré du participe passé féminin espagnol ada ou italien ata, correspondant au participe passif du latin en atus, et exprimant une action qui s'est faite, comme dans oeillade, canonnade, etc.
suffixe
Suffixe indiquant d'abord la disposition à : voler, volage ; puis, de là, l'emploi, l'action de : affiner, affinage ; ombre, ombrage ; assembler, assemblage.Le suffixe latin aticus ; provenç. atge ; ital. aggio ; composé lui-même de at, qui est le suffixe du participe passif, et de icus ; ainsi umbra, ombre, umbratus, qui est ombragé, umbraticus, qui a beaucoup d'ombre.
Finale des lieux plantés d'arbres saussaie, cerisaie, oseraie, châtaigneraie, etc. ; elle représente la finale latine etum.
Suffixe qui, quand il est véritablement suffixe et ne fait pas partie intégrante du mot, répond au suffixe latin aculum, et exprime quelque chose d'instrumental : gouvern-ail : gubern-aculum.
Suffixe qui indique la pluralité et a un sens collectif comme dans canaille ; il répond à alia, ilia, pluriel neutre de noms latins : aum-aille, de animalia ; ou-aille, de ov-ilia. Au contraire, il n'est pas suffixe et fait partie intégrante du thème du mot dans paille, de palea, maille, de macula, et autres semblables.
Suffixe qui représente les suffixes latins anus et aneus.
(al-jie)
Finale de différents substantifs tirés du grec, laquelle signifie douleur.Du grec, douleur.
(al-gi-k')
Finale de différents adjectifs tirés du grec, laquelle signifie causant de la douleur.Voy. ALGIE.
Désinence des participes présents et des adjectifs issus de ces participes. Elle provient de la désinence latine ans, antis, qui est celle des participes présents actifs. Dans la prononciation le t se lie : charmant et léger, dites char-man-t et léger ; au pluriel l's se lie : charmants et légers, dites charman-z et légers.
Finale dérivant de la finale latine atio, qui, provenant du supin atum, indique l'action du verbe dont il s'agit, ainsi : préparation, action de préparer. La finale latine atio se rendait, dans l'ancien français, par aison ou oison : oraison, raison, saison.
suffixe
Suffixe diminutif, qui, d'après Chevallet, Origines de la langue franç. t. II, p. 393, serait la représentation du participe passif atus : pauperatus, pauvret ; mais ces participes ont partout ailleurs une autre forme et un autre sens.
suffixe
Finale des noms d'agents formés avec le radical des verbes. C'est le suffixe latin tor, en sanscrit tar, tri, qui marque l'action transitive. Le t de ce suffixe est tombé dans l'ancien français, qui avait deux terminaisons pour cette finale, au cas sujet et au cas régime, suivant la déclinaison imparisyllabique latine, où l'accent tonique se déplace. Ainsi imperator faisait emperere, et imperatorem faisait empereor. Le féminin français en euse paraît s'être formé par analogie de la forme dialectique en eux que subit la finale eur (voy. EUX 2).
Suffixe répondant au suffixe latin ficare, et dérivé de facere, faire : falsifier, gratifier, pétrifier, etc.
Éléments tirés du grec, écrire, décrire, et qui signifient : qui écrit, qui décrit, et description, écriture, comme par exemple dans : géographe, géographie, télégraphe, télégraphie.
(jè-n')suffixe
Élément de composition qui, employé dans le langage scientifique, signifie engendrant : hydrogène, engendrant l'eau ; mais qui est mal employé et provient d'une erreur, puisqu'en grec le suffixe signifie, au contraire, qui est engendré.
Finale qui est le latin issimus, et qui indique le superlatif. Mascarille est un fourbe et fourbe fourbissime, MOL.l'Ét. II, 5
Finale féminine ( d'origine grecque) qui, dans le langage médical, désigne les maladies de nature inflammatoire, par exemple : bronchite, inflammation des bronches..... Finale masculine ( d'origine grecque) qui est employé en minéralogie dans la définition des roches et des fossiles.Finale masculine employée en chimie pour exprimer les sels dont l'acide est terminé en eux.
suffixe
Élément de composition qui signifie pierre, et qui forme partout des mots masculins, excepté dans chrysolithe, hippolithe, hystérolithe et quelques autres, exceptions sans bonne raison (voyez LITHO).
suffixe
Élément de composition qui représente le mot grec, signifiant doctrine, théorie, qui lui-même vient, en grec, de discours, traité (voy. LOGOS).
Snonyme de -LOGUE.
Élément de composition qui répond à LOGIE, de telle sorte qu'il se dit des personnes qui pratiquent la science dont le nom correspondant est en logie, par ex. : ornithologie et ornithologue.
suffixe
Suffixe qui signifie aigrette, houppe, et qui vient du grec.
Suffixe qui donne à un adjectif la signification adverbiale, et qui est le latin mens, mentem, esprit, auquel les peuples romans ont attribué le sens de façon, manière. Ce suffixe est commun à toutes les langues romanes : provenç. men ou ment ; espagn. et ital. mente. Comme mens est du féminin, l'adjectif combiné avec lui pour faire l'adverbe a été mis au féminin : saintement, bonnement. L'ancienne langue écrivait et prononçait vraiement, hardiement, regléement, continuement ; ces e qu'elle ne prononce plus, la langue moderne les a supprimés, sauf dans les adverbes en ument, où l'orthographe varie, et tantôt supprime l'e muet, tantôt le remplace par un accent circonflexe. Dans l'ancienne langue, les adjectifs qui provenaient d'adjectifs latins à une seule terminaison pour le masculin et le féminin n'en avaient non plus qu'une seule pour les deux genres en français ; aussi disait-on loyalment, griement (pour griefment), etc. La langue moderne, oubliant l'origine latine et marquant par un e le féminin dans ces adjectifs, a dès lors avec raison dit loyalement, fortement, etc. Mais elle n'a pu être conséquente jusqu'au bout dans sa transformation des anciens adverbes ; les adjectifs en ens et en ans n'avaient, en raison de la latinité, qu'une même terminaison pour le masculin et le féminin, et leur adverbe prenait enment : prudenment. Naturellement ces adjectifs prirent l'e au féminin, quand l'assimilation eut tout gagné ; l'adverbe devait donc être reformé, et, en effet, le XVIe siècle le reforma, et il dit prudentement, etc. Mais cette forme, qui était devenue rationnelle, ne passa pas au delà du XVIe siècle ; la forme archaïque reprit faveur, et, par une inconséquence, on garda, dans prudemment et adverbes semblables, la trace d'une règle syntaxique qui n'existait plus (voy. MENTAL).-MENT, suffixe nominal qui a le sens d'acte ou d'action : testa-ment, testa-mentum, docu-ment, docu-mentum, etc. ; mentum, c'est-à-dire men-tum, est une double forme participiale : men, sanscrit manas, qui est la forme moyenne, et tum, sanscr. ta, qui est la forme passive. Les mots comme tegumen, tegumentum, mettent en évidence cette composition.
-OIR, finale masculine, qui répond au latin orium, et -OIRE, finale féminine, qui répond au latin -oria, toutes deux dérivant de la finale masculine or qui indique un agent, par exemple : victoria, victoire, de victor, vainqueur.
suffixe
Suffixe qui répond au suffixe latin ensis, indiquant en général la dépendance d'un lieu, le rapport avec un lieu. D'après Corssen, Beitr. 470, il vient des noms de lieux en ento (ou eto, avec chute de la nasale : quercetum) ; ento est pour vento, sansc. vanta, fourni, pourvu de : Laurentum, lieu pourvu de lauriers ; de ento vient ent-io, hortentius, hortensius, hortensis. Ensis s'affaiblit en esis par chute de nasale ; dès l'antiquité on trouve dans les inscriptions campanesis, narbonesis, etc. d'où l'italien ese ; cette finale, qui chez nous porte l'accent, se renforce en ois.
suffixe
Finale (d'origine grecque) qui exprime l'action. En médecine, cette finale s'applique aux maladies chroniques.
(fa-j')
Suffixe qui signifie manger et qui vient d'un mot grec qui répond au sanscrit bhaj, obtenir une portion, d'où bhaksh, manger.
Désinence minorative ou affaiblissante, comme dans blanchâtre, verdâtre, etc., et qui est la désinence latine aster.
(a)3e pers. sing. ind. prés. du verbe AVOIR.
Voy. AVOIR.
(â)s. m.
Voyelle et première lettre de l'alphabet. Un grand A. Un petit A. Deux A. Des A mal formés, sans s au pluriel. Il y a une géométrie matérielle qui se contente de lignes, de points, d'A + B, CHATEAUB.Gén. du Chr. III, II, 1 Une panse d'a, la première partie d'un petit a dans l'écriture cursive. N'avoir pas fait une panse d'a, c'est-à-dire n'avoir rien écrit, rien copié, rien composé. Si je voulais recevoir tous les ans vos quatre mille livres, sans faire jamais une panse d'a, vous seriez l'homme le plus propre à vous laisser faire, VOIT.Lett. CLXXXIV Ne savoir ni A ni B, ne pas savoir lire, être très ignorant (voy. A B C).Il est marqué à l'A se dit d'un homme de bien, d'honneur et de mérite ; et ce proverbe est emprunté des monnaies qu'on marquait aux villes de France par ordre alphabétique, selon leur primauté : la monnaie de Paris, réputée du meilleur aloi, était marquée de l'A.A, dans la musique moderne et notamment dans la musique allemande, le sixième degré de la gamme diatonique et naturelle, ou la dixième corde de la gamme diatonico-chromatique, appelé dans l'ancien solfège a la mi ré, a mi la, ou la. A majuscule, écrit sur une partition, indique l'alto.XIIIe s.Oiez que tesmoigne li A ; A veut tous tems qu'on la bouche oevre ; Tuit [tout] prelat beent à ceste oevre. Icil qui l'A B C para, Fist le commencement par A, Senefiance de l'A B C, JUBINALII, 276A latin, lequel vient du grec, lequel a été apporté par les Phéniciens sous le nom d'alpha (voy. ce mot).
(a-mi-la)
Terme de musique. Il servait à désigner la note la, et surtout le ton de la. Cet air est fait en a-mi-la.Il n'est plus usité.
(a-bo-ké-ta-bak, et non, comme quelques personnes, a-bo-ké-a-bak)loc. adv. et famil.
Confusément, sans raison. Il parle ab hoc et ab hâc.XVIe s. Il en prend ab hoc et ab hac [se dit d'un homme peu scrupuleux quant à l'argent]., ABEST.Précell. p. 77Locution latine signifiant de celui-ci et de celle-là, de ab et de hoc et hac (voy. HOC). L'Académie met sur hac un accent circonflexe que rien ne légitime, sinon la coutume de nos rudiments de grammaire latine.AB HOC ET AB HÂC. - ÉTYM. Ajoutez : Cette locution vient peut-être d'une chanson traditionnelle que chantent les étudiants allemands : Quando conveniunt Catharina, Sibylla, Camilla, Sermones faciunt Vel ab hoc, vel ab hac, vel ab illa.
(a-bin-tes-ta)loc. adv.
Terme de jurisprudence. A la suite d'une mort sans testament. Héritier ab intestat, succession ab intestat. Dix têtes viennent ab intestat partager sa succession, LA BRUY.11Les lois restreignirent le nombre de ceux qui pouvaient succéder ab intestat, MONTESQ.Espr. XXVIIAb intestato, de ab, de, et intestatus, intestat (voy. ce mot).
(a-bi-ra-to)loc. adv.
Sous l'influence de la colère. Lettre écrite ab irato. Testament fait ab irato.Ab, par, et iratus, en colère, de ira, colère, ire (voy. IRE).
(a-bô-vo)loc. adv.
Dès le commencement. Prendre un récit ab ovo.Mots latins : Ab, dès, et ovo, oeuf (voy. OEUF), dès l'oeuf.
(a-ba-ka)s. m.
Espèce de bananier (musa textilis), dont la matière textile consiste dans les filaments très tenaces des pétioles.Le phormium tenax donne un filament solide et rude ; l'abaca, ou chanvre de Manille, fournit une très belle matière blanche, soyeuse et brillante ; le filament de jute est difficile à travailler...., Tarif des douanes, en 1869, p. 141Le bananier de notre colonie [l'Algérie] égalerait certainement le beau produit nommé abaca ou chanvre de Manille, Journ. offic. 18 mai 1856, p. 3391, 3e col.
(a-bè-san, san-t')adj.
Qui abaisse. Cela serait abaissant. Conduite abaissante. Langage abaissant.
(a-bê-s')s. f.
D'après le Dictionnaire de l'Académie, pâte qui fait la croûte de dessous dans plusieurs pièces de pâtisserie. Mais cette explication est inexacte. L'abaisse est un morceau de pâte qui a été abaissé, c'est-à-dire dont on a diminué la hauteur en le passant sous le rouleau, jusqu'à ce qu'il soit devenu mince. Une abaisse est une pièce de pâte mince que l'on emploie de diverses manières.Abaisser.
(a-bê-se-man)s. m.
Action d'abaisser ou de s'abaisser ; état de ce qui est abaissé. Abaissement d'une soupape, des paupières.Fig. Abaissement de la voix, qui indique trois choses : le passage de la voix haute à la voix basse ; le passage des syllabes accentuées aux syllabes qui ne le sont pas ; le passage de la voix aiguë à la voix grave, dans la musique.Diminution. Abaissement du prix des denrées. Au moral, abaissement de courage. L'abaissement des caractères.Action de faire déchoir, état de déchéance, humiliation volontaire ou forcée. Après l'abaissement des Carthaginois, Rome fut sans rivale. Abaissement de fortune. Se tenir dans l'abaissement devant Dieu. On tomba dans un tel abaissement.... Cette famille est réduite à vivre dans l'abaissement. Son grand dessein a été d'affermir l'autorité du prince et la sûreté des peuples par l'abaissement des grands, LA BRUY.10Et la mort ou l'exil ou les abaissements Seront pour vous et moi ses vrais remercîments, CORN.Othon, II, 4Un peu d'abaissement suffit pour une reine, CORN.Nic. V, 7Un si doux ennemi par ses abaissements N'a-t-il pas étouffé tous vos ressentiments ?, ROTROUBél. IV, 6Ce triste abaissement convient à ma fortune, RAC.Iph. III, 5Vous avez vu ma honte et mon abaissement, VOLT.Brut. IV, 1Un homme religieux et désintéressé dans ses abaissements volontaires, BOURD.Pensées, t. II, p. 178La mesure de nos abaissements en ce monde sera la mesure de notre gloire dans l'autre, BOURD.ib. t. II, p. 166Le dieu que nous adorons n'a acception de personne, ni de celui qui est dans la grandeur, ni de celui qui est dans l'abaissement, BOURD.ib. t. III, p. 194Son humilité la sollicite à venir prendre part aux abaissements de la vie religieuse, BOSSUETLa Vallière, Profession.Terme d'art ou de science. En chirurgie, abaissement de la cataracte, opération par laquelle on fait descendre au-dessous du niveau de la pupille le cristallin devenu opaque. Abaissement de la matrice, lésion par laquelle la matrice descend plus bas qu'elle n'est dans l'état de santé.En algèbre, abaissement d'une équation, réduction d'une équation à un degré moindre.En blason, abaissement, addition dans un écu de quelque pièce qui en abaisse la valeur.Abaissement peut s'employer au pluriel. On ne dirait pas, il est dans les abaissements, au lieu de, il est dans l'abaissement. Mais, toutes les fois qu'il comporte une idée de pluralité, on peut s'en servir au pluriel. Corneille et Rotrou l'ont fait, et on en trouve aussi des exemples dans les auteurs en prose :Les abaissements que Marie avait soufferts sur la terre, MASS.Myst. assompt.BASSESSE, ABAISSEMENT. Défaut d'élévation par rapport à la condition et à l'âme. La bassesse est une manière d'être ; l'abaissement, un état qui résulte d'une action ; on est dans la bassesse ; on s'est mis ou on a été mis dans l'abaissement. A bassesse est attachée l'idée de permanence ; à abaissement l'idée de quelque chose d'accidentel. On dit la bassesse naturelle à l'homme, la bassesse de la naissance. On appelle abaissement, l'état auquel on descend volontairement ou malgré soi. De la sorte, bassesse peut se prendre pour abaissement, mais non abaissement pour bassesse ; on dira tomber dans la bassesse, mais on ne dira pas l'abaissement de la naissance ; tout ce qui est permanent, naturel, reçoit bassesse et non abaissement. Bassesse est absolu, et abaissement relatif. L'un se prend toujours en mauvaise part ; on est dans la bassesse soit par le vice, soit par une condition à laquelle aucune considération n'est attachée. L'autre est relatif ; il se prend en mauvaise part ou en bonne, suivant que l'abaissement est le résultat de fautes ou d'une infériorité, ou suivant qu'il est volontaire et un acte d'humilité. On censure la bassesse des flatteurs ; mais si on blâme l'abaissement des caractères, on loue les abaissements de la vie religieuse, et le chrétien s'efforce de chérir, à l'exemple de J. C. et de ses disciples, l'abaissement et les souffrances, LAFAYE., L'abaissement du style sera une qualité si, ayant pris un ton trop haut, on se remet au ton véritable ; un défaut, si le ton est au-dessous du sujet. Mais la bassesse du style est toujours condamnable.XIIe s. [Il] refusé a lor povreté, Si qu'il n'en a de rien gusté [des mets offerts] ; Abaissement li fust e laiz [ce lui eût été abaissement et honte], BENOITII, 10937Abaisser ; provenç. abaisamen ; anc. catal. abaxament ; espagn. abaxiamento ; ital. abbassamento.
(a-bè-sé ; quelques-uns disent a-bé-sé. Ai prend le son è ou ê, quand la syllabe qui suit est muette : il a-bè-se-ra ou a-bê-se-ra)v. a.
Rendre moins haut, faire descendre. Abaisser un terrain. Il faut abaisser ce mur d'un mètre. Abaisser la paupière. Abaisser un store. Abaissez vos regards sur lui. Ayant un corps qui vous aggrave et vous abaisse vers la terre, PASC.édit. Cousin.Abaissons la [l'âme] à la matière, PASC.ib.Jamais étoile, lune, aurore, ni soleil, Ne virent abaisser sa paupière [du dragon] au sommeil, CORN.Méd. II, 2Disposez de sa main, et pour première loi, Madame, ordonnez-lui d'abaisser l'oeil sur moi, CORN.Tite et Bér. IV, 3Fig. Rendre moins élevé, faire décroître, diminuer. Abaisser la voix. Abaisser le prix des denrées. La découverte des gisements de la Californie a abaissé la valeur de l'or. Car enfin n'attends pas que j'abaisse ma haine, CORN.M. de Pomp. III, 5De moment en moment son âme plus humaine Abaisse sa colère et rabat de sa haine, CORN.Méd. III, 2Déprimer, humilier, ravaler. Abaisser le pouvoir de quelqu'un. Abaisser l'orgueil. Abaisser la majesté des lois. Abaisser la vertu. Pour abaisser notre orgueil et relever notre abjection, PASC.édit. Cousin.Aujourd'hui devant vous abaissant sa hauteur, VOLT.Brut. I, 1Une esclave chrétienne et que j'ai pu laisser Dans les plus vils emplois languir sans l'abaisser, VOLT.Zaïre, IV, 5Ils abaissent les Grecs, ils triomphent du Maure, VOLT.Tancr. II, 1Pensez-vous abaisser les rois dans leurs ministres ?, VOLT.Brut. V, 2Plutôt que jusque-là j'abaisse mon orgueil...., VOLT.Zaïre, I, 2Mais nous aurons bientôt abaissé son audace, DUCISOth. I, 2Je mourrai satisfaite après cet orgueilleux, Sous qui César m'abaisse à force de l'accroître, ROTROUBél. II, 17Mais, croyez-moi, l'amour est une autre science, Burrhus, et je ferais quelque difficulté D'abaisser jusque-là votre sévérité, RAC.Brit. III, 1Abaisser pris absolument. Que s'il plaît au Seigneur, qui selon les conseils de sa sagesse élève et abaisse..., BOURDAL.Pensées, t. II, p. 212En termes de chirurgie, abaisser la cataracte, faire descendre, à l'aide d'une aiguille introduite dans la chambre postérieure de l'oeil, le cristallin au-dessous du niveau de la pupille.En termes d'algèbre, abaisser une équation, en diminuer le degré.En termes de géométrie, abaisser une perpendiculaire sur une droite, mener d'un point pris hors d'une ligne une perpendiculaire à cette ligne.En termes de pâtisserie, abaisser la pâte, l'étendre avec le rouleau et la rendre aussi mince qu'on veut.En termes d'horticulture, abaisser une branche d'arbre, la raccourcir.10°En termes de fauconnerie, abaisser l'oiseau, diminuer la nourriture habituelle de l'oiseau, afin de le rendre plus léger au vol et plus avide à la proie.S'ABAISSER, v. réfl.11°Devenir plus bas. Ces nuages s'abaissent vers la terre. Le terrain va en s'abaissant. Là où les collines commencent à s'abaisser. Le soleil s'abaisse. Sur le chaume de ces demeures Déjà le soir s'est abaissé, MILLEV.Élég. IEt vous, sous sa majesté sainte, Cieux, abaissez-vous, RAC.Esth. III, 912°Fig. S'abaisser, devenir plus bas, se proportionner à, condescendre. La voix s'abaisse. S'abaisser à la portée de ses élèves. Chercher la popularité en s'abaissant. Il s'abaissait jusqu'à converser avec une femme de Samarie, MASS.av. Disp.Faites bien concevoir à M. Despréaux combien vous êtes reconnaissant de la bonté qu'il a de s'abaisser à s'entretenir avec vous, RAC.Lettres à son fils.Et fait comme je suis, au siècle d'aujourd'hui, Qui voudra s'abaisser à me servir d'appui ?, BOILEAUSat. IPeut-elle s'abaisser jusqu'à souffrir ma vue ?, CORN.Perth. II, 413°S'humilier, en bonne et en mauvaise part, se courber, se dégrader. S'abaisser devant Dieu. S'abaisser sous la main divine qui châtie. S'abaisser aux prières. S'abaisser jusqu'à plaider sa cause. Je ne m'abaisserai pas au point de.... Votre fierté, Porus, ne se peut abaisser, RAC.Alex. V, 3Est-il juste après tout qu'un conquérant s'abaisse Sous la servile loi de tenir sa promesse ?, RAC.Andr. IV, 5Vous voulez que le roi s'abaisse et s'humilie...., RAC.Mithr. III, 1Vestibules profonds, parvis silencieux, Où viennent s'abaisser les coeurs religieux, LEMERC.Fréd. et Brun. I, 1De savoir si peu m'abaisser, céder dans les rencontres, supporter un mépris...., BOURD.Pensées, t. II, p. 405Je rougis que mon père, Pour l'intérêt d'un fils, s'abaisse à la prière, VOLT.Alz. I, 1Voudra - t- il qu'on s'abaisse à ces honteux moyens ?, VOLT.Zaïre, II, 1D'un coeur tel que le sien l'audace inébranlable Ne sait point s'abaisser à des déguisements, VOLT.Ad. II, 5Ne vous abaissez pas à soupirer pour elle, VOLT.Orphel. IV, 2S'il se vante, je l'abaisse ; s'il s'abaisse, je le vante.... Forcé à s'abaisser d'une ou d'autre manière.... Et s'il ne s'abaisse à cela, PASC.édit. Cousin.Qui nous retrace dans le souvenir comment il a quitté le sein de son père et il s'est abaissé jusqu'à nous, BOURD.Pensées, t. III, p. 300Est-il une démarche si humiliante où il ne s'abaisse, dès qu'il croit qu'elle peut le conduire à son terme ?, BOURD.ib. t. II, p. 1721° BAISSER, ABAISSER. Faire descendre, faire aller de haut en bas. Baisser est absolu et Abaisser est relatif. Baisser une chose, c'est la mettre plus bas qu'elle n'était ; abaisser, c'est la mettre plus bas qu'une autre ou du moins la faire descendre jusqu'à une autre qui était plus bas qu'elle. Au fond, abaisser, c'est baisser vers, LAFAYE., C'est là le fond de la différence entre baisser et abaisser. Toutes les fois qu'on voudra faire sentir cette idée de direction, on préférera abaisser à baisser. Ainsi le chevalier baissa la lance ou abaissa la lance ; on dira plutôt le premier pour indiquer que la lance est baissée sans aucune intention ; on dira plutôt le second pour indiquer que le chevalier la baisse vers un objet déterminé, la met en arrêt par exemple.2° ABAISSER, RABAISSER, RAVALER, HUMILIER, AVILIR. Tous ces mots ont le sens général de déprécier. Abaisser n'a rien de plus que le sens général. La malignité humaine abaisse la vertu. Rabaisser est plus fort ; on rabaisse ce qui est beaucoup trop élevé, l'arrogance, la présomption. L'envie, ne pouvant s'élever jusqu'au mérite, pour s'égaler à lui, tâche à le rabaisser. Ravaler exprime une idée analogue à rabaisser, mais avec plus de violence et d'emportement. Avilir attire la honte, imprime la flétrissure. Le grand homme peut être humilié, ravalé, mais non pas avili. De grands motifs nous engagent à nous humilier, à nous abaisser, aucun à nous avilir. L'homme modeste s'abaisse, on rabaisse la présomption, l'esprit de parti ravale les hommes éminents, le lâche s'avilit, le pénitent s'humilie, ROUBAUD.XIIe s. David guerria fierement les Philistins et moult les abaissa, Rois, 146Ses grant orguels [sera] abaissez, Ronc. p. 21Sainte iglise dreit lui abaissier [il] ne lerra, Ne à laie [laïque] justice les clers ne livrera, Th. le mart. 27Moult durement vers lui en ire [le roi] s'enflamba, Et très bien lui pramet [promet] que il l'abaissera, Et là où il le prist que il le remetra, ib. 28Il s'abaissa [se baissa], si a pris un cuillier ; Le portier [il] fiert parmi le hanepier [la nuque] ; Li sans en chiet dusqu'au talon derrier, Bat. d'Aleschans, 3886XIIIe s. Fu requis Jofrois qu'il alast à Andrenoble et qu'il meist conseil à ce que ceste guerre fust abaissie [finie], VILLEH.CXIX.Cis feus [ce feu] fu si grans et si oribles que nel pot nuls abaissier ne esteindre, VILLEH.XCIBien fust la crestienté essaucie [exhaussée] et non mie abaissie, VILLEH.XXXIVMais or ne pensez plus pour riens Que je m'amour donner vous doie [doive] ; Trop durement [je] m'abaisseroie, Blonde et Jehan, 884On ne doit pas penre [prendre] garde s'il [le prix] monte ou abaisse au marché, BEAUMANOIRXXXVII, 4De la fontaine m'appressai [m'approchai] ; Quand je fui près, si m'abaissai Pour veoir l'iaue qui couroit, la Rose, 1532XIVe s. Icelle femme desmenti plusieurs fois le suppliant en abaissant honneur de sa personne et de son office, DU CANGEabassare.XVe s. Certes, seigneurs, Jean Lyon se souffre maintenant et abaisse la teste bien bas, FROISS.II, II, 52Or entendez au soustenir [soutenez-le] ; Car je le voy bien qu'il s'abesse, la Pass. de N. S. J. CXVIe s. Le peintre eut charge d'abaisser de couleur l'endroit qui estoit par trop enluminé, D'AUB.Faen. IV, 11Ils ne se pressoient pas beaucoup de partir et attendoient la chaleur à s'abaisser [que la chaleur fût tombée], DES PÉRIERScontes, 39À et baisser ; provenç. abaissar ; espagn. abaxar ; ital. abbassare.
(a-bè-seur, ou, suivant la prononciation de quelques-uns, a-bé-seur)adj. masc. et s. m.
Terme d'anatomie. Nom donné à des muscles qui abaissent certaines parties du corps. Le muscle abaisseur de l'angle des lèvres. L'abaisseur de l'oeil.Terme de chirurgie. Abaisseur de la langue, instrument de forme variée destiné à abaisser et à maintenir la langue, quand on examine le fond de la bouche.
(a-bè-sé, sée)part. et adj.
S'emploie au propre et au figuré. Des regards abaissés. Une autorité abaissée. Tiens, insolente, tiens cette vue abaissée, ROTROUBél. I, 6Il faut, dit saint Augustin, parler d'une façon abaissée et familière pour instruire, FÉN.t. XXI, p. 167L'Inde esclave et timide et l'Égypte abaissée, VOLT.Mah. II, 5En reconnaissance de l'humiliation volontaire où il est réduit et où il se tient abaissé pour nous, BOURD.Pensées, t. III, p. 264Sion, jusques au ciel élevée autrefois, Jusqu'aux enfers maintenant abaissée, RAC.Esth. I, 2Cette fierté si haute est enfin abaissée, RAC.Alex. V, 3En termes de blason, abaissé se dit de toutes les pièces de l'écu qui se trouvent au-dessous de leur situation ordinaire : vol abaissé, chevron abaissé, pal abaissé, se disent de l'oiseau dont les ailes sont pliées ou dont le bout est tourné vers la pointe de l'écu, du chevron, du pal dont la pointe finit au coeur de l'écu.
(a-bê-sée)s. f.
Action de mettre, de tenir bas une chose. Dans la nature, une abaissée d'ailes [chez l'oiseau] correspond à une course quatre ou cinq fois plus longue que l'envergure, TATINAcad. des sc. Compt. rend. t. LXXXIII, p. 457
(a-bè)s. m.
Terme de pêche. Appât. Peu usité.XIIIe s. Car la vielle set trop d'abet (ruse), Renart, t. III, p. 312Norm. abet, appât pour le poisson ; abéter, mettre un appât ; provenç. abet, ruse ; angl. abet, instigation ; bas-lat. abettum ; de à et de l'ancien français beter, mettre un mors, du germanique ; anglo-sax. boetan ; flamand, beeten ; allem. beizen, faire mordre la bride, et aussi exciter.
(a-ba-joûe)s. f.
Poche située de chaque côté de la bouche, entre les joues et les mâchoires, chez certains mammifères quadrumanes, chiroptères et rongeurs, qui y mettent leurs aliments en réserve pendant quelques instants.Ce mot paraît venir de à et bajoue (voy. ce mot). Cependant l'espagnol offre abazones, qui ne se rapporterait pas à cette étymologie, et qui d'ailleurs n'a pas non plus de mot espagnol d'où il puisse provenir
(a-ba-lour-di, die)part. passé.
Enfant abalourdi par de mauvais traitements.
(a-ba-lour-dir)v. a.
Rendre balourd, hébété. Populaire.À et balourd.
(a-ban-don)s. m. On verra à l'Étymologie quelle est la série réelle des significations.
Remise entre les mains de.... L'abandon à la Providence. Il faut tout trancher par l'abandon envers Dieu, BOSSUETLett. Corn. I[Elle] lui gagnerait le coeur d'un prince libéral, Et de tous ses trésors l'abandon général, CORN.Méd. II, 2Terme de droit. Cession, acte par lequel un débiteur délaisse ses biens à ses créanciers. Il a fait à ses créanciers l'abandon de ses terres.Facilité dans le discours, simplicité, négligence heureuse. Parler avec abandon. Cette femme a dans ses manières un abandon séduisant. Gracieux abandon. Doux abandon. On trouve dans l'exécution de ce tableau un heureux abandon.Rock en son lyrique abandon Dit qu'il dévore la couronne Dont Phébus lui promit le don. Apparemment Phébus lui donne Une couronne de chardon, MILLEV.Épigr.Confiance entière. Il m'a parlé avec abandon, avec un entier abandon. Dans l'abandon de sa vive amitié, Hier à son rival Montfort s'est confié, C. DELAV.V, Sic. I, 2Et dans ce trouble heureux dont j'aimais l'abandon, C. DELAV.Paria, I, 2Action d'abandonner. L'abandon des intérêts communs. Or ce péché ne peut être mieux puni que par l'abandon de Dieu, BOURD.Carême, t. I, p. 212Et de ses intérêts un si grand abandon, CORN.Sert. IV, 2Ce sont là de ces exemples rares et terribles de la justice de Dieu sur les hommes ; et s'il y en a eu sur la terre, ils prouvent seulement jusqu'où peut aller quelquefois son abandon et la puissance de sa colère, MASS.Car. évid. de la loi.Il y aurait un lâche abandon de moi-même à souffrir qu'on me déshonore, VOLT.dans Laveaux.État d'une personne ou d'une chose abandonnée. Ce vieillard est dans l'abandon. L'homme sent alors son néant, son abandon, PASC.édit. Cousin.Mes mains désespérées Dans ce grand abandon seront plus assurées, VOLT.Oed. IV, 4Abandon a le sens actif et le sens passif. L'abandon des amis peut également signifier ou qu'on abandonne ses amis ou qu'ils nous abandonnent. L'abandon du sénat, l'abandon où le sénat est laissé, et l'abandon où il laisse. Il faut donc, toutes les fois qu'on se servira de cette construction, prendre garde à l'amphibologie et, s'il reste du doute sur le sens, changer la tournure.À L'ABANDON, Sans soins, sans réserve. Camp à l'abandon. Son enfant fut à l'abandon. Il laissa ses terres à l'abandon. On le logea et on lui mit toute la maison à l'abandon. Tout l'occident est à l'abandon, BOSSUETHist. III, 7Comme un pays laissé à l'abandon, BOSSUETPolit.Vous laisserez à l'abandon votre santé et votre vie, BOSSUETDév. 2Tu laisses aller tes affaires à l'abandon, MOL.Mal. imag. 1er interm.L'épargne de mon père entièrement ouverte, Lui met à l'abandon tous les trésors du roi, CORN.Méd. II, 4Mais je m'étonne fort de voir à l'abandon Du prince Héraclius les droits avec le nom, CORN.Hér. II, 8A l'une ou l'autre enfin votre âme à l'abandon Ne lui pourra jamais refuser ce pardon, CORN.Perth. IV, 1Après avoir.... mis à l'abandon ton pays désolé, RÉGNIERÉp. IL'oeil farouche et troublé, l'esprit à l'abandon, RÉGNIERSat. IITerme de bourse. Acte par lequel l'acheteur renonce à un marché conclu en consentant à payer la prime.XIIIe s. Va, si li di qu'il vigne [vienne] à mei ; M'amor li metrai à bandun, MARIE DE FR.I, 488Mais tost s'en parte à habandon, Fabl. et Cont. anc. I, 70Amis, ques [quel] hom es-tu ? Di moi com tu as nom, Qui le sepulcre Dieu baises si à bandon ?, Ch. d'Ant. I, 184Et li bourgeois le rechurent [reçurent] volentiers et lui mirent à abandon cor et avoir et ville, Chr. de Reims, 230Nuls hom ne peut penre [prendre] de son plege [gage] par abandon, sans soi plaindre à justice, BEAUMANOIRXLIII, 13XVe s. Et mettrons tout le royaume à vostre abandon, FROISS.I, I, 14Vous perdez le temps ; car, sur l'abandon de nos testes, les Escots s'en sont allés très devant mie nuit, FROISS.I, I, 44XVIe s. De tout autre butin il y avoit une quantité si grande que ou l'on n'en faisoit compte, ou on le consommoit en tout abandon, AMYOTLucul. 25Comme le vent souffle à son abandon Le duvet blanc du vieux chenu chardon..., AMYOTMorales, t. IV, p. 444Provenç. abandon ; espagn. abandono ; ital. abandono. Par les exemples historiques on voit que abandon est un mot composé de à et bandon. Bandon, en vieux français et en provençal, signifie permission, autorisation, décret ; il répond à un mot bas-latin bando, bandonis, de même signification que bandum, band en danois, bannen en allemand, ordre, prescription ; et en définitive c'est simplement une autre forme de notre mot ban (voy. ce mot). Dès lors on voit la série des significations : mettre à bandon, c'est mettre à permission, à autorité ; c'est donc remettre, céder, confier, laisser aller et finalement délaisser.
(a-ban-do-na-têr)s. m. et f.
Terme de jurisprudence. Celui ou celle au profit de qui est fait un abandon de biens.
(a-ban-do-ne-man)s. m.
Remise à.... L'abandonnement des plus chers intérêts entre les mains d'un ami. On prendra soin d'entretenir les malades dans un saint abandonnement à la Providence, BOSSUETRègle.Son abandonnement à la Providence de Dieu, FLÉCH.Serm. I, 121Cession. L'abandonnement de ses biens à ses créanciers. On dit plutôt aujourd'hui abandon. Abandonnement que je lui ferai de tout ce que j'ai de biens, PELLISS.II, 115Action d'abandonner ; état d'une personne abandonnée. Dans l'abandonnement où il est de tous ses amis. Ne tenir nul compte du triste abandonnement où votre inflexible roideur le précipite, BOURD.Pensées, t. II, p. 129L'entier abandonnement de sa personne entre les mains de ses supérieurs pour sa laisser conduire selon leur gré et selon leurs vues, BOURD.ib. p. 367On me fait les offres les plus engageantes ; et, si je les rejette, me voilà dans le dernier abandonnement et dans la dernière misère, BOURD.ib. t. I, p. 19Vous devriez vous attendre, de la part du ciel, à un funeste abandonnement, BOURD.ib. t. II, p. 461L'abandonnement le plus général qui me réduirait dans la dernière misère, BOURD.ib. t. I, p. 291L'abandonnement où sont tous ceux qui manquent de fortune, LA MOTHE LE VAYERp. 315Dans l'abandonnement où je me suis trouvée, MOL.Scapin, III, 9Cet abandonnement de sa propre cause, BOURD.Carême, III, Passion, 181Il tombe dans un affreux abandonnement de la part de Dieu, BOURD.Pensées, t. III, p. 361L'abandonnement des pauvres, FLÉCH.Serm. I, 112Dans l'abandonnement et la disette, FLÉCH.I, 183La reine l'avait aimée [la duchesse de Marlborough] avec une tendresse qui allait jusqu'à la soumission et à l'abandonnement de toute volonté, VOLT.S. de L. XIV, chap. 22Action de se laisser aller avec trop de facilité. L'entier abandonnement de ce prince a d'indignes favoris. Votre abandonnement à une passion funeste.Votre abandonnement à d'infâmes passions qui corrompent le sang, VOLT.Jenni, 9Pris absolument. Déréglement excessif dans la conduite, dans les moeurs. Vivre dans le dernier abandonnement. Le funeste abandonnement où il vit, BOURD.Domin. IV, Désir et dégoût, 380Tant d'emportements honteux ! tant de faiblesse et d'abandonnement ! lui qui s'était piqué de raison, d'élévation, de fierté devant les hommes, MASS.Mort du pécheur.Quand il s'agit de retourner à votre Dieu et de réparer une vie entière de corruption et d'abandonnement, MASS.Car. Pécheresse.Ce degré d'abandonnement qui fait les âmes égarées et criminelles, MASS.ib. Tiédeur.Un abandonnement qui ne connaît plus ni règle, ni pudeur, ni bienséance, MASS.Paraph. Psaume 13Votre coeur que vous avez prostitué avec tant d'abandonnement aux créatures, MASS.ib. Psaume 141° ABANDON, ABANDONNEMENT. L'idée commune est qu'on laisse une personne ou une chose, qu'une personne ou une chose demeure laissée. Abandon est plus souvent passif et exprime l'état d'une chose ou d'une personne délaissée ; abandonnement est plus souvent actif et exprime qu'on délaisse une personne ou une chose. Mais, dans le fait, ces deux mots se prennent souvent l'un pour l'autre, et tous deux ont le sens passif ou le sens actif. Cela est laissé à l'écrivain ; pourtant on remarque que abandon, ne provenant pas d'un verbe, indique quelque chose d'absolu et de vague, et abandonnement, provenant d'un verbe, quelque chose de relatif et de plus déterminé. Au fond la nuance est que abandonnement a de soi l'idée d'un fait, d'un acte, et que abandon ne l'a pas ; les deux mots peuvent, il est vrai, s'employer l'un pour l'autre, l'usage le permet. Mais la pensée quand elle sera précise, et le langage quand il sera délicat, tâcheront de tenir compte de la nuance.2° ABANDONNEMENT, ABDICATION, RENONCIATION, DÉMISSION, DÉSISTEMENT. On fait un abandonnement de ses biens, une abdication de sa dignité et de son pouvoir, une renonciation à ses droits et à ses prétentions, une démission de ses charges, emplois et bénéfices, et l'on donne un désistement de ses poursuites. Il ne faut abandonner que ce qu'on ne saurait retenir, abdiquer que lorsqu'on n'est plus en état de gouverner, renoncer que pour avoir quelque chose de meilleur, se démettre que quand il n'est plus permis de remplir ses devoirs avec honneur, et se désister que lorsque les poursuites sont injustes ou inutiles ou plus fatigantes qu'avantageuses, GIRARD.XIIIe s. Ses escus ert [était] moult renommés ; Despit de mort estoit nommés ; Bordés fu d'abandonnement à tous perils..., la Rose, 15743XVe s. Au mois de janvier fut publié parmi Paris l'abandonnement de toutes gens d'armes qui seroient trouvés sur les champs, JUVÉNAL DES URSINS1415Abandonner ; ital. abbandonamento.ABANDONNEMENT. Ajoutez :En termes de partage de biens, attribution à une personne d'une ou plusieurs parties possédées indivisément.
(a-ban-do-né)v. a.
Remettre à la discrétion de.... au soin de..., céder, faire cession. Abandonner son sort à la Providence. J'ai abandonné le soin de mes affaires à un homme intelligent. Abandonner tout au vainqueur. Abandonner le reste au ciel. Abandonner cela à la fortune. Abandonner un ecclésiastique au bras séculier. Vous vous plaignez de cet homme ; je vous l'abandonne : c'est-à-dire pensez-en ce qu'il vous plaira ; faites à son égard ce que vous voudrez. Je vous abandonne ce point, je vous cède là-dessus. Il abandonne ses biens à ses créanciers. Apprends de leurs indices L'auteur de l'attentat, et l'ordre, et les complices ; Je te les abandonne...., CORN.Mort de P. IV, 4Un nombre de mots.... Que mutuellement nous nous abandonnons, MOL.Femmes sav. III, 2Porte aux Grecs cet enfant que Pyrrhus m'abandonne, RAC.Andr. III, 1Dites au roi, Seigneur, de vous l'abandonner, RAC.Esth. II, 1Au cours de mes destins j'abandonnais ma vie, DUCISOthello, II, 7Livrer à Abandonner une ville au pillage. Abandonner à la merci de.... Il abandonna la barque au courant du fleuve. Dieu abandonne souvent les méchants à leur sens réprouvé. Nous savons à quel désespoir Judas fut abandonné de Dieu, et à quelle fin malheureuse il s'abandonna lui-même, BOURD.Pensées, t. III, p. 368On peut dire de certaines matières que l'Église les abandonne à nos vues particulières et à nos raisonnements, BOURD.ib. t. II, p. 340J'abandonnai mon âme à des ravissements...., CORN.Hor. I, 3J'abandonne ce traître à toute ta colère, RAC.Phèd. IV, 2Dieux ! ne puis-je à ma joie abandonner mon âme ?, RAC.Andr. III, 3J'abandonnai ma vie à des malheurs certains, VOLT.Oed. V, 2Tandis qu'à la frayeur j'abandonnais mon âme, VOLT.ib. IV, 1Renoncer à. Abandonner une bâtisse. Abandonner ce qu'on a pris. Abandonner une entreprise, une guerre commencée. Abandonner la lutte. Abandonner le barreau. Abandonner ses travaux. Abandonner une vaine tentative. Abandonner une profession. Abandonner son opinion pour celle d'un autre. J'abandonne le reste, c'est-à-dire je le passe sous silence. Trône, à t'abandonner je ne puis consentir, CORN.Rod. V, IJ'avais fait serment d'abandonner plutôt la vie que de me résoudre à perdre cette liberté, MOL.Prin. d'Él. IV, 1La Grèce et la Sicile ont vu des citoyennes Abandonner nos lois pour ces fiers Musulmans, VOLT.Tancr. II, 4Que je vois de sujets d'abandonner le jour !, RAC.Théb. V, 1Par moi seule éloigné de l'hymen d'Octavie, Le frère de Junie abandonna la vie, RAC.Brit. I, 1Délaisser, déserter, laisser sans secours, se séparer de.... Abandonner son général, son poste, le parti qu'on avait embrassé. Il abandonna le parti du sénat pour celui du peuple. J'abandonne la cause commune. Philoctète fut abandonné dans l'île de Lemnos. Abandonner un enfant, l'exposer et le laisser à la charité publique. Abandonner sa femme et ses enfants. Les médecins ont abandonné ce malade, c'est-à-dire ils l'ont laissé, ne sachant plus lui être utiles en rien. Avec un nom de chose pour sujet : Son courage l'abandonna. L'appétit, le sommeil l'ont abandonné. Mon esprit, volage et sans arrêt, m'abandonne et se porte partout ailleurs, BOURD.Pensées, t. II, p. 13Abandonnant le corps, n'abandonnez pas l'âme, ROTROUVenc. V, 4Si vous l'abandonnez plus longtemps sans secours...., RAC.Brit. V, 8Elle me dédaignait, un autre l'abandonne, RAC.Andr. II, 1Tout semble abandonner tes sacrés étendards, RAC.Esth. Prol.Le courage les abandonne, FÉN.Tél. XVIComme un malade désespéré qu'on abandonne, FÉN.ib. VIIQuitter, lâcher. Abandonner l'Italie. Abandonner Paris. Abandonner la ville pour les champs. Abandonner ses armes. N'abandonne pas le gouvernail. Tenez ferme ; n'abandonnez pas cette corde. Abandonner les étriers, les quitter et quelquefois les perdre. Comme il avait un désir extraordinaire de s'instruire et de connaître les moeurs des étrangers, il abandonna sa patrie et tout ce qu'il avait pour voyager, FÉN.Philos. Pythag.Il fallait en fuyant ne pas abandonner Le fer qui dans ses mains sert à te condamner, RAC.Phèd. IV, 2Négliger, ne pas cultiver. Il ne faut pas abandonner vos liaisons dans le monde. N'abandonnez pas votre voix, SÉV.3En fauconnerie, abandonner l'oiseau, le lâcher dans la campagne pour l'égayer.S'ABANDONNER, v. réfl.Se remettre à, se laisser aller à, se livrer à. S'abandonner à la fortune, au vainqueur, au gré de la tempête. S'abandonner au chagrin, à la douleur, à la joie, aux pleurs, à toutes sortes de plaisirs, à la débauche. Il s'abandonne sans réserve au goût de la magnificence. Personne ne s'abandonne à ce point à sa colère. Le tout est de savoir s'abandonner à Dieu en pure foi, BOSSUETLett. Corn. 4Mon âme à tout mon sort s'était abandonnée, RAC.And. IV, 5Souffre qu'à mes transports je m'abandonne en proie, RAC.Théb. V, 4Allons, à tes conseils, Phoenix, je m'abandonne, RAC.Andr. II, 5Vous vous abandonniez au crime en criminel, RAC.Andr. IV, 5Quoi ! tandis que Néron s'abandonne au sommeil...., RAC.Brit. I, 1Télémaque s'abandonnait à une douleur amère, FÉN.Tél. XVIAstarbé s'abandonna à son ressentiment, FÉN.ib. IIIIl s'abandonna à l'amour des femmes, BOSSUETHist. I, 6Non, non, à trop de paix mon âme s'abandonne, MOL.Sgan. 8Ce monarque étonné à ses frayeurs déjà s'était abandonné, CORN.Nic. v. 8Je connais Marianne, et sais qu'elle est trop sage Pour s'être abandonnée à tenir ce langage, TRISTANMarianne, I, 3Perdre courage, se manquer à soi-même. Vous êtes perdu si vous vous abandonnez. Il les exhorte à ne pas s'abandonner.10°Se négliger. Il ne faut pas s'abandonner ainsi (se négliger dans le maintien, dans l'habillement), quand on veut plaire.11°Se lancer sans ménagement. Dans l'improvisation, cet orateur s'abandonne. L'épée à la main, il s'abandonna sur son adversaire, au risque de s'enferrer. Plus il s'abandonnait, plus il était terrible, VOLT.Tancr. V, 112°Avoir de l'abandon. Ne vous roidissez pas, abandonnez-vous. Cet acteur ne s'abandonne pas assez.13°En parlant des enfants. Il s'abandonne déjà, il commence à faire quelques pas seul et sans être soutenu.14°En parlant des femmes, se livrer. Elle s'est abandonnée à ceux qu'elle aimait, BOSSUETNouv. Cath.Anne de Boulen eut l'adresse de ne se pas abandonner entièrement et d'irriter la passion du roi, VOLT.Moeurs, 135Votre amour qui s'abandonne Ne refusa jamais personne, RÉGNIERMac.15°Terme d'équitation. Ce cheval s'abandonne, il ralentit sa marcheAbandonner peut se construire avec à suivi d'un infinitif. Aussi n'aurais-je pas Abandonné mon coeur à suivre ses appas, MOL.Ec. des Mar. II, 9Le moindre défaut des femmes qui se sont abandonnées à faire l'amour, c'est de faire l'amour, LAROCHEF.Réfl. 1311° ABANDONNER, DÉLAISSER. Abandonner se dit des choses et des personnes ; délaisser ne se dit que des personnes. Nous abandonnons les choses dont nous n'avons pas soin ; nous délaissons les malheureux à qui nous ne donnons aucun secours. Au participe, délaisser a une énergie d'universalité qu'on ne donne au premier qu'en y joignant quelque terme qui la marque précisément. Ainsi l'on dit :C'est un pauvre délaissé ; Il est abandonné de tout le monde, GUIZOT.2° QUITTER, ABANDONNER, RENONCER. Idée commune, cesser de garder une chose, de s'en occuper ou de la demander.Les thérapeutes abandonnent leurs biens à leurs parents ou à leurs amis ; ils quittent leurs pères, leurs mères ; ils renoncent à tous les attachements terrestres, CONDILLAC On renonce toujours volontairement, avec quelque peine, avec regret, en se faisant violence ; on renonce au plaisir, au monde, à une profession qui convenait. Quitter et abandonner n'impliquent pas l'idée de renoncement, et signifient seulement qu'on se sépare d'une chose agréable ou pénible, utile ou nuisible. La différence entre quitter et abandonner est que l'on quitte de toutes les manières, ce mot en lui-même étant indifférent, au lieu que dans abandonner il y a toujours l'idée d'une sorte de délaissement, de désertion, comme dans ce vers de Racine : Je quittai, mon pays, j'abandonnai mon père, LAFAYE.XIe s. Franceis mourront, si à nous s'abandunent, Ch. de Rol. LXXII[Il] broche [pique] le bien [son cheval], le frein lui abandune, ib. CXVXIIe s. Or vus abandoins jo mun regne et mun païs, Estampes, Orliens, e Chartres et Paris, Th. le Mart. 104XIIIe s. Et le Soudan leur abandonna que il s'alassent venger de...., JOINV.271Et plus punis devroient estre Devant l'empereor celestre Clers qui s'abandonnent aux vices, Que les gens laiz [laïques], simples et nices, la Rose, 18865Cis [celui-ci] m'abandonna le passage De la haie moult doucement, ib. 2806Mais jà certes n'iert [ne sera] femme bonne, Qui, por dons prendre, s'abandonne, ib. 4578Quant il sevent que lor femes s'abandonnent à autrui...., BEAUMANOIRLVII, 10XIVe s. Jà n'en seroit meilleur tant comme il fust habandonné à telles passions, ORESMEÉth. 4XVe s. Elle ne vouloit mie que le roi s'abandonnast trop de la regarder, FROISS.I, I, 192Ceux du chastel ne furent onques si recrus qu'ils ne s'abandonnassent au defendre si vaillamment, par quoi ceux de l'ost pussent rien gagner sur eux, FROISS.I, I, 259Il n'a point de regret Au cidre qu'il nous donne ; En eust-il une tonne, Il l'abandonneroit, BASSELIN42L'un vers l'autre desloyaument se mene ; Aux mauvais est la terre abandonnée, DESCHAMPSSouffrance du peuple.Onques sanglier escumant ni loup enragé plus fierement ne s'abandonna, Hist. de Boucicaut, I, 24C'est assavoir, se le doffin [dauphin] rompoit la pais, qu'il abandonnoit à ses gens de aller servir le duc Jehan, P. DE FENIN1419XVIe s. Il y en eut deux qui abandonnerent l'entreprise de peur, AMYOTLyc. 9Cette hardiesse et constance assurée qu'il avoit en bataille contre l'ennemy l'abandonnoit incontinent qu'il se trouvoit en une assemblée du peuple à la ville, AMYOTMarius, 48Les proprietaires les luy abandonnoient à bien vil prix, AMYOTCrassus, 3Il résolut d'abandonner sa vie [se laisser mourir], AMYOTDémétr. 52Il seroit estrange que nous qui voulons estre tenus pour gens de bien, laississions porter par terre nostre vertu et l'abandonnissions, AMYOTDe la mauv. honte, 21La meilleure part de l'entreprise, ils l'abandonnent à la fortune, MONT.I, 132Estant abandonné des medecins pour un aposteme, MONT.I, 254S'abandonner aux delices, MONT.II, 4Il abandonna [s'éloigna] de si peu son fort, MONT.I, 25Les filles se peuvent abandonner [se livrer à un homme], MONT.I, 111Abandon ; bourguig. ebandenai ; provenç. et espagn. abandonar ; ital. abbandonnare.
(a-ban-do-né, née)
Part. passé de abandonner. Abandonné par ses parents. Abandonné de ses amis. Il faut être bien abandonné de Dieu et des hommes pour faire telle chose. Un enfant abandonné. Inquiet de se voir ainsi abandonné. Propriétés abandonnées (sans maître). Postes abandonnés. Othon avait eu une enfance abandonnée. Ville abandonnée au pillage. Abandonné à soi-même. Les chevaux abandonnés à eux-mêmes. Cette carrière est abandonnée de la jeunesse. Usages abandonnés. Abandonné des médecins. Personne n'est assez abandonné de Dieu pour cela, PASC.Prov. 6Non pas que ce Dieu, dont il est séparé et entièrement abandonné, ne soit plus le Dieu de l'univers, BOURD.Pensées, t. III, p. 64J'entre dans le lieu saint ; et qu'est-ce à mes yeux que cette maison de Dieu ? c'est un désert, et le désert le plus abandonné, BOURD.ib. p. 310Là, poursuivi d'une populace animée, abandonné aux plus indignes traitements d'une insolente et brutale soldatesque, BOURD.Pensées, t. III, p. 376Si Dieu les eût livrés à la corruption de leur coeur, il n'y eût point eu de pécheurs plus perdus et plus abandonnés à tous les vices, BOURD.ib. t. II, p. 155Je ne vous crois pas assez abandonné du Seigneur pour y songer, HAMILT.Gramm. 6Une femme, nommée Pantée, était abandonnée de tous les médecins, FÉN.Empéd.Loin de ses parents, aux fers abandonnée, VOLT.Zaïre, III, 4Aux bourreaux se vit abandonné, VOLT.Alz. III, 4C'est un de ces mortels du sort abandonnés, VOLT.Mérope, II, 1Un vieil oiseau qui se sent abandonné de ses ailes vient s'abattre auprès d'un courant d'eau, CHATEAUB.Génie, I, V, 6Ces paisibles vertus au peuple abandonnées, A mon héros aussi le ciel les a données, GILBERTAu Pr. de Salm.Alors je compris par expérience ce que j'avais souvent ouï dire à Mentor, que les hommes mous et abandonnés aux plaisirs manquent de courage dans les dangers, FÉN.Tél. IVAdj. et, pris aussi dans ce sens, substantivement. Qui est sans frein, et, par suite, sans moeurs. Si nous étions assez abandonnés pour dire.... C'est une abandonnée.Quelque libertin et quelque abandonné qu'il puisse être, il y a toujours de secrets reproches de la conscience qui le troublent, BOURD.Pensées, t. III, p. 94J'ose dire qu'il n'y a point de pécheur si abandonné qui porte jusque-là le désespoir, FÉN.ib. t. I, p. 386Il faut que vous passiez pour les plus abandonnés calomniateurs qui furent jamais, PASC.Prov. 16J'aime fort la beauté qui n'est pas profanée, Et ne veux pas brûler pour une abandonnée, MOL.l'Étourdi, III, 3Cette lettre était un tissu d'ordures à faire trembler les plus abandonnés,, S.-SIM.61, 31Si nous étions assez abandonnés pour vouloir persuader au public...., VOLT.Moeurs, Moïse.Il y a bien peu de femmes assez abandonnées pour aller jusque-là, MONTESQ.Let. pers. 26XVIe s. Les autres ont escrit que ceste Phaa estoit une brigande, meurtriere et abandonnée de son corps, AMYOTThésée, 11Il nous fit de merveilleuses caresses et abandonnés traitements, CARL.VIII, 18
(a-ban-do-né-man)adv.
D'une manière abandonnée, sans réserve. Le premier président leur était trop indignement et trop abandonnément vendu pour être plaint de personne, SAINT-SIMON518, 126 Mot usité encore, comme on voit, au XVIIIe siècle et bon à employer.XIIIe s. Nos mariniers veoient la Montagne par-dessus la bruïne, et pour ce firent nager habandonnéement, JOINV.283XIVe s. Le marquis demanda qui il estoit qui si abandonnéement rouvoit ouvrir la porte, DU CANGEabandonnare.XVe s. Et entrerent les Anglois abandonnéement dedans les fossés, FROISS.II, II, 65Abandonnée au féminin, et ment (voy. MENT) ; provenç. abandonadamen ; ital. abbandonatamente.
(a-ba-k')s. m.
Terme d'architecture. Tailloir, partie supérieure du chapiteau des colonnes, sur laquelle porte l'architrave.Terme d'antiquité. Tableau couvert de poussière, sur lequel on traçait des nombres et on enseignait le calcul ; et aussi sorte de carré long, évidé, qui était muni de boules passées dans des fils tendus et qui servait à compter.Provenç. abac ; ital. abbaco ; de abacus, venant du grec, table ou tablette.ABAQUE. Ajoutez :Nom donné aujourd'hui à certains tableaux destinés à abréger les calculs. Il y a une table de ce genre intitulée Abaque de Lalanne.On nomme aussi abaque le compteur à boules des Chinois.
s. m.
Voy. ABAT.
(a-ba-zour-di, die)part. passé.
Abasourdi par un coup de tonnerre, par un malheur imprévu.
(a-ba-zour-dir ; d'autres disent aba-sour-dir)v. a.
Assourdir par un grand bruit. Ce bruit soudain et violent nous a abasourdis.Consterner. Voilà dans sa famille une mort imprévue qui l'abasourdira. Bruit abasourdissant. Nouvelle abasourdissante.Génev. abassourdir ; bourguig. ébazodi ; de sourd (voy. ce mot) et de aba, qui est probablement le même que dans abajoue, c'est-à-dire formé de à et ba ou be indiquant une mauvaise disposition.
(a-ba ou a-bâ)s. m.
Averse, pluie abondante. Ces vapeurs peuvent causer un vent d'abas, DESC.Météor. 7L'accumulation des neiges, les pluies et les orages y déterminent des avalanches et des abats de boues et de pierres, qui descendent dans les vallées jusqu'à des altitudes de mille mètres, BURATConstitutionnel du 3 septembre 1858À et battre.Dans l'arrondissement de Caen, la pluie d'abat est une pluie abondante, Dict. du patois normand par MM. Duméril Si on suivait l'orthographe de Descartes, l'étymologie serait à et bas.ABAT. Ajoutez :Abatis de volaille. Les tripiers, à Paris, ont ordinairement sur leur enseigne : marchand d'abats.Terme de boucherie. Synonyme d'abatis, c'est-à-dire la peau, la graisse et les tripes des bêtes tuées.Voici, d'après la Halle aux cuirs, les prix de vente à la tannerie des peaux en poil de l'abat de Paris, par 50 kil., et pour le courant de juin...., Journ. offic. 15 juin 1874, p. 4044, 3e col.Les abats rouges, les parties qui sont encore rouges.Pour le cinquième quartier, composé des suif, cuir et abats rouges..., ib. 17 février 1874, p. 1319, 2e col.
(a-ba-fin)s. m. au plur. des abat-faim.
Terme de cuisine. Pièce de résistance qu'on sert la première sur table.Abattre et faim.
(a-ba-foin)s. m. au plur. des abat-foin.
Terme d'économie rurale. Ouverture pratiquée dans un grenier au-dessus de l'écurie ou de l'étable et par laquelle on jette le foin ou la paille.Abattre et foin.
(a-ba-jour)s. m. au plur. des abat-jour.
Sorte de fenêtre dont le plafond et l'appui sont inclinés en biseau de dehors en dedans, afin que le jour qui vient d'en haut se communique plus verticalement dans le lieu où elle est pratiquée.Cadre ou réflecteur en métal ou en papier que l'on place sur les lampes pour en rabattre la lumière.Volet plein ou à claire-voie, toile plus ou moins serrée, que l'on place devant les ouvertures des habitations pour arrêter les rayons solaires et les insectes.Abattre et jour.
(a-ba-son)s. m.
Se dit des lames de bois recouvertes de plomb ou d'ardoises qui garantissent les beffrois de la pluie et renvoient le son vers le sol. Au plur. des abat-sons.
(a-ba-van)s. m. Au plur. des abat-vent.
Appentis, claie, paillasson, mur, pièce de toile, bois, etc. placé au-dessus des ouvertures des habitations, et au-devant des plantes, pour les abriter contre le vent et la pluie. Les abat-vent des clochers servent aussi à rabattre le son des cloches.
(a-ba-voî)s. m. Au plur. des abat-voix.
Le dessus d'une chaire à prêcher, lequel sert à rabattre vers l'auditoire la voix du prédicateur. Les abat-voix sont utiles à celui qui parle et à ceux qui écoutent.
(a-ba-ta-j')s. m.
Terme forestier. Action d'abattre. L'abatage des bois se fait en automne.En termes de marine, l'abatage d'un bâtiment est l'opération par laquelle on l'incline sur le côté pour l'abattre en carène.En termes d'administration militaire, l'abatage des bestiaux est la mise à mort des animaux destinés à la nourriture de la troupe.En termes de police sanitaire, l'abatage est la mise à mort des grands animaux domestiques, soit parce qu'ils sont vieux ou incurables, soit par précaution, quand ils sont suspects ou atteints d'une maladie contagieuse. L'abatage des chevaux est nécessaire en cas de morve.En termes de vétérinaire, action de renverser et de fixer les grands animaux sur un lit de paille, quand ils doivent subir des opérations chirurgicales.L'Académie n'y met qu'un seul t ; mais elle en met deux à abattre ; la conséquence veut qu'on mette deux t à abatage, ou qu'on n'en mette qu'un à abattre.XIIIe s. Et si a li cuens [comte] à l'abataige des pourceaux soixante dix sols par an, DU CANGEabatere.Abattre.ABATAGE. Ajoutez :Terme d'exploitation houillère. Action d'abattre la houille dégagée par le havage.À certains jeux de cartes, action d'abattre ses cartes. Dans le baccarat en banque, il y a à peu près la moitié des coups où il y a au moins un abatage, E. DORMOYJourn. des Actuaires franç. t. II, p. 45Le banquier n'éprouve aucune difficulté quand il y a un abatage à sa droite ou à sa gauche, parce qu'alors il n'a plus à tenir compte, pour décider sa manière de jouer, que du tableau qui n'a pas abattu, E. DORMOYib. p. 39
(a-ba-tan)s. m.
Pièce du métier à bas qui fait descendre les platines à plomb.Partie du comptoir d'un marchand qu'on lève et qu'on abaisse.
(a-ba-tè-le-man)s. m.
Terme de commerce du Levant.Sentence portant interdiction contre ceux qui désavouent leurs marchés, ou qui refusent de payer leurs dettes, Acad. 1762
(a-ba-ti)s. m. Il faudrait écrire abattis ou écrire abatre.
Amas de choses abattues. Abatis d'arbres. Faire un abatis de bois. Embarrasser la plaine par de larges abatis d'arbres.En termes de chasse, faire un grand abatis de gibier.Au figuré. À la guinguette instruisant ces recrues, D'obscurs lauriers j'ai fait large abatis, BÉR.in-8Terme de chasse, petit chemin que se font les jeunes loups en allant et venant au lieu où ils sont nourris.Terme de cuisine, les pattes et la tête, le cou et les ailerons d'une volaille.Terme de boucherie. Peau, graisse et tripes des bêtes tuées par les bouchers.XIIe s. Dedans la maîstre porte fut grans l'abateïs, Ch. d'Antio. VI, 93Abattre. L'ancien mot est abateïs, venant d'une forme du bas-latin : abateticius, dérivé du verbe abattere.ABATIS. Ajoutez :Dans un langage très bas, il se dit des mains et des pieds. Il a de gros abatis.
(a-ba-ta-bl')adj.
Qu'on peut abattre. Ces chevaux sont abattables.
(a-ba-tan)s. m.
La partie mobile du dessus du siége, dans les latrines, LIGERFosses d'aisance, p 5, Paris, 1875
(a-ba-te-man)s. m.
Action d'abattre ; état de ce qui est abattu. Être dans l'abattement. Relever quelqu'un de l'abattement. Un douloureux abattement de coeur. L'abattement profond de son âme. L'abattement du désespoir. L'abattement du parti vaincu était extrême. Des langueurs et des abattements. Il ne supporte pas la chaleur ; elle le jette dans des abattements auxquels il ne peut résister. On a honte de sa faiblesse passée et de l'abattement où l'on est tombé, BOURDAL.Pens. t. II, p. 24Pourquoi ces abattements et ces désolations où vous tombez ?, BOURDAL.ib. p. 356Et cet abattement que lui cause la peste, CORN.Oed. V, 1À cet abattement que vous laissez paraître, J'ai, s'il faut l'avouer, peine à vous reconnaître, LEMERC.Fréd. et Br. I, 2Sans tristesse, sans abattement, SÉVIG.388Il est des jours d'ennui, d'abattement extrême, Où l'homme le plus ferme est à charge à lui-même, DUCISMacb. III, 3Terme de médecine. L'abattement exprime une lésion fonctionnelle dont les conditions organiques nous échappent et qui a pour symptôme une diminution notable et soudaine des phénomènes vitaux dépendant de l'action nerveuse, du mouvement, des sensations, de l'entendement, des affections, des instincts.Abattre ; provenç. abatemen, abatamen ; cat. abatiment ; espagn. abatimiento ; ital. abbatimento.
(a-ba-teur)s. m.
Celui qui abat. Ce bûcheron est un grand abatteur de bois. Vous êtes, je vois bien, grand abatteur de quilles, RÉGNIERSat. II Cette locution se dit d'un homme qui fait beaucoup de besogne, et souvent, par ironie, d'un homme qui se vante de prouesses qu'il n'a pas faites.XVe s. Et plus de cent mille choses que ces abatteurs de femmes savent tout courant et par coeur, L. XINouv. 22Abattre ; Berry, abateux d'ouvrage.ABATTEUR. Ajoutez :Terme d'exploitation houillère. Ouvrier employé à l'abatage dans les mines.
(a-ba-tî)s. m.
Terme de fortification. Défense accessoire consistant en un amas d'arbres entrelacés, liés ensemble et arrêtés sur le sol.Même mot qu'abatis, mais l'usage a prévalu, dans les traités spéciaux, de l'écrire avec deux "t"
(a-ba-toir)s. m.
Lieu destiné à l'abatage des animaux, tels que boeufs, veaux, moutons, etc. qui servent à la nourriture de l'homme. Les abattoirs sont placés hors des murs d'enceinte des villes.
(a-ba-tr')v. a.
Jeter à terre d'une façon quelconque. Abattre un cheval, un cavalier. Abattre des olives, des noix. Abattre un arbre. Abattre une maison. Il lui abattit une main d'un coup de sabre. Abattre la tête. Il l'abattit d'un coup de fusil. Ce chasseur abat bien du gibier. Puisque l'arbre est si près de sa chute et que le coup qui doit l'abattre va bientôt partir et le renverser...., BOURD.Pens. t. III, p. 72C'est ainsi qu'il abat de leur trône les potentats qui se confiaient en leur pouvoir, BOURD.ib. p. 143Pour le faire tomber, j'abattrai son appui, CORN.Rod. V, 1Il a de votre sceptre abattu le soutien, CORN.Cid, II, 9Et j'abattrai d'un coup sa tête et son orgueil, CORN.Hér. III, 3Les livres sur Évrard fondent comme la grêle Qui, dans un grand jardin, à coups impétueux, Abat l'honneur naissant des rameaux fructueux, BOILEAULutr. VSous le glaive étranger j'ai vu tout abattu, VOLT.Orphel. I, 2Chacun se disputait la gloire de l'abattre, RAC.Andr. V, 3.... mais, lorsque tu m'abats, Je me relève encor pour insulter ton bras, LAMART.Jonath. 330Comme la pluie abat et fait languir le soir une fleur qui était le matin, pendant la naissance de l'aurore, la gloire et l'ornement des vertes campagnes, FÉN.Tél. XXFig. Abattre la puissance romaine. Il résolut d'abattre celui qui l'avait élevé. Dieu abat les puissants. Ce combat avait abattu les forces des ennemis. L'orgueil des Chaldéens est abattu, BOSSUETHist. II, 4Le peuple romain, ayant abattu les Gaulois et les Africains, ne voit plus rien à craindre et combat dorénavant sans péril, BOSSUETib. I, 8Les victoires de Léonce avaient abattu les Sarrasins et rétabli la gloire de l'empire en Orient, BOSSUETib. I, 11Laisser tomber, abaisser. Abattre sa robe. Il abattit sa toge.Faire retomber. Abattre la poussière. Abattre les bouillons d'un liquide en ébullition.Oter les forces du corps ou de l'âme, faire tomber. Abattre les forces d'un malade. La moindre fièvre l'abat. Abattre le courage. La peur nous abat. Le sage ne se laisse pas abattre par le malheur. Abattre l'audace, l'insolence. La pluie, dit-on, abat le vent. Me laissant abattre à la plus légère infirmité qui m'arrive, BOURD.Pens. t. II, p. 406On lui en cache une partie, afin de ne le pas étonner dès l'entrée de la carrière et de ne lui pas abattre le coeur, BOURD.ib. t. I, p. 89Elle est tellement abattue de la perte de M. de la Rochefoucault, SÉV.421Ses malheurs n'avaient point abattu sa fierté, RAC.Ath. II, 5.... tu ne prétends pas qu'il [le destin] m'abatte le coeur Jusqu'à te rendre hommage et te nommer seigneur, CORN.Mort de Pompée, III, 4Abattons sa superbe avec sa liberté, CORN.ib. I, 1Et du premier revers la fortune l'abat, ID.Cinna, IV, 5Les pensées pures qui le rendraient heureux, s'il pouvait toujours les soutenir, le fatiguent et l'abattent, PASC.édit. Cousin.Le vrai courage ne se laisse jamais abattre, FÉN.Tél. XXPour abattre leur orgueil, FÉN.ib. IILa prospérité nous élève, l'affliction nous abat, MASS.Mart.La plus petite mortification abat votre corps, MASS.Tiéd.Prov. Petite pluie abat grand vent, c.-à-d. peu de chose suffit pour calmer une grande querelle.Police. Mettre à mort, en parlant d'animaux.Abattre du bois, ou abattre de la besogne, faire beaucoup d'ouvrage.En termes de marine, abattre un navire, le mettre sur le côté pour le réparer. Abattre, se dit d'un bâtiment qui tourne sur lui-même autour de son axe vertical. Le navire abat.Au jeu de trictrac, abattre du bois, jouer beaucoup de dames de la pile, afin de caser plus aisément.10°Aux cartes, abattre son jeu, le mettre sur table pour le montrer.11°Fauconn. Abattre l'oiseau, le tenir serré entre les deux mains pour lui faire prendre quelque médicament.12°Corroierie. Abattre les cuirs, dépouiller les animaux tués.13°Vétérinaire. Abattre un cheval, le coucher sur un lit de paille, dans une position favorable soit pour l'opérateur, soit pour l'opération.14°En maréchalerie, abattre du pied, enlever une partie de corne qui est sur la face inférieure du sabot. C'est avec le rogne-pied ou le boutoir que le maréchal abat du pied.15°Manége. Abattre l'eau d'un cheval, essuyer l'eau d'un cheval lorsqu'il sort de l'eau ou lorsqu'il est en sueur.16°Abattre la frisquette et le tympan, se dit du mouvement que fait l'imprimeur après que sa feuille a été placée sur le tympan.S'ABATTRE, v. réfl.17°Se jeter à terre, et aussi tomber, descendre en volant. Ces deux rivaux veulent s'abattre. Le cheval s'étant abattu. Le vautour s'abattit sur.... Aigle qui s'abat doucement. L'oiseau s'abattit mourant. De la force du coup pourtant il [le sanglier] s'abattit, LA FONT.Fab. VIII, 27Si dessous sa valeur ce grand guerrier s'abat, CORN.Cid, II, 5Nous comparions notre France à la Grèce, Quand un pigeon vient s'abattre à nos pieds, BÉRANG.Pig.Il est tombé en ruine par sa volonté dépravée, le comble s'est abattu sur les murailles, et les murailles sur le fondement, BOSSUETLa Vallière, Profession.18°S'apaiser. Le vent s'abat. Son ressentiment s'abattit peu à peu. Dès le premier effort sa colère s'abat, MAIR.Mort d'Asdr. IV, 1ABATTRE, DÉMOLIR, RENVERSER, RUINER, DÉTRUIRE. Idée générale, faire tomber. L'idée propre d'abattre est celle de jeter à bas : on abat ce qui est élevé, haut. Celle de démolir est de rompre la liaison d'une masse construite : on ne démolit que ce qui est bâti. Celle de renverser est de mettre à l'envers ou sur le côté, ce qui était bien placé ou debout, droit, sur pied : on renverse ce qui peut changer de sens et de direction. Celle de ruiner est de faire tomber par morceaux : on ruine ce qui se divise et ce qui se dégrade. Celle de détruire est de dissiper entièrement l'apparence et l'ordre des choses : Le temps détruit tout, GUIZOT.XIe s. Ki abate femme à terre pur faire lui force...., L. de Guill. 19De Saragoce [il] a la porte abatue, Ch. de Rol. 267Mort il l'abat sur un buisson petit, ib. 243Ô ses cadables les turs [il] en abatiet, ib. 8XIIe s. Des abatus est la terre jonchée, Ronc. p. 137Diex sait bien du felon abattre la bobance, ib. p. 197En mi la place [il] l'abattout estendu, ib. p. 61.... lor orguels qu'est si grans Fust abatus...., ib. p. 27Il [les guerriers] fauchent et abatent com vilain en essart, Saxons, 19Toute plaine sa lance [il] l'abat mort au sentier, ib. 11XIIIe s. Et li Venicien firent abatre les murs et les tors, VILLEH.56S'il [le faucon] abat aue [oie] ou autre oisiel, l'EscoufleLi cuens [comte] de Champaigne Et li rois d'Espaigne Fussent vil et abattu, Et France fust en vertu, HUES DE LA FERTÉRomanc. 191Je m'ocirai s'autres que Garin m'ait [pour femme] ; Dieus le me doint ! Tous ces maus [il] abatrait, ib. p. 72Maint chastel abatu, mainte vile essilie [ruinée], Berte, 2Le servise que il li fera doit estre conté raisnablement et abatu de la dette, Ass. de Jér. I, 189Il est tenu et gardé à droit que les lois soient abatues par desacostumance, Livre de justice, 6Mahom [Mahomet], chou [ce] dist li sains hermites, Tu desloiaux et pleins de rage, Abateras saint mariage, Rom. de Mahomet, 51Et s'il iere si bien apris Qu'el [l'envie] ne peüst de tot son pris Rien abatre ne desprisier...., la Rose, 274Et dit l'en que ces choses viennent du paradis terrestre, que le vent abat des arbres qui sont en paradis, JOINV.220Iceulx Blancs [Manteaux, ordre religieux] furent abatus au concile de Lyon, que Gregoire le Xe tint, JOINV.299L'an mil deux cens soixante trois furent abatus li mansois [sorte de monnaie], DU CANGEabatare.XIVe s. Toutes autres monnoyes soient abatues [démonétisées], DU CANGEabatere.XVe s. Les cardinaux apaisoient les Romains et abatoient leur ire ce qu'ils pouvoient, FROISSARTII, II, 20Et à mes pieds t'a abattu à terre, CH. D'ORLÉANS1XVIe s. Il faut dire que le zele est bien debile, quand il s'abat pour si peu, CALVIN275Le sacrifice plaisant à Dieu est un esprit abbatu, CALVINInst. 692Les chevaux s'en coururent à bride abbatue avec leur charriot devers la ville de Rome, AMYOTPubl. 26Valerius fait abattre sa maison et la razer jusques en terre, AMYOTib. 18L'on commencea à user d'engins de baterie pour abbatre grosses murailles, AMYOTPéric. 52Elle fit serrer les portes et abbatre les grilles et les harses qui se fermoient à grosses serrures et fortes barrieres, AMYOTAntoi. 99Il fut contraint d'abattre sa barbe, DES PÉRIERSCont. 19Les forces abbattues par l'aage, MONT.II, 19Les courages sont abbattus, MONT.I, 24Il m'advient souvent en telle sorte de propos abbattus et lasches, propos de contenance, de...., MONT.III, 277À et battre ; bourguig. aibaitre ; wall. abate ; provenç. abatre ; catal. abatrer ; espag. abatir ; ital. abbattere.ABATTRE. Ajoutez :15° Faire effort sur l'extrémité d'un levier, en l'abaissant près de terre, de manière à faire tourner un treuil horizontal. Ce mot s'emploie principalement dans la manoeuvre de la chèvre ; on emploie, dans l'artillerie, pour déterminer ce mouvement, le commandement : Abattez.
(a-ba-tu, tue)part. passé.
Jeté à terre. Des arbres abattus par le vent. Perdrix abattue d'un coup de fusil. Les statues de Néron abattues par l'ordre du sénat. On te croirait toujours abattu sans effort, CORN.Cid. II, 2Et ma tête abattue ébranlerait la vôtre, CORN.Sert. IV, 2J'adorerais un Dieu sans force et sans vertu, Reste d'un tronc par les vents abattu, Qui ne peut se sauver lui-même, RAC.Esth. II, 9Mon coeur, respectant sa vertu, N'accable pas encore un rival abattu, RAC.Alex. III, 2Affaibli, privé de son pouvoir, de ses forces, de son courage, de son énergie. Abattu par la maladie. Parti abattu. Carthage abattue par les revers de la deuxième guerre punique. Je me sens tout abattu. Abattu par le chagrin. Esprits abattus. Il n'est pas abattu, malgré les mauvaises nouvelles. Le coeur de son père se repose sur elle, comme un voyageur abattu par les ardeurs du soleil se repose à l'ombre sur l'herbe tendre, FÉN.Tél. XXIILa douce vapeur du sommeil ne coule pas plus doucement dans les yeux appesantis et dans tous les membres fatigués d'un homme abattu que les paroles flatteuses de la déesse s'insinuaient pour enchanter le coeur de Mentor, FÉN.ib. VIIMoi-même, Arnauld, ici, qui te prêche en ces rimes, Plus qu'aucun des mortels par la honte abattu, En vain j'arme contre eux une faible vertu, BOILEAUÉp. IIICes mortels ennemis, sur qui l'on avait eu l'avantage, et qui semblaient abattus et vaincus, commencent à se relever, BOURD.Pensées, t. III, p. 106Vous êtes l'âme la plus abattue au premier péril, MASS.Car. Par.Visage abattu, CORN.Sert. v, 3Je demeure immobile et mon âme abattue Cède au coup qui la tue, CORN.Cid. I, 1Pison a l'âme simple et l'esprit abattu, CORN.Oth. II, 4La main qui me tue Rend sous mes déplaisirs ma constance abattue, CORN.Cinna, IV, 4Je m'agite, je cours languissante, abattue, RAC.Bérén. IV, 1Sa vue a ranimé mes esprits abattus, RAC.Ath. II, 5Et que puis-je au milieu de ce peuple abattu ?, RAC.Ath. I, 1Coeur abattu, RAC.Alex. v, 4Du vieux père d'Hector la valeur abattue Aux pieds de sa famille expirante à sa vue, RAC.Andr. IV, 5Sous le joug étranger j'ai vu tout abattu, VOLT.Orph. I, 2.... Et le peu qui m'en reste [d'amis] Sous un joug étranger baisse un front abattu, VOLT.Mér. v, 4ABATTU (a-ba-tu), État de ce qui est abattu. Le chien d'une arme à feu à percussion est dit à l'abattu quand il repose sur la cheminée.
(a-ba-tue)s. f.
Terme d'archit. peu usité aujourd'hui et ayant le même sens que RETOMBÉE (voy. ce mot).Salines. Travail d'une chaudière pleine d'eau salée, depuis le moment où on allume le feu jusqu'à celui où on la laisse reposer.
(a - ba - tur')s. f.
Terme forestier. L'action d'abattre, particulièrement les glands. Terme de chasse. Trace qu'un cerf laisse dans les broussailles où il a passé. Le cerf se reconnaît à ses abattures.
(a-ba-tée)s. f.
Terme de marine. Mouvement par lequel un navire, obéissant au vent, à la lame, à la marée, tourne sur une verticale qui passerait par son centre de gravité, et écarte la proue de la ligne du vent. Le mouvement par lequel le navire revient de l'abatée à la ligne du vent se dit auloffée, LEGOARANT L'abatée est involontaire ; l'auloffée est volontaire.L'Académie ne met qu'un t ; mais il en faudrait deux, à moins qu'on n'en retranche un dans abattre ; faire autrement, c'est multiplier inutilement les exceptions et les difficultés de l'orthographe.Abattre.
(a-ba-si-al, si-al' ; au plur. aba-si-ô)
Qui appartient à l'abbé, à l'abbesse ou à l'abbaye. Maison abbatiale. Droits abbatiaux. Fonctions abbatiales.Abbatiale, s .f . La maison abbatiale.Le P. Lallement allait écumer le plus souvent qu'il pouvait ce qui se passait à l'abbatiale de Saint-Germain-des-Prés, SAINT-SIMON370, 157XVIe s. Et cependant il fit grant chere des escus abbatiaux, DES PÉRIERSContes, 90Abbatialis, de abbas (voy. ABBÉ).
(a-ba-si-a)s. m.
Dignité, fonction d'abbé d'un monastère.Il faut admettre une lacune entre les deux abbatiats [de Jean et de Guillaume, abbés du monastère de Fécamp], Journ. offic. 5 oct. 1875, p. 8511, 3e col.
(a-bé-ie)s. f.
Monastère d'hommes ou de filles. Une abbaye fort riche.Le bénéfice attaché au titre d'abbé. Il avait jusqu'à trois abbayes.Les bâtiments du monastère. L'abbaye de Saint-Germain brûla en 1793. Quant à vous, suivez Mars, ou l'amour, ou le prince ; Allez, venez, courez ; demeurez en province ; Prenez femme, abbaye, emploi, gouvernement ; Les gens en parleront, n'en doutez nullement, LA FONT.Fab. III, 1Abbaye en règle, celle à laquelle on ne peut nommer qu'un religieux. Abbaye en commande, celle à laquelle on peut nommer un ecclésiastique séculier.Prov. Pour un moine l'abbaye ne faut pas, c.-à-d. pour un qui fait défaut, une partie ne manque pas, un projet ne s'en exécute pas moins.XIe s. Se ceo fust u evesqué u abbeie...., L. de Guill. 1XIIe s. Se delivrast al regne nul liu [lieu] cum eveschiez, Priorez, abeies, u nuls arceveschiez, Li reis en saisireit les rentes et les fiés, Th. le Mart. 61Deu [elle] servira dedens une abaïe, Ronc. 148A la riche abaie du baron St-Maart [Médard], Sax. 29Vous estes de l'abaïe As [aux, des] s'offre à tous (vous êtes de celles qui s'offrent à tous) ; Si ne vous nommerai, Romanc. 89XIIIe s. St-Estienne, une abaie qui estoit à trois lieues de Constantinoble, VILLEH.61Et avant en devroit porter heritage uns cousins en tiers degré ou en quart, de lignage du pere au religieus, que ses fix qui isteroit [sortirait] de l'abbeie pour avoir heritage, BEAUMANOIRLVI, 2Et puis [il] se rendit moine dedens une abeie, Berte, 2XVe s. Car amour, en son abbaye Se tenoit chef de son couvent Ou [au] temps qu'ay congneu en ma vie, CH. D'ORL.Ball. 52Provenç. et espagn. abadia ; ital. abbadia ; de abbatia, de abbas (voy. ABBÉ).
(a-bè-s')s. f.
Supérieure d'un monastère de filles et ayant droit de porter la crosse. Nommer, élire une abbesse.XIIIe s. Pierres Abailart reconfesse Que suer Heloïs, l'abeesse Du Paraclet, qui fut s'amie, Acorder ne se vouloit mie Por riens, qu'il la preïst à femme, la Rose, 8800Provenç. abbadessa ; espagn. abadesa ; ital. abbadessa ; de abbatissa, de abbas (voy. ABBÉ).
(a-bé)s. m.
Celui qui gouverne ou possède une abbaye. Abbé crossé et mitré. Élire un abbé.Abbé régulier, abbé qui était religieux lui-même et portait l'habit de son ordre.Abbé en second, prieur d'un monastère.Abbé des abbés, titre de l'abbé du Mont-Cassin, parce que tous les moines de l'Occident avaient reçu leur règle de cette abbaye.Abbé cardinal, titre honorifique accordé par le pape, particulièrement aux abbés en chef, lorsque des abbayes qui avaient été réunies se séparaient.Prov. Pour un moine on ne laisse pas de faire un abbé, c'est-à-dire que l'absence d'un homme n'empêche pas un projet de s'exécuter.Nous l'attendrons comme les moines font l'abbé, c'est-à-dire, s'il ne vient pas à l'heure fixée, nous ne l'attendrons pas.Le moine répond comme l'abbé chante, c'est-à-dire les inférieurs se conforment aux habitudes de leurs supérieurs.Jouer à l'abbé, jeu où l'on est obligé de faire tout ce que fait celui qui a été désigné pour chef et qu'on nomme abbé.Se promettre la vigne de l'abbé, se promettre une vie de délices.Tout homme qui porte un habit ecclésiastique. Un jeune abbé. Un abbé de cour. Qui peut concevoir que certains abbés, à qui il ne manque rien de l'ajustement, de la mollesse et de la vanité des sexes et des conditions, qui entrent auprès des femmes en concurrence avec le marquis et le financier, et qui l'emportent sur tous les deux, qu'eux-mêmes soient, originairement et dans l'étymologie de leur nom, les pères et les chefs de saints moines et d'humbles solitaires, et qu'ils en devraient être l'exemple ?, LA BRUY.14XIe s. Assez i a evesques et abéz, Ch. de Rol. 209XIIe s. Donc enveia li bers au comte dous [deux] abéz, Qu'il lui doinse [donne] conduit...., Th. le Mart. 51Quatorze rois i ot à heure de souper, Evesques et abbés, que je ne sai nomer, Sax. 13XIIIe s. Là trova il moult grant gent et maint abbés et maint barons et maint autres homes du païs de Bourgogne, VILLEH.28La justice laie les doit penre [prendre] et rendre à lor abbés, BEAUMANOIRLVI, 1Quant evesque et abbé reviendront de signer [faire le signe de la croix], Berte, 11Lors fu li abes molt dolent, Pleins fu de maltalent e d'ire, Grégoire le Grand, p. 44XVIe s. Plusieurs allans le chemin de Paris voyoient chapeaux et manteaux par terre qu'on ne daignoit amasser, les prenoient pour fils venant de St-Mathurin ou pour gens qui jouoient à l'abbé de Maugouverne, D'AUB.Hist. I, 134Provenç. abbat ; espagn. abad ; portug. abbade ; ital. abbate ; de abbatem, au nominatif abbas, du syrien aba qui signifie père. Dans l'ancien français au nominatif singulier li abe [e muet], venant de ábbas avec l'accent sur la première syllabe ; le abé, li abé, les abés [e fermé] au régime singulier, au nominatif pluriel et au régime pluriel, venant de abbátem, abbátes, avec l'accent sur la seconde syllabe.ABBÉ. Ajoutez :Nom donné autrefois aux chefs de certaines confréries d'artisans dans le Midi. Le local de la confrérie se nommait abbaye, nom qui est encore usité en Suisse, notamment à Berne.
(a-bé-sé)s. m. L'Académie écrit A B C en séparant les lettres ; d'autres écrivent ABC en les joignant ; d'autres A, B, C, avec des virgules.
Petit livre contenant l'alphabet et la combinaison des lettres pour apprendre à lire aux enfants. Cet ABC est commode.Fig. Le commencement, le rudiment d'un art, d'une science. C'est le fondement et l'ABC de toute notre morale, PASC.Prov. 5L'enchanteresse Nérie Fleurissait lors, et Circé Au prix d'elle en diablerie N'eût été qu'à l'Abc, LA FONT.Coupe ench.Loc. Par Abc, par toutes les lettres de l'alphabet. Il l'a maudit par Abc, il lui a donné toutes les malédictions du monde.Prov. Renvoyer quelqu'un à l'Abc, le traiter d'ignorant. Remettre quelqu'un à l'Abc, le remettre aux éléments.XIIIe s. Il vos apenra l'abc, F. et Contes, IV, p. 436Lor novoz [neveux] sont avant chanoine, Qu'il aient apris l'abecé, ib. I, p. 305XIVe s. Pour ceste science plus clerement entendre, je veul exposer aucuns mos selon l'ordre l'a b c, ORESMEÉth. 334XVe s. Nous avons tenu à l'escole le dit Henri dès ce qu'il fust mis à l'abeçoy, DU CANGEabecedarium.XVIe s. Rendre nos soldats autres qu'eux mesmes, les remettre à l'abc de leurs pas et paroles, D'AUB.Hist. II, 486
(a-bé-sé-dé)s. m.
Se dit quelquefois pour ABC.
(ab-si-s')s. f.
Voy. ABSCISSE.
(ab-sê ; l's en liaison ne se prononce pas d'ordinaire dans la conversation. L'abcès est ouvert, dites : l'ab-sê est ouvert. Mais, dans la lecture soutenue, on dirait : l'ab-sê-z est ouvert)s. m.
Terme de chirurgie. Amas de pus dans une cavité accidentelle dont la formation est due à la production de ce liquide au milieu des tissus. On reconnaît les abcès par la fluctuation. Ouvrir, percer un abcès. Vider un abcès. Il y avait un abcès dans la poitrine qui s'est crevé, SÉVIG.364Fig.[Par la confession] dès qu'on a percé l'abcès et qu'on l'a jeté dehors, on sent tout à coup la sérénité se répandre dans l'âme, BOURD.Pens. t. I, p. 330ABCÈS, ÉPANCHEMENT DE PUS, INFILTRATION DE PUS. L'abcès est dans une cavité accidentelle ; l'épanchement de pus est dans une cavité naturelle du corps ; il y a un épanchement de pus dans l'articulation. Dans l'infiltration purulente, le pus est en contact immédiat avec les tissus, tandis que, dans l'abcès, il en est séparé par une couche molle de nouvelle formation.Abcessus, de abcedere, abcéder.ABCÈS. Ajoutez : - HIST. XVIe s.Cure generale du phlegmon lorsqu'il est degeneré en abcès, PARÉVII, 10
(ab-sé-dé ; cé devient grave quand la syllabe qui suit est muette : abcède ; non au fut. et au condit. : abcédera, abcéderait)v. n.
Terme de chirurgie. Se terminer par un abcès. Cette tumeur est dure ; elle n'abcédera pas. La tumeur abcédant, la peau se décolla. Ce verbe se conjugue avec être ou avoir. La tumeur est abcédée, en parlant d'un état durant déjà depuis quelque temps. Elle a abcédé, pour exprimer l'action même de s'ouvrir.On trouve quelquefois dans des livres de médecine s'abcéder, comme si abcéder était un verbe réfléchi. C'est une faute, abcéder est un verbe neutre, et on ne peut pas plus dire s'abcéder que se procéder.Abcedere, de ab signifiant sortie, et cedere, aller, se porter (voy. CÉDER).
(ab-cé-dé, dée)part. passé.
Terme de chirurgie. Tumeur abcédée, tumeur qui s'est terminée par un abcès.
(ab-da-lâ)s. m. plur.
Nom général que les Persans donnent aux religieux.Arabe abd, serviteur, et Allah, Dieu, serviteur de Dieu (voy. ALLAH).
(a-bdi-ka-tê-r')s. m.
Celui qui fait abdication. J'allai, sans façon, offrir l'hommage de mon respect au roi abdicataire de Sardaigne, CHATEAUBR.Mém. d'outre-tombe (éd. de Bruxelles), t. II, Palais du card. Fesch, etc.
(ab-di-ca-sion)s. f.
Action d'abdiquer ; se dit de celui qui abdique et de la chose qui est abdiquée. L'abdication de Sylla. de Dioclétien, de Charles - Quint. Faire abdication. L'abdication de la couronne, de l'empire.Dans l'ancienne jurisprudence, l'acte par lequel un père privait son fils des droits que celui-ci avait dans la succession : l'abdication était une exhérédation prononcée pendant la vie.Abdicatio, de abdicare, abdiquer.
(ab-di-ké)v. a.
Abandonner le pouvoir suprême, de hautes fonctions. Dioclétien abdiqua l'empire. Abdiquer le consulat. C'était une chose assez rare qu'un philosophe turc qui abdiquait la couronne, VOLT.Moeurs, 89J'abdique pour jamais le rang de sénateur, VOLT.Catil. IV, 2Fig. Renoncer à.... Abdiquer sa liberté. Si j'étais l'offensée, écoutant l'indulgence, J'abdiquerais pour vous le droit de la vengeance, M. J. CHÉN.Tib. IV, 3v. n. Charles X abdiqua en 1830 en faveur de son petit-fils. Lors de la fin du schisme, un pape fut forcé d'abdiquer. Un inconstant vieillard, lassé du diadème, Abdique imprudemment et s'en repent de même, DUCISLear, I, 1ABDIQUER, SE DÉMETTRE. C'est en général quitter un emploi, une charge. Abdiquer ne se dit guère que des postes considérables. Se démettre s'applique plus aux petites places qu'aux grandes. L'abdication peut être forcée aussi bien que la démission, GUIZ., Il semble aussi que l'abdication se fait plutôt d'une manière publique, éclatante. Une autre différence tient à celle des préfixes ab et dé. Abdiquer exprime un acte brusque, s'achevant en un seul coup, au lieu que se démettre désigne quelque chose de successif, une délibération. Abdiquer exprime le fait ; se démettre le représente s'accomplissant, ou dépeint le travail qui y mène, LA FAYE.Provenç. et espagn. abdicar ; ital. abdicare ; de abdicare, de ab, indiquant séparation, et dicare, faire connaître, publier. Bien que l'i soit bref dans dicare, et long dans dicere, cependant ces deux mots ne sont probablement que deux formes différentes d'un même mot.
(ab-di-ké, kée)part. passé.
La couronne de Suède abdiquée par Christine.
(ab-do-mè-n)s. m.
Terme d'anatomie. Le ventre, c'est-à-dire l'une des trois cavités splanchniques, la plus grande, située au-dessous de la poitrine, et bornée en haut par le diaphragme, en bas par le bassin, en arrière par les vertèbres lombaires, en avant par des plans musculeux.XVIe s. Les membranes de l'abdomen qui sont parties grandement sensibles, PARÉ20 bis, 1Le latin abdomen, dont l'étymologie est incertaine. Il semble que le verbe abdere, cacher, y a la part principale ; mais la finale omen est-elle un suffixe verbal, comme imen dans regimen de regere ? Pourquoi alors le mot n'est-il pas abdimen ? La finale omen est-elle, au contraire, une autre forme de omentum, épiploon, de sorte que le mot signifierait qui cache l'épiploon ? Mais on ne connaît rien qui justifie l'admission de omen pour omentum. Enfin faudrait-il prendre omen dans son sens de présage, et entendre, ce qui cache le présage, à cause que l'on consultait les entrailles des victimes pour savoir l'avenir ? Comme on voit, le mot reste douteux.
(ab-do-mi-nal', nale ; au plur. ab-do-mi-nô)adj.
Qui appartient ou se rapporte à l'abdomen. Muscles abdominaux. Parois abdominales.Abdomen.
(ab-duk-teur)
Adj. m. Terme d'anatomie. Qui produit l'abduction. Muscles abducteurs. L'abducteur de l'oeil.XVIe s. Le muscle abducteur ou rameneur des doigts, PARÉIV, 32Voy. ABDUCTION.
(ab-du-ksion)s. f.
Terme d'anat. Mouvement qui écarte un membre ou une partie quelconque du plan mitoyen qu'on suppose partager le corps longitudinalement en deux moitiés semblables ou symétriques. Pour la main et le pied, plusieurs anatomistes ont admis une ligne médiane particulière et ont appelé abduction le mouvement par lequel les autres doigts s'écartent de celui du milieu.XVIe s. Des interrossels, l'externe monte pour estendre la paume de la main et aider l'abduction des doigts du poulce, PARÉIV, 29Abductio, de abducere, emmener, de ab, indiquant écartement, et ducere, mener (voy. DUIRE).
(a-bô-sir)v. réfl.
Marine. Se mettre au beau. Le temps s'abeausit.
(a-bè-ké)v. a.
Donner la becquée. Abecquer un oiseau, et, par extension, abecquer un enfant.Entre les deux orthographes indiquées par l'Académie, la meilleure est abecquer, à cause qu'elle indique la prononciation de la seconde syllabe qui est celle de bec, un e moins fermé que l'e fermé proprement dit. De plus, il n'est pas besoin de changer l'accent, ce qu'il faut faire avec abéquer, mettant un accent grave quand la syllabe qui suit est muette : abèque, mais au futur abéquerai.À et bec ; génev. abécher.ABECQUER. - ÉTYM. Ajoutez : On a dit abecher, D'AUB. Tragiques, I, et RACAN : Comme il abeche dans les airs Les corbeaux naissants.... Ps. 146.
part. passé
Petits oiseaux abecqués par leur mère.
(a-bè-ll' ; ll mouillées)s. f.
Insecte qui produit le miel et la cire, et qui appartient au genre des insectes hyménoptères. Un essaim d'abeilles se compose d'une femelle, de mâles et de neutres ou ouvrières ; les femelles et les neutres sont armés d'un aiguillon long d'environ deux lignes. L'aiguillon de l'abeille reste presque toujours dans la piqûre, si l'insecte a été chassé brusquement. L'abeille recueille le miel dans les fleurs. Comme on voit les frelons, troupe lâche et stérile, Aller piller le miel que l'abeille distille, BOILEAUSat. ILes lieux où croît l'encens, où murmure l'abeille, DUCIS.Abuf. I, 5Je suis chose légère et semblable aux abeilles, A qui le bon Platon compare nos merveilles, LA FONT.Ép. à Huet.Et semblable à l'abeille en nos jardins éclose, De différentes fleurs j'assemble et je compose Le miel que je produis, J. B. ROUSS.Ode au C. de Luc.Le ruisseau n'apprend pas à couler dans sa pente, L'aigle à fendre les airs d'une aile indépendante, L'abeille à composer son miel, LAMART.Nouv. méd. VEt que mes doux regards soient suspendus au tien, Comme l'abeille avide aux feuilles de la rose, LAMART.ib. XLa reine des abeilles. Autrefois on croyait que c'était un roi. Jusqu'au son de sa voix [de Louis XIV] et à l'adresse et à la grâce naturelle et majestueuse de toute sa personne le faisaient distinguer jusqu'à sa mort comme le roi des abeilles, SAINT-SIMON406, 68Le manteau impérial et les armoiries de Napoléon étaient semées d'abeilles d'or. Aussi a-t-on dit quelquefois les abeilles pour l'Empire.Constellation australe qu'on nomme aussi Mouche indienne.XIIIe s. Et se il trovent aucun emblant ées (abeilles) en la forest, cil qui i seront trové feront au seigneur soixante sols d'amende, DU CANGEapiculariiIl m'avironnerent aussi comme es, Psautier, f. 143XVe s. Le suppliant et Colin trouverent une bezanne [ruche] d'abeulles, la levèrent et en prirent tout le couppeau et le miel de dedans, DU CANGEbesana.Une multitude d'avilles, ce sont mouches qui font la cire et le miel, DU CANGEavillarium.XVIe s. Les ruches sont pleines quand les abeilles chassent opiniastrement de leurs ruches les freslons ou abeillauds, OL. DE SERRES447Les abeilles ou avettes, les guespes, les freslons, PARÉ23, 34Ainsi qu'au mois d'avril, on voit de fleur en fleur, De jardin en jardin, l'ingénieuse abeille Voleter et piller une moisson vermeille, RONS.Sonn. à des Caurres.Berry, avette ; picard, ès, eps ; provenç. abelha ; espagn. abeja ; ital. ape. L'ital. ape, l'anc. franç. ée, le picard ès, eps viennent de apis ; le berry vient d'un diminutif en ette, apette ou avette ; le français, le provenç. et l'espagn. d'un diminutif apicula. Dès les premiers temps du bas-latin, on trouve une tendance à substituer le b au p du mot primitif ; par ex. De furtis abium, Lex Sal. LASPEYRES, p. 26.
(a-bè-llé, ll mouillées)s. m.
Rucher, endroit où sont les ruches d'abeilles.Que fait ma mère ? est-elle encore Au jardin près de l'abeiller ?, JUSTE OLIVIERChansons lointaines, la VisitePatois du pays de Vaud, avellî (ll mouillées), d'abeille. M. Olivier a francisé le mot patois ; abeiller est un joli mot.
(a-bè-llê-r', ll mouillées)adj. f.
Qui est relatif aux abeilles. Il en est de même [dans le Chablais] de l'industrie abeillère, qui fournit le beau miel de Chamonix, HEUZÉla France agricole, p. 8
(a-bè-llé, llée, ll mouillées)adj.
Garni d'abeilles, en termes d'armoiries. Le manteau impérial était abeillé.
(a-bèr-ja-j')s. m.
Ancien terme de jurisprudence. Contrat primitif et première concession, que le seigneur faisait de son fonds à son premier emphytéote, Répertoire de jurisprudence de Merlin.
(ab-èr-ran, ran-t')adj.
Terme didactique.. Qui s'écarte d'un type. Les cas pathologiques ou aberrants ne font pas même exception ; et on ne vit jamais sans un chef, au moins temporaire, ni une horde de brigands, ni une bande d'émeutiers, pas plus qu'un orchestre ou une troupe d'opéra, GUARIN DE VITRYla Philos. posit. t. XVI, p. 400Lat. aberrare, s'écarter, de ab, marquant séparation, et errare (voy. ERRER).
(a-bè-rra-sion)s. f.
Terme d'astronomie. Mouvement apparent observé dans les étoiles et qui résulte du mouvement annuel de la terre. L'étoile pouvait donner quelque marque d'aberration, VOLT.Newton, II, 1L'aberration des étoiles dépend de la vitesse de leur lumière, combinée avec celle de la terre dans son orbite, LAPLACEExp. IV, 17Terme d'optique. Aberration de réfrangibilité, diffusion du foyer des rayons lumineux concentrés par un verre biconvexe, qui dépend de ce que, les rayons diversement colorés n'ayant pas la même réfrangibilité, la lentille ne peut les concentrer tous dans le prolongement de son axe.Aberration de sphéricité. Autre genre de diffusion des rayons lumineux concentrés par un verre biconvexe, qui tient à ce que la figure des lentilles ne permet qu'aux rayons très voisins de l'axe de concourir sensiblement en un point commun, tous les autres, qui éprouvent une réfraction plus forte, coupant l'axe en deçà de ce point ; d'où il suit que le foyer, au lieu de représenter un point, est réellement un espace d'une certaine étendue, et que l'image principale, celle qui se produit à l'endroit où se réunissent le plus de rayons, est comme offusquée par une multitude d'autres images qui rendent la vision confuse.Fig. Erreur de jugement, égarement. Aberration des sens, du jugement. Les aberrations de la philosophie sophistique. Des aberrations morales. Ce mot n'a pris le sens figuré que dans le courant du XVIIIe siècle ; il s'introduisit grâce à l'usage qu'on en faisait dans le langage scientifique.Aberratio, de aberrare, de ab, loin, et errare (voy. ERRER).
(a-bor-ra-bl')adj.
Qui mérite d'être abhorré.XVIe s. Pour celuy [nom] de Furstemberg, il estoit trop hay et abhorable aux François, BRANT.Cap. estr. Furstemberg.
(a-bo-rré)v. a.
Éprouver de l'horreur pour, repousser avec horreur. Abhorrer quelqu'un. Se faire abhorrer de quelqu'un. Il abhorre la cruauté. Abhorrer le nom de roi. Dans l'éternel oubli je dormirais encore ; Mes yeux n'auraient pas vu ce faux jour que j'abhorre, LAMART.Médit. XVIIIIl déteste l'autre, il l'abhorre, parce qu'il y voit tout à la fois et Dieu déshonoré et l'homme perdu, BOURD.Pens. t. III, p. 367Le Roi n'avait point donné d'ouverture ni de prétexte aux excès sacriléges dont nous abhorrons la mémoire, BOSSUETR. d'Anglet.C'est ce qui me le fait justement abhorrer, RAC.Phèd. I, 5Honteux d'avoir poussé tant de voeux superflus, Vous l'abhorriez : enfin, vous ne m'en parliez plus, RAC.Andr. I, 1.... Oracles que j'abhorre, Sans vos ordres, sans vous, mon fils vivrait encore, VOLT.Oed. IV, 1Sauvez-moi du tourment d'être à ce que j'abhorre, MOL.Tart. IV, 3S'abhorrer, v. réfl.Se haïr réciproquement. Ces deux hommes s'abhorrent.Se haïr soi-même. Je hais le monde entier, je m'abhorre moi-même, VOLT.Zaïre, v, 6ABHORRER, DÉTESTER, HAÏR. Les deux premiers mots marquent également des sentiments d'aversion, dont l'un est l'effet du goût naturel ou du penchant du coeur, et l'autre, l'effet de la raison et du jugement. Ou pour mieux dire, suivant l'étymologie, on abhorre tout ce pour quoi on a une horreur, une répulsion ; on déteste tout ce que l'on veut écarter, tenir loin de soi. Dans abhorrer et détester, le sentiment que l'on ressent n'est pas le même : avec le premier on frissonne, avec le second on repousse. C'est pour cela que les auteurs de synonymes ont dit que détester s'applique à ce qu'on ne peut estimer, à ce que l'on condamne, à ce que l'on juge mauvais ; et que abhorrer s'applique à ce qui excite antipathie, répugnance. Cela exposé, on voit quelle nuance sépare ces deux verbes, et comment ils peuvent être pris l'un pour l'autre. Haïr est le terme général, par conséquent il exprime une nuance moins forte. On hait tout ce qu'on déteste et ce qu'on abhorre ; mais dans haïr ne sont pas marquées les distinctions qu'impliquent détester et abhorrer.XVIe s. C'est la cause pour quoi de tous sont hués et abhorryz, RABEL.Garg. I, 40Ilz crachoient dedans les platz, affin que les houstes [hôtes], abhorrens leurs infames crachatz, desistassent manger, RABEL.Pant. III, 16Ceux qui soufroient de fait tout ce que font les rois à leurs subjets, detestoient et abhorrissoient encore neantmoins ce nom de roi, AMYOTAnt. 16Provenç. aborrir, aorrir ; espagn. aborrecer ; ital. aborrire ; de abhorrere, de ab, indiquant séparation, et de horrere, avoir horreur (voy. HORREUR). La conjugaison a été en ir en provençal, en français et en italien, le verbe latin ayant été transformé en abhorire. C'est après le XVIe siècle qu'on a dit, d'après le latin, abhorrer au lieu d'abhorrir.
(a-bo-rré, rrée)part. passé.
Abhorré comme il est. Abhorré de tous. Abhorré de tout ce qui l'environne. Néron abhorré par Rome et par les provinces. Chez nos dévots aïeux le théâtre abhorré, BOILEAUArt poét. IIILe nom de Polyphonte est partout abhorré, VOLT.Mér. v, 8.... Et, changeant la gloire en outrage, T'offrir un triomphe abhorré, LAMART.Médit. XIX.Abhorré de, abhorré par. L'un et l'autre se disent. Plutôt de, quand abhorré est surtout considéré comme indiquant un état ; plutôt par, quand abhorré est surtout considéré comme participe passif. Néron, abhorré de ses sujets, succomba sous l'indignation générale. Néron a été abhorré par ses sujets. Plutôt de que par quand le nom n'a pas d'article : Abhorré de tous.
(a-bi-ga-ïl)s. f.
Une des femmes du roi David.Dans le langage familier, femme de chambre. On vit paraître une superbe berline, forme anglaise, à quatre chevaux, remarquable surtout par deux très jolies abigaïls, qui étaient juchées sur le siége du cocher, BRILLAT-SAVARINPhysiol. du goût, Variétés (désappointement).Angl. abigaïl, suivante, soubrette. Le nom biblique d'Abigaïl est devenu en Angleterre synonyme de femme de chambre (lady's maid), depuis qu'Abigaïl Masham, une fille de condition inférieure, qui était au service de la duchesse de Marlborough, fut placée par elle auprès de la reine Anne, et supplanta bientôt sa première maîtresse dans la faveur de la souveraine (BERTHOUD).
(a-bi-go-ti, tie)adj.
Devenu bigot, rendu bigot. Mot bon à remettre en usage.XVIe s. Ce moine [Jacques Clément] aiant donc esté receu du roi [Henri III], comme estoient les moines de cet esprit abigoti, il receut sa lettre estant à la chaise percée, D'AUB.Hist. III, 102À et bigot.
(a-bi-jé-a)s. m.
Terme d'ancien droit criminel. Délit de celui qui détourne les troupeaux d'autrui pour se les approprier.Abigeatus, enlèvement de troupeau, de abigeus, voleur, de abigere, chasser, éloigner, détourner, de ab, indiquant séparation, et igere pour agere, mener (voy. AGIR).
(a-bi-o-ti-k')adj.
Terme didactique.. Où l'on ne peut vivre. Qu'au-dessous [de 500 à 600m] commençait un immense désert sans plantes, sans animaux, auquel il [Forbes] donnait le nom de zone abiotique, A. RECLUSRev. mar. et col., juill. 1874, p. 150'A privatif, et du grec, où l'on peut vivre, du grec, vie (voy. VIE).
(ab-jè-kt' ou ab-jè, au fém. abjè-kt')adj.
Qui est rejeté et digne de l'être ; et, par conséquent, vil, méprisable. Les âmes abjectes. Il est d'une naissance abjecte. Tout ce qu'il y a de grand et tout ce qu'il y a d'abject, PASC.Édit. Cous.A peine peuvent-ils souffrir que l'Église soit dans l'éclat où elle est maintenant ; ils voudraient qu'elle fût aussi dépendante des puissances temporelles, aussi pauvre et aussi abjecte qu'elle l'était du temps des premiers Césars, BOURD.Sermons pour les dimanches, t. IV, p. 233Un sauveur pauvre, un sauveur abject et humilié, un sauveur souffrant et pénitent, BOURD.Pensées, t. III, p. 232Et moi, tout méprisable, tout néant que je suis, vile et abjecte créature, BOURD.ib. t. II, p. 12Le reconnaître, malgré son état pauvre et abject, pour le Dieu et le souverain maître de l'univers, BOURD.ib. t. III, p. 244Le sang le plus abject vous était précieux, RAC.Brit. IV, 3De quoi peut satisfaire un coeur si généreux Le sang abject et vil de ces deux malheureux ?, CORN.Mort de Pomp. IV, 1Un choix abject, CORN.Sert. v, 4Et dans les plus bas rangs les noms les plus abjects Ont voulu s'ennoblir par de si hauts projets, CORN.Cinna, IV, 4[Elle] ne prendra jamais un coeur assez abject Pour se laisser réduire à l'hymen d'un sujet, CORN.Nic. I, 1Rang abject, CORN.ib. II, 1Exemple abject, CORN.Oed. II, 4Esclave abject, CORN.Agés. II, 1Fortune abjecte, ROTROUSt-Gen. I, 7Au contraire, cet autre, abject en son langage, Fait parler les bergers comme on parle au village, BOILEAUArt poét. IIJ'avoue que la modestie des ministres et des pasteurs de l'Église ne doit avoir rien d'abject et de méprisable, MASS.t. X, p. 298Le mot esclave ne se présente à notre esprit qu'avec des idées abjectes, DIDER.Ess. sur Richardson.1. Il se met après son substantif ; dans quelques circonstances on peut le placer avant, mais surtout avec des noms féminins : abjecte naissance, abjecte créature.2. La prononciation de ce mot est incertaine. Plusieurs prononcent ab-jè-kt', et de même au pluriel ; d'autres ne font pas sentir le c, et disent abjè, comme dans sujet ; mais au féminin, ab-jé-kt'. Le fait est que dans le XVIIe siècle Corneille a fait rimer abject avec sujet et projet (voy. les exemples), ne prononçant pas le c. Je crois que c'est en effet la meilleure prononciation, et qu'il faut prononcer abject au masculin singulier ou pluriel comme on prononce sujet et projet, qui d'ailleurs sont composés de même ; et si la langue avait été conséquente, le c aurait disparu d'abject comme il a disparu des mots précités. On pourrait ainsi formuler la règle : quand la voix pourra s'arrêter sur abject, on ne fera entendre ni le c ni le t : un homme abject, prononcez abjè ; mais quand la voix ne s'y arrêtera pas, on fera sentir le c et le t : et dans ce vers de Boileau, Au contraire cet autre abject en son langage, on dira : ab-jè-kt en son langage. L'intervention de l'Académie pour décider ce cas de prononciation serait nécessaire.XVIe s.N'y ayant si pauvre, vil et abjet, criminel et prisonnier à qui cette permission [de faire l'aumône] soit jamais par aucune loi refusée, MARIE STUARTLettre du 15 mai 1585Abjectus, de abjicere, rejeter, de ab, marquant éloignement, et jicere pour jacere, jeter (voy. ce mot).
(ab-jè-kte-man)adv.
D'une façon abjecte.Abjecte au féminin, et ment (voy. MENT).
(ab-jèk-sion)s. f.
État abject. Tomber dans l'abjection. Il vécut dans la débauche et l'abjection. L'abjection des sentiments. Pour abaisser notre orgueil et relever notre abjection. On ne remarque chez cette nation [espagnole] aucun de ces tours de phrase qui annoncent l'abjection des pensées, CHATEAUB.Abenc. 165Terme de dévotion. Humiliation profonde devant Dieu. Une abjection volontaire et une entière abnégation des honneurs.En style de l'Écriture, rebut. L'opprobre des hommes et l'abjection du peuple.ABJECTION, BASSESSE. Signification commune, défaut d'élévation. La nature a placé des êtres dans l'élévation et d'autres dans la bassesse ; mais elle ne place personne dans l'abjection : l'homme s'y jette de son choix ou y est plongé par la dureté d'autrui, GUIZOT., En effet bassesse exprime un état où l'on est, et abjection un état où l'on a été jeté. La bassesse, quoique aussi grande que l'abjection, n'excite pas autant de mépris. Dans la bassesse on est au plus bas degré, dans l'abjection on inspire la répugnance et le dégoût. Dans la bassesse du langage et des sentiments, il y a manque de dignité ; dans l'abjection, il y a quelque chose d'ignominieux qui repousse, LAFAYE.Provenç. abjectio ; ital. abbiezzione ; de abjectione, de abjectus (voy. ABJECT).
(ab-ju-ra-sion)s. f.
Action d'abjurer, se dit et de celui qui abjure et de la chose abjurée. L'abjuration de Henri IV. L'abjuration du calvinisme par ce prince. L'abjuration du christianisme par Porphyre. L'abjuration qu'il fit de ses plus chères amitiés. L'abjuration de ses anciens principes lui a fait le plus grand tort.Faire abjuration, se dit d'une cérémonie publique par laquelle on quitte sa religion et on entre dans le sein du catholicisme. Elle fit abjuration au couvent de la Visitation, J. J. ROUSS.Conf. I IOn a prétendu qu'il ne pouvait y avoir abjuration que dans le sein du christianisme, c'est-à-dire que le mot ne s'employait que pour exprimer l'action de passer d'une secte chrétienne dissidente dans le sein du catholicisme. Cela n'est pas fondé. Abjuration ne comporte rien d'aussi précis ; et on peut dire en parlant d'un juif : l'abjuration du judaïsme.XVe s. Abjuration est un serrement que home ou feme prennent, quant ils ont commise felonie, et fui à l'Eglise pour tuition de leurs vies, eslisant plustost perpetuel banissement que à ester à la loi, DU CANGEabjuratio.XVIe s. Ce fut là où les jesuites dresserent la forme d'abjuration que nous avons alleguée, D'AUB.Hist. II, 484Abjuratio, de abjurare, abjurer (voy. ABJUREP).
(ab-ju-ra-toire)adj.
Qui concerne l'abjuration. Formule abjuratoire.Abjurer.
(ab-ju-ré)v. a.
Renoncer solennellement à. Abjurer un culte profane. La seule chapelle royale a vu plus de trois cents convertis abjurer saintement leurs erreurs entre les mains de l'aumônier, BOSSUETR. d'Angleterre.Quel spectacle que celui d'un vénérable vieillard [Galilée] abjurant à' genoux, contre le témoignage de sa propre conscience, la vérité qu'il avait prouvée avec évidence !, LAPLACEExp. v, 4. Des calvinistes abjurèrent lors de la révocation de l'édit de Nantes.Fig. Abjurer ses principes. Abjurer ses erreurs. Il abjura ses préventions. Abjurer le monde. Ce prince abjura toute prudence et se perdit.S'abjurer, être abjuré. L'hérésie s'abjurait. Des erreurs peuvent s'abjurer.XVIe s. A cela fut ajoustée une forme de serment pour abjurer le roi d'Espagne, D'AUB.Hist. II, 471Abjurare, de ab, indiquant éloignemen, et jurare, jurer.ABJURER. - HIST. Ajoutez : XIVe s. Et Jesus, sollaux [soleil] de droiture, Le diable atrible et ajure, à cui com mortiex anemis Est por pechié toz [tout] hom sourpris, MACÉBible en vers, f° 52, 2e col.
(ab-ju-ré, ée)part. passé.
Le calvinisme abjuré par Henri IV. De vieilles haines, depuis longtemps abjurées.
(a-bla-kta-sion)s. f.
Terme de médecine. L'action de cesser d'allaiter. Il a été employé pour exprimer la cessation de l'allaitement considérée par rapport à la mère, le mot sevrage s'appliquant plus particulièrement à l'enfant.Ablactatio, de ab, indiquant séparation, et lac, lait (voy. LAIT).
(a-blê)s. m. plur.
Blés coupés qui sont encore dans le champ.Bas-latin, abladium, de ad, à, et bas-latin, bladum, blé (voy. BLÉ).
(ab-la-kué-a-sion)s. f.
Action de creuser autour du pied d'un arbre une petite fosse destinée à retenir l'eau.Ablaqueatio, de ab, exprimant extraction, et laqueare, arroser, de lacus, lac (voy. LAC).
(a-bla-tif)s.m.
Terme de grammaire. Le sixième cas de la déclinaison latine. L'ablatif est dit parfois le cas latin, parce qu'il n'existe pas en grec.Ablatif absolu, nom d'une forme particulière à la langue latine, où un mot, accompagné d'un participe ou d'un adjectif, se mettait à l'ablatif, sans être en rapport avec un autre mot dans la phrase. Nous avons imité cette tournure : les parts étant faites, le lion parla ainsi. Abusivement, puisqu'il n'y a pas de cas en français, on a donné quelquefois le nom d'ablatif absolu à ces membres de phrases, détachés de tout le resteXVIe s. Quant rencontré a un accusatif Qui sa robe lui a fait ablative, CH. D'ORL.Rond. 68Ablativus, de ab, indiquant séparation, et de lativus, exprimant l'action de porter. Ainsi l'ablatif est le cas qui indique l'extraction. Lativus, mot inusité, vient de lotum, supin du verbe ferre. Latus, porté, est pour tlatus, qui, se rapportant à un terme grec est de même radical que le latin tolerare (voy. TOLÉRER).
(a-bla-sion)s. f.
Terme de chirurgie. Action d'enlever, de retrancher. L'ablation d'un membre, d'une tumeur, d'une exostose.Terme de grammaire. C'est la même chose que l'aphérèse, le retranchement d'une lettre au commencement d'un mot.XVIe s. Ces maladies ne se peuvent guerir sans ablation du virus, PARÉXVI, 1Souventes fois s'en ensuit ablation de l'action des muscles du thorax et des autres servans à la respiration, PARÉVIII, 10Ablatio (voy. ABLATIF).
(a-bla-ti-vo)
Mot populaire qui ne s'emploie que dans ce cas : ablativo tout en un tas, c'est-à-dire tout ensemble, avec confusion et désordre.Ablativus (voy. ABLATIF).
suffixe
Ce suffixe a deux significations. Dans la première, il est passif et il indique ce qui est digne de recevoir l'action exprimée par le radical : de aimer, aimable, qui mérite d'être aimé ; de exécuter, exécutable, qui peut être exécuté. Dans la seconde signification, ce suffixe est actif et indique ce qui peut produire l'action exprimée par le radical : de faveur, favorable, qui donne faveur ; de secours, secourable, qui donne secours. Dans cette seconde acception le suffixe ible est plus souvent employé.Abilis, suffixe latin.
(a-bl' ou a-blè-t')s. m. ou s. f.
Petit poisson blanc bon à manger, dont les écailles servent à la fabrication de l'essence d'Orient.XVe s. Es-tu le fol vieillart gregeois Qui nos dieux ne prise deux ables ?, Mart. de St DenysBas-lat. abula, de albula qui se trouve dans les gloses pour désigner une sorte de poisson, de albus, blanc (voy. AUBE). Ablette est le diminutif de able.
(a-ble-rè)s. m.
Terme de pêche. Filet carré attaché au bout d'une perche, avec lequel on pêche des ables et d'autres petits poissons.XIVe s. Nous defendons les ableres, DU CANGEableia.XVIe s. Un sac à pechier poisson, ung abliere et quatre filets, DU CANGEib.Able, s. m.
(a-blu-an, an-t')adj.
Terme de chirurgie. Qui lave, qui déterge. Les préparations abluantes agissent surtout par leurs particules aqueuses. Peu usité.Abluer.
(a-blu-é)v. a.
Terme technique. Laver, passer légèrement une liqueur préparée avec de la noix de galle sur du parchemin ou du papier, pour faire revivre l'écriture.Abluere, de ab, indiquant séparation, et luere, laver (voy. LOTION).
(a-blu-sion)s. f.
Action d'abluer. Dans la messe, l'ablution désigne le vin que le prêtre prend après la communion, ainsi que le vin et l'eau qu'on verse sur ses doigts et dans le calice après qu'il a communié. M. de Metz, ayant pris la première ablution et voyant au volume des petites burettes qu'il restait peu de vin pour la seconde, en demanda davantage, SAINT-SIMON329, 62Pratique religieuse qui consiste à se laver diverses parties du corps. Se purifier par une ablution. Faire une ablution. Combien toutes ces ablutions et ces expiations remplissaient l'esprit de superstitions, FONTEN.Oracl. I, 15XVIe s. Les indulgences font du sang des martyrs ablution des péchés, CALV.Inst. 523Et subit lui fait ablution d'Egyptiac, avec un petit d'eau de vie, PARÉVIII, 15Ablutio, d'abluere, abluer.
(a-blu-é, ée)part. passé.
Parchemin ablué.
(a-blé-ga ; le t ne se prononce pas)s. m.
Vicaire d'an légat. L'ablégat est un commissaire chargé de porter à un cardinal qui vient d'être promu la barrette et le petit bonnet carré.Ab, ce qui dépend de, et legatus, légat.
(ab-né-ga-sion)s. f.
Renoncement. Faire abnégation de ses intérêts. Agir avec abnégation. L'abnégation est un sacrifice. Avec une parfaite abnégation de ses désirs, BOSSUETLettr. abb. CL.Est-il un plus beau sacrifice ? est-il une abnégation de soi-même et une mortification plus parfaite ?, BOURD.Pens. t. III, p. 153Le grand avantage de la vie religieuse, c'est l'abnégation chrétienne, c'est la mortification des sens, c'est la croix, BOURD.ib. t. II, p. 362La pratique de cette abnégation évangélique en quoi consiste le vrai christianisme et par conséquent le salut, BOURD.ib. t. I, p. 88C'est une qualité dans les individus que l'abnégation de soi-même, STAËLAllem. I, 2XVIe s. La justice de Dieu git en abnegation de nous mesmes et obeissance de sa volonté, CALV.Inst. 191A tous autres de la dite religion, d'en venir faire abnegation dans six mois, D'AUB.Hist. II, 483Abnegatio, de ab, indiquant séparation, et de negare, nier (voy. NIER).
(a-boi)s. m.
Cri du chien. L'aboi des différentes espèces de chiens. Dans la rage, l'aboi du chien est modifié d'une façon caractéristique. Leur maître les rompit, Bien que de leurs abois ils perçassent les nues, LA FONT.Fab. XII, 23Trois pasteurs, enfants de cette terre, Le suivaient, accourus aux abois turbulents Des molosses..., A. CHÉN.23 Moment où le cerf, serré par les chiens qui aboient après lui, est à l'extrémité. Le cerf est aux abois. Il tient les abois. Son frère ayant couru mainte haute aventure, Mis maint cerf aux abois, maint sanglier abattu, LA FONT.Fab. VIII, 24Fig. Dernière extrémité. Ils sont aux abois. Les assiégés étaient réduits aux derniers abois. Mais pardonne aux abois d'une vieille amitié, Qui ne peut expirer sans me faire pitié, CORN.Cinna, III, 2[Il] nous surprend, nous assiége, et fait un tel effort, Que, la ville aux abois, on lui parle d'accord, CORN.Rod. I, 6Unissons ma vengeance à votre politique Pour sauver des abois toute la république, CORN.Sert. I, 3Ah ! quel âpre tourment ! quels douloureux abois !, CORN.Méd. v, 5Ah ! je m'en souviendrai jusqu'aux derniers abois [la mort], CORN.Théod. I, 2En cet heureux moment rappelés des abois, [ils] Rendent grâces au Ciel d'une commune voix, CORN.Oed. v, 11Et ces esprits légers, approchant des abois, Pourraient bien se dédire une seconde fois, CORN.Nic. IV, 2J'en laissai deux sans vie et mis l'autre aux abois, CORN.Oed. I, 6De sa haine aux abois la fierté se redouble, ID.Soph. v, 8D'effroyables remords, mégères éternelles, Invisibles bourreaux des âmes criminelles, Vous persécuteront jusqu'aux derniers abois, ROTROUAntig. v, 5Sans languir si longtemps aux abois, RÉGNIERDial.Une nymphe fuyante Qui, réduite aux abois...., RÉGNIERÉp. IOù l'on voit tous les jours l'innocence aux abois, BOILEAUSat. IDès que j'y veux rêver, ma veine est aux abois, BOILEAUib. VIICette idée est capable de me réduire aux abois, MOL.1er interm. de la Princ.Louis XIV réduisant l'hérésie aux derniers abois, LA FONT.Disc. à l'Acad.Il semblait, à me voir, que je fusse aux abois, LA FONT.Épît. XXII, 19Réduire un esprit aux abois, LA FONT.Je vous prends sans verd, 3Nous sommes réduits aux abois, BOSSUETPent. IPhilisbourg est aux abois en huit jours, BOSSUETL. de Bourb.L'idolâtrie qui semblait aux abois, BOSSUETHist. II, 12Tenir quelqu'un en aboi, le repaître de vaines espérances.Voltaire, sur le vers de Nicomède cité plus haut, remarque que l'expression des abois, qui par elle-même n'est pas noble, n'est plus d'usage aujourd'hui. Néanmoins cette expression est restée, à juste titre, dans l'usage, et elle n'a rien qui l'empêche d'entrer dans le meilleur style. Seulement, on en use moins librement qu'au XVIIe siècle, et on peut voir plus haut quelques emplois qu'en fait Corneille et qui paraissent un peu surannés.ABOI, ABOIEMENT. Aboi se dit particulièrement de la qualité naturelle du cri du chien. Ce chien a un aboi perçant. Aboiement se dit plutôt des cris mêmes : de longs aboiements, des aboiements continuels. On dit : Faites cesser les aboiements de ce chien, et non pas : Faites cesser son aboi ou ses abois, LAVEAUX.XIIIe s. Il n'a garde d'aba de chien, RUTEB.253Renart li commença à rire, Si lui a jeté un abai ; Certes, fait-il, je me gabai ; Ce fis je pour vous peor [peur] faire, Ren. 1785XVe s. Quand il eut esté bien reprouvé et rigolé de ses compagnons, et, comme un sanglier, mis aux abois de tous costés, LOUIS XINouv. 19XVIe s. Las ! quantes fois par rochers et par bois, Les chiens courans l'ont tenu aux abbois, MAROTIV, 82Avoir pour son exercice Force oiseaux et force abbois, DU BELL.III, 87, recto.Et finirent leur vie, chantans jusques aux derniers abois un cantique, D'AUE.Hist. I, 67L'authorité duquel doit bien rabattre tous les abois de ce chien mastin, CALV.Inst. 321Par leur importunité, comme par aboi, ils arrachent..., CALV.ib. 875L'empereur avoit deja rendu les abbois [cédé] et fait toutes submissions proposées par le duc Maurice, CARL.IV, 25L'autre pressant le cerf d'abois, Devient satyre des bocages, RONS.882Car tant seulement mangeoit pour refrener les abois de l'estomac, RABEL.Garg. I, 23Rendre les abbois [n'en pouvoir plus] a bonne grâce en ce passage de BELLEAU : Aussitost que ces advocas Nous ont empietez une fois, Ils nous font rendre les abbois, H. EST.Précell. p. 90Voy. ABOYER.
(a-boi-man)s. m.
Cri du chien. Les aboiements redoublés des chiens de garde réveillèrent les habitants de la maison.Au fig. Les aboiements de l'Envie.Ce mot était anciennement de quatre syllabes, a-boi-ye-man ; et quelques personnes ont conservé cette prononciation. L'usage tend à contracter les mots de cette nature. On a demandé à l'Académie de se prononcer entre les deux orthographes ; il n'est peut-être pas nécessaire absolument qu'elle le fasse ; mais il serait nécessaire qu'elle fût conséquente et que tous les mots de cette catégorie fussent traités de même, autant que faire se peut.Aboyer.
(a-boî)s. m. plur.
Voy. ABOI.
(a-bo-li, lie)part. passé.
Usage aboli. Termes abolis. Ses honneurs abolis, son palais déserté Sont autant de liens qui retiennent Junie, RAC.Brit. II, 3Les histoires seront abolies avec les empires, et il ne se parlera plus de tous ces faits éclatants dont elles sont pleines, BOSSUETL. de Bourb.Ah ! si quelques années après votre mort vous reveniez, hommes oubliés, au milieu du monde, vous vous vous hâteriez de rentrer dans vos tombeaux pour ne voir pas votre nom terni, votre mémoire abolie, BOSSUETLetel.
(a-bo-lir)v. a.
Mettre à néant. Abolir une loi. Les actes de ce gouvernement furent abolis. Des sectes ont voulu abolir le mariage. Les parlements furent abolis par l'Assemblée constituante. Dans les républiques anciennes, on abolissait quelquefois en partie les dettes pour soulager la plèbe obérée. En vain l'hérésie lui a-t-elle refusé ce culte suprême, et, par une audace insoutenable, a-t-elle entrepris de l'abolir, BOURD.Pens. t. III, p. 262Pour en abolir la mémoire, BOSSUETHist. I, 10L'idolâtrie allait abolir la loi de Dieu, BOSSUETib. II, 109On verra de David l'héritier détestable Abolir tes honneurs, profaner tes autels, RAC.Ath. v, 6Et veulent aujourd'hui qu'un même coup mortel Abolisse ton nom, ton peuple et ton autel, RAC.Esth. I, 4Une mode a à peine détruit une autre mode, qu'elle est abolie par une plus nouvelle, qui cède elle-même à celle qui la suit et qui ne sera pas la dernière, LABRUY.13Il abolit la dignité de patriarche, quoique assez dépendante de lui, et par là se trouva plus maître de son église, FONTENELLECzar Pierre.J'abolis les faux dieux, VOLT.Mah. II, 5Tu juras toi-même D'abolir pour jamais l'autorité suprême, VOLT.M. de Cés. I, 3Terme d'ancien droit criminel. Abolir une créance, en interdire les poursuites. Mes services.... Pour le faire abolir [mon crime] sont plus que suffisants, CORN.Cid, II, 1S'abolir, être aboli. Cet usage s'est aboli peu à peu. Une maison de confusion où les plus anciennes pratiques s'abolissent, BOURD.Pens. t. II, p. 386[Liberté] Tes purs adorateurs, étrangers sur la terre, Voyant dans ces excès ton saint nom s'abolir, Ne le prononcent plus, LAMART.Méd. II, 20Tout crime s'abolit au bout d'un certain nombre d'années, Acad.ABOLIR, ABROGER. Idée commune, mettre hors d'usage. Abolir est plus général que abroger ; tout ce qui met hors d'usage abolit, mais tout ce qui abolit n'abroge pas. La désuétude, l'oubli, l'indifférence abolissent une loi, mais ne l'abrogent pas ; pour qu'elle soit abrogée, il faut un acte solennel et régulier de la puissance publique. C'est pour cela qu'une loi seule, un édit, un règlement sont abrogés ; tandis qu'une coutume, une tradition, en usage sont abolis.XVIe s. Jésus dit qu'il n'est point venu pour abolir la loy, mais pour l'accomplir, CALV.Inst. 267L'Église est establie gardienne de la verité de Dieu, afin qu'elle ne s'abolisse point en ce monde, CALV.ib. 820Les pierres moyennant lesquelles Deucalion et Pyrrha restituoient le genre humain aboly par le deluge, RAB.Pant. III, 8Le temps me peut abolir avant eage, Et mon malheur me garder de vous voir Beaucoup de jours, ST-GELAIS174Voilà comment Timoleon alloit coupant et arrachant les tyrannies de la Sicile et y abolissant toutes guerres, AMYOTTim. 46Onques puis le peuple n'en voulut user [de l'ostracisme] et en abolit l'usage entierement, AMYOTArist. 18Ils conspirerent ensemble de ruiner et abolir à Athenes l'autorité du peuple, AMYOTib. 32Provenç. et espagn, abolir ; ital. abolere ; de ab, indiquant diminution, et de olescere, croître, par conséquent faire décroître. La comparaison d'abolere avec adolescere, inolescere, exolescere, montre un radical commun ol, qui signifie croître. Les langues néo-latines ont changé abolere en aboliscere, d'où la conjugaison de ce mot en italien, abolisco, etc.
(a-bo-li-sa-bl')adj.
Qui mérite d'être aboli, qui peut être aboli.Abolir.
(a-bo-li-se-man)s. m.
Action d'abolir. L'abolissement de la constitution. L'abolissement de la faculté de sentir et de se mouvoir dans l'apoplexie. Ce qui contribua le plus à l'abolissement du duel, ce fut la nouvelle manière de faire combattre les armées, VOLT.Moeurs, 100XVIe s. Pour l'abolissement du ciel et de la terre, les fideles ne laissent point d'estre establis devant Dieu, CALV.Inst. 334Au dernier abolissement de leur chair, qui sera parfait en la fin de cette vie mortelle, CALV.ib. 1056Aussi leur advient aux cuisses un refroidissement et abolissement de sentir et mouvoir, PARÉXIV, 15Abolissement des lettres et arts, M. DU BELLAYProl.Abolir.
(a-bo-li-tif, ti-v')adj.
Qui a le pouvoir d'abolir.Remplacement militaire : désertion du remplaçant ; loi abolitive du remplacement ; obligation de l'assuré, Gazette des Trib. 1er-2 juin 1874, sommaireVoy. ABOLITION.
(a-bo-li-sion)s. f.
Action d'abolir. La paralysie est l'abolition du mouvement et de la sensibilité. L'abolition de l'ordre des Templiers. Y at-il rien de si grand que ce qu'il [Louis XIV] faisait pour détruire l'hérésie ? Et comptez-vous pour rien l'abolition des duels ? dit d'un air content un autre homme... ?, MONTESQ.Lettr. pers. LIX.En termes de droit ancien, le pardon que le prince accordait d'autorité absolue pour un crime. Abolition d'un crime et abolition d'une peine. Obtenir une abolition. Lettres d'abolition. Le duc de Bourgogne [l'assassin du duc d'Orléans] daigna prendre des lettres d'abolition, VOLT.Moeurs, 79.... ou l'autre qui poursuit des abolitions, RÉGNIERSat. v.Son père [le cardinal de Bouillon] tint deux fois de son souverain la dignité de duc et pair, après avoir pensé renverser l'État, après avoir vécu d'abolitions, SAINT-SIMON279, 31Dans un sens qui n'est plus de la langue du droit, effacement, remise. C'est par là que Magdeleine, cette fameuse pécheresse et cette pénitente aussi célèbre, obtint l'entière abolition de tous les déréglements de sa vie, et qu'elle parvint à un degré si éminent de sainteté, BOURD.Pens. t. II, p. 165On a cherché une différence entre abolissement et abolition ; mais il est impossible d'en trouver une qui soit fondée, si ce n'est que seul abolition se dit pour la remise d'un crime, d'une peine.XVIe s. Ces gens-là trop ceremonieux n'ont pas voulu prendre sur leurs consciences l'abolition de tant de meurtres et ravissements, D'AUB.Faen. III, 17Il monstre quelle est l'abolition de la loi, et aussi quel est l'usage d'icelle, CALV.Inst. 1056Et se firent plusieurs autres traittés, et mesme de l'abolition de la pragmatique sanction, M. DU BELLAY21Au different que le peuple eut avec les nobles touchant l'abolition des debtes, AMYOTAlc. et Cor. comp. 5Il se fit decerner abolition generale de tout le passé, et pour l'advenir licence de faire mourir qui bon lui semblerait, AMYOTSylla, 68Provenç. abolitio ; espagn. abolicion ; ital. abolizione ; de abolitio (voy. ABOLIR).
(a-bo-li-sio-ni-st')s. m.
Se dit, aux États-Unis, des partisans de l'abolition de l'esclavage.
(a-bo-mina-bl')adj.
Qui mérite répulsion, aversion. Ils ont tenu des propos abominables. Jours abominables. C'est une femme abominable. Projets abominables. Tout ce qui est dans les hommes, est abominable, PASC.Édit. Cousin.Des plaisirs abominables, PASC.ib.De l'offrir [le saint sacrifice de l'Eucharistie] pour avoir de quoi contenter nos passions, de quoi nourrir nos cupidités... ne serait-ce pas l'usage le plus abominable ?, BOURD.Pens. t. III, p. 291Ah ! quel abominable maître me vois-je obligé de servir, MOL.Festin de Pierre, I, 14Voilà, je vous l'avoue, un homme abominable, MOL.Tart. IV, 6Qui ? ce chef d'une race abominable, impie, RAC.Est. II, 1Fourbe abominable, VOLT.Zaïre, IV, 5L'abominable arrêt de ce conseil farouche, VOLT.Alz. v, 4Par exagération, se dit de tout ce qui est très mauvais. Une odeur abominable. Il fait un temps abominable.Se dit des personnes et des choses, et se met avant ou après le substantif, suivant l'oreille, surtout dans le style poétique et passionné ; car dans le style ordinaire il se met presque toujours après.XIIIe s. Ces malades estoient si despis que les privés sergeants du benoit roi en estoient abominables [en avaient de l'abomination, du dégoût], JOINV.352XIVe s. Chose naturelment abhominable, ORESMEThèse de Meunier.XVe s. Finalement ils regarderont et considereront entre eux que cette mesaise ils ne pouvoient longuement souffrir ni porter, tant leur estoit la punaisie abominable, FROISS.I, I, 115XVIe s. C'estes vous qui vous justifiez devant les hommes ; mais ce qui est haut est abominable à Dieu, CALV.Inst. 593Icelle ostée, toutes les choses qu'on lui presente non-seulement sont fatras, mais ordures puantes et abominables, CALV.ib. 609Provenç. abhomenable ; espagn. abominable ; ital. abbominabile ; de abominabilis, de abominor, détester, de ab, indiquant l'éloignement, et omen, présage : abominable, ce qui doit être écarté comme un mauvais présage. Omen, d'après les Latins, signifie proprement un augure qui se fait par la bouche des hommes, comme l'explique Cicéron, De div. I, 45, et par extension toute espèce de présage bon ou mauvais. Ainsi, pendant que les Romains délibéraient après la destruction de Rome par les Gaulois, s'ils iraient s'établir à Veies, un centurion qui faisait ranger sa troupe, cria : Porte-drapeau, arrête le drapeau, nous serons très bien ici. Le sénat, entendant cette parole, s'écria qu'il acceptait l'augure (omen). En conséquence, les Latins ont fait venir omen, archaïque osmen, de os, bouche (voy. ORAL).
(a-bo-mi-na-ble-man)adv.
D'une manière abominable.Abominable, et le suffixe ment (voy. MENT).
(a-bo-mi-na-sion)s. f.
Aversion, répulsion. Avoir en abomination. Il est en abomination à tout le monde. Ce sacrement qu'elles auraient en abomination, PASC.Prov. 16Vous laisserez votre nom en abomination à mes élus, PASC.Proph. 33Chose abominable. Il serait à souhaiter que ces abominations fussent ensevelies dans un éternel oubli, BOURD.Pens. t. III, p. 135Les désordres et les abominations de toute sa vie, MASS.Injust. du monde.L'abomination entre jusque dans le lieu saint, MASS.Médis.Il a vu les abominations en honneur au milieu de son peuple, MASS.Conv.Nos prières et nos vertus sont abomination devant Dieu, PASC.Rel. 46Dans les sermonnaires, abomination signifie particulièrement le culte des idoles, et même toute fausse religion. Manassès qui avait introduit l'abomination dans le lieu saint, MASS.Mélange.Mahomet était déjà prêt de (prêt à) venir placer l'abomination dans le lieu saint, MASS.Franc.L'abomination était répandue sur toute la terre, PASC.Juifs, 20Les abominations où tu es tombé sous Achaz, BOSSUETHist. II, 10On voit l'abomination dans le temple, BOSSUETib. II, 4En style de l'Écriture, l'abomination de la désolation. Vous verrez l'abomination de la désolation, BOSSUETHist. II, 9, c'est-à-dire les plus grandes profanations.XIIIe s. La menthe conforte l'estomac et donne appetit de manger et oste abomination [dégoût], DU CANGEabominatio.XIVe s. De tout mensonge ou tout comme mensonge, il a horreur et abomination, ORESMEEth. 134XVe s. Le seigneur de Cohan avait en abomination les pommes ; et pour ce le meirent en un grenier où il y en avoit à foison, pour le mettre à finance, JUVÉNAL DES URSINS1411XVIe s. Votre encens m'est abomination, CALV.Inst. 609Provenç. abhominatio ; espagn. abominacion ; ital. abbominazione ; de abominatio (voy. ABOMINABLE).
(a-bo-mi-né)v. a.
Avoir en abomination. Ce verbe, très ancien dans la langue, mérite d'être repris ; il se comprend sans peine, et n'a rien qui choque, puisqu'on a abominable et abomination.XIVe s. Il est inutile à telles collocutions et esbattements ; car il n'i confere et n'i fait rien, mes est triste en toutes choses et abhomine gieu qui est necessaire, ORESMEEth. 138XVe s. [choses] Dont Dieux et le ciel s'abhomine, EUST. DESCH.dans RAYNOUARD, abhominar.XVIe s. Certaines nations abominent la...., MONT.II, 226Qu'est-ce que veut dire cela, que le Seigneur rejette et abomine si fort l'observation de la loi ?..., CALV.Instit. 609Quant aux menetriers et decepteurs, Celui qui terre et ciel domine, Les abomine, MAROTIV, 234Berry, abominer ; provenç. abominar ; ital. abbominare ; de abominari (voy. ABOMINABLE).
(a-bon-da-man)adv.
Avec abondance. Cette source fournit de l'eau abondamment. Nourrir abondamment. Boire abondamment. Cette ville était abondamment pourvue. Fumer la terre abondamment. Cette question sera abondamment traitée. Cet avocat parla plus abondamment que son adversaire. Parce qu'il ne jeûnait et qu'il ne payait si abondamment la dîme que par orgueil, BOURD.Pens. t. II, p. 136Le Seigneur se communiquait à eux [aux saints] plus abondamment, MASS.Myst. Purific.Animés plus abondamment de son esprit [on parle de Dieu], FLÉCH.Serm. I, 228ABONDAMMENT, EN ABONDANCE. Beaucoup ; l'adverbe convient mieux en parlant de ce qui arrive : boire abondamment, suer abondamment. La locution adverbiale se dit seulement en parlant de ce qui est : les mets étaient en abondance sur la table. C'est là la différence essentielle. Il pleure abondamment, et il verse des pleurs en abondance, la manifestent encore, bien que sous une nuance plus subtile à saisir, LAFAYE.XVe s. Donc entrerent ils abondantment dedans la ville sans contredit, et se logerent toutes gens les uns çà et les autres là, FROISS.II, III, 38Abondant, ancien féminin, et le suffixe ment (voy. MENT).
(a-bon-dan-s')s. f.
Grande quantité. L'abondance du produit, en parlant de la vigne. Vivre dans l'abondance de toutes choses. L'abondance des hommes, de l'argent dans ce pays. L'abondance des mauvaises herbes étouffe la moisson. L'abondance des humeurs dans le corps. Ses aumônes.... et, s'étendant par leur abondance, même sur les ennemis de la foi, elles adoucissaient leur aigreur, BOSSUETR. d'Anglet.Par leur frugalité et leur travail, ils se sont mis dans l'abondance des choses nécessaires à une vie simple, FÉN.Tél. VIOn arriva en un pays beaucoup meilleur, où, trouvant abondance de toute chose, VAUGELASQ. Curce, 498Y portez-vous [à la confession] cette vivacité de componction, cette abondance de douleurs, ce désir sincère de réparer le passé ?, MASS.Car. Communion.C'est aux âmes les plus vigilantes, les plus attentives sur elles-mêmes que vous vous [Dieu] communiquez avec plus d'abondance, BOURD.Pens. t. II, p. 16. Abondance de choses bonnes, utiles, nécessaires. L'abondance règne dans le camp. Faire régner l'abondance dans la ville. Vivre, nager dans l'abondance. Avoir tout en abondance. On lui fournit tout en abondance, des vivres et toutes sortes de provisions. Le sang coulant en trop grande abondance. Ce peuple est dans l'abondance, FÉN.Tél. IISi vous mettez les peuples dans l'abondance, FÉN.ib. XIIIls jouissent de l'abondance, FÉN.ib. v.Malheur à ceux qui sont dans l'abondance !, MASS.Immut.De là jusqu'au milieu de l'abondance les plus sordides épargnes, BOURD.Pens. t. III, p. 147Si la sûreté, l'ordre et la propreté ne rendaient pas le séjour des villes si délicieux, et n'y avaient pas amené, avec l'abondance, la douceur et la société, LA BRUY.10Heureux, dit-on, le peuple florissant Sur qui ces biens coulent en abondance, RAC.Esth. II, 9Pour elles, à sa porte élevant ce palais, Il leur y fit trouver l'abondance et la paix, RAC.ib. Prol.Objets charmants y sont en abondance, LA FONT.Rém.Au sein de l'abondance, VOLT.Brut. III, 1Vos pleuis compatissants coulent en abondance, M. J. CHÉN.Fén. II, 3Abondance de coeur, épanchement. Il faudrait que la bouche parlât selon l'abondance du coeur, FÉN.t. XXI, p. 103Je suis sûr que cela a été écrit d'abondance de coeur, VOLT.Roi de Pr. 2 Abondance de coeur et abondance du coeur se disent également et ont le même sens. Seulement, quand abondance est sans article, il faut de coeur et non du coeur.Parler d'abondance, parler sans avoir préparé son discours, ou sans réciter de mémoire. Ce député parle toujours d'abondance, soit qu'il improvise, soit qu'il ait préparé son discours.Au fig. en parlant du discours, du style. Démosthène a beaucoup d'abondance. Abondance de pensées. Une vaine abondance de mots. Parler avec abondance. Il a traité ce sujet avec une grande abondance. L'abondance des pensées produit l'abondance des expressions. Ce n'est point par une abondance de paroles que l'on s'énonce ; souvent la bouche ne dit rien, et l'âme sent, BOURD.Pens. t. III, p. 308Partout il fait paraître beaucoup de richesse et d'abondance géométrique, FONTEN.Viviani.Justement confus de mon peu d'abondance, Je me fais un chagrin du bonheur de la France, BOILEAUÉp. VISouvent trop d'abondance appauvrit la matière, BOILEAUArt. poét. IIIFuyez de ces auteurs l'abondance stérile, Et ne vous chargez pas d'un détail inutile, BOILEAUib. ICorne d'abondance, corne remplie de fleurs et de fruits et qui est le symbole de l'abondance, la même que la corne de la chèvre Amalthée qui avait nourri Jupiter.Abondance, mélange d'un peu de vin et de beaucoup d'eau qu'on donne aux enfants dans les collèges, ainsi nommée parce qu'elle peut se boire en grande quantité, ou parce que l'eau y abonde.XIIIe s. Home [tu] fesis à ta sanlance [ressemblance], Après lui donas habondance Del fruit que avoies planté, Fl. et Bl. 921Je ne sai pas où je coumance ; Tant ai de matiere abondance Por parlier de ma povreté, RUTEB.1[La fortune] est si perverse Que les bons en la boue verse, Et les mauvais en haut eslieve, Et leur donne à grans abondances Dignités, honors et poissances, la Rose, 6193XVe s. Là trouverons de tous biens habondarce, CH. D'ORL.1Prince, s'on doit avoir vaillance Pour mentir à grant habondance, Et pour faulzeté maintenir, Vous verrez icellui venir A grant honneur, n'en doubtez mie, CH. D'ORL.Ball. 119XVIe s. De l'abondance du coeur la bouche parle, expression tirée des propres mots de la Sainte Escriture, H. EST.Précell. 185Amour respond : De traictz grosse habondance Luy ay tiré...., J. MAROTv, 264Tu sçais que de l'abondance du coeur la langue parle, PALISSY352Bourguig. aibondance ; provenç. abondantia, habundancia, abondansa, aondansa ; espagn. abundancia ; ital. abondanzia, abbundanzia, abbondanza ; d'abundantia, d'abundans (voy. ABONDANT). A Genève, abondances, betteraves.
(a-bon-dan, dan-t')adj.
Qui est en abondance. Moissons abondantes. Prendre une nourriture abondante. La récolte avait été peu abondante à cause de la sécheresse. Verser des larmes abondantes. Le minerai de fer est abondant en ce pays. D'abondantes aumônes. Et parce que l'iniquité jamais ne fut plus abondante qu'elle l'est, ni plus dominante, ..., BOURDAL.Pens. t. I, p. 233Qui a en abondance. pays abondant en toute chose. Maison abondante en richesses. Province abondante en blé. îles abondantes en pâturages. Et de quelque façon que l'on me considère, Abondante en richesse ou puissante en crédit, Je demeure toujours la fille d'un proscrit, CORN.Cinna, I, 2. Source abondante. Eux [les pauvres] dont les jours les plus abondants seraient pour vous des jours d'austérités, MASS.Jeûne.Rédemption dans son mérite la plus abondante ; elle a deux effets : l'un..., BOURD.Pens. t. III, p. 190Au fig. en parlant du discours ou de l'orateur. Style abondant. Orateur abondant. Éloquence abondante. Langue plus abondante. Chez Bossuet la pensée est abondante. Traiter sèchement un sujet abondant. Jamais orateur ne fut plus nourri, plus abondant. Le sujet le plus simple était pour lui la plus abondante matière et une source intarissable, BOURD.Pens. t. II, p. 45Les difficultés où les commentateurs et les scholiastes eux-mêmes demeurent court, si fertiles d'ailleurs, si abondants et si chargés d'une vaine et fastueuse érudition dans les endroits clairs, LA BRUY.14D'ABONDANT, De plus, outre cela. Je vous ai dit ces raisons, j'ajouterai d'abondant.Et d'abondant la vache..., LAFONT.Jum. Cette locution a vieilli, mais elle n'est pas inusitée.XIIe s. Restroiz [restreint] est, chier sires, tes sainz par jugement ; deslace ta cinture, et si vien habondanz de pitiet, S. BERN.p. 536XIIIe s. Et il si firent ; et d'abondant lui envoierent tous les os le [du] Comte Gautier de Brienne pour mettre en terre benoite, JOINV.261XIVe s. Pour ceste science plus clerement entendre, je veul [veux] de habondant exposer aucuns mos selon l'a b c, ORESMEEth. 334Et comme il soit ainsi que latin est à present plus parfait et plus habondant langaige que françois, ORESMEProl.Et avient aucune foiz qu'une personne est abondant en grans biens pour lonc temps, ORESMEib. 22XVIe s. Je ferai de beaux acquestz ung de ces matins, n'en doute, et d'abondant seray grant retireur de rentes, RAB.Pant. III, 9Provenç. habundant ; de abundans, d'abundare, abonder.ABONDANT. Ajoutez :Terme d'arithmétique. Nombre abondant, celui dont les parties aliquotes prises ensemble forment un tout plus grand que le nombre ; exemple, 12, dont la somme des parties aliquotes 1, 2, 3, 4, 6 est 16.
(a-bon-d')s. f.
Dame Abonde, la fée Abonde, la principale des fées bienfaisantes.XVe s. Et si pensay en tout par moy Qu'il n'est richesse tant habonde [abondante] Qui vaille rien enmy ce monde, Livre du bon Jeh. 8Berry, abonde, abondance ; bas-lat. abundia, la fée Abonde (voy. ABONDER).
(a-bon-dé)v. n. Se conjugue avec le verbe avoir.
Affluer, venir en grande quantité. Les eaux abondent en ce canal. Tout abonde pour toi. Les grands écrivains abondèrent en Grèce. Londres où l'argent abonde. Les vivres abondaient dans le camp. Le poisson abonde en cette rivière. Les trois enfants.... Admiraient.... De sa bouche [d'Homère] abonder les paroles divines, A. CHÉN.32Il se plaît de faire abonder la profusion de ses grâces par-dessus l'excès de notre malice, BOSSUETNativ. 1Les miracles y abondaient avec les vertus, BOSSUETHist. I, 11Mais quoi ! c'est un chef-d'oeuvre où tout mérite abonde, MALH.VI, 25Depuis que la richesse entre ses murs abonde, CORN.Cinna, II, 1Répandre abondamment sa grâce [de J. C.] où le péché avait abondé, voilà notre ministère, MASS.Car. Confess.Avoir en quantité. La vigne abonde en raisin. Abonder de tout. Cette famille a abondé en hommes éminents. Je le vois bien, madame ; et vous et ce cher frère Abondez en raisons pour cacher le mystère, CORN.Suréna, II, 3Eh ! qui peut prévenir tous les maux dont abonde La guerre en cruautés, en ruines féconde ?, SAURINSpart. III, 4Si les hommes abondent de biens, LABRUY.16Présenter un grand volume, tenir de la place. Cette source abonde. Cent hommes de cette espèce [des bavards qu'on rencontre partout] abondent plus que deux mille citoyens, MONTESQ.Lettr. pers. LXXXVIIAbonder, se livrer sans mesure. Je suis loin d'abonder dans mon sens, SÉV.614Un chacun en son sens, selon son choix abonde, RÉGNIERSat. XIAu lieu de se modérer en parvenant au souverain pouvoir, Jacques II abonda dans les mesures propres à le perdre, CHATEAUB.Stuarts, 309En jurisprudence, ce qui abonde ne vicie pas ou ne nuit pas, c'est-à-dire ce qui est de trop, formalité non prescrite, raison surabondante, etc., n'empêche pas la validité d'un acte, d'une procédure, etc.XIIe s. Molt estoit petite li lumiere de Deu, et li felonie estoit si habondoie [abondée], ke li charitez estoit assi cum tote refroidieie, S. BERN.p. 527En terre habondevet [abondait] ceste especo [la pauvreté], S. BERN.ib. p. 533XIIIe s. Dit li ors [ours] : Par le cors saint Gil, Cel miel, Renart, dont d'où vous abonde ?, Ren. 10248Sis manieres de fous dont la folie abonde, Les six manières de folsXVIe s. Dites qu'en nous tout bien abonde ; Dames sont les tresors du monde, J. MAROTv, 304Il ne leur chaut d'avoir abondance ; mais toute leur sollicitude est de ne rien reserver de ce qui leur abonde, LANOUE535Chacun abunde en son sens, mesmement en choses foraines, externes et indifferentes, RAB.Pant. III, 7Ce lieu abonde en sorciers, RAB.Pant. III, 16Provenç. abondar, abundar, habundar, aundar, aondar ; espagn. abundar ; ital. abbondare ; de abundare, de ab, marquant écoulement, et unda, onde. Abundare exprime donc étymologiquement l'affluence de l'eau et, par extension, l'affluence de toutes choses.
(a-bo-na-tê-r')s. m.
Entrepreneur chargé d'un marché par abonnement. Art. 12.... Les réparations dont l'exécution ne sera pas reconnue satisfaisante seront refaites d'urgence par l'abonnataire.... Art. 3. L'abonnataire s'engage, en outre, à ajuster à la taille des hommes qui les reçoivent, les effets.... Journ. milit. officiel, part. régl. 1874, n° 77, p. 452 et 449.
(a-bo-ne-man)s. m.
Convention à un prix déterminé, au-dessous du prix ordinaire, pour l'acquit d'une taxe, d'un impôt, d'un service, pour le droit d'assister à des spectacles, de recevoir un journal, de voyager sur un chemin de fer, etc. Faire un abonnement. Payer par abonnement. Les débitants font des abonnements avec la régie. Un abonnement avec un chemin de fer est économique quand on va et vient fort souvent.XVe s. Et avoient ceux de Lourdes leurs abonnemens [propriétés] en plusieurs lieux, FROISS.II, III, 50 Abonnement est pour abornement, et peut signifier abonnement et bien-fonds.Abonner.
(a-bo-né)v. a.
Faire au nom de quelqu'un un abonnement. Je vous ai abonné au journal. Abonner une province pour l'impôt. La régie abonne les débitants quand ils le demandent. Abonner les voitures qui font le service de telle route.S'abonner, prendre un abonnement. Je me suis abonné au journal. Les marchands de vin se sont abonnés avec la régie.On s'abonnait jadis avec les curés pour la dîme, Acad.En termes de jurisprudence, abonner, c'est réduire à une certaine somme, un droit, un prix certain, qui est à payer.XIVe s. Car ligence proprement gist Entre son prince et son vassal, Qui adonc doit estre feal, Quand un prince a un fief donné à son vassal et abonné, Le livre du bon Jeh. 3921Et les arrentez ou abosnez doivent chascun an deux moitons froment, DU CANGEarrentare.Comme le suppliant eust voulu faire marché et soi amoidier ou abourner du vin qu'il vendroit à detail, DU CANGEamodium.XVe s. Et furent à donc departis, divisés et abonnés les deux royaumes de Portingal et de Castille, FROISS.II, III, 31Bas-lat. abonare, abonnare, mettre des bornes dans les terres des vassaux, et aussi racheter les droits féodaux, faire une convention qui limite une certaine prestation. Abonner veut donc dire, étymologiquement, mettre des bornes et, par extension, limiter par une convention une certaine redevance. C'est le même qu'aborner (voy. ce mot). DIEZ pense que c'est non pas borne, mais bon qui est dans le mot, exprimant une bonification de prix pour celui qui s'abonne. Mais les formes de l'ancien français, abosner, abourner, ne permettent pas cette explication et ne sont conciliables qu'avec borne.
(a-bo-ni, nie)part. passé.
Vin abonni dans une cave. Enfant abonni par une sage éducation.
(a-bo-nir)
Rendre bon. Les caves fraîches abonnissent le vin. Devenir bon. Le vin abonnit dans la cave. Cet homme n'abonnit pas en vieillissant.S'abonnir, Devenir bon. Le vin s'abonnit dans la cave.Poterie. Faire sécher la terre à demi, la mettre en état d'être rebattue.XIIe s. .... à ce soufrir Ne se vourrent [voulurent] plus aboenir, Rom. de S. Graai, 2377Provenç. abonesir ; ital. abbonire ; de à et bon.
(a-bo-né, née)
. Abonné à un journal. Abonné avec un chemin de fer. Abonné avec la compagnie du gaz. Les débitants abonnés payent à la régie une somme de.... Celui qui a un abonnement à ou avec. Ce journal a beaucoup d'abonnés. Les abonnés de ce théâtre. L'enfer a trouvé cette invention de distribuer, chaque matin, à 20 ou 30 mille abonnés une feuille où se lit tout ce que le monde dit et pense, P. L. COURIERI, 211
(a-bor ; le d ne se prononce jamais en liaison ; un abord agréable, dites, a-bor-a-gréable ; au pluriel, la liaison de l's est douteuse. La prononciation moderne et affectée tend à la faire sentir : des abords agréables, abor-zagréables. Mais la prononciation ancienne et meilleure ne fait pas sentir l's : des abords agréables, a-bor-agréables)s. m.
Venue à bord.À notre abord dans l'île nous fûmes attaqués, Acad. Ce port est de facile abord. L'abord de cette côte est difficile.Arrivée, venue en général, accès. Lieu de facile abord. La Germanie était d'un abord peu facile pour les Romains. Du premier abord, c'est-à-dire à l'arrivée. L'abord de ce magistrat dans la ville. L'abord des gendarmes effraya tout le village. Mon abord en ces lieux, MOL.Sgan. 22Mila ne se put défendre d'une secrète terreur à l'abord de ce lieu redoutable, CHATEAUB.Natchez, II, 190Les jeûnes rendaient l'abord de cette solitude formidable, MASS.Bénéd.Déjà de leur abord la nouvelle est semée, RAC.Iph. I, 4Vous ne m'attendiez pas, madame, et je vois bien Que mon abord ici trouble votre entretien, RAC.Andr. IV, 5Mon abord en ces lieux Me fit voir Polyeucte, et je plus à ses yeux, CORN.Poly. I, 3De l'abord de Pompée elle espère autre issue, CORN.Mort de P. I, 2Elle m'envoie Savoir à cet abord ce qu'on a vu de joie, CORN.ib. 3De ces vieux ennemis va soutenir l'abord, CORN.ib.Ces rapides coursiers, qui sous eux font la guerre, Pouvaient à leur abord épouvanter la terre, VOLT.Alz. II, 4Là comme dans un fort son audace enfermée Aux plus hardis guerriers en défendait l'abord, RAC.Alex. v, 3Approche de deux personnes et accueil qu'on se fait réciproquement. En ce sens abord n'a pas de pluriel. Abord facile. Homme d'un difficile abord. Empêcher l'abord de quelqu'un. Son abord inspire le respect. Mais enfin cet abord ne permet plus de douter, MOL.D. J. I, 3Après l'abord et l'ayant salué, LA FONT.Or.Notre abord fut si tendre pour vous, SÉV.380Notre abord le rend tout interdit, CORN.Sert. IV, 3Et du méchant l'abord contagieux N'altère point son innocence, RAC.Ath. II, 9 Ce qui entoure un monument, une localité, une place de guerre. Aux abords de l'église. Les abords de la forteresse furent défendus. Les abords de cette maison de campagne sont charmants. Les abords du Parthénon étaient merveilleusement disposés.Affluence de personnes ou de choses. L'abord des marchands était jadis considérable dans les foires. Les autres n'étaient que des hôteliers que le grand abord des étrangers enrichissait, FONTEN.Orac. I, 14À L'ABORD, Au premier abord, à la première rencontre. A l'abord, ces hommes furent froids l'un envers l'autre ; puis la conversation s'anima. Aux traits dont à l'abord vous savez les frapper, MOL.L'Étourdi, V, 13Une lionne Rugissante à l'abord et qui..., RÉGNIERSat. IIID'ABORD, TOUT D'ABORD, AU PREMIER ABORD, DE PRIME ABORD, DÈS L'ABORD, En premier lieu, au premier instant, avant tout. D'abord ils pensent que.... Faire d'abord une chose. Partons d'abord. Entrer tout d'abord dans le Pirée. De prime abord il le traita fort mal. Nous autres grands médecins, nous connaissons d'abord les choses, MOL.Méd. malgré lui, II, 6Au nom de l'Empereur, je viens vous informer D'un ordre qui d'abord a pu vous alarmer, RAC.Brit. I, 2Ô ciel ! que tes rigueurs seraient peu redoutables, Si la foudre d'abord accablait les coupables, RAC.Ath. III, 2Ce n'est plus cette reine éclairée, intrépide, Qui d'abord accablait ses ennemis surpris, RAC.Ath. III, 2Qui l'eût dit, qu'un rivage à mes yeux si funeste Présenterait d'abord Pilade aux yeux d'Oreste ?, RAC.Andr. I, 1On le souffre d'abord, mais la suite importune, CORN.Nic. I, 2D'abord modeste et simple, il voulut nous servir, VOLT.Tanc. I, 1Ils se flattaient que rien ne leur résisterait ni dans le nouveau monde ni sur nos mers ; leurs espérances furent d'abord trompées, VOLT.Louis XIV, 31Celui qui se contente de recevoir J. C. et qui ne le conserve pas et le chasse d'abord de son coeur, ne l'a pas reçu spirituellement, MASS.Car. Comm.Le secret de vos coeurs fut d'abord entendu, DUCISOth. I, 5La première guerre punique apprit aux Romains à combattre sur la mer ; ils furent maîtres d'abord dans un art qu'ils ne connaissaient pas, BOSSUETHist. I, 8Il attaque Carthage la Neuve, comme s'il eût agi par inspiration, et ses soldats l'emportèrent d'abord, BOSSUETib.Dieu n'a qu'à vouloir, et les choses sont d'abord faites, FÉN.t. XVIII, p. 288Je ne promets pas aux autres de les satisfaire de prime abord, DESC.Préf.Je l'étranglerai tout d'abord, LA FONT.Fab. I, 6Ces répétitions ne sont que superflues ; Dès l'abord mon esprit a compris tout le fait, MOL.l'Étour. IV, 1Consumant dès l'abord toute leur patience, CORN.Poly. III, 2Mais porter dès l'abord les choses à l'extrême, CORN.Sert. IV, 2Dès l'abord il sut vaincre, CORN.Sert. v, 1C'est peu de tant d'attraits dont l'heureux assemblage Sans doute a dès l'abord emporté votre hommage, C. DELAV.Paria, III, 4Bien qu'elle paraisse extraordinaire au premier abord, BOSSUETNat. III, 1DANS L'ABORD, Au commencement. Dans l'abord il se met au large, LA FONT.Fab. II, 9J'en ai, je crois, dit un mot dans l'abord, LA FONT.Berc.Dans cet abord Joconde Voulut les envoyer dormir en l'autre monde, LA FONT.Joc.Dans l'abord agissons doucement, MOL.D. Garc. II, 1Elle m'a dans l'abord servi de bonne sorte, MOL.Éc. des f. II, 4D'ABORD APRÈS, Aussitôt après. Pour vous voir retomber d'abord après avec plus de honte et de faiblesse, MASS.Car. Pass.C'est une ignominie pour la religion que, d'abord après avoir offert au Seigneur des prières pures, vous alliez lancer...., MASS.Car. Médisance.10°D'ABORD QUE, Dès que. Je n'en ai point douté, d'abord que je l'ai vue, MOL.Éc. des f. v, 9D'abord que je serai à Paris, BOSSUETLettres Quiét. LXVIMarine. Mettre une chose en abord, la placer le plus près possible de la face intérieure de la muraille d'un bâtiment.XVIe s. Il vint à la cour en poste, et, deux heures après son abord, Pellicar...., D'AUB.Hist. II, 183À et bord ; bourguig. aibor.
(a-bor-dabl')adj.
Qu'on peut aborder. Cette côte n'est pas abordable.Au fig. de facile abord. Cet homme est très abordable. Cet adjectif suit toujours son substantif.Aborder.
(a-bor-daj')s. m.
Action d'aborder un vaisseau ; se dit des combats de mer. L'équipage se prépare à l'abordage. Vaisseau pris à l'abordage. J'enlevai le commandant à l'abordage, qu'il ne me refusa pas, JEAN-BARTdans JAL, Gl. nautique.Harold, le sabre en main, s'élance à l'abordage, LAMART.Harold, 18L'abordage ! l'abordage ! On se suspend au cordage, On s'élance des haubans, V. HUGOOrient. 5Rencontre fortuite et choc de deux vaisseaux.Les vaisseaux portent la nuit des feux pour éviter les abordages, Acad.XVIe s. Il conclud à l'abordage sous la faveur de Gozi à gagner la cité, D'AUB.Hist. I, 244Les Rochellois dès l'abordage [des navires], se jettent sur le pont de corde, D'AUB.ib. II, 179Après que ceux de Ré leur eurent deffendu l'abordage [de l'île]...., D'AUB.ib. II, 274Aborder.
(a-bor-dé)
Venir à bord. Le navire aborde à Toulon. Ils n'avaient pu aborder dans l'île. Il aborda en Afrique sur un misérable esquif. Enfin l'esquif aborde, on l'invite à descendre, CORN.M. de Pomp. II, 2Déjà il se préparait, selon l'ordre qu'il en avait reçu, à aller aborder secrètement dans une petite île qui est auprès de la grande, FÉN.Tél. IXArriver en général, affluer. On aborde sans peine dans cette église. Le peuple abordait de toutes parts sur la place publique. Cet enfant abordait à peine dans la maison, qu'il fut saisi d'une attaque d'épilepsie. .... Verras-tu d'un esprit bien tranquille Chez ta femme aborder et la cour et la ville ?, BOILEAUSat. XElle y voit aborder le marquis, la comtesse, Le bourgeois, le manant, le clergé, la noblesse, BOILEAUSat. ILes marchands y abordent [à Tyr] de toutes les parties du monde, et ses habitants sont eux-mêmes les plus fameux marchands qu'il y ait dans l'univers, FÉN.Tél. IIIAborder de, s'approcher de. Cet emploi est maintenant hors d'usage ; mais on le trouve dans de bons auteurs du XVIIe siècle. La ville était battue des flots de tous côtés.... et le mur qui était avancé dans la mer et escarpé empêchait qu'on ne pût en aborder, VAUGEL.Q. C. 209Dieu ne vous permettra pas d'en aborder, BOSSUETRech. 2Ils ne peuvent aborder du trône de Dieu, BOSSUETAsc. 2 Arriver à. Aborder un rivage. Côte qu'on ne peut aborder. Ils abordèrent la ville par la route du nord. Ses cheveux se dressent sur sa tête quand il aborde le noir séjour de l'impitoyable Pluton, FÉN.Tél. XVIIIIls [les compagnons d'Ulysse] abordèrent un rivage Où la fille du Dieu du jour, Circé, tenait alors sa cour, LA FONT.Fab. XII, 1Je chante les combats et cet homme pieux Qui, des bords phrygiens conduit dans l'Ausonie, Le premier aborda les champs de Lavinie, BOILEAUArt poét. IIIJoindre quelqu'un. Abordez-le et exposez-lui votre affaire. Il n'y avait personne qui ne pût aborder le prince. Il se laissait facilement aborder. Mon ami m'aborda dans la rue. Il m'aborda avec amitié, FÉN.Tél. IICe tigre que jamais je n'abordai sans crainte, RAC.Phèd. IV, 6Moi-même, de quel oeil dois-je ici l'aborder ?, RAC.Mith. II, 3Je verrai le témoin de ma flamme adultère, Observer de quel front j'ose aborder son père, RAC.Phèd. III, 3Si vous l'abordez, demeurez avec elle le moins de temps qu'il vous sera possible, MOL.Pr. d'Él. III, 2Deux inconnus armés m'ont abordé soudain, VOLT.Mér. II, 2Fig. En venir à un sujet. Aborder une cause. La discussion fut abordée avec beaucoup de fermeté. J'aborde la suite de mon sujet.En termes de guerre, aborder l'ennemi, marcher à l'ennemi pour l'attaquer. Le régiment aborda avec beaucoup d'ardeur la troupe qui occupait la hauteur. On aborda le village qui était barricadé.Terme de marine. Aborder un vaisseau, l'accrocher pour que l'assaillant passe dessus et cherche à le prendre de vive force ; et aussi le heurter par accident. La frégate manoeuvra pour aborder le vaisseau ennemi. Dans la nuit le bateau à vapeur aborda une barque de pêcheur qui coula aussitôt. Leurs voiles étaient meilleures que les nôtres ; le vent les favorisait ; ils nous abordent, nous prennent, et nous emmènent prisonniers en Égypte, FÉN.Tél. IIEn termes de chasse, aborder la remise, s'approcher de l'endroit où la perdrix s'est réfugiée.10°S'aborder, s'approcher pour se parler. Nous nous sommes abordés dans la rue. Tout le monde s'abordait, s'interrogeait dans les églises, sans se connaître, VOLT.L. XIV, I11°Se heurter. Les vaisseaux s'abordèrent, et reçurent l'un et l'autre de graves avaries.12°A L'ABORDER, A l'aborder, il est froid ; mais cela ne dure pas. Aborder est pris ici substantivement.13°Marine. Aborder de franc étable, se dit de deux navires qui se choquent par les étraves.Aborder, v. n. se conjugue avec avoir ou être : ils ont abordé, ils sont abordés. Le sens est différent : ils ont abordé signifie l'action d'aborder : ils ont abordé et ont aussitôt marché vers la ville. Ils sont abordés exprime l'état de ceux qui sont dans le lieu qu'ils ont atteint : ils sont abordés depuis quelques heures.Le prince d'Orange est abordé, SÉV.486 c'est-à-dire il reste en Angleterre.ABORDER, AVOIR ACCÈS, APPROCHER. On a accès où l'on entre. On aborde les personnes à qui l'on veut parler. On approche celles avec qui l'on est souvent. Qui a beaucoup de connaissances peut avoir accès en beaucoup d'endroits. Qui a de la hardiesse aborde sans peine tout le monde. Qui joint à la hardiesse un esprit souple et flatteur peut approcher les grands avec plus de succès que d'autres, GUIZOT.Aborder marque un fait, avoir accès, une faculté, et approcher, une habitude, LAFAYEXVe s. Philippe de Bourgogne fut amoureux de la comtesse de Salsebri, mais ils n'aborderent point ensemble, P. DE FENIN1424XVIe s. Mais à la fin la bonasse fortune Loin les aborde au rivage inconnu De la Provence, RONSARD609Socrate à l'aborder sembloit de prime face homme ignorant et grossier, AMYOTCaton, 14Il se mit à la voile sans aborder nulle part, sinon où il estoit contraint à ce faire pour prendre vivres ou faire eau, AMYOTPompée, 107A l'instant mesme du peril arriva en la ville Gongylus, qui venoit de Corinthe avec une galere, à l'aborder du quel estant incontinent tout le peuple accouru à l'entour de lui, il...., AMYOTNic. 34Abord.
(a-bor-deur)adj. m.
Qui aborde, heurte en mer un autre bâtiment.L'équipage, composé de neuf hommes, a péri, sauf un seul, que le bâtiment abordeur a pu recueillir, Journ. offic. 21 avril 1875, p. 2884, 1re col.
(a-bor-dé, dée)part. passé.
Abordé par une frégate, le navire fut pris. Des vaisseaux abordés.Qui est abordé en un lieu. Abordés dans l'île, les marins cherchèrent de l'eau. Et ma famille enfin à Corinthe abordée, CORN.Méd. I, 1Si mon frère, abordé sur cette terre impie, M'eût confié plus tôt le secret de sa vie, VOLT.Orest. v, 2Eh quoi ! deux malheureux, en ces lieux abordés, D'un oeil si soupçonneux seraient-ils regardés ?, VOLT.ib. II, 3
(a-bor-dée)s. f. et loc. adv.
En abordant. On fit marcher les régiments des gardes françaises et suisses droit au village de Nerwinden, qu'ils attaquèrent d'abordée avec furie, SAINT-SIMON12, 137L'air ouvert de M. le duc d'Orléans et ce qu'il dit d'abordée au maréchal de Berwick le rassurèrent, SAINT-SIMON175, 77XVIe s. Ils se jectent d'abordée dans la franchise de la coustume, MONT.I, 118Mais d'abordée l'evesque et sept de meilleure marque donnerent du nez à terre, D'AUB.Hist. I, 344Ils les emporterent d'abordade, quoique bien retranchés, D'AUB.Hist. I, 226Ceremonies qu'il faut observer à la premiere abordade d'un tel prince, CARL.VIII, 20De premiere abordade, les nostres mirent deux des siennes à fond, CARL.I, 9La defiance de mes forces m'a, de premiere abordée, gelé de crainte l'encre dans ma plume, YVER521A faulte d'avoir vivement de premiere abordée couru sus aux ennemis, AMYOTNic. 39
(a-bo-ri-jê-n')
Qui est originaire du sol où il vit. Une plante aborigène. Les habitants primitifs d'un pays. Quand les Grecs s'établirent en Italie, ils y trouvèrent les aborigènes, qu'ils eurent à combattre.Aborigines, de ab, dès, et origo, origine (voy. ce mot).
(a-bor-ne-man)s. m.
Action d'aborner ou le résultat de cette action. L'abornement des propriétés.Aborner.
(a-bor-né)v. a.
Mettre des bornes à un terrain. Faire aborner son champ.À et borner ; Berry, abonner ; wallon, aboner.
(a-bor-né, née)part. passé.
Champs abornés. Propriété abornée.
(a-bor-tif, tiv')
Qui avorte. Foetus abortif, celui qui est né avant d'avoir acquis le développement nécessaire pour pouvoir vivre. En botan. Étamine abortive, celle qui n'a pas d'anthère ou qui n'en a qu'une ébauchée ; fleur abortive, celle qui tombe sans laisser aucune trace de fécondation. Se met toujours après son subst. Terme de médecine. Substance à laquelle on attribue la propriété de provoquer l'avortement. Les abortifs sont ordinairement de violents emménagogues ou des drastiques. Ce charlatan prescrivit des abortifs qui causèrent la mort de la femme.XVIe s. Je souhaiterois que nous retinssions la maniere que j'ai dite avoir esté entre les anciens, avant que ceste fiction abortive de sacrement vinst en avant, CALV.Inst. 1172Tel enfantement [hors terme] est appelé abortif ou avortement, PARÉt. II, 624Le tout est fait comme un oeuf abortif, c'est-à-dire qui n'a encore la coquille ferme et dure, PARÉt. XVIII, 6Enfantement avortif, PARÉib.Ses vers naistront inutis, Ainsi qu'enfans abortis, Qui ont forcé leur naissance, RONSARD363Abortivus, de aboriri, de ab, indiquant privation, et oriri, naître (voy. ORIENT), ce qui empêche de venir à bien ou ce qui n'est pas venu à bien.
(a-bo)s. m.
Espèce d'entrave que l'on met au paturon pour retenir les chevaux.
(a-bo-tô)s. m.
Barrage, obstacle mis au cours de l'eau, dans la Saintonge.à, et bot, qui signifie une digue, Gloss. aunisien, p. 74.
(a-bou-che-man)s. m.
Mise face à face, entrevue, conférence. On ménage un abouchement entre les deux adversaires.En anat. L'abouchement de deux vaisseaux, leur union, leur jonction.XVIe s. L'abouchement qui fut fait auprès de Toury en Beausse par la reine, le roi de Navarre et le prince de Condé, pour aviser aux moyens d'appaiser les differens survenus, LANOUE556Aboucher.
(a-bou-ché)v. a.
Mettre face à face, en conférence. Je voulais en secret vous aboucher tous deux, MOL.l'Étourdi, IV, 1L'on doit l'aboucher avec vous, MOL.l'Av. II, 1S'ABOUCHER, v. réfl.Conférer avec quelqu'un. Ils se sont abouchés, et sont convenus de la marche à suivre.En anat. se dit de deux vaisseaux qui communiquent. Le canal thoracique s'abouche dans la veine sous-clavière.XVe s. Et savez où elle [une grotte, un conduit souterrain] vide, ni où elle abouche [débouche], dit messire Gautier, FROISS.II, III, 23XVIe s. Les refformés ne peurent faire autre chose que d'emplir et couvrir les canons, abouchés en terre, d'un grand amas de poudre et y mettre le feu, D'AUB.Hist. I, 157Que trente chevaux legers de part et d'autre, six heures devant que s'aboucher [venir en conférence], descouvriroient la campagne, LANOUE557À et bouche ; aboucher à Genève veut dire coucher sur la bouche, sur le ventre.
(a-bou-ché, chée)part. passé.
Ces deux hommes abouchés ensemble s'entretinrent longtemps. Un tuyau abouché avec un autre.ABOUCHÉ. Ajoutez : - REM. Lamartine a employé ce mot au sens propre :Leurs visages charmants à son corps abouchés, LAMART.Chute d'un ange, 15e vision Ce qui, d'après le contexte, signifie que les enfants avaient la bouche appliquée au sein de leur mère.
(a-bou-gri-se-man)s.m.
État d'un bois endommagé dans sa première croissance.
(a-bou-korn)s. m.
Quadrupède du Soudan qui porte au front une protubérance osseuse, mince et droite, CORTAMBERTCours de géographie, 10e éd. 1873, p. 635Arabe, abou, père, et korn, corne : le père de la corne.
(a-bou-lé)v. n. Terme populaire.
Payer, s'acquitter d'une dette, non sans regret. Il faut abouler.Venir, entrer. Ils peuvent abouler quand ils voudront.À, et un verbe fictif bouler, rouler comme une boule.
(a-bou)s. m. Terme d'art et métier.
L'extrémité par laquelle un morceau de bois de charpente ou de menuiserie est assemblé avec un autre.Le bout par lequel une tringle ou un tirant de fer se joint, se fixe à quelque chose.Base du cylindre qui broie les chiffons pour faire le papier.À et bout.ABOUT. Ajoutez :Ouvrier d'abouts, classe de mineurs.Une classe spéciale de mineurs, les ouvriers d'abouts, choisis parmi les plus robustes et les plus intelligents, sont employés au creusement des fosses (avaleresses) pendant la traversée des terrains ébouleux et aquifères.... les ouvriers d'abouts sont chargés également de l'établissement des cuvelages et des picotages, travaux très difficiles, destinés à empêcher l'envahissement des exploitations par les eaux, Rev. scient. 21 août 1875, p. 184
(a-bou-taj')s. m.
Terme de marine. Action de réunir par un noeud les bouts de deux cordages.Abouter.
(a-bou-te-man)s. m.
Terme d'art et métier. Action d'abouter. État de ce qui est abouté.Abouter.
(a-bou-té)v. a.
Terme d'art et métier. Joindre deux choses bout à bout.About.ABOUTER. Ajoutez :Dans la Saintonge, aller jusqu'au bout, terminer. Abouter un rang de vignes, un sillon.
(a-bou-ti, tie)part. passé.
De grands desseins aboutis à peu de chose.Qui a suppuré. Une tumeur aboutie.
(a-bou-tir)v. n.
Toucher par un bout, se terminer dans. Ce champ aboutit d'un côté au grand chemin, de l'autre à ma propriété. La veine cave aboutit au coeur ou dans le coeur. L'esplanade aboutit au gymnase. Les vaisseaux lymphatiques aboutissent dans les veines par deux gros troncs. Aboutir en pointe. Cet arbre aboutit en pyramide. Là viennent aboutir deux routes. A ce carrefour aboutissent plusieurs chemins. Puisses-tu voir.... de Marseille au rivage de Tyr Son empire aboutir, MALH.III, 4Comme un centre où aboutissent toutes les lignes de la fortune, FLÉCH.Rég.Selon son dessein, tout doit aboutir à Pétersbourg, qui, par sa situation, serait un entrepôt du monde, FONTENELLECzar Pierre.Notre vue s'étendra sur le lieu de la fête et sur les routes qui y aboutissent, BERN. DE S. P.Arcad. 2Fig. Avoir pour résultat. Le mouvement allait aboutir à une sédition. L'affaire aboutit à un grand combat. Voyons où aboutira tout ceci. Ces terreurs n'aboutiront qu'à.... Une vie sordide et misérable qui n'aboutit qu'à grossir un bien injustement acquis. Ses projets aboutirent à la ruine. Ses desseins les mieux concertés aboutissent misérablement. Cette conduite si peu religieuse, où doit-elle enfin aboutir ?, BOURD.Pens. t. II, p. 393C'est à quoi aboutit cette distinction de l'école, BOSSUETOr. 4Des questions qui n'aboutissent à rien, MASS.Obst.Venir à suppuration. Cette tumeur aboutira. Faire aboutir un clou.Aboutir se conjugue avec avoir ou être suivant le sens : la tumeur a abouti hier ; par là on indique seulement le fait. La tumeur est aboutie depuis quelques heures ; par là on indique l'état où est la tumeur.XVIe s. Ce cerveau se resserroit de toutes parts et alloit aboutissant en pointe comme un oeuf à l'endroit où la corne prenoit le commencement de la racine, AMYOTPér. 9Ilz tenoient l'extremité de l'Italie, qui va aboutissant aux grandes Alpes, AMYOTPaul-Aem. 9Sur la place à laquelle se rendent et aboutissent tous les grands chemins de l'Italie, AMYOTGalb. 30C'est une croppe de montagne rude et aspre de tous costez, aboutissant en poincte, AMYOTSylla, 38Quelques uns d'eux portants des croix blanches abouties de fleurs de lis, et appelerent ces marques des contre-ligues, D'AUB.Hist. II, 439Son gouvernement de Mets aboutit [s'étend] jusque en Allemaigne, CARL.VIII, 17Les Allemagnes bornent et aboutissent les terres du grand Seigneur vers l'orient, CARL.VIII, 22À et bout ; Berry, aboter, abouter ; wall. abosi, dans le sens de suppurer.ABOUTIR. Ajoutez :Arriver au bout.Si les chevalets dont on peut disposer ne sont pas suffisants pour aller d'une rive à l'autre, il faut bien y ajouter des bateaux pour aboutir, Journ. offic. 13 janv. 1875, p. 293, 3e col.
(a-bou-ti-san, san-t')
Qui aboutit. Une pièce de terre aboutissante à. Par une porte aboutissante aux champs, LA FONT.Or.Au plur. m. Les tenants et aboutissants d'une pièce de terre, les pièces qui y sont adjacentes, qui la bornent de tous les côtés. On dit aussi, avec l'article répété, les tenants et les aboutissants.Fig. Savoir tous les tenants et aboutissants d'une affaire, en connaître tous les détails.XVIe s. Il decouyrit toutes vos assemblées et entreprises par tenans et aboutissans, Sat. Mén. 130Aboutir.
(a-bou-ti-se-man)s. m.
Action d'aboutir. Tel est l'aboutissement de nos efforts.Suppuration. L'aboutissement d'un abcès.Terme de couture. Pièce que l'on ajoute à une autre qui est trop courte.XVIe s. L'acromium, qui est partie et aboutissement de son espine [de l'omoplate], PARÉXIV, 11Aboutir.
(a-bou-té, tée)part. passé.
Terme d'art et de métier. Pièces de bois aboutées.En termes de blason, il se dit des différentes pièces d'armoiries qui se répondent par les pointes.
(a-bo-ian ou aboi-ian, iante', la prononciation varie)adj.
Qui aboie. Meute aboyante.Fig.Comme l'oiseau du ciel qui vient en tournoyant Enivrer son regard sur ce gouffre aboyant, LAMART.Chute du Rhin.Fig. Qui postule, qui ambitionne. Cette abbaye causa tant d'envie que les aboyants, outrés de la voir donner ainsi, se mirent à chercher ce que c'était que cet abbé de Chavigny, SAINT-SIMON260, 234
(a-bo-ié et a-boi-ié ; la prononciation varie. L'y se change en i quand un e muet suit : il aboie ; il aboiera. Il faut un y et un i pour l'imparfait, nous aboyions, vous aboyiez, et le présent du subjonctif, que nous aboyions, que vous aboyiez. La prononciation abayer était commune au commencement du XVIIe siècle. Ma fortune.... Qui n'abaye et n'aspire après l'or du Pérou Ou toutes ces grandeurs après qui l'on abaye )
Se dit du cri du chien et de quelques autres animaux du même genre ; le renard par exemple. Le chien aboie. Le chien du garde aboie au voleur, après le voleur, contre le voleur. Quoi ! mes chiens même aboient après moi. Quand avons-nous manqué d'aboyer au larron ?, RAC.Plaid. III, 3Tu étais, Caton, comme un chien qui aboie contre tous les passants, FÉN.t. XIX, p. 285Quoique toujours, sous son empire, L'usurpateur nous ait chassés, Nous avons laissé, sans mot dire, Aboyer tous les plus pressés, BÉRANGERRequête.Fig. Crier contre quelqu'un, invectiver, faire des réclamations. Nous avons de tous côtés des gens qui aboient après nous, MOL.Scap. I, 7Lorsque je vois ce moderne Sisyphe Nous aboyer, je trouve qu'il fait bien, J. B. ROUSS.liv. I, ép. IXJean-Jacques.... En nouveau Diogène aboie à nos beautés, VOLT.Ép. XCIVIl se mit à aboyer contre Brancas sur le jansénisme, SÉV.344Aboyer après, poursuivre ardemment. Aboyer après une place. Cet ambitieux aboie après les grandeurs. Les chiens aboyaient le renard.La plupart des chiens se contentent de l'aboyer [le hérisson] et ne se soucient pas de le saisir, BUFF.Hérisson Aboyer quelqu'un, invectiver contre lui. Aboyer une place, la poursuivre avec passion. Dans cette phrase de Diderot :Moi je ne tue pas un chien qui m'aboie, DIDER.Essai sur Cl. Aboyer peut être transitif direct ou indirect : il aboie moi ou il aboie à moi.S'aboyer, v. réfl. Si vous voyez deux chiens qui s'aboient..., LA BRUY.12 C'est ou aboyer soi ou aboyer à soi.Proverbes. Tous les chiens qui aboient ne mordent pas, c'est-à-dire tous les gens qui menacent ne sont pas à craindre.Aboyer à la lune, crier inutilement.Jamais bon chien n'aboie à faux, un homme sage ne se fâche pas sans raison.ABOYER, JAPPER. Le premier se dit du cri des gros chiens, le second de celui des petits. Cependant on dit souvent d'un petit chien, il aboie, et d'un gros, il jappe. C'est qu'alors celui-là est en colère, et que celui-ci n'est animé contre aucun objet.XIIe s. Comment, Sire, je suis vils come chiens à ceus de Juda, come cil ki est chef des fols ki abaient vers David, Rois, 129XIIIe s. A si grand chose, com à l'empire de Constantinople, poés [vous pouvez] croire que mout i en avoit aboans et envians, VILLEH.109Par foi, tant en a chien qui nage ; Quand est arrivés, il aboie, la Rose, 15101XIVe s. Comme les chiens, quand il oent [entendent] heurter, il abaient tantost sans atendre que il aient conoissance se celui qui heurte est ami ou non, ORESMEEth. 205Desormais travailler [il] n'ose, Abayer ne mot sonner ; On lui doit bien pardonner ; Un vieillart peut peu de chose, CH. D'ORLÉANSRondeau.Qui ne peut mordre, si abaye, VILLONBaill. et Mal.Aussi l'avocat qui plaidye Les causes, raisons et moyens, Pourvu qu'il ait la main garnye, Sera pour les deux aboyans, COQUILLARTSimple et rusée.Je te pry, sans plus m'abayer, Que tu penses de me payer, PatelinXVIe s. Ces compagnies ne le firent qu'abaier entre Longuive et le faubourg, à l'entrée du quel Mortemar chargea et le mesla, D'AUB.Hist. II, 128Le chien veut mal à celui à qui il abbaye, AMYOTCimon, 33Il lui fut advis qu'une lyce asprement courroucée abbayoit contre lui, et que parmi son abboi elle jettoit une parole humaine, AMYOTib.Nous nous courrouceons contre les chiens qui nous abayent et contre les asnes qui nous regibbent, AMYOTComm. refr. la col. 30Il delibera de contenter un jeune homme pauvra, son fidele ami, aboyant après les richesses, MONT.II, 317En certain abbayer du chien le cheval cognoist qu'il y a de la cholere, MONT.II, 158Ce chien se meit à abbayer contre lui tant qu'il put, MONT.II, 192Les autres, en abbayant leur parchemin jour et nuit, et barbotant leur breviaire, vendent leurs coquilles au peuple, CALV.Inst. 708Berry, abayer ; de ad, à, et baubari, aboyer ; grec ; allem. bellen. Le simple baier était aussi usité dans l'ancien français. Parce que li quien s'engressent [s'irritent] de baier, BEAUMAN.XXXIX, 46ABOYER. Ajoutez : - REM. Aboyer à la lune est une locution née de l'observation du chien qui, blessé par l'éclat de la lune, aboie contre elle.
(a-bo-ieur ou aboi-ieur ; la prononciation n'est pas fixée)s. m.
Terme de chasse. Sorte de chiens qui aboient à la vue du sanglier sans en approcher.Fig. Celui qui poursuit ardemment une chose. Un aboyeur de successions.Celui qui fatigue par des criailleries, par des importunités pressantes. Il a beaucoup d'aboyeurs ; ce sont ses créanciers. Ce critique n'est qu'un aboyeur. C'est un terrible aboyeur. Quelque Fréron.... Vient l'entamer de sa dent mercenaire ; à l'aboyeur il reste abandonné, VOLT.Ép. LXXX.Crieur qui se tient à la porte des théâtres pour appeler les voitures, et aussi crieur qui dans les rues vend des complaintes, des nouvelles, etc.. Des dogues aboyeursRien n'empêche d'employer aboyeur au féminin : aboyeuse.XIIIe s. Se l'une estoit maistre abaeresse [aboyeuse], Et l'autre maistre lecharesse [gourmande], Moult furent bien les deux d'un cuer [coeur], Ren. 137XVIe s. Une meutte de chiens, de limiers, des aboieurs, des chiens pour le fauve, D'AUB.Faen. I, 5Ils chassent seulement avec la arquebuse ou arbalestre et l'abboyeur, CARL.IV, 12
(a-bo-ié, iée, ou aboi-ié, iée ; la prononciation varie)part. passé.
Un sanglier aboyé par les chiens.Fig. Un débiteur aboyé de tous ses créanciers. Le prince de Conti faisait un triste et humiliant personnage, accueilli de personne, aboyé de tous, SAINT-SIMON48, 67Recherché ardemment, postulé. Après une si nombreuse promotion, j'attendrais longtemps un régiment vacant, aboyé des familles et des officiers, SAINT-SIMON102, 89
(a-bra-ca-da-bra)s. m.
Mot auquel on attribuait des vertus magiques. De vos mains grossières, Parmi des poussières, Écrivez, sorcières : Abracadabra, V. HUGOBall. 14Proprement abrasadabra. On fait venir ce mot de l'hébreu ab, père, ruah, esprit, et dabar, parole. D'après cette étymologie, il désignerait la Trinité. GROTEFEND (Ersch's und Gruber's Encyclopaedie, 1) le regarde comme composé du mot persan abrasas, dénomination mystique de la divinité, et de l'hébreu dabar, parole, parole divine.ABRACADABRA. Ajoutez : - HIST. XVIe s. C'est un plaisir que d'entendre telle maniere de faire la medecine, mais entre autres ceste cy est gentille, qui est de mettre ce beau mot abracadabra en une certaine figure qu'escrit Serenus pour guarir de la fiebvre, PARÉXXV, 31
(a-brâ)s. m.
Terme d'art. Garniture de fer qui entoure le manche d'un marteau de forge.À et bras.
(a-bra-zion)s. f. Terme de médecine.
Séparation, par petits fragments, de l'épithélium qui recouvre les membranes muqueuses.Action de gratter la surface des os cariés, de la cornée ulcérée, et celle d'enlever le tartre des dents.Abrasio, de ab, indiquant séparation, et radere, racler (voy. RAS).
(a-bra-ksas')s. m.
Pierre précieuse sur laquelle étaient gravés des caractères et qu'on portait en amulette.Abraxas, mot persan signifiant Dieu (voy. ABRACADABRA).
(a-breu-va-j')s. m.
Action d'abreuver. L'abreuvage des chevaux.XVIe s. Aux prairies, sur toutes à celles d'abbruvage [qu'on arrose], les fumiers de telle volaille sont de grande utilité, O. DE SERRES98Abreuver ; provenç. abeuratge, boisson.
(a-breu-ve-man)s. m.
Action d'abreuver les animaux domestiques. L'abreuvement exige certaines précautions, par exemple couper l'eau avec du son ou de la farine, ou la faire tiédir, si l'animal est en sueur. On donne l'avoine plutôt après l'abreuvement qu'avant. On risque de causer des ruptures ou la pousse, si l'on fait courir l'animal aussitôt après l'abreuvement.XIIIe s. Cil qui sera fet mesureur de sel paiera por son abuvrement et por son past huit livres, Livre des Mét. 356XVIe s. Le prevost a de chascun bouchier, qui est fait nouvel bouchier, de l'aboivrement [pourboire] que l'on a accoustumé à faire au commencement, une maille d'or, DU CANGEabuvragium.Abreuver.
(a-breu-vé)v. a.
Faire boire des animaux. Rivière où l'on a coutume d'abreuver les bestiaux. Les puits qu'ils avaient creusés pour abreuver leurs troupeaux. On mena abreuver nos chevaux, SÉV.155Faire boire abondamment quelqu'un. Il abreuva largement la compagnie. On l'abreuvait pour lui faire perdre la raison et s'emparer de lui. Le cruel d'une main semblait m'ouvrir le flanc, Et de l'autre à longs traits m'abreuver de mon sang, CRÉB.Atrée, II, 2Mouiller, pénétrer d'eau, arroser. La terre est abreuvée. Ces prairies ont besoin d'être abreuvées. Le sol est abreuvé d'eau. Les cèdres qu'abreuve la rosée du ciel. Une grande abondance d'humeurs abreuve cette plaie ; il faut la dessécher.Fig. Remplir, saturer. Abreuver quelqu'un d'outrages. On abreuve les alliés de dégoûts. Tout le fiel.... Dont un amant fut jamais abreuvé, MALH.v, 27Tout le fiel dont on vous abreuva, BOURD.Pens. t. III, p. 362 On dit aussi, dans un sens opposé, l'abreuver de joie.En termes d'art, mettre sur un fond poreux une couche d'huile, d'encollage, de couleur ou de vernis pour en boucher les pores et en rendre la surface unie.Terme de tonnelier. Abreuver des tonneaux, les emplir d'eau pour s'assurer s'ils ne fuient point.En termes de marine, abreuver un vaisseau, y faire entrer de l'eau, avant de le lancer, pour voir s'il n'y a pas une voie d'eau.S'abreuver, Les chevaux s'abreuvent ici. Après s'être abreuvé de vin S'abreuver largement. Les puits où vont le soir s'abreuver nos troupeaux, DUCISAbuf. I, 5Être humecté. La terre s'abreuve des pluies fécondantes. Le sol de la Grèce devait s'abreuver de sang. La javeline s'abreuve de leur sang.Fig. S'abreuver de larmes. Il s'abreuva du sang de la république. Néron s'abreuva de sang. Il s'abreuve aux sources les plus pures de la science. De son mortel poison tout courut s'abreuver, BOILEAUSat. XIXIIIe s. Chascuns des vins se fit plus digne Par sa bonté, par sa puissance, D'abevrer bien le roi de France, Bat. des vins, Fabl. de Barb. 2e éd. t. II, p. 154Li prudomme cui estoit cele fontaine, la fit aler por tout son champ pour lou abeuvrer, L. de just. 27Qu'il ne l'abeivre [la bête achetée] ne face abevrer la matinée, et après rendre la, se elle ne lui siet, Ass. de Jér. I, 213En un lit tout seul [elle] les coucoit [couchait les deux enfants], Andeux [tous deux] paissoit et abevroit, Fl. et Bl. 195Et pour bien faire en ceste poine, Au souverain bien [la sagesse] la [l'âme] ramoine, Dont jonesse la dessevroit, Qui de vanités l'abevroit, la Rose, 4558Et qu'il devra estre abevrés, Dès ains neïs qu'il soit sevrés...., ib. 10665Tous les en aboivre à ses mains, Mès les uns plus, les autres mains [moins], ib. 6849Je euz fain, vous me saoulastes, Et si euz soif, vous m'abruvastes, J. DE MEUNGTr. 1418XIVe s. Et si n'ara chascuns, tant qu'il porra durer, Qu'un soel pain de fourment tous les jours à disner, Et un lot d'iawe aussi pour son corpz abuvrer, Baud. de Seb. IX, 568XVe s. Le duc de Bretagne suivit l'opinion du roi de France moult legerement, car il estoit, du temps passé, si abeuvré de l'information de son cousin le duc de Flandre, pour la rebellion de l'Eglise, que son coeur ne s'inclina onques à croire Clement pape, FROISS.III, IV, 36XVIe s. Puis en passant au milieu de la plaine, De grans ruisseaux de sang s'abrevera, MAROTIV, 322Quand les plis de leurs hoquetons furent abbreuvés d'eau, ils les chargerent encore plus, AMYOTTimol. 38Les Romains sortiz pour aller au fourrage ou pour abbreuver leurs chevaulx, AMYOTAnt. 50Chascun en ayant esté abbruvé cent fois [d'un récit], MONT.I, 35Les premiers discours, de quoi on lui doibt abruver l'entendement...., MONT.I, 172Toutes leurs idoles s'abruvent de sang humain, MONT.I, 229Son esponge estoit abruvée de diverses peintures, MONT.I, 254La sotte imagination dont leur maistre des sentences les a abbruvez leur a perverti l'entendement, CALV.Inst. 1128Quand on viendroit abreuver la mule sus laquelle montoit sa femme..., DES PÉRIERS.Cont. 92Encor que tout fust conduit secretement au possible, si est-ce que chacun en fut abreuvé [informé], YVER562Fol est qui se met en enqueste ; car le plus souvent qui mieux abreuve [ses témoins], mieux preuve, LOYSEL770Wall. abuvrer, abovrer ; picard, abruvrer ; provenç. abeurar ; espagn. abrevar ; ital. abbeverare ; bas-lat. abeverare, abebrare ; de ad, indiquant la direction de l'action, et bibere, boire (voy. BOIRE). L'ancien français est abeuvrer, sauf de rares exceptions, plus près de l'étymologie ; c'est au XVIe s. que l'r s'est déplacée définitivement et qu'on a dit abreuver.
(a-breu-voir)s. m.
Lieu où l'on mène les bestiaux et les chevaux boire et se baigner. Un abreuvoir qui est un petit canal, SÉV.543Lieu où les oiseaux vont se désaltérer. Chasser à l'abreuvoir, prendre des oiseaux à l'abreuvoir.Terme d'arboriculture. Fusée qui gâte le pied de l'arbre. La blessure [faite par le marteau à un arbre] ne se cicatrise jamais parfaitement, et souvent elle produit un abreuvoir au pied de l'arbre, BUFF.Exp. sur les végét. 2e mém.Fig. Abreuvoir à mouches, large balafre. Il lui fit d'un coup de sabre un abreuvoir à mouches. Le ceste est encore taché Du sang et du cerveau séché, Quand Hercule, après mainte touche, Lui fit un abreuvoir à mouche De son ceste..., SCARR.Virg. trav. VIntervalle que les maçons laissent entre les pierres pour y faire entrer du mortier.Proverbe. Un cheval va bien tout seul à l'abreuvoir, se dit de ceux qui se lèvent de table pour aller eux-mêmes au buffet et se servir.XIVe s. Gillot tenant en sa main un abuvroir ou abuvoir où ils buvoient, plein de vin, DU CANGEabevragium.XVe s. Disant le suppliant qu'il lui rueroit [jetterait] ung abeuvrouer ou verre à la teste, DU CANGEib.XVIe s. Cependant ceste eau servoit d'abbreuvoir pour le bestail, CALV.Inst. 1105Un abbreuvoir à mousches, COTGRAVEAbreuver ; provenç. abeurador ; espagn. abrevador ; ital. abbeveratojo.
(a-breu-vé, vée)part. passé.
Au propre et au figuré. Troupeaux abreuvés. On renvoya les convives bien abreuvés. Terres abreuvées. L'Égypte abreuvée par les débordements du Nil. Une plante abreuvée par une eau abondante. Plaie abreuvée d'une humeur malsaine. Abreuvé d'amertume. Me nourrissant de fiel, de larmes abreuvée, RAC.Phèdre, IV, 6Sa langue abreuvée de fiel et de vinaigre, BOSSUETHist. II, 4Et le jour me retrouve abreuvé de mes larmes, VOLT.Oed. I, 1Et j'ai sur ces chemins de carnage abreuvés...., VOLT.Mér. I, 2ABREUVÉ. Ajoutez :Il se dit aussi de la lumière. À cet instant, les objets sont comme abreuvés de lumière, DIDER.Oeuv. compl. 1821, t. IX, p. 463
(a-bri)s.m.
Ce qui protége contre.... Abri contre la pluie. Sous un abri sûr. Le mauvais temps les força de chercher un abri. La côte offrait un abri au vaisseau. Cette rade est un abri. La montagne sert d'abri contre le vent du nord. S'il est, aux bords déserts du torrent ignoré, Quelque rustique abri de verdure entouré...., LAMART.Médit. XXL'arbre sacré [de la liberté] sur ce concours immense Forme un abri de rameaux toujours verts, BÉRANG.Lafay.Fig. Ce qui préserve. Abri contre le malheur. L'accusé trouva un abri dans sa dignité. Sous l'abri d'un grand nom sûr de l'impunité, à d'horribles excès leur orgueil s'est porté, C. DELAV.V, Sicil. II, 2À L'ABRI, Se tenir à l'abri dans sa maison. Dans une rade où ils se trouvèrent à l'abri, FÉN.Tél. IXVous ne pouvez qu'aux dépens de sa tête Mettre à l'abri la vôtre, CORN.Mort de P. I, 1Il fallut se mettre à l'abri, LA FONT.Fiancée.À L'ABRI DE, loc. prépositive. En sûreté contre. Être à l'abri du froid. Afin que les défenseurs fussent à l'abri des balles. être à l'abri de l'injure. Personne n'est à l'abri du mal. A l'abri des railleries. Le port est à l'abri de tous les vents. Rien ne met à l'abri de cet ordre fatal, RAC.Esth. I, 3Les montagnes mettent cette côte à l'abri des vents, FÉN.Tél. IIIJ'essuyai les mépris qu'à l'abri du danger L'orgueilleux citoyen prodigue à l'étranger, VOLT.Orph. II, 6À L'ABRI DE, En sûreté sous. Mouiller à l'abri d'une terre. À l'abri d'une cabane, nous laissâmes passer l'orage. Il se mit à l'abri du fleuve. À l'abri de son déguisement, il parcourait les campagnes. Ils ont des amis qu'ils vous mettront en tête, et, à l'abri de ces protecteurs, ils sont en état de repousser tous vos coups et de résister à tous vos efforts, BOURD.Pens. t. II, p. 264Et vous et vos enfants, vos amis, votre époux, A l'abri du sénat aurez un sort plus doux, MAIRETMort d'Asd. IV, 4À l'abri de ce trône attendez mon retour, RAC.Esth. II, 8Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage Dont je couvre le voisinage, LA FONT.Fab. I, 22Un galant de qui tout le métier Est de courir le jour de quartier en quartier, Et d'aller à l'abri d'une perruque blonde De ses froides douceurs fatiguer tout le monde, BOILEAUSat. IVProverbe. L'homme sans abri est un oiseau sans nid.XIIe s. E quant vint tempeste et pluie, en cel encloistre [clos] pur [pour] abri aveir entrerent, Rois, 251XVIe s. A l'abri des coups, MONT.I, 25Ceux que Dieu a mis à l'abry des necessités, MONT.IV, 97Bourguign. averi, aibri ; wall. à l'abri, exposé : èse à l'abri del plaive, être exposé à la pluie ; bas-lat. abrica, abriga ; provenç. abric ; catal. abrig ; espagn. et port. abrigo ; du latin apricus, exposé au soleil. La concordance est complète pour la forme ; apricus ayant l'accent sur la seconde syllabe, l'accent est resté dans les langues romanes sur cette même syllabe ; ce qui est la règle de la dérivation. La signification seule fait difficulté. Mais les langues romanes ont pris se mettre à l'abri pour se mettre à couvert, parce que les choses exposées au soleil sont en quelque sorte à couvert du frold et du mauvais temps. D'ailleurs la signification d'exposé au grand air se trouve dans le wallon, comme on voit. Les langues germaniques ont aber, exposé au soleil, anc. haut allem. âpon, serein, qui paraissent avoir de la parenté avec le mot latin. Diez n'accepte pas cette étymologie, y objectant que l'italien n'a pas ce mot qu'il aurait s'il venait d'apricus, et que le sens ne peut pas passer de exposé au soleil, au sens de à couvert. En conséquence il propose l'allemand bergen, au présent birg, cacher, mettre en sûreté ; d'où, par une métathèse de l'r, et avec la préposition romane à, on a abric. Malgré ces objections, l'étymologie latine me paraît la plus vraisemblable.
(a-bri-ko ; le t ne se lie pas ; au pluriel, a-bri-kô ou a-bri-ko ; la prononciation varie, les uns gardant au pluriel la prononciation du singulier où l'o est bref ou ouvert, les autres allongeant l'o, suivant la règle qui est que l's du pluriel rend la voyelle longue ou fermée)s. m.
Fruit de l'abricotier. L'abricot est un fruit à noyau, qui a beaucoup de saveur et de parfum. Abricot-pêche, abricot dont la grosseur se rapproche de celle de la pêche. Abricot plein vent, abricot venu sur un arbre en plein vent. L'abricot plein vent est meilleur que l'abricot d'espalier.Ne dites pas comme l'Académie : Abricot en espalier. L'arbre est en espalier ; le fruit est d'espalier.XVIe s. Ne pouvans sortir par la porte, elles sont contraintes de se jeter par la fenestre, pour aller dans quelque delicieux jardin manger des abricots, LANOUE140Ital. albercocca, albicocca ; espagn. albaricoque ; portug. albricoque. Ce mot français vient de l'espagnol, l'espagnol vient de l'arabe birkouk, et, avec l'article, al birkouk ; l'arabe vient du bas-grec qui vient du latin praecoquum, nom donné à l'abricot à cause de sa précocité ; enfin praecoquus n'est pas autre chose qu'une forme de praecox (voy. PRÉCOCE). Abricot est, comme on voit, un singulier exemple de la propagation et de l'altération des mots ; c'est par l'intermédiaire de l'arabe qu'un mot latin est revenu dans les langues romanes.
(a-bri-ko-tié)s. m.
Arbre de la famille des rosacées. Le nom scientifique de l'abricotier est prunus armeniaca.XVIe s. Nous voyons du noyau d'abricot venir un abricotier et non le pommier, parce que nature garde toujours son genre et espece, PARÉXIX, 20Abricot.
(a-bri-ko-té)s. m.
Terme de confiseur. Bonbon fait d'un morceau d'abricot entouré de sucre.Abricot.
v. a.
Terme de marine. Intercepter en parlant du vent.Voy. ABRITER.
(a-bri-té)
Mettre à l'abri. Abriter les arbres à fruit. Ce mur abrite le plant de salade. Un rocher élevé abrite les navires contre le vent du large.Pourtant je m'étais dit : Abritons mon navire ; Ne livrons plus ma voile au vent qui la déchire, V. HUGOOdes, III, 1Je ne viens pas traîner dans vos riants asiles Les regrets du passé, les songes du futur : J'y viens vivre, et, couché sous vos berceaux fertiles, Abriter mon repos obscur, LAMART.Nouvelles médit. XS'abriter, Il pleut ; venez vous abriter ici. Le petit oiseau s'abrite sous les ailes de sa mère. Il s'abritait sous le nom d'un homme puissant.XIIIe s. Si ot [vieillesse] d'une chape forrée Moult bien, si cum je me recors, Abrié et vestu son cors, la Rose, 400XIVe s. La très precieuse couronne Que Jesus-Christ eut en sa teste, Si com Juïs l'en abrierent, GUIARTdans DU CANGE, abrica.XVe s. Comme monnoye descriée, Loyauté je voi abriée Dessoubz le pavillon de honte, CH. D'ORLÉANSRondeau.XVIe s. Tout cela mis en ruines ; et de sept casemattes, les unes abriées de ruines ou aveuglées, D'AUB.Hist. II, 46Dès le soir les assiegés, sans beaucoup de peine, abrierent le rouage [les affûts] de fascines gouildronnées, D'AUB.ib. III, 179De rejecter ma robbe sur son lict, en maniere qu'elle les abriast tous deux, MONT.I, 96abri ; picard et norm. abrier ; Berry, abrier, abrisser ; provenç. abriar, abricar ; espagn. abrigar.
(a-bri-té, tée)part. passé.
Vignes abritées du vent. Ils étaient abrités par les retranchements. Navire abrité dans le port. Si notre accueil le touche, Si, par nous abrité, Il [l'exilé] s'endort sur la couche De l'hospitalité...., BÉRANGERExilé.
(a-bri-van)s. m.
Petite hutte de bivouac pour une garde, pour un poste.Paillasson servant à protéger contre le vent.Abri et vent.
(a-bro-ga-sion)s. f.
Action d'abroger. L'abrogation d'une loi, d'une coutume, d'une cérémonie.XVIe s. Et de fait, saint Paul demonstre bien clairement une telle abrogation de la loy, CALV.Inst. 267Abrogatio, de ab, indiquant retranchement, et rogare, demander et aussi porter une loi (voy. ROGATION).
(a-bro-ja-bl')adj.
Qui peut être abrogé. Ces lois sont abrogeables.
(a-bro-jé ; on intercale un e devant a ou o : il abrogea, nous abrogeons)
Mettre hors d'usage. Abroger une loi, une ordonnance. Le sénatus-consulte fut abrogé.S'abroger, Être abrogé.Cette coutume s'est abrogée d'elle-même par désuétude, Acad.XVIe s. Ils disent que la loi est abroguée et cassée aux fideles, CALV.Inst. 267Il fit publiquement decerner la guerre contre Cleopatra et abroguer la puissance et l'empire d'Antonius, AMYOTAnt. 77Abrogare (voy. ABROGATION).
(a-bro-jé, jée)part. passé.
Lois abrogées.
(a-brou-ti, tie)adj.
Terme d'eaux et forêts. Le bois est abrouti quand les premières pousses ont été mangées par le bétail et sont mal venues.À et brout.
(a-brou-ti-se-man)s. m.
Terme d'eaux et forêts. État d'un bois qui a été brouté par les bestiaux ou le gibier. L'abroutissement finit par faire périr les arbres. Ces arbres, souvent gâtés par l'abroutissement du bétail, ne s'élèvent pas, BUFF.Exp. sur les végét. 2e série.Abrouti.
(a-bru-pt, pt')adj.
Qui est en pente rapide et comme rompu. Montagnes abruptes. La pente abrupte diffère de la pente roide, en ce que celle-là ne permet pas une ligne droite et que l'autre la permet.Fig. Style abrupt, style coupé.Voy. ABRUPTO.ABRUPT. Ajoutez :s. f. L'abrupte, l'état abrupt d'un lieu.Il eût été bien difficile de les atteindre [des oiseaux nichés dans des rochers] à cause de l'abrupte des falaises qui les dominaient, Journ. offic. 9 mai 1876, p. 3165, 2e col.Montagnes à sommets rectangulaires, dont les gigantesques abruptes présentent des perspectives étranges [dans le Caucase], J. FRANÇOISAcad. des sc. Compt. rend. t. LXXXII, p. 1245
(a-bru-pte-man)adv.
D'une façon abrupte. La côte se présentait abruptement. Phrase coupée abruptement.XVIe s. J'ai quasi oublié un autre defaut bien usité et de très mauvaise grace ; c'est quand la sentence est trop abruptement coupée, DU BELLAYI, 33, recto.Abrupte au féminin, et ment (voy. MENT).
(a-bru-psion)s. f.
Terme de chirurgie. Fracture transversale d'un os avec des fragments rugueux.Lat. abruptionem, de ab, et ruptum, supin de rumpere (voy. ROMPRE).
(è-ksa-bru-pto)loc. adv.
Brusquement, sans préambule. Parler ex abrupto. Exorde ex abrupto, exorde vif et sans précaution oratoire.Ex, de, et abruptus, abrupt, de ab, indiquant séparation, et ruptus, rompu (voy. ROMPRE).
(a-bru-ti, tie)part. passé.
Homme abruti. Nations abruties par l'ignorance et la misère. Enfant abruti par les mauvais traitements. Claude était comme abruti, DIDER.Essai sur Cl.Eh ! le peuple romain, dès longtemps abruti, De sa grandeur première a perdu la mémoire, LEGOUVÉEp. et Néron, I, 3Le genre humain abruti ne pouvait plus s'élever aux choses intellectuelles, BOSSUETHist. II, 166
(a-bru-tir)v. a.
Rendre brute. Il finit par abrutir un esprit peu ouvert. Vous l'abrutiriez par cette méthode, J. J. ROUSS.Ém. IIIl éteint et abrutit sa raison, MASS.Bonh.S'abrutir, Devenir brute. Il s'est abruti par le vin. Excès où l'on s'abrutit dans les sens, où l'on éteint toutes les lumières de sa raison, BOURD.Pensées, t. II, p. 268A mesure qu'il s'est abruti [l'homme corrompu], il a tâché de se persuader que l'homme était semblable à la bête, MASS.Car. Vérité d'un avenir.XVIe s. Ces colleges où on les envoye les abrutissent ainsi, MONT.I, 181Il confesse que la prosperité a hebeté et abruti tous ses sens, CALV.Inst. 550Elle abestit et abrutit toute la sagesse, resolution, prudence, et toute operation de l'ame, CHARRONSagesse, I, 23À et brute.
(a-bru-ti-san, sant')adj.
Les plaisirs abrutissants de la table, MASS.Avent, J. de NoëlAbrutir.
(a-bru-ti-se-man)s. m.
Action d'abrutir. État d'une personne abrutie. Cet homme d'un esprit distingué a été jeté par le vin dans l'abrutissement. Les abrutissements sont de causes diverses, par exemple la misère, les mauvais traitements, les excès.Abrutir.
(a-bru-ti-seur)s. m.
Qui abrutit. Je voudrais bien que les Turcs fussent chassés du pays des Périclès et des Platon ; il est vrai qu'ils ne sont pas persécuteurs, mais ils sont abrutisseurs ; Dieu nous défasse des uns et des autres, VOLT.dans LAVEAUXAbrutir.
(a-brè-je-man)s. m.
Action d'abréger. L'état de ce qui est abrégé. L'abrégement d'un livre. Ceux qui ont voulu introduire les tables ont été trompés par l'abrégement des paroles, Port-Royal, dans BOUHOURS, Nouv. Rem. Mot utile et justifié par un usage constant.XIIIe s. Et aussi ne peut nus [nul] doner abregement de servitutes de fief, BEAUMANOIRXLV, 25Quant on est semons por service de tix [tels] fiés, on doit offrir à son segneur ce qui est duz por le [la] reson de l'abregement, BEAUMANOIRXXVIII, 7XVe s. Mais, pour l'abregement de l'oeuvre, De point en point [je] le te descoeuvre, LA FONT.923Abréger.
(a-bré-jé. L'é se prononce è quand il est suivi d'une voyelle muette : j'a-brè-ge)v. a.
Rendre bref, réduire à une moindre étendue, à une moindre longueur. Abréger le temps. Éclaircir et abréger le discours. Abréger une narration. Voulant abréger son humiliation. C'est un bienfait de Dieu d'avoir abrégé les tentations avec les jours de Madame, BOSSUETDuch. d'Orl.On croit qu'il expose les troupes : il les ménage en abrégeant le temps des périls par la vigueur des attaques, BOSSUETL. de Bourbon.Les plaisirs pris sans modération abrègent plus les jours des hommes que les remèdes ne peuvent les prolonger, FÉN.Tél. XVIICours par un prompt trépas abréger ton supplice, RAC.Mithr. II, 6Mais aussitôt ma main, à moi seule funeste, D'une infidèle vie abrégera le reste, RAC.Andr. IV, 1Je la voyais bientôt, abrégeant son absence, revenir empressée, DUCISOth. I, 5Le cardinal de Richelieu avait abrégé ses jours par les inquiétudes qui le dévorèrent, VOLT.Moeurs, 177Faire un abrégé. Cet auteur a abrégé lui-même son livre.Faire paraître moins long. La conversation abrége le chemin.Faire brève une syllabe. Quelques personnes abrégent l'o dans rôti, et disent roti. Chemin qui abrége.Faire court, s'exprimer en peu de mots. En abrégeant. Abrégeons. J'abrége et je poursuis. Pour abréger, la chose s'exécute, LA FONT.Rich.S'abréger, Devenir plus court. La vie, déjà si courte, s'abrége souvent par les excès de tout genre.XIIe s. Ne ne porreit mis cors soffrir Travail ne peine ne labor ; Kar dès or s'abregent mi jor ; Molt me vois mais afebleiant, BENOITII, 8223XIIIe s. Ains voil [je veux] ma parole abregier Por vos oreilles alegier, la Rose, 19671Je ne puis souffrir à abregier le plain service qu'on tient de moi, BEAUM.XXVIII, 7S'aucuns abrege le fief qui est tenu de li, BEAUM.XLV, 25Se il viaut [veut] son plait abregier, Ass. de Jerus. I, 237XIVe s. Ils lui dirent qu'il abregeast ses paroles, le Menagier, I, 9XVe s. Temps sans honneur et sans vray jugement, Aage en tristour, qui abrege la vie, E. DESCHAMPSTemps présent.Elle [m'amie] m'a dit que je boy trop souvent Et que cela m'abregeroit la vie, BASSEL.31N'abregeons point nostre vie Par trop nous atedier, BASSEL.46On dit que ses ans il [le buveur] abbrege, BASSEL.38Avancezvous, prenez votre robe, abregez-vous [hâtez-vous] ; qu'il ne vous trouve ici, car vous seriez mort et moi aussi, LOUIS XINouv. 34Pour abreger [bref], LOUIS XIib. 75XVIe s. Le ciel m'a esté si benin et si favorable que d'abrevier un long martyre, YVER592Il vouloit bien abreger son chemin et passer par lieux bien habités, AMYOTAnt. 52Notaires, c'est à dire ecrivains qui par notes et lettres abregées figurent toute une sentence, AMYOTCaton d'Ut. 35Provenç. et espagn. abreviar ; ital. abbreviare ; bas-lat. abbreviare ; de ad, indiquant la direction de l'action, et brevis, bref (voy. BREF).
(a-bré-jé)s. m.
Réduction d'un plus grand ouvrage en un plus petit. C'était un abrégé de toute la loi, BOSSUETHist. II, 3Voulez-vous, disait saint Grégoire, pape, un abrégé de la règle de saint Benoît ? considérez sa vie ; et voulez-vous, ajoutait le même pontife, un précis de la vie de saint Benoît, considérez sa règle, BOURD.Pens. t. III, p. 403Par analogie. Image en raccourci. Le peuple juif est un abrégé symbolique de la race humaine, CHATEAUB.Génie, II, VI, 2Ce coeur est l'abrégé de tous les mystères, BOSSUETJean, 3La science du salut, science suréminente, l'abrégé de toutes les sciences, BOURD.Pens. t. III, p. 229Ce sacrement incompréhensible, ineffable, l'abrégé de toutes les merveilles du Seigneur, BOURD.ib. p. 386En abrégé, en peu de paroles. Je ne dis ces choses qu'en abrégé ; elles sont assez expliquées ailleurs, BOSSUETRelat.Elle renferme en abrégé toute la doctrine, BOSSUETThér. 3La suite de la religion mise en abrégé devant vos yeux, BOSSUETHist. II, 13Voilà en abrégé les principes de dénoûment pour les passages des Pères, BOSSUETS. Écrit.Ce canon contient en abrégé toutes les raisons, BOSSUETLett. abb. 554C'est faire en abrégé votre panégyrique, MOL.l'Étourdi, II, 14En abrégé, par abrégé, par abréviation. Écrivez ce mot en abrégé.Musique. Mécanisme qui dans l'orgue transmet le mouvement des touches du clavier.ABRÉGÉ, SOMMAIRE, ÉPITOMÉ, PRÉCIS, RÉSUMÉ. L'abrégé est un ouvrage, mais la réduction d'un plus grand à un moindre volume. Le sommaire n'est point un ouvrage ; il ne fait simplement qu'indiquer en peu de mots les principales choses contenues dans l'ouvrage ; on le place ordinairement à la tête de chaque chapitre ou division, pour permettre à l'esprit d'embrasser l'ensemble de ce qui va être détaillé. L'épitomé est, ainsi que l'abrégé, un ouvrage, mais plus succinct : ce mot d'ailleurs est purement grec, et n'est employé que pour le titre de certains ouvrages, GUIZOT., Le précis se distingue par sa rigueur ; il signifie un abrégé dans lequel ne se trouve rien de superflu ; l'abrégé est court ; mais le précis est substantiel. Aussi peut-on dire : j'ai fait l'abrégé et le précis de ce livre. Le résumé est un abrégé, non pas séparé de l'ouvrage, mais mis à la fin en guise de conclusion ; c'est, pour la place, l'opposé du sommaire ; c'est encore une sorte d'abrégé destiné seulement à rappeler ce qu'on sait, à revoir rapidement ce dont on a besoin de se ressouvenir, LAFAYE.Abréger.ABRÉGÉ, Ajoutez :Se disait chez les protestants, sous le régime de l'édit de Nantes, d'un nombre restreint de membres de l'assemblée politique, délégués par elle avec le consentement du roi pour continuer à siéger après sa dissolution et veiller à l'exécution de ses décisions ou des promesses de la cour, ANQUEZHist. des assembl. polit. des réf. de Fr. p. 78, 79, 173XIVe s. Aubris Bernars a baillé son abregié de ses despens contre Aubin Chiffet (1348), VARINArchives administr. de la ville de Reims, t. II, 2e part. p. 1177
(a-bré-jé, jée)part. passé.
Route abrégée. Méthode abrégée d'enseignement. Livre abrégé. Magistrature dont la durée est abrégée. Si mes jours sont abrégés. Ceci est une répétition abrégée de ce qui vous a été amplement recommandé. L'exemple, vous le savez, est la voie abrégée de la persuasion, MASS.Conférence, Excell. du sacerd.L'enfer se déchaîne ; les temps de paix sont abrégés, MASS.Orais. fun. Dauph.C'était là une ample matière à exercer un génie tel que le sien, car le long chemin pouvait être et abrégé et facilité, FONTENELLECzar Pierre.
(a-brè-jé-man)adv.
D'une manière abrégée. Adverbe usité autrefois et qui n'a rien qui l'empêche d'être usité de nouveau, puisqu'il se comprend sans peine.XVe s. Pour abregement guerir ou mourir, Plus ne puis fournir, Se sens ne m'aprent, CH. D'ORL.Rondeau.Et le plus abregement que faire se peut, le bailli comanda qu'on depeschast notre pauvre coquart, L. XINouv. 75Abrégé, par contraction pour abrégée, et ment suffixe (voy. MENT).
(a-bré-vi-a-teur)s. m.
Auteur qui abrége l'ouvrage d'un autre. Eusèbe, son abréviateur [de Moïse], qui entasse tant de fables, VOLT.Dial. 24, 17[Pour le plan de l'ancienne Carthage] nous sommes réduits aux abréviateurs latins, tels que Florus et Velleius Paterculus, CHATEAUB.Itin. III, 171Se dit à Rome des officiers du parquet qui dressent les minutes et les bréviatures des lettres apostoliques.Voy. ABRÉVIATION.
(a-bré-vi-a-tif, ti-v')adj.
Qui abrége, qui indique une abréviation. Signes abréviatifs.Abréviation.ABRÉVIATIF. Ajoutez :Qui abrège, qui rend plus court. Ainsi tous les moyens abréviatifs que découvre l'ouvrier dans l'exécution d'une tâche tournent contre lui, P. LEROY-BEAULIEURev. des Deux-Mondes, 1er juill. 1875, p. 153Qui rend un chemin plus court.Le concessionnaire de la ligne abréviative entre Cambrai et Douai, Journ. offic. 7 juill. 1875, p. 5032, 2e col.
(a-bré-vi-a-sion)s. f.
Retranchement de lettres, ou emploi de signes pour écrire plus vite ou pour tenir moins de place. Mr, Mme, sont des abréviations pour Monsieur, Madame. Des imprimeries dont il a changé les anciens caractères trop barbares et presque indéchiffrables à cause des fréquentes abréviations, FONTENELLECzar Pierre.XVIe s. Il leur avoit enseigné à faire certaines notes et abbreviations, qui en peu de traits valoient et representoient beaucoup de lettres, AMYOTCaton d'Ut. 35Syncopes, abbreviation et remission d'haleine, PARÉVIII, 23Abbreviatio, de abbreviare, qui, dans l'ancien français, a donné abréger (voy. ce mot), et non abrévier, qui serait du XVIe s.ABRÉVIATION. Ajoutez :Action d'abréger, de rendre plus court. Les innombrables moyens d'abréviation employés dans ces derniers temps sont l'oeuvre des travailleurs aux pièces qui les inventent, les perfectionnent, P. LEROY-BEAULIEURev. des Deux-Mondes, 1er juill. 1875, p. 142
(a-bré-vi-a-ti-ve-man)adv.
Par abréviation.Abréviative au féminin et ment (voy. MENT).
(a-bré-vi-a-tu-r')s. f.
Signe dont on se sert dans l'écriture pour abréger. M. Gale, dans l'édition de quelques auteurs grecs, en a banni toutes les abréviatures, LE CLERCdans Trévoux.
(a-bsi-s', ou, suivant la prononciation réelle, a-psi-s')s. f.
Terme de géométrie. L'une des coordonnées (l'autre s'appelle ordonnée) par lesquelles on définit la position d'une ligne ou d'une courbe plane. Axe des abscisses, axe des ordonnées, droites indéfinies qui se coupent, et de l'intersection desquelles se mesurent les abscisses et les ordonnées. L'abscisse est horizontale.Abscissus, coupé, de ab, indiquant séparation, et scindere, couper, scinder (voy. ce mot).
(a-bsan-s', ou, suivant la prononciation réelle, a-psan-s')s. f.
Non-présence. Pendant mon absence. Faire de longues absences. Vous me pardonnerez mon absence. L'absence du maître est préjudiciable. Son absence de la cour fut remarquée. Votre absence de ces lieux est un malheur. Pourvu que vous ayez ce courage, notre absence ne vous nuira point, FÉN.Tél. XXIIICe héros intrépide Consolait les mortels de l'absence d'Alcide, RAC.Phèd. I, 1Toute votre vie est une absence continuelle de vous-même, MASS.Conf.Absence se prend absolument. Les regrets de l'absence. L'absence affaiblit les affections comme les haines. Mais enfin je la quitterai, quoique je sache que l'absence peut me la faire perdre, FÉN.Tél. XXIIL'absence est aussi bien un remède à la haine Qu'un appareil contre l'amour, LA FONT.Fab. X, 12L'absence aux vrais amants est encor plus funeste, CORN.Oedipe I, 1Manque. L'absence des défauts dans un livre ne compense pas l'absence des qualités. Ce philosophe pensait que l'absence de la douleur était le but de sa vie, FÉN.Phil. Épic.Fig. Absence d'esprit, et absolument absence, distraction, perte de connaissance. Il est sujet à des absences d'esprit. Il est fort distrait ; il a des absences singulières. Ce sont là des surprises et des absences d'un moment, MASS.Pent.Les médecins trouvèrent le pouls si mauvais qu'ils ne balancèrent pas à proposer au roi, qui revenait cependant de son absence, de ne pas différer à recevoir les sacrements, SAINT-SIMON405, 41Quand une personne est un peu interdite, c'est ce qu'on fait passer pour des absences d'esprit ; ce terme est fort en usage, MARG.BUFFET, Observ. p. 43, en 1668En termes de droit, absence d'une personne dont on n'a point reçu de nouvelles depuis une certaine époque, et dont la résidence actuelle n'est pas connue ; et encore, défaut de présence à une assignation.EN L'ABSENCE DE, En l'absence du maître, en l'absence du soleil. En mon absence. Élire des tribuns en leur absence.XIVe s. Un homme est dit attrempé [modéré], en ce qu'il n'a pas de tristesse de l'absence des choses delettables, ORESMEEth. 96Absentia ; provenç. absensa, absencia ; espagn. ausencia ; ital. absenzia, assenza (voy. ABSENT).
(a-bsan, san-t', ou, suivant la prononciation réelle, a-psan)adj.
Qui n'est pas présent. Être absent. Absent par congé. Vous avez été longtemps absent. C'est donc ainsi qu'absent vous m'avez obéi, MOL.Éc. des f. II, 2Absent comme présent, il voyait le fond des coeurs, BOURD.Pensées, t. III, p. 381Faut-il l'exhorter beaucoup et le solliciter de penser à la personne dont il est épris ? que dis-je, peut-il même n'y penser pas et l'oublier ? Tout absente qu'elle est, il ne la perd, en quelque manière, jamais de vue, et elle lui est toujours présente, BOURD.t. II, p. 52Présente, je vous fuis ; absente, je vous trouve, RAC.Ph. II, 2Avec de et un nom de lieu. Absent de Paris. Il est depuis longtemps absent de chez lui. Absente de la cour, je n'ai pas dû penser, Seigneur, qu'en l'art de feindre il fallût m'exercer, RAC.Brit. II, 3De ce même rivage absent depuis un mois, RAC.Iph. II, 1Avec de et un nom de personne. Quand j'ai été absent de Camille, je veux lui rendre compte de ce que j'ai pu voir, MONTESQ.Temple de Gnide, 5être absent de quelqu'un, VOIT.II, 168Tant de jours ennuyeux, Que je m'en vais passer absent de vos beaux yeux, MONTREUILII, 71Et qu'un rival absent de vos divins appas, MOL.D. Garcie, I, 3Absent de vous, je vous vois, vous entends, FONTEN.X, 468En parlant des choses. Les choses absentes sortent de la mémoire. La fausseté des plaisirs présents et l'ignorance des plaisirs absents.Distrait, inattentif. Son esprit est parfois absent.Subst. Souvenez-vous d'un absent. Défendre les absents. Mesdames, ne parlez pas mal d'une absente, des absentes. Et ce vieux droit d'aînesse est souvent si puissant Que, pour remplir un trône, il rappelle un absent, CORN.Nic. IV, 3En termes de droit, se dit des personnes absentes dont on n'a point reçu de nouvelles depuis un certain temps et dont on ne connaît pas la résidence actuelle.Proverbe. Les absents ont tort, on néglige les intérêts des personnes absentes.Absent ne se met qu'après son substantif.XIVe s. Ils n'estoient pas absens pour creinte, BERCHEUREf. 36XVIe s. Nul heur, nul bien ne me contente, Absent de ma divinité, FRANÇOISIProvenç. absens ; catal. absent ; espagn. ausente ; ital. assente ; de absens, de abs, indiquant éloignement, et de ens, étant, participe inusité du verbe sum, je suis (voy. ESSENCE).
(a-bsan-té, ou, suivant la prononciation réelle, a-psan-té)v. réfl.
Se rendre absent. Je m'absenterai durant trois mois. Ne vous absentez pas dans la soirée, j'irai vous voir. Si vous devez vous absenter. S'absenter de l'armée, d'un repas. Loc. vic. J'ai absenté, dites : Je me suis absenté.XIVe s. Le suppliant s'est absenté du païs, DU CANGEabsentandus.XVe s. Le duc d'Anjou, frere de Charles V, en fut absenté, FROISS.II, II, 70Quoique le roi de France l'absentast au lit de mort et l'eloignast des besognes de France, le duc d'Anjou ne s'en absenta ni esloigna pas trop, FROISS.II, II, 70XVIe s. Quoy que ce soit, cestui Celer s'absenta de Rome et se retira au pays de la Thoscane, AMYOTRom. 15Ains que plus tost il s'absentast pour un temps, afin qu'il fust une autre fois cause de preserver son pays, AMYOTC. d'Utique, 46Lors on envoye ces noveaulx mariez veoir leur oncle, pour les absenter de leurs femmes, quoique souvent ilz n'ayent ne oncle ne tante, RAB.Pant. III, 4Il s'estoyt absenté de toutes compaignies et vivoyt en son privé, RAB.Pant. IV, Prol.Absentez-vous pour ung peu, si vous me voulés croire, PALSGR.p. 415Absentare, éloigner, de absens, absent. Absenter dans l'ancien français était actif et signifiait éloigner. A Genève on dit absenter, au lieu de s'absenter.ABSENTER. - HIST. Ajoutez :XVe s. Il a tenu et tient le party des dicts d'Orleans et leurs complices.... s'est absenté de nostre dite ville de Paris, Lettres de confiscation de 1411, VIRIVILLEp. 74
(a-bsan-té-i-sm', ou, suivant la prononciation réelle, a-psan-té-i-sm')s. m.
L'habitude de grands propriétaires anglais et irlandais de ne pas résider sur leurs terres, dans leur pays, et d'aller dépenser ailleurs leurs revenus. On comptait l'absentéisme parmi les maux de l'Irlande.Angl., absenteism, d'absentée, celui qui s'absente de son pays ou de son emploi, de absenter (voy. ce mot).
(ab-si-dal, da-l')adj.
Qui se rapporte aux absides.La décoration absidale de Sainte-Françoise-Romaine, Revue critique, août 1875, p. 110
(a-bsi-d', ou, suivant la prononciation réelle, a-psi-d')s. f. Terme d'architecture.
Le sanctuaire d'une église, cette partie du choeur où le clergé se rangeait autrefois en cercle à droite et à gauche de l'évêque, Acad.Les prêtres remplirent le demi-cercle de l'abside, CHATEAUB.Mart. II, 47Les architectes nomment abside la partie d'une église située derrière le maître autel, où les trois nefs sont ordinairement rompues pour faire place à une seule coupole.Châsse où l'on mettait les reliques des saints.Absida ou absis, de termes grecs signifiant la jante d'une roue et l'arceau d'une voûte ; il vient d'un verbe grec qui veut dire toucher, joindre, unir (voy. APTE).
(ab-si-di-o-l')s. f.
Terme d'architecture. Petite abside.Celle [la mosaïque] des absidioles de Sainte-Constance date d'après les uns du temps de Constantin, d'après d'autres du temps de Charlemagne, Revue critique, août 1875, p. 105Dans quelques édifices, comme à Yviron [en Grèce], des absidioles s'interposent entre les branches [de la croix], DE VOGÜÉRev. des Deux-Mondes, 15 janvier 1876, p. 297
(a-bsin-t', ou, suivant la prononciation réelle, a-psin-t')s. f.
Plante aromatique et très amère. L'absinthe se nomme aussi aluine ; le nom scientifique est artemisia absinthium.Espèce de liqueur faite avec l'absinthe. Prendre un verre d'absinthe.Fig. Amertume. Quand tu la vois si dignement Adoucir toutes nos absinthes, MALH.III, 3La vie est cruellement mêlée d'absinthe, SÉV.120Il vaut mieux ne se nourrir que d'un pain d'absinthe et d'amertume, MASS.Dégoûts.Si votre langue n'est pas toujours trempée dans l'absinthe, MASS.Pardon. DieuxDepuis que l'amour me tient à la torture, Il verse dans mon sein l'absinthe toute pure, TRISTAN L'HERMITEPanthée, V, 1Le genre de ce mot est resté quelque temps indécis ; et Malherbe se servait indifféremment du masculin ou du féminin :Tout le fiel et tout l'absinthe Dont un amant fut jamais abreuvé, MALH.V. 27 Aujourd'hui absinthe est toujours féminin.XVIe s. De plant enraciné et de semence s'edifie l'aluine ou absinthe appelé fort, O. DE SERRES565Absinthe romain ou pontique, marin et vulgaire, est dict aussi aluine pour sa grande amertume, comme celle de l'aloes ; aussi fort, c'est-à-dire fort amer ; sa graine tue les vers, O. DE SERRES615Provenç. absinti, absens, eyssens ; espagn. ajenjo ; ital. assenzio ; de absinthium, du grec.ABSINTHE.Ajoutez : Avaler son absinthe, subir patiemment quelque chose de désagréable. Si je n'avais trouvé notre petit Livry tout à propos, j'aurais été malade ; j'avalai là tout doucement mon absinthe, SÉV.Lett. à Guitaut, 6 décembre 1679
(ab-sin-ti-k')adj.
Qui a rapport à la liqueur faite avec l'absinthe. Empoisonnement absinthique, TH. ROUSSELJourn. offic. 24 mars 1872, p. 2081, 2e col.
(ab-sin-ti-sm')s. m.
Maladie causée par la liqueur faite avec l'absinthe. On doit aujourd'hui distinguer l'empoisonnement par l'absinthe pure ou absinthisme de l'empoisonnement par l'alcool ou alcoolisme, A. D'ASTRERev. des Deux-Mondes, 15 mars 1874, p. 472L'absinthe finit par conduire à l'épilepsie ; mais l'absinthisme est différent de l'alcoolisme, H. DE PARVILLEJourn. offic. 1er juin 1876, p. 3751, 1re col.
(ab-so-lu, lu-e, ou, suivant la prononciation réelle, ap-so-lu)adj.
Qui n'est lié, borné, retenu par rien. Une impossibilité absolue. Il y a peu de vérités absolues. Domination absolue. Je veux être maître absolu, MOL.Préc. 5Et vous quittez ainsi la puissance absolue, RAC.Théb. I, 4De l'absolu pouvoir vous ignorez l'ivresse, RAC.Ath. IV, 3Ce Dieu maître absolu de la terre et des cieux, RAC.Esth. III, 4Les femmes ont un empire absolu sur les hommes, PASC.éd. Cousin.Avais-tu résolu d'opprimer ta patrie, D'abandonner ton père au pouvoir absolu ?, VOLT.Brutus, V, 7Il me semble surtout incessamment le voir Déposer en nos mains son absolu pouvoir, CORN.Cinna, III, 2Rome l'ordonne ainsi de puissance absolue, MAIRETM. d'Asdr. II, 1Ô Romains ! ô vengeance ! ô pouvoir absolu ! ô rigoureux combat d'un coeur irrésolu !, CORN.Cinna, IV, 2Ce domaine absolu qui soumet à votre empire tous les êtres créés, BOURD.Pensées, t. II, p. 422Dans l'absolue et affreuse incertitude où je suis, si vous m'avez pardonné, BOURD.ib. p. 79Sens absolu. Vous prenez ce que je dis dans un sens trop absolu.En termes de grammaire et de logique, absolu se dit par opposition à relatif. Homme est un terme absolu, père est un terme relatif.En termes de grammaire latine et grecque, ablatif absolu, génitif absolu, ablatif, génitif qui n'est régi par aucun mot exprimé.Qui a pouvoir, autorité sans restriction. Un roi absolu. Les derniers règnes où l'on voit non-seulement les rois majeurs, mais encore les pupilles et les reines mêmes si absolues et si redoutées, BOSSUETR. d'Angl.Une créance si absolue que pour cela je dois démentir tous mes sens, imposer silence à ma raison, lui faire violence, et la tenir assujettie sous le joug, BOURD.Pensées, t. III, p. 185Un pouvoir fondé sur une mission divine et absolue ne se peut ni restreindre, ni circonscrire, MIRAB.Collection, t. IV, p. 341Les autres enfants lui défèrent [à un autre enfant], et il se forme alors un gouvernement absolu, qui ne roule que sur le plaisir, LA BRUY.11Il craignait d'avoir un rival qui, tout éloigné qu'il eût été, eût pu l'empêcher d'être heureux, même dans un pays où il était absolu, SCARR.Rom. II, 14Je veux croire.... Que mes yeux sur votre âme étaient plus absolus, RAC.Andr. III, 2Et dans ce même trône où vous m'avez voulu, Sur moi comme sur tous je dois être absolu, CORN.Perth. I, 4Mais je sais que sur lui vous êtes absolue, CORN.Attila, IV, 5Oui sur tous mes désirs je me rends absolu, CORN.Sert. IV, 3Mais songez que les rois veulent être absolus, CORN.Cid, II, 1L'empereur, libre alors de craintes et de soins, Étant plus absolu, nous écouterait moins, CORN.Andron. I, 3Ô vue ! ô sur mon coeur regards trop absolus, CORN.Agés. V, 3Pouvoir absolu se dit en politique du pouvoir royal, quand il n'est pas limité par une constitution, et que le prince peut faire des lois, en abroger, et lever des impôts sans consulter les représentants de la nation.Qui commande, qui veut être obéi. Il a un caractère absolu. Absolu dans sa famille. Une mère absolue. Vous le prenez là d'un ton bien absolu, MOL.F. sav. V, 3C'est elle qui gouverne, et d'un ton absolu Elle dicte pour loi ce qu'elle a résolu, MOL.ib. I, 3Antiope pleura, ne voulant point y aller ; mais il fallut exécuter l'ordre absolu de son père, FÉN.Tél. XXIIIGens humbles et souples jusqu'à la bassesse devant les puissances qui sont sur leur tête ; mais absolus et fiers jusqu'à l'insolence envers ceux qu'ils ont sous leur domination, BOURD.Pensées, t. II, p. 223En termes de chimie, pur, sans mélange. Alcool absolu, alcool sans eau.Le jeudi absolu se disait autrefois pour le jeudi saint10°En termes de métaphysique, qui n'est pas relatif, qui n'a rien de contingent. Les idées absolues sont celles qui, d'après la métaphysique, ne viennent pas de l'expérience.11° En termes de métaphysique, l'absolu, ce qui existe indépendamment de toute condition. La recherche de l'absolu. L'absolu est la base des philosophies qui ne prennent pas pour point de départ l'expérience. L'absolu, de quelque genre qu'il soit, n'est ni du ressort de la nature ni de celui du genre humain, BUFF.Homme, Arithm. morale.L'absolu, s'il existe, n'est pas du ressort de nos connaissances ; nous ne jugeons et nous ne pouvons juger des choses que par les rapports qu'elles ont entre elles, BUFF.Animaux carnassiers.En prose, absolu ne se met guère qu'après son substantif.ABSOLU, IMPÉRIEUX. Un homme impérieux commande avec empire ; un homme absolu veut être obéi avec exactitude. L'un peut n'exiger que de la déférence ; l'autre veut de la soumission. On est impérieux par le ton, le langage ; on peut être absolu en conservant de la douceur dans les formes. Un monarque impérieux est celui qui commande avec hauteur à ceux qui l'entourent ; un monarque absolu est celui qui règne en maître sur ses sujets. On peut être impérieux et faible : sans fermeté on n'est pas absolu. On n'est impérieux que par moments : un caractère absolu se fait sentir sans interruption, GUIZOT.XIIe s. Jamais n'ert [ne sera] tel en France l'asolue [la parfaite], Ch. de Rol. 168XIIIe s. Sire, fait-il, si [je] sui venus ; Confès [je] veuil estre et absolus [absous], Lai du désiréIl me demanda si je lavoie les piés aux poures le jeudi absolu [saint], et je lui respondi que nenil, JOINV.293Comment querreiz à Dieu merci, Se la mors en vos liz vous tue ? Vous veeiz la terre absolue [sainte], Qui à vos tenz nous ert tolue, Dont j'ai le cuer triste et marri, RUTEB.61XVe s. Et pourtant le dit duc, très grievement au coeur courroucé, crut son conseil, lequel fit faire reponse absolut aux françois, MONSTRELETII, 99[Un roi] Qui a subgiez, commandement et loy, Et qui moult puet de biens et de maux faire Par son pouvoir absolu, voluntaire, E. DESCHAMPSCe qui est nécess. aux rois.Monseigneur le curé ne fut pas trop joyeux de cette réponse absolue [nette, tranchée], LOUIS XINouv. 49XVIe S. Or, quand je n'auroy, comme j'ai, ceste juste response absolute et universelle, qui...., MARTIN DU BELLAY493Absolu et parfaict tant en vertus comme en tout sçavoir liberal, RAB.Pant. II, 8Un sermon que fit pere Ange à Paris le jeudi absolu, D'AUB.Faen. IV, 8Reconnoyssant que l'absolu pouvoir que je vous [à son frère Henri IV] ai donné sur mes vollontés ne vous peut faire changer...., Lett. de Catherine de Nav. Bibl. des Chartes, 4e série, t. III, p. 146Absolutus, de absolvere, délier et par suite absoudre (voy. ABSOUDRE) ; provenç. absolut ; espagn. absoluto ; ital. assoluto.ABSOLU. Ajoutez :11°En mécanique, le mouvement absolu d'un point est le mouvement de ce point rapporté à des points de repère fixes ; par opposition à mouvement relatif, qui est ce même mouvement rapporté à des points de repère mobiles.12°Ajoutez :À l'absolu, en termes de commerce, complétement.Laine entièrement dégraissée et desséchée à l'absolu, Journ. offic. 7 février 1872, p. 926, 1re col.13°Terme de thermodynamique. Zéro absolu, voy. ZÉRO, n° 2.Température absolue, température comptée à partir du zéro absolu, ou - 273 centigrades.
(a-bso-lu-i-té)s. f.
Néologisme. Caractère de ce qui n'a rien de relatif ni de contingent, en termes de philosophie. La véritable apologétique suit la voie interne : elle se propose de fonder l'absoluité du christianisme sur le fait qu'il répond parfaitement à tous les besoins de l'humanité, l'Alliance libérale (journal religieux qui paraît à Genève), 18 sept. 1875.Absoluité est formé d'absolu comme assiduité d'assidu, continuité de continu.
(a-bso-lu-man, ou, suivant la prononciation réelle, ap-so-lu-man)adv.
D'une manière absolue, complétement, tout à fait. Je ne suis pas absolument décidé à.... Ignorer absolument. Il n'y avait absolument personne. Il n'y avait absolument que deux chemins. On n'y voyait absolument aucun arbre.... Dont on avait perdu la mémoire, tant elle était absolument passée, PASC.Prov. 3Entre être délicat et ne l'être pas du tout, il faut demeurer d'accord que, quand on souhaite d'être délicat, on n'est pas loin de l'être absolument, PASC.édit. Cousin.La nécessité de la restitution est un principe universellement reçu, nul ne l'ignore ; mais la pratique de la restitution est une chose presque absolument inconnue, BOURD.Pensées, t. III, p. 150Encore, mon Dieu, ce que j'ose vous demander, ce n'est point absolument que je le demande, mais autant que vous verrez qu'il me peut être utile et salutaire, BOURD.ib. t. II, p. 78Dites absolument que je ne suis qu'un sot, MOL.l'Étourdi, II, 1En maître. Il dispose absolument de tout dans sa maison. Un bailli y jugeait absolument des affaires criminelles.Déterminément, malgré toute remontrance. Il voulut absolument partir. Je n'en ferai absolument rien. Nier absolument.Indispensablement. Il faut absolument que vous payiez cette dette.Sans restriction. La parole du sage est générale, et il ne dit pas seulement quelques justes, mais il dit absolument et sans restriction le juste, quel qu'il soit, BOURD.Pensées, t. III, p. 223Absolument parlant, à parler de la chose en général. Cette raison n'est pas mauvaise, absolument parlant ; mais ici elle ne va pas au fait. A prendre la chose absolument, je sais quelle est la vertu du sacrement de pénitence, BOURD.Pensées, t. III, p. 219Offrande la plus précieuse, non point absolument et en soi, mais par rapport à celui qui l'a faite, BOURD.ib. t. II, p. 418En termes de grammaire, prendre, employer un mot absolument, c'est ne pas lui donner de complément. Dans la phrase : cet arbre ne produit pas, produire est pris absolument.XIVe s. Selon les vertuz ou les vices nous sommes dits bons ou malvès, et selon les passions absolument considerées nous ne somme diz ne bons ne malvès, ORESMEEth. 42A parler absolument et simplement, telles choses faites par paour [peur] sont involuntaires, ORESMEib. 48XVIe s. C'estoit un factieux ennemi de la royauté, et capable lui seul, tant qu'il vivroit, d'empescher le roi de regner absolument, D'AUB.Vie, 127Il n'y a nation au monde plus absolument obeissante à son prince, D'AUB.Hist. I, 43Il est defendu au concile de Calcedoine de recevoir un homme au ministere absoluement ; c'est à dire sans lui assigner lieu auquel il exerce son office, CALV.Inst. 871Or le patron et la regle pour estre homme de bien, c'est ceste nature mesme qui requiert absolument que le soyons, CHARRONSagesse, II, 3Absolue, au féminin, et ment (voy. MENT), provenç. absolutament, absolutamen ; ital. assolutamente. L'orthographe régulière serait absoluement ou absolûment ; mais l'usage a prévalu d'effacer tout signe de la dérivation.
(ab-so-lu-sion, ou, suivant la prononciation réelle, ap-so-lu-sion ; en poésie, de cinq syllabes)s. f.
Action d'absoudre en général. L'absolution lui fut donnée par la voix publique. On peut recevoir l'absolution du prince, BOSSUETLettr. abb. 124Comme un criminel qui attend une sentence d'absolution ou de mort, BOURD.Pensées, t. I, p. 56En termes de droit, jugement qui renvoie de l'accusation un accusé déclaré coupable, il est vrai, mais dont le crime ou le délit n'est puni par aucune loi. L'absolution diffère de l'acquittement en ce que celui-ci déclare l'accusé non coupable.Action par laquelle le prêtre remet les péchés. Se rendre digne de l'absolution. Il aurait fallu vous disposer par l'amendement à l'absolution de vos crimes. L'absolution suppose un coeur contrit et humilié. Les anciens ont donné l'absolution avant la pénitence, PASC.P. jés. 26Un autre qui veuille avoir l'absolution sans restituer, PASC.Prov. 5Nous lui demandons [à Dieu] que, si, par l'entremise de ses ministres, il veut bien nous donner l'absolution de nos péchés, ce ne soit qu'une demi-absolution, qu'une absolution limitée, laquelle ne l'empêche point d'agir contre nous à toute occasion ; quelles prières et quelles demandes !, BOURD.Pensées, t. II, p. 60Courte prière que récite l'officiant à chaque nocturne des matines.ABSOLUTION, PARDON, RÉMISSION. Ces trois termes, qui ont cela de commun qu'ils expriment l'effacement d'une faute, d'un crime, d'une accusation, ont cela de particulier qu'ils se rapportent le premier à un accusé, le second à un offenseur, le troisième à un coupable. Un père pardonne à son fils ; un tribunal absout un accusé ; le prince remet à un coupable une peine en courue.XIIe s. Mais à la pardefin dignement l'amenda ; Absolution prist et à Dieu s'acorda, Th. le Mart. 76XIIIe s. Trestout s'ageneillerent sans noise et sans tenson ; Coupable se rendirent par bone entencion, Et puis si atendirent lor absolucion, Ch d'Ant. I, 862Les evesques de Bretaingne ont tenu le comte de Bretaingne bien sept ans en escommeniement, et puis a eu absolucion par la court de Rome, JOINV.290Quand le comte vit ce, il vint au patriarche et lui requist absolucion, JOINV.270XIVe s. L'absolucion [solution] de ceste question appert par la descripcion de felicité qui a esté devant mise, ORESMEEth. 21Et absolucion [je] vous irai impetrer De trestouz vos pechiez de tuer et embler, Guesclin, 7287XVe s. Bien savoit il que les nobles d'Angleterre pour toutes ses absolutions ne chevaucheroient point trop avant si l'argent n'alloit devant, FROISS.II, II, 207Elle requit son confesseur qu'il la voulsit absoudre par vertu d'une absolution [indulgence], la quelle estoit à Loches, MONSTRELETIII, 25Je lui ai pieçà pardonné, et lui en baille derechef tout maintenant devant vous l'absolution, L. XINouv. 63Nostre hoste fit du bon compagnon, mais il se repentit assez depuis d'avoir fait la question, dont l'absolution [solution] le fit rougir, L. XIib. 66Provenç. absolutio ; catal. absolucié ; espagn. absolucion ; ital. assoluzione ; de absolutio, de absolvere, absoudre.
(a-bso-lu-ti-sme, ou plutôt ap-solu-ti-sm')s. m.
Système de gouvernement où le pouvoir est absolu. Néologisme.Absolu.
(ab-so-lu-ti-st')s. et adj.
Partisan de l'absolutisme. Opinion absolutiste. C'est un absolutiste. Néologisme.
(ab-so-lu-toi-r')adj.
Qui porte absolution.Il ne se met qu'après le substantif : Un jugement absolutoire.XVIe s. Quand il vint à prononcer la sentence des juges, qui estoit absolutoire, AMYOTPomp. 8Absolutorius, de absolvere, absoudre.
(ab-sor-ba-bl')adj.
Qui peut être absorbé. Nous regarderons comme substance toxique toute substance absorbable qui, introduite dans l'économie animale, peut amener la mort en modifiant le fonctionnement des organes, HENNEGUYEtude sur l'act. des pois. p. 5, Montpellier, 1875
(ab-sor-ban, ban-t', ou, suivant la prononciation réelle, ap-sor-ban)adj.
Qui absorbe l'humidité. Des terres absorbantes.Fig. Qui absorbe l'esprit, qui l'occupe tout entier. Pensées absorbantes. Son occupation est absorbante.En termes d'anatomie, Système absorbant, l'ensemble des vaisseaux et des glandes, qui étaient supposés produire l'absorption ; et substantivement les absorbants, les vaisseaux qui font partie de ce système. Bichat avait donné le nom de système absorbant à l'ensemble des vaisseaux et ganglions lymphatiques. On sait aujourd'hui qu'il n'y a pas de système absorbant, et que l'absorption s'opère d'une autre façon.En pharmacie, se dit des substances qui ont la propriété d'absorber les acides dans l'estomac. La magnésie est une terre absorbante.Tout cet appareil d'absorbants me paraît une pure charlatanerie, J. J. ROUSS.Ém. IEn chirurgie, on appelle absorbants des substances molles, spongieuses et propres à s'imbiber des liquides épanchés.Il ne se met guère qu'après son substantif.ABSORBANT. Ajoutez :Terme de physique. Qui a la propriété d'absorber de la chaleur. Pouvoir absorbant d'un corps, le rapport de la quantité de chaleur qu'il absorbe à la quantité de chaleur qu'il reçoit.
(ab-sor-ba-sion)s. f.
Néologisme. État d'un esprit absorbé. Ce que l'on a le plus de peine à supporter dans l'infortune, c'est l'absorbation, la fixation sur une seule idée, STAËLInfluence des pass. I, 6Absorption ne se prenant pas au figuré, Mme de Staël a été conduite à créer absorbation.
(ab-sor-be-man)s. m.
État d'une âme occupée entièrement.Dès les premiers absorbements, l'âme n'a qu'une vue de foi confuse..., Interpr. sur le cantique, dans BOSSUET Ét. d'orais. II, 4Entre les deux mots absorbation et absorbement, tous deux pris au figuré pour signifier l'état d'une âme préoccupée, absorbement vaut mieux, d'abord parce qu'il est plus ancien, puis parce qu'il est moins lourd et plus régulier.
(ab-sor-bé, ou, suivant la prononciation réelle, ap-sor-bé)v. a.
Faire entrer en soi. Ce que la terre absorbe. Tu avais absorbé tant de vin. L'éponge absorbe l'eau. Le sang absorbe l'oxygène de l'air atmosphérique. Jusqu'à ce que l'olive ait absorbé le sel. Le mercure est absorbé dans l'estomac. Le poison une fois absorbé manifeste ses effets. Il conçoit que les comètes sont des taches du soleil.... elles s'élèvent jusqu'à une certaine distance et retombent ensuite dans le soleil qui les absorbe de nouveau et les dissout, FONTEN.HartsoëkerSeigneur.... Entends du haut du ciel le cri de mes besoins ; Et, comme le soleil aspire la rosée, Dans ton sein à jamais absorbe ma pensée, LAMART.Médit. XVIFaire disparaître, épuiser, consumer. Le noir absorbe la lumière. Les procès ont absorbé son patrimoine. Les intérêts absorbent le capital. La Chine et l'Inde absorbent une grande partie du numéraire de l'Occident. Les impôts ont absorbé leur fortune. Un faible cri absorbé dans la clameur de la multitude. Mon temps est absorbé par mille affaires de détail. Enfin les riches, en reculant peu à peu les bornes de leurs terres, avaient absorbé et confondu la plupart des terres communes, VERTOTRév. III, 227La grande affaire a absorbé la petite, BOSSUETLettr. 81L'image de la chair du péché a été absorbée par la gloire, PASC.édit. Cous.Une vicissitude d'affaires qui absorbe toute leur vie, MASS.Temps.Appliquer l'esprit, occuper entièrement. Absorber l'attention. Cette affaire l'absorbe tout entier. Pensées qui absorbent. Ceux qu'absorbe le soin du salut de l'État. Le spectacle absorbait tellement les spectateurs.... Cette récompense nous absorbe tout à fait en Dieu, BOSSUETOr. 10Qu'un plus sublime objet absorbe ma pensée, C. DELAV.Par. II, 3S'absorber, Être absorbé. L'oxygène s'absorbe dans le poumon. Le Rhin s'absorbe dans les sables. Il s'absorbe dans sa douleur. S'absorber dans l'étude des mathématiques.ABSORBER, ENGLOUTIR. Idée commune, disparition de la chose qui est absorbée ou engloutie. Mais absorber indique une action successive, et engloutir, une action faite d'un seul coup. On absorbe peu à peu ; on engloutit à la fois. Un fleuve s'engloutit dans un abîme, il s'absorbe dans les sables. Un patrimoine est englouti dans une fausse spéculation ; il est absorbé par les procès. Au figuré, la synonymie cesse. On est absorbé dans ses peines, dans sa douleur, mais non englouti.XIIIe s. Deables le puist asorber, Quand il nous fet tant de mal traire, Ren. 5892De ce me merveil sans doutence, Quant la mer, qui est nete et pure, Souffroit son pechié et s'ordure, Et qu'enfers ne l'asorbissoit, RUTEB.II, 111XIVe s. Pour ce que li sire lui fist Les deux ieus asorbir au chef, DU CANGEabsorbereSi que les dicts engins [de pêche] assorboient si touz petis poissons flevoins [de fleuve] et autres, que se pourveance n'eust esté faicte..., Ord. de Philippe le Long, Bibl. des Ch. 3e série, t. IV, p. 54Cette delettation est aussi comme evanouie et absorbée, ORESMEEth. 89La delettation qu'il a en sa vertu asorbe et annichile toute tristesse, ORESMEib. 90XVe s. Que l'en [on] y dist grandement estre adommagié et assorbi [diminué], DU CANGEib.Absorbere, de ab, indiquant séparation, et sorbere, avaler.ABSORBER. - HIST. XIIIe s. Ajoutez :E la clarté, ke de vus vint Absorba tant mes oilz et tint..., Édouard le Confesseur, V. 2119
(ap-sor-bé, bée)part. passé.
Poison absorbé. Pluies avidement absorbées par la terre.Biens absorbés par les procès, en procès.Au figuré. Absorbé par les affaires, absorbé par une grande douleur, absorbé dans ses réflexions. Je suis absorbé dans la composition.Mais ce n'est là qu'une faible voix absorbée, pour ainsi dire, par le bruit formidable de la multitude, MASS.Profession religieuse, SermonAbsorbé dans ses spéculations, il devait naturellement être et indifférent pour les affaires et incapable de les traiter, FONTEN.Newton.La volonté est absorbée en Dieu, PASC.édit. Cousin.Quand je considère la petite durée de ma vie absorbée dans l'éternité, PASC.ib.. Qui ne prête pas attention aux choses du dehors. Voyez-le ; il est tout absorbé.
(ab-sor-psion, ou, suivant la prononciation réelle, ap-sor-psion ; de quatre syllabes en poésie)s. f.
Action d'absorber. L'absorption de l'âme en Dieu. L'absorption des pluies par la terre.En termes de physique, phénomène qui consiste dans l'attraction et la condensation d'un gaz ou d'un liquide par un corps solide ou liquide.En termes de physiologie, action des tissus organiques par laquelle des molécules extérieures pénètrent dans leur substance. L'absorption est une propriété générale de tous les tissus vivants ; et il n'y a point de vaisseaux ou d'organes qui en soient particulièrement chargés.Absorptio (voy. ABSORBER).
(ab-sou-dr' ou plutôt ap-sou-dr') , j'absous, tu absous, il absout, nous absolvons, vous absolvez, ils absolvent. J'absolvais. J'ai absous. J'absolus. J'absoudrai. Absous. Qu'il absolve. Absolvons, absolvez, qu'ils absolvent. Que j'absolve, que tu absolves, qu'il absolve, que nous absolvions, que vous absolviez, qu'ils absolvent. Que j'absolusse. J'absoudrais. Absolvant. Absous, absoute J'absolus et j'absolusse sont peu usités ; mais on ne doit pas les exclure de l'usage, puisqu'on dit je résolus et je résolusse. v. a.
Renvoyer de l'accusation. Absoudre du crime de prévarication. Il fut absous par dix voix contre cinq. Les juges le renvoyèrent absous. Il a été absous à pur et à plein. Un témoin dont le nom vous eût absous du crime, VOLT.Cat. III, 4En termes de droit, absoudre et acquitter ne sont pas synonymes. Le tribunal absout une personne qui est reconnue coupable du délit à elle imputé, mais dont le délit n'est pas qualifié punissable par la loi. Il acquitte un accusé reconnu innocent.En termes de théologie, remettre les péchés dans le tribunal de la pénitence. Absoudre un pénitent.Absoudre les cas réservés, Acad.Au figuré. Pardonner. Je vous absous de votre imprudence. On était disposé à l'absoudre de tous ses méfaits. Tous ces crimes d'État qu'on fait pour la couronne, Le ciel nous en absout alors qu'il nous la donne, CORN.Cinna, V, 2De tes grandeurs tu sus te faire absoudre, France, et ton nom triomphe des revers, BÉRANGEREnf. de la France.. Dix voix suffisaient pour absoudre. Le prêtre a pouvoir d'absoudre en cas de mort. L'Église donne aux prêtres qui nous assistent tous les pouvoirs ; elle ne se réserve rien, et elle leur confère toute sa juridiction pour pardonner et pour absoudre, BOURD.Pensées, t. II, p. 311Là votre voix décide ; elle absout ou condamne ; Ici vous périrez...., VOLT.Scyth III, 1S'absoudre, Il ne put s'absoudre lui-même de la faute qu'on lui avait pardonnée.XIe s. De sa main destre [il] l'ad assols et signet, Ch. de Rol. 25Assoldrai vous por vos ames guarir, ib. 87XIIe s. Quant [je] vous aurai assous et beneïs, Ronc. IV, 56Bien sont assolz, quite de leur pechiez, ib. 57XIIIe s. Et si les assoloit comme bons fils, VILLEH.55Et il dit que si feroit il volentiers, mais que le patriarche l'absousist jusques à leurs revenir, JOINV.270Et je li dis : je vous assolz de tel pooir comme Dieu m'a donné, JOINV.246Se le legat ne me absoloit de mon serrement, JOINV.276Et illecque l'abbé de St-Urbain, que Diex absoille, JOINV.210Chil qui est escommeniés pot estre deboutés d'office d'avocat jusques à tant qu'il soit absolus, BEAUMANOIRV, 17Et on se doit penre [prendre] plus près en jugement d'assaure que de condampner, BEAUMANOIRXXXVI, 6Dame, j'ai à nom Berte, si soit m'ame assolue, Berte, 52Des quels dis livres de parisis il se tiennent assouls et apaié, DU CANGEabsolutus.Mais il meïsmes i respont, Et la cause nous en espont, Com cil qui bien de raison use, Et les diex assolt et escuse, la Rose, 6388XVe s. Ils estoient devers le roi de France absols et nommés quittes, et encore leur delivroit on or et argent, FROISS.III, IV, 20Le feu roi que Dieu absolve, COMM.VII, Prol.XVIe s. Le peuple absolut à toute peine Pelopidas, MONT.I, 3Estre absouls de son debvoir, MONT.I, 30Sera il absoult...., MONT.I, 128Il resolut de mourir, afin que ses citoyens ne pussent jamais estre absoulz de leur serment, AMYOTLyc. 61Il voulut que celui qui auroit fait le meurtre fut absoult à pur et à plein, moyennant que...., AMYOTPubl. 21Il se rencontra que les voix qui le condamnoient estoient une de plus que celles qui l'absolvoient.... il donna la derniere voix qui l'absolut judiciellement, AMYOTCaton d'Utique, 23En Lacedemone il y avoit une loi, laquelle declaroit les enfants absouls d'aider à leurs peres en vieillesse, quand ils avoient esté nonchalans de les faire instruire en jeunesse, LANOUE116Il n'appartient pas à un prestre de savoir pour certain si le pecheur est absous, mais à celui du quel il faut demander absolution, CALV.Inst. 501Nul ne peut estre lié ou absous, sinon celui qui en est digne, CALV.ib. 503Leurs pensées les condamnent ou absoudent devant Dieu, CALV.ib. 946Combien plus vous doit elle delivrer et absoudre des liens humains ?, CALV.ib. 1026Il leur remonstra qu'ilz n'estoyent mie absouldz de leurs promesses, RAB.Garg I, 20Provenç. absolvre, absolver, assolver ; anc. catal. absolrer ; catal. mod. absoldrer ; espagn. absolver ; ital. assolvere ; d'absolvere, de ab, indiquant séparation, et solvere, délier (voy. SOLUTION). Du temps de PALSGRAVE on écrivait assouldre, et on prononçait assoudre, p. 23.
(ab-sou, sou-t' ou plutôt apsou)part. passé.
Il fut renvoyé absous. Absous du crime qu'on lui imputait. Un pénitent absous par le confesseur. Vous sortez du tribunal de la confession absous, mais non justifié.
(ab-sou-t' ou plutôt ap-sou-t')s. f.
Terme de la liturgie catholique. Absolution publique et solennelle qui se donne en général au peuple et dont la cérémonie se fait le jeudi saint au matin ou le mercredi au soir dans les cathédrales.Cérémonie qui se fait autour du cercueil, dans l'office des morts.Absoudre.
(ab-ste-nan, nan-t')s. m. et f.
Celui, celle qui s'abstient. Dans les élections, le nombre des abstenants fut très considérable.
(ab-ste-nir. Se conjugue comme tenir)v. réfl.
Se priver de, ne pas se laisser aller à. S'abstenir de vin. S'abstenir de toute hostilité. S'abstenir de combattre. S'abstenir de manger, de mentir. S'ils ne s'abstiennent pas d'écrire. Il ne s'est pas abstenu d'y toucher. Il s'abstient de se défendre. Abstenez-vous de nuire à votre ennemi. C'est une question sur laquelle nous nous sommes abstenus de nous prononcer. Que la communion, quelque fréquente qu'elle soit, ne nous rend pas impeccables, et que ce n'est pas toujours une raison de s'en abstenir que de légères fautes qui échappent aux plus vigilants, BOURD.Pensées, t. III, p. 321Quiconque n'avait pas eu soin de se purifier et ne s'était pas abstenu des plaisirs les plus légitimes, BOURD.ib. p. 355Avare de mon sang, quand je versais le sien, Aux dépens de ses jours [il] s'est abstenu du mien, CRÉB.Rhad. V, 6Voilà par quel motif, injurieux peut-être, Je me suis devant elle abstenu de paraître, DUCISLear, II, 4. On voudrait s'abstenir ; et on se laisse aller par fausse honte à.... Dans le doute, abstiens-toi.S'abstenir, se dit aussi pour garder l'abstinence, c'est-à-dire ne pas manger. Il vaut mieux s'abstenir que de manger ce qui fait mal.En termes de jurisprudence, ce juge s'abstient, il se récuse ; cet héritier s'est abstenu de la succession, il n'a point fait acte d'héritier.Ce verbe veut la préposition de, soit avec un substantif, soit avec un infinitif. Le participe s'accorde avec le sujet : il s'est abstenu, elle s'est abstenue ; ils se sont abstenus, elles se sont abstenues.XIe s. Charles se pasme, ne s'en puet astenir, Ch. de Rol. 203XIIIe s. Adonc [il] plore et gamente [lamente], ne s'en puet astenir, Ch. d'Ant. V, 450[Il] ne s'en put astenir, des yeux en a lermé, Berte, 45XIVe s. Aucuns illiberaux se abstiennent de prendre aucune chose de autrui, ORESMEEth. 111Se aucun est vaincu de delettation ou de tristeces, des quelles pluseurs se peuvent abstenir, tel est incontinent ou mol, ORESMEib. 210C'est plus fort de soustenir tristeces ou choses tristes que n'est soy abstenir de choses delettables, ORESMEib. 89XVe s. Comment il [le roi d'Angleterre] avoit si ardemment enaimé par amour la belle et la noble dame Alips, comtesse de Salebrin, qu'il ne s'en pouvoit abstenir, FROISS.I, I, 191XVIe s. Que tout juge s'abstienne de vin sur le point d'executer sa charge, MONT.II, 19Provenç. abstener, abstenir, estener ; espagn. abstener ; de abs, indiquant séparation, et tenere, tenir (voy. TENIR).
(ab-stan-sion)s. f.
Action de s'abstenir dans l'exercice d'une fonction, d'un droit. L'abstention de ce juge dans le procès, de ces électeurs dans l'élection.Abstentio, de abstinere, s'abstenir (voy. S'ABSTENIR).
(ab-stan-sio-ni-st')s. m.
Celui qui s'abstient lors d'une votation, qui ne prend pas part à une affaire. Il y a à la bourse comme ailleurs un certain nombre d'abstentionnistes en ce moment, la Semaine financière, 7 mai 1870, p. 354.
(ab-ste-nu, ue)part. passé.
Ce sera à son adresse [du duc d'Orléans], à son esprit, à ne s'ouvrir sur rien que sur la nécessité de profiter de l'absence de ceux que la requête regarde, nécessairement abstenus du conseil, SAINT-SIMON397, 168 Cet emploi ne paraît pas à imiter.
(ab-stèr-jan, jan-t')adj.
Terme de médecine. Qui absterge. Médicaments abstergents, et, substantivement, au masculin, les abstergents. On emploie les abstergents pour enlever les matières visqueuses et putrides.XVIe s. Sa teinture ne se peut effacer qu'à grande peine avec drogues, tant soient-elles abstergentes, PARÉXXV, 46Absterger.
(ab-stèr-jé. Il faut avoir soin d'intercaler un e après le g devant a ou o, afin de garder au g le son doux)v. a.
Terme de médecine. Nettoyer. Absterger une plaie. Ce médicament sert à absterger.XVIe s. Il absterge, desseiche et consolide toute plaie faite d'estoc, PARÉVIII, 32Abstergere, de abs, indiquant extraction, et tergere, essuyer, mot à mot, enlever en essuyant.
(ab-stèr-jé, jée)part. passé.
Plaie bien abstergée.
(ab-stèr-sif, siv')adj.
Terme de chirurgie. Propre à nettoyer.XVIe s. Tous simples qui sont dessiccatifs, abstersifs, sans erosion, PARÉVIII, 15Absterger.
(ab-ster-sion)s. f.
Terme de chirurgie. Action d'absterger.XVIe s. La plaie, d'autant qu'elle est sordide, demande abstersion, PARÉXXV, 15Absterger.
(ab-sti-nan-s')s. f.
Action de s'abstenir. L'abstinence du vin. L'abstinence des plaisirs. L'abstinence entière de la viande est une cause d'affaiblissement.. Action de s'abstenir du manger et du boire. Il jeûne ou fait abstinence. Les temps et les jours consacrés à l'abstinence. La pratique de l'abstinence. Les rigueurs de l'abstinence. Le médecin lui a recommandé l'abstinence. Faire faire abstinence à un malade. Le seul chanoine Évrard d'abstinence incapable, BOILEAULutr. IVDonnons à ce grand oeuvre une heure d'abstinence, BOILEAUib. Action de s'abstenir de certains aliments. Les abstinences et les jeûnes. Employant à la charité les restes de sa pauvreté et les fruits de ses abstinences, FLÉCH.Panég. II, 392En observant les abstinences de la loi, MASS.Riche.Jours d'abstinence, chez les catholiques, jours où l'on doit s'abstenir de manger de la viande sans être obligé de jeûner.XIIe s. [Il] saintefiad Ysaï et ses fiz, car il les fit estre en abstinence encontre le sacrefise, Rois, 58XIIIe s. Que abstinence [il] doit avoir, Et, por verité le vous di, Qu'il doit juner au venredi, Fabl. Barbaz. I, 70Tu vas preeschant astenance. - Voire voir, mès j'emple ma panse De bons morciaus et de bons vins, la Rose, 11425Et bien voloit, par amis, alongier l'astenanche [attermoiement], toutes les fois qu'il en seroit requis, BEAUMANOIRLX, 3XIVe s. Fut accordé que attenance [trêve] fut prise entre la comtesse d'Artois et Robert son fils, DU CANGEattenantia.Comme seroit concupiscence et mauvais desirs surmontés et vaincus par abstinence, ORESMEEth. 5Vivre sobrement aveque abstinence. Ne faire en rien abstinence de quelconques excès, ORESMEThèse de Meunier.XVe s. Durant les treves ou abstinences et souffrances de guerre, DU CANGEabstinentia.Ainsi mourrai, regrettant mes amours, Comme un hermite, en faisant abstinence, BASS.31Pour ce que les Anglois apperceurent quelques abstinences que le dit messire Bouciquaut faisoit, demanderent si c'estoit pour faire armes, Hist. de Bouciq. I, 14Provenç. abstinensa, abstinencia, estenensa, espagn. abstinencia ; ital. astinenza ; de abstinentia, de abstinere (voy. ABSTENIR).
(ab-sti-nan, nant')adj.
Modéré dans le boire et le manger.Il suit toujours le substantif : Un homme abstinent.Abstinens, de abstinere, s'abstenir.
(ab-stra-kteur)s. m.
Qui se plaît aux abstractions. De subtiles abstracteurs, de froids examinateurs de la nature humaine, DIDER.Lettre de Ramsay.Voy. ABSTRACTION.ABSTRACTEUR. Ajoutez : - HIST. XVIe s.Cet abstracteur d'idées ou essences.... vouloit à toutes forces ou extremités que je l'eusse accommodé de lieu pour faire la reduction des quatre elements, NOEL DUFAILContes d'Eutrapel (des bons larrecins), f° 50, verso
(ab-stra-ktif, ktiv')adj.
Terme de philosophie et de grammaire. Qui abstrait, qui sert à former, à exprimer des abstractions. Procédé abstractif. Termes abstractifs.Provenç. abstractiu ; espagn. abstractivo ; d'un adjectif non latin, abstractivus, de abstrahere, abstraire (voy. ABSTRAIRE).
(ab-stra-ksion ; en poésie, de quatre syllabes)s. f.
Action d'abstraire, opération intellectuelle par laquelle, dans un objet, on isole un caractère pour ne considérer que ce caractère ; résultat de cette action. Sans l'abstraction, l'esprit humain ne pourrait conduire aucun raisonnement un peu compliqué. L'abstraction ne crée pas des êtres et n'est qu'un artifice logique. Le pouvoir d'abstraction. Par une abstraction puissante, il a saisi ce qu'il y avait de plus général dans son sujet. La blancheur considérée en soi est une abstraction, puisqu'il y a dans la nature, non la blancheur, mais des choses blanches. Il faut bien se garder de prendre des abstractions pour des réalités. Un point géométrique est une supposition, une abstraction de l'esprit, VOLT.Memm. XIOn est souvent forcé de s'écarter, pour l'intérêt public, de la rigoureuse pureté d'une abstraction philosophique, MIRAB.Collection, t. III, p. 323Dans ces diverses cosmogonies, on est placé entre des contes d'enfants et des abstractions de philosophe, CHATEAUB.Gén. I, III, 1Faire abstraction de, écarter, ne pas faire entrer en compte. Faire abstraction des inconvénients. Abstraction faite des hommes et du temps. Il faut estimer le mérite pour lui-même et faire abstraction de la fortune. En faisant abstraction de tout sens, PASC.Prov. IDe quelque manière que l'on considère cette république, abstraction faite de sa grandeur, J. J. ROUSS.Contr. IV, 3 Dans un sens défavorable, idées trop métaphysiques, mal soutenues par les faits. C'est un esprit chimérique qui se perd dans les abstractions. Rêverie, préoccupation. Le voilà de nouveau dans ses abstractions.FAIRE ABSTRACTION, ABSTRAIRE. Faire abstraction, c'est ne pas tenir compte de. Abstraire, c'est exécuter l'opération intellectuelle par laquelle on isole, dans un objet, un caractère. On abstrait pour généraliser ; on fait abstraction de, quand on n'a pas égard à ceci ou à cela.XIVe s. À ce peut l'en respondre : la cause est pour ce que les choses de mathematiques sont cogneues par abstration, imagination et phantasie, ORESMEEth. 181Provenç. abstraccio ; catal. abstracció ; espagn. abstraccion ; ital. astrazione ; de abstractio, de abstrahere, abstraire.
(ab-stra-kti-ve-man)adv.
D'une manière abstractive, d'une manière qui abstrait.Il ne se met guère qu'après le participe passé : Il a considéré abstractivement cette qualité.L'Académie confond absolument cet adverbe avec abstraitement ; la nuance est en effet petite ; pourtant abstractivement exprime une action, et abstraitement un état. Une considération abstractive est une considération qui abstrait ; une considération abstraite est une considération dans laquelle l'abstraction est déjà opérée.Abstractive, au féminin, et ment (voy. MENT).ABSTRACTIVEMENT. Ajoutez :Dans le langage général, abstraction faite, en ne tenant pas compte de. Cette épreuve faite a donné à mes sentiments la forme invariable qu'ils ont toujours observée, abstractivement de toute réflexion, J. B. ROUSS.Lett. à Boutet, 31 mai 1731
(ab-strê-r')v. a. , j'abstrais, tu abstrais, il abstrait, nous abstrayons, vous abstrayez, ils abstraient. J'abstrayais, nous abstrayions, vous abstrayiez. J'abstrairai. Abstrais, qu'il abstraie, abstrayons, abstrayez, qu'ils abstraient. Que j'abstraie, que tu abstraies, qu'il abstraie, que nous abstrayions, que vous abstrayiez, qu'ils abstraient. J'abstrairais. Abstrayant. Le parfait défini et l'imparfait du subjonctif ne sont pas usités.
Terme de philosophie. Considérer isolément, dans un objet, un de ses caractères. Dans un objet blanc on abstrait la blancheur, qui devient un terme général. En arithmétique, on abstrait les nombres de toute valeur particulière. Les origines du langage témoignent que les hommes ont abstrait les qualités pour faire les substantifs généraux.. Le pouvoir d'abstraire.C'est que, par la faculté que toutes les personnes auraient d'abstraire, elles pourraient toutes être géomètres, DIDER.Lettr. sur les sourds et muetsAbstraire son esprit, le séparer de tout autre objet que celui que l'on considère. Que d'efforts pour abstraire son esprit et se livrer à des méditations profondes ! Abstraire un personnage du temps où il a vécu, une idée de la société où elle a pris naissance. Abstraire a ici son sens propre de séparer.XVIe s. Comme un elixir et quintessence tirée et abstraite, non-seulement des harangues, mais...., Sat. Mén.Abstrahere, de abs, indiquant séparation, et trahere, tirer, traire (voy. TRAIRE).ABSTRAIRE. Ajoutez : S'abstraire, s'isoler en esprit. Il est capable de s'abstraire même au milieu du tumulte, et de spéculer sur les questions philosophiques.
(ab-strè, trè-t')
. Séparé. Ils [les grands hommes] ne sont pas suspendus en l'air, tout abstraits de notre société, PASC.P. div. 107Les choses immortelles, universelles, abstraites de la matière, LA MOTHE LEVAY.80 Qui a le caractère d'une abstraction. La contemplation des choses abstraites. Les vérités abstraites des mathématiques. Les vérités ou les erreurs abstraites. La plus abstraite analyse.Terme abstrait, terme qui exprime une qualité considérée indépendamment du sujet, comme la blancheur, la rondeur.Nombre abstrait, nombre énoncé sans désignation d'aucun objet particulier, sept, neuf, etc. par opposition à nombre concret, sept pommes, neuf francs.Idée abstraite, idée qui ne s'applique pas à un objet particulier. L'humanité, en tant qu'indiquant l'espèce humaine, est une idée abstraite.Tout édifice bâti sur des idées abstraites est un temple élevé à l'erreur, BUFF.Animaux, systèmes de génération L'abstrait, par opposition au concret. La rondeur est un abstrait, et le rond est un concret.Science abstraite, celle qui s'applique aux lois des phénomènes, et non à un corps particulier. Les mathématiques sont une science abstraite, s'appliquant aux nombres, aux formes et aux mouvements. La chimie est une science abstraite, s'appliquant aux lois de composition et de décomposition de toutes les substances, tandis que la géologie, la minéralogie sont des sciences concrètes, s'appliquant à l'étude de corps particuliers, la terre, les minéraux. J'avais passé beaucoup de temps dans l'étude des sciences abstraites, BOUHOURSNouv. rem.N'étant point, dans leur état, à portée de ces sciences abstraites et trop relevées pour eux, BOURD.Pensées, t. II, p. 275Le monde moderne lui doit tout [à la religion chrétienne] depuis l'agriculture jusqu'aux sciences abstraites, CHATEAUB.Génie, I, 1Difficile à saisir, à pénétrer. Un esprit abstrait. Raisonnements abstraits. Discours abstraits. Écrivain abstrait. Kant est un philosophe abstrait. Argumentation trop abstraite.Qui n'a d'attention que pour l'objet intérieur qui le préoccupe ; qui rêve. C'est un homme fort abstrait ; il est abstrait, rêveur. Un esprit trop abstrait se jetant loin du sujet de la conversation. Théocrine est abstrait, dédaigneux, et il semble toujours rire en lui-même de ceux qu'il croit ne le valoir pas, LA BRUY.1Abstrait se met d'ordinaire après son substantif.ABSTRAIT, DISTRAIT. Signification commune, défaut d'attention, avec cette différence que ce sont nos propres idées, nos méditations intérieures qui nous rendent abstraits, tandis que nous sommes distraits par les objets extérieurs, qui nous attirent et nous détournent, GUIZOT.Abstractus, de abstrahere, abstraire (voy. ABSTRAIRE) ; provenç. abstrayt ; catal. abstret ; espagn. abstracto ; ital. astratto. Dans le XVIIe siècle à côté d'abstrait on disait aussi abstract.
(ab-strè-te-man)adv.
Par abstraction. Aimerait-on la substance de l'âme d'une personne abstraitement ?, PASC.Pens. div. 57Abstraite, au féminin, et ment (voy. MENT).
(ab-stru, struz')adj.
Difficilement accessible à l'entendement. Une recherche si abstruse et si embarrassante, BOSSUETAvert. IIIJe sais tout ce qu'on a dit sur cette matière abstruse, VOLT.Dial. 24, 17Il pénétrait déjà dans la géométrie la plus abstruse et la perfectionnait par ses découvertes, à mesure qu'il l'étudiait, lorsqu'en 1684 la face de la géométrie change presque tout à coup...., FONTEN.Bernoulli.En un sens défavorable, philosophe abstrus.Abstrus se met après le substantif : Raisonnement abstrus, question abstruse.ABSTRUS, ABSTRAIT. Une chose abstruse est une chose qu'on ne peut comprendre que par une suite de raisonnements, et qu'à force d'efforts ; une chose abstraite n'est malaisée à comprendre qu'à cause de la généralité qui y est inhérente. Une chose abstruse est toujours difficile ; une chose abstraite peut être aisée pour un esprit habitué aux spéculations philosophiques.XVIe s. Des moyens si estranges [singeries des sorciers] semblent venir de quelque abstruse science, MONT.I, 96L'anatomie de la philosophie en laquelle les plus abstruses parties de notre nature se penetrent, MONT.I, 169Abstrusus, de abs, indiquant éloignement, et trudere, pousser. Comparez intrus et intrusion.
(ab-stê-m')s. m. et f.
Qui ne boit pas de vin. Telle qu'est celle (l'exception) des abstèmes, qui ne peuvent boire de vin, BOSSUETDéf. comm.Nous serions tous abstèmes si l'on ne nous eût donné du vin dans nos jeunes ans, ROUSS.Ém. IIAbstemius, de abs privatif, et temetum vin.
(ab-sur-d', ou, suivant la prononciation réelle, ap-sur-d')adj.
Qui est contre le sens commun. Peut-on rien dire de plus absurde ? Une hypothèse étrangement absurde. Un absurde de croire que.... Une opinion absurde. Un absurde raisonnement. Un merveilleux absurde est pour moi sans appas, BOILEAUA. P. IIILaisse là tes combats et cet absurde usage Qui met souvent le crime à l'abri du courage, Anne de Boleyn, III, 4En parlant des personnes, qui parle ou agit contre le sens commun. Raisonneur absurde. C'est un homme absurde. Absurdité. Tomber dans l'absurde. Réduire un homme, son homme à l'absurde. Démontrer une proposition par la réduction à l'absurde. L'absurde ne peut être cru. Quand l'absurde est outré, l'on lui fait trop d'honneur De vouloir par raison combattre son erreur : Enchérir est plus court, sans s'échauffer la bile, LA FONT.Fab. IX, 1Absurde à, avec un verbe à l'infinitif. Il mentait à son coeur en voulant expliquer Ce dogme absurde à croire, absurde à pratiquer, VOLT.IIe Disc. sur l'homme, 123XVIe s. Voilà un bon mot et un utile desir, mais pareillement absurde, MONT.II, 379Il n'est aulcun absurde, selon nous, plus extreme que de maintenir que le feu n'eschauffe point, MONT.II, 356Absurdus. On fait venir habituellement absurdus de ab et surdus, sourd ; mais on ne voit pas comment cela pourrait signifier absurde. Dès lors on a cherché ailleurs : absurdus a le même sens que absonus, et signifie par conséquent qui sonne mal, d'où absurde. Le surdus de absurdus est rattaché au radical sanscrit sur, sonner, avec un suffixe, dus.
(ab-sur-de-man, ou, suivant la prononciation réelle, ap-sur-de-man)adv.
D'une manière absurde. Il a raisonné absurdement. Il a absurdement raisonné. Il était ridicule d'augmenter le conseil, déjà absurdement nombreux, SAINT-SIMON509, 242Absurde et ment (voy. MENT).
(a-bsur-di-té, ou, suivant la prononciation réelle, a-psur-dité)s. f.
Vice de ce qui est absurde. L'absurdité d'un raisonnement. Ouvrir les yeux sur l'absurdité de ces disputes. Il était difficile de dire de quel côté il y avait le plus d'absurdité et de folie.La chose même qui est absurde. Quelle absurdité ! Que sert de réfuter ces absurdités ? Les impies sont tombés dans toutes les absurdités, BOSSUETHist. II, 13En parlant des personnes. L'absurdité de cet homme est choquante.XVIe s. De toutes les absurdités, la plus absurde aux epicuriens est de desadvouer la force et l'effet des sens, MONT.II, 12Absurditas, de absurdus, absurde (voy. ABSURDE).
(a-bu)s. m.
Usage mauvais qu'on fait de quelque chose. Abus de la force. La Grèce a dû sa ruine à l'abus de la liberté. Tout commence par la nécessité et finit par l'abus. Ils font abus de nourriture. De quoi les hommes savent-ils user sans abus ? Comme il y a dans les conditions élevées plus de faux désirs, plus d'abus de son âme que dans les états inférieurs, les grands sont sans doute de tous les hommes les moins heureux, BUFF.Nature des anim.Qu'est-ce de communier indignement ? quel abus du saint même des saints !, BOURD.Pensées, t. III, p. 314Laisser impunie une profanation est un abus si énorme, BOURD.ib. p. 362Un superflu qui me deviendrait pernicieux et nuisible par l'abus que j'en ferais, BOURD.ib. t. II, p. 77Je sais que dans l'amitié dont je parle il y a divers degrés d'abus et de désordres, BOURD.ib. p. 259Les ministères publics sont des assujettissements perpétuels et très réels, à moins qu'on ne veuille, par un abus énorme, en négliger toutes les fonctions et en abandonner tous les devoirs, BOURD.ib. p. 486Le peu qu'on en cite est un abus du texte, BOSSUETAvert.Voilà le plus grand abus qu'on ait jamais fait de l'Évangile, BOSSUETIV, écrit, 30Mais qui peut arrêter l'abus de la victoire ?, VOLT.Alz. I, 1Ne prends point pour vertu l'abus de la victoire, SAURINSpartacus, V, 5Coutume, usage mauvais qui s'introduit. Telle est la force des abus. Un abus qui s'introduit depuis quelque temps. On a retranché ces abus. Cet abus subsiste, comme tant d'autres, par la raison qu'il est établi. Ils réforment tous les abus, BOSSUETHist. II, 4Comment ils doivent reprendre et réprimer les abus, BOSSUETib. II, 6Les abus du gouvernement, BOSSUETib. II, 12Tenir les abus nécessaires dans les bornes précises de la nécessité qu'ils sont toujours prêts à franchir, les renfermer dans l'obscurité à laquelle ils doivent être condamnés, et ne les en tirer pas même par des châtiments trop éclatants, FONTEN.Argenson.Nous préservent les cieux d'un si funeste abus, Berceau de la mollesse et tombeau des vertus, VOLT.Brut. II, 4Philippe Auguste saisit le temporel des évêques d'Orléans et d'Auxerre pour n'avoir pas rempli cet abus devenu un devoir [conduire leurs vassaux à la guerre], VOLT.Moeurs, 50Les bons mots ne sont qu'un abus ; Pourtant, messieurs, permettez-nous d'en dire, BÉRANGERGourmands.Trinquer est un plaisir fort sage Qu'aujourd'hui l'on traite d'abus, BÉRANGERTrinquons.APPEL COMME D'ABUS, appel interjeté d'une sentence rendue par un juge ou supérieur ecclésiastique, qu'on prétend avoir excédé ses pouvoirs ou contrevenu aux lois. C'est une assez faible consolation que celle des appels comme d'abus, PASC.Pensées, Pape, 7Le bruit se répandit que le procureur général appellerait comme d'abus de tout ce que le pape pourrait faire au préjudice des libertés de l'Église gallicane, SAINT-SIMON502, 82Ce qu'il y eut de plus intéressant, ce fut l'appel comme d'abus que le parlement introduisit, VOLT.Moeurs, 75En jurisprudence, abus de pouvoir se dit quand un fonctionnaire outre-passe le pouvoir qui lui est confié et fait des actes qui ne lui sont pas permis.Abus de confiance, délit dont on se rend coupable en abusant de la confiance qui avait été accordée.En termes de grammaire, abus des mots, sens détourné et forcé qu'on leur donne.Erreur. C'est un abus de croire. Lourd et grossier abus ! croyance ridicule !, ROTROUBélis. V, 8Qu'un si charmant abus serait à préférer A l'âpre vérité qui vient de m'éclairer !, CORN.Hér. III, 1Et semant de nos noms un insensible abus, CORN.Hér. IV, 4Mais il faut renoncer à des abus si doux, CORN.Pulch. II, 1Dans les moments où Dieu vous a affligé, vous vous êtes adressé à lui ; vous avez ouvert les yeux sur l'abus de ce monde misérable, MASS.CarèmeProspérités temp. Que sais-je si, au premier jour, votre fin soudaine et surprenante ne fournira pas à ceux qui m'écoutent de grandes mais d'inutiles réflexions sur l'abus du monde et de ses espérances, ID.ib. Impénitence finaleTravailler serait un abus : J'ai cinquante écus, BÉR.Cinquante écus.Proverbe. Le monde n'est qu'abus et vanité.XIVe s. Et aucuns se delettent en abus de deliz [plaisirs] charnels, ORESMEEth. 203XVIe s. S'il est question de corriger quelques abus..., LANOUE85Les appellations comme d'abus ont lieu quand il y a contravention contre les saints decrets, libertés de l'Église gallicane, arrest des cours souveraines, jurisdiction seculiere ou ecclesiastique ; et tient-on qu'elles sont de l'invention de messire Pierre de Cugnieres, ores qu'elles semblent plus modernes, LOYSEL888En appelant d'Atropos trop irée Comme d'abus, MAROTII, 272Provenç. abus ; espagn. et ital. abuso ; de abusus, de ab, indiquant perversion, et usus, usage (voy. US).
(a-bu-zé)v. n.
User mal, se prévaloir de. Ayant abusé de leurs talents. Abuser de l'ignorance de quelqu'un. Abuser cruellement de la victoire. Pour seconder les criminelles intentions d'un ami, lequel abusait de votre crédulité, BOURD.Pensées, t. II, p. 261Vous croyez qu'abusant de mon autorité Je prétends attenter à votre liberté, RAC.Mithr. I, 2J'abuse, cher ami, de ton trop d'amitié, RAC.Andr. III, 1Avez-vous prétendu que muet et tranquille, Ce héros qu'armera l'amour et la raison, Vous laisse pour ce meurtre abuser de son nom ?, RAC.Iph. I, 1Et nos seuls ennemis, altérant sa bonté, Abusaient contre nous de sa facilité, RAC.Brit. V, 3La perfide abusant de ma faiblesse extrême...., RAC.Phèd. V, 7Et que de mon bonheur vous avez abusé Jusqu'à plus attenter que je n'aurais osé, CORN.M. de Pompée, III, 2Prince, vous abusez trop tôt de ma bonté, CORN.Nic. II, 3Je vous remets ce droit dont j'allais abuser, VOLT.Orphel. V, 6Vous ne voudrez jamais, abusant de mon âge..., VOLT.Brut. II, 4Il abuse en ces lieux de son pouvoir fatal, VOLT.Sém. II, 1Ils ont tous abusé de leur nouveau pouvoir, VOLT.Alz. II, 2Depuis qu'aux cieux l'amour est retenu, De son beau nom vous abusez encore, MALFIL.Narc. I. Usez, n'abusez pas. L'homme est disposé à abuser.Abuser de quelqu'un, ne pas se comporter avec lui comme il conviendrait. J'abuse de vous en vous entretenant si longuement de mes propres affaires. Abuser d'un domestique, le faire trop travailler. On dit dans le même sens abuser d'un cheval. Vous abusez d'une infinité de personnes en leur faisant accroire que les points sur lesquels vous essayez d'exciter un si grand orage sont essentiels à la foi, PASC.Prov. 17Abuser d'une fille, la posséder. Pour venger sa fille dont Roderic abusait, BOSSUETHist. I, 11Nous flétrissons du nom d'incestueux le frère qui abuse de sa soeur, VOLT.Métaph. 9Alexandre VI était accusé d'abuser de sa propre fille Lucrèce, VOLT.Moeurs, 110Abuser, v. n., se conjugue avec l'auxiliaire avoir.ABUSER, v. a.Tromper. Abuser quelqu'un d'un vain espoir. Nous nous laissons abuser par les opinions du vulgaire. Ils sont grossièrement abusés, PASC.Prov. 11La flamme de vos yeux.... Ne se lasse donc point.... d'abuser les voeux dont elle est désirée, MALH.IV, 3Car, sans le revenu, l'étude nous abuse, RÉGNIERSat. IIIDites s'il me détrompe ou m'abuse en effet, CORN.Héracl. II, 6Notre profond silence abusant leurs esprits, Ils n'osent plus douter de nous avoir surpris, CORN.Cid, IV, 3Sors du trône et te laisse abuser comme moi, CORN.Héracl. I, 2Moi, j'aurais l'âme assez méchante pour abuser une personne comme vous !, MOL.D. J. II, 2Je vous abuserais si j'osais vous promettre Qu'entre vos mains, seigneur, il voulût le remettre, RAC.Andr. I, 1Je crains, je crains qu'un songe ne m'abuse, RAC.Phèd. II, 2C'est pleurer trop longtemps une mort qui t'abuse, RAC.Esth. I, 1Est-ce ainsi qu'on m'abuse et qu'on croit me jouer !, VOLT.Orphel. III, 3Une image trompeuse ne vient-elle pas abuser mes yeux ?, FÉN.Tél. IVJe reconnus, mais trop tard, les chimères qui m'avaient abusé, J. J. ROUSS.Hél. IIIe part. Liv. 18Abuser une fille, la séduire. Une fille abusée était punie avec le séducteur, J. J. ROUSS.Ém. VS'ABUSER, Se faire illusion. En cela, je me suis abusé. À moins que je ne m'abuse. Voulant nous affranchir, Brute s'est abusé, CORN.Cinna, II, 2Mais tu t'abuseras, MOL.l'Étourdi, I, 10Vois si je m'abuse, RAC.Baj. III, 3Mais moi-même.... me serais-je abusée ?, RAC.Baj. III, 6Penses-tu que je sois moins épouse que mère ? Tu t'abuses, cruel...., VOLT.Orphel. IV, 6En conseiller d'État, de discours je m'abuse, RÉGNIERÉlég. IIPascal a dit : Il n'est pas possible de s'abuser à prendre un homme pour un ressuscité. Cet emploi, qui peut très bien être accepté, est un archaïsme. Voyez-en un exemple plus bas dans un texte de Lanoue.XIVe s. Comme Phalaris qui tenoit une enfant et avoit concupiscence de abuser en par delettation de luxure inconveniente, ORESMEEth. 104XVe s. .... Me faites, vous et raison, Aucune declaration ; Ou de votre fait suis abus, Pour ce que dit avez dessus, LA FONT.675Povre homme, tu t'abuses bien ; Par ce chemin ne feras rien, Si tu ne marches d'autre pas, Nat. à l'Alch. 31Las ! ne suis le premier de France Qui sotement s'est abusé, CH. D'ORL.Rond. 34Ausquels fut dit pour le dict seigneur, qu'ils s'abusoient et que le dict seigneur aimeroit mieux mourir que d'estre contre le roi, J. DE TROYES1475Et avec telles mensonges se abusent bien aucuneffois les maistres, COMM.II, 2On abusoit le roi quand on lui conseilloit entreprendre ceste guerre, COMM.III, 2XVIe s. Ils sçavent l'arithmetique si parfaitement que jamais ne s'abusent à conter, LANOUE183Cet enfant nous abuse, car les estables ne sont jamais on hault de la maison, RAB.Garg. I, 12Laissons les abuser de leur loisir, MONT.I, 187Il me venoit compassion du pauvre peuple abusé de ces folies, MONT.I, 200On ne peult abuser que des choses qui sont bonnes, MONT.II, 60Elle n'y trouva les efforts repondants à sa taille, beauté et jeunesse par où elle avoit été prinse et abusée, MONT.III, 371Il usa d'une ruse par la quelle il abusa l'une et l'autre partie pour le bien de la chose publique, AMYOTSolon, 21Solon pour vrai est un fol abusé, Qui de son gré lui-même a refusé Un si grand heur que lui offroient les dieux, AMYOTib. 22Stesimbrotus s'abuse grandement pour n'avoir pas bien pris garde à la suitte des temps, AMYOTThém. 3Son filz abusoit un peu trop de l'affection que lui portoit sa mere, et de lui aussi semblablement par le moyen d'elle, AMYOTThém. 36Abusant la jeunesse de vaine espérance, AMYOTFab. 51Les Lacedemoniens abuserent d'Alcibiades plus tost qu'ils n'en userent, AMYOTAlc. et Cor. 4Il abusa de son eloquence à calomnier et faussement charger et accuser ceux qui valoient mieux que lui, AMYOTPélop. 44Celui qui ne vise à la voie Par où il va, faut et s'abuse, MAROTIII, 59Abus ; provenç. et espagn. abusar ; ital. abusare.ABUSER. V. n. Ajoutez :Il se dit aussi des actes contre nature. Cet homme, condamné pour attentat aux moeurs, avait abusé d'un enfant confié à ses soins.
(a-bu-zeur)s. m.
Celui qui abuse, qui trompe.XIVe s. Se le dit tel abuseur avoit aucune chose prins ou gaingné sous ombre de la dite abusion, DU CANGEabusor.XVe s. Et trouva on que ce n'estoit qu'un abuseur ; si le fit prendre et emprisonner et eut sa finance qui estoit grande, J. DES URSINS1389Et se trouva un cordelier forgé qui de lui-même prit debat au dit frere Hieronime [Savonarole], l'appellant heretique et abuseur de peuple, COMM.VIII, 19XVIe s. C'estoyent divinateurs, enchanteurs et abuseurs du simple peuple, RAB.Pant. IV, 58[Traitz] dont le cruel abuseur plein d'attraits A bien souvent faict mainte plaie amere, MAROTII, 280D'un petit nombre d'abuseurs sont sorties plusieurs sectes, CALV.Inst. 89Abuser.ABUSEUR. Ajoutez :La cause pour laquelle ces abuseurs défendaient...., BOSSUETVar XI, 202
(a-bu-zif, ziv')adj.
Qui tient de l'abus. Tout privilége qui tend à l'exemption de cette contribution étant injuste et abusif, VAUBANDîme, 104En termes de grammaire, emploi abusif d'un mot.XIVe s. Faire une comparaison abusive de choses qui ne sont pas comparables, ORESMEThèse de Meunier.XVIe s. Tout ce que les hommes apprennent de Dieu par les images est frivole et mesme abusif, CALV.Inst. 56Il rompit et annulla cette coustume comme abusive, pleine de larcin, CARLOIXV, 32Abusivus, de abusus, abus.
(a-bu-zi-ve-man)adv.
D'une manière abusive. On avait établi abusivement cette mesure.En termes de grammaire, employer abusivement un mot.Abusive au féminin, et ment (voy. MENT).
(a-bu-zé, zée)
. Trompé. Abusé par de vaines promesses. Abusé sur l'état des choses. Abusé et dépouillé. Nous étions bien abusés, PASC.Prov. 11En vain du sang des rois dont je suis l'oppresseur, Les peuples abusés m'ont cru le défenseur, VOLT.Mér. I, 4Ma jeunesse, nourrie à la cour de Néron, S'égarait, cher Paulin, par l'exemple abusée, RAC.Bérén. II, 2ABUSÉE, s. f. Je plains cette abusée, et c'est moi qui la suis, CORN.Oth. III, 1En parlant d'une femme séduite. Jeune fille abusée.
(a-bu-té)v. a. et v. n.
Terme de marine. Mettre bout à bout, ou toucher par un bout. Ces pièces de bois abutent.Au jeu de boule ou de palet, lancer la boule ou le palet vers un but pour savoir qui jouera le premier. Eh bien, abutons.XVIe s. Le temple St-Sorlin fut gagné à coups de canon par les assiegés : ce qui fit tenir conseil en la place St-Georges, et resoudre de mettre le feu en toutes les rues qui abuttoient à la maison de ville, D'AUB.Hist. I, 38Articulation, c'est-à-dire jointure : sçavoir quand iceux os sont tellement abuttés et alliés que...., PARÉIV, 43Fault luy [à l'âme] fournir d'object où elle s'abbutte, MONT.I, 21À et but.
(a-bu-ti-lon)s. m.
Botanique. Plante d'agrément des Antilles, cultivée dans quelques parties de l'Europe, à écorce filandreuse, de la famille des malvacées.ABUTILON. Ajoutez : - ÉTYM.Arabe auboutiloun ( 2nd et 3ème u longs, i long), DEVICDict. étym.
(a-bi-m')s. m.
Voy. ABÎME.
(a-bi-mé)v. a.
Voy. ABÎMER.
(a-bi-ssal, ssa-l')adj.
Sans fond, profond. L'amour abyssal, c'est-à-dire, selon leur langage [des mystiques], l'amour intime, infini, profond, BOSSUET5e écrit, 10
(a-bi-ssin, si-n')adj.
Qui appartient à l'Abyssinie. L'idiome abyssin.
(a-bi-ssi-niin, niè-n')adj.
Qui est relatif à l'Abyssinie. Les voyageurs modernes sont unanimes pour reconnaître le type arabe de celles des populations abyssiniennes qui ne se rattachent pas à la souche africaine, F. LENORMANTManuel d'hist. anc. t. III, p. 279, 4e édit.
(a-bâ-tar-di, die)part. passé.
Plantes abâtardies. Ames abâtardies. Restes abâtardis d'une nation puissante. Jamais on n'a vu votre empire si lâche, si abâtardi, si indigne des anciens Romains, FÉN.t. XIX, p. 180
(a-bâ-tar-dir : quelques-uns disent a-ba-tar-dir par un a bref ; mais la plupart disent bâ comme dans bâtard)v. a.
Faire dégénérer, au propre et au figuré. La mauvaise culture abâtardit les plantes. Ils ne voyaient là que des moyens d'abâtardir les courages.S'abâtardir, Dégénérer. Les arbres fruitiers s'abâtardissent si on ne les soigne constamment. S'abâtardir dans l'oisiveté. La pureté de la doctrine était abâtardie par les Vaudois, BOSSUETVar. XXIIe s. Com nostre lois est hui abastardie, Ronc. p. 116XIIIe s. Bien est France abastardie, Seigneur baron, entendez, Quant femme [la reine Blanche] l'a en baillie, Et tele comme savez, HUE DE LA FERTÉRom. p. 188XVIe s. Ceste arrogance grecque, admiratrice seulement de ses inventions, n'avoit loi ni privilege de legitimer ainsi sa nation, et abastardir les autres, DU BELLAYI, 4, recto.La peur descouvre un coeur abastardi, DU BELLAYIV, 6, verso.Sitost qu'on se detourne de la parole, l'oraison est quant et quant abastardie, CALV.Inst. 704Ils se sont abastardis en degenerant de leurs peres, CALV.ib. 747Ceux qui seront convaincus de s'estre abastardis de leur origine, CALV.ib. 838À et bâtard ; provenç. abastardir ; anc. espagn. abastardar.
(a-bâ-tar-di-s'-man)s. m.
Dégénération au propre et au figuré. L'abâtardissement des arbres fruitiers, des esprits.Des grammairiens ont désiré que l'Académie supprimât l'accent circonflexe. Il est de fait que certains prononcent abatardissement, a bref, au lieu de a long ; mais la plupart suivent dans ce mot la prononciation de bâtard où l'a est long. L'accent circonflexe qui indique ici et l'étymologie et la prononciation doit donc être conservé.XVIe s. De ceux là, y en a aucuns qui se trompent eux mesmes ; et les autres sont trompés par l'abastardissement des coustumes, LANOUE117La trop grande et indocte multitude des escrivains qui de jour en jour s'eleve en France, au grand deshonneur et abastardissement de nostre langue, DU BEL.III, 2, rectoAbâtardir.
(a-bé-sé-dê-r')adj.
Qui est rangé suivant les lettres de l'alphabet. En ce sens, abécédaire ne diffère d'alphabétique qu'en ce qu'il est moins usité.Qui en est à l'Abc. Enfant abécédaire. Ignorance abécédaire. Petit livre où s'apprend l'Abc. Donnez un abécédaire à cet enfant. Les abécédaires ne sont pas aisés à faire.XVIe s.La folle chose qu'un vieillard abecedaire ; on peut continuer en tout temps l'estude, mais non l'escholage, MONT.Abecedarius, mot composé des quatre premières lettres de l'alphabet, et de la terminaison adjective arius.
(a-bée)s. f.
Ouverture par laquelle coule l'eau qui fait aller un moulin. On l'a aussi définie ouverture par où l'eau a son cours quand les moulins ne tournent pas.À et bée, ouverture, aujourd'hui baie (voy. ce mot). On a prétendu, ce qui est possible, que abée est une corruption, une méprise, qui de la bée a fait l'abée, d'où abée. Abée se trouve dans LAURIÈRE, Dict. du droit.
(a-be-liin)s. m.
Membre d'une secte qui, prétendant se conformer à Abel, rejetait l'usage des vêtements. Est-il bien vrai que, chez des nations un peu plus policées, comme les Juifs et demi-Juifs, il y ait eu des sectes entières qui n'aient voulu adorer Dieu qu'en se dépouillant de tous leurs habits ? Telles ont été, dit-on, les adamites et les abéliens, VOLT.Dict. phil. Nudité.
(a-bê-ti, tie ; quelques-uns disent abé-ti)part. passé.
Enfant abêti par de mauvais traitements. Esprits abêtis par la superstition. Il est tout abêti.
(a - bê - tir ; quelques-uns disent a-bé-tir)
Rendre bête. Une crainte perpétuelle abêtit l'esprit. Cela vous fera croire et vous abêtira, PASC.Moyens, IIls n'ont songé [le roi et Mme de Beauvilliers], s'écriait-il [le duc de Berry], qu'à m'abêtir et à étouffer tout ce que je pouvais être, SAINT-SIMON243, 252S'abêtir, L'esprit s'abêtit dans l'oisiveté complète.Abêtir, Devenir bête. Les enfants qu'on maltraite abêtissent de jour en jour.L'Académie dans ses précédentes éditions écrivait abétir ; c'est qu'en effet la prononciation, devant une finale aussi sonore, a une grande tendance à changer l'e ouvert en e fermé.ABÊTIR, RABÊTIR. Rabêtir indique une action plus forte, de la résistance à vaincre dans le sujet. Un maître abêtit l'enfant, quand il laisse ses facultés sans exercice ; il le rabêtit, si, toutes les fois que l'élève manifeste quelque tendance à se développer, le maître la refoule. On abêtit peu à peu, lentement ; on rabêtit par des réprimandes infligées par occasions. On a abêti cet enfant par une mauvaise éducation. Il est tout rabêti par les reproches qu'il vient de recevoir, LAFAYE.XVe s. Etj'ai repris à mes despens Ce de quoi je me hontioie [j'avais honte] ; Dont grandement m'abestioie ; Car mieux vaut science qu'argens, FROISS.Buisson de jeun.Gens qui cuident estre si sages, Qu'ils pensent plusieurs abestir, Si bien ne se sauront couvrir Qu'on n'aperçoive leurs courages, CH. D'ORL.Rond.Il sembloit que ses ennemis fussent aveugles et abestis, COMM.VIII, 4XVIe s. Combien ai-je veu d'hommes abestis par temeraire avidité de science !, MONT.I, 181Il nous fault abestir pour nous assagir, MONT.II, 214Laissant ces pompes de farces qui esblouissent les yeux des simples et abestissent leurs sens, CALV.Inst. 1062En la fin, ayant là fiché leurs yeux et leurs sens, ils s'y sont abestis, CALV.ib. 59Ung homme par maulvais gouvernement se peult abestir, PALSG.p. 773A sa contenance, il ressembla proprement à une personne estonnée ou abestie, et qui a perdu le sens et l'entendement, ne se souvenant plus qu'il estoit le grand Pompeius, AMYOTPomp. 102Le plus souvent les princes s'abestissent De deux ou trois que mignons ils choisissent, RONS.651À et bête.
(a-bê-ti-se-man)s. m.
Action d'abêtir. L'état de celui qui est abêti. L'abêtissement de cet enfant.
(a-bi-man, man-t')adj.
Qui abîme. Les eaux montrent la justice divine par cette vertu ravageante et abîmante, BOSSUETÉlév. 22e sem. III
(a-bî-m')s. m.
Cavité profonde ou sans fond. Les abîmes de la terre. Il s'est formé plusieurs abîmes. Rouler dans un abîme. Il n'est guère de hauteur qui ne soit voisine d'un abîme. Sondez cet abîme, si vous le pouvez, MASS.Conf..... du fond de l'abîme entr'ouvert sous ses pas, RAC.Ath. III, 5Je frémis quand je voi Les abîmes profonds qui s'ouvrent devant moi, RAC.Esth. III, 1Sur cent premiers peuples célèbres, J'ai plongé cent peuples fameux Dans un abîme de ténèbres, Où vous disparaîtrez comme eux, BÉR.Temps.Pour se rabaisser jusqu'aux derniers abîmes du néant, PASC.Conv. du péch.Tout à coup le terrain s'affaisse et ouvre un abîme, FÉN.Tél. XXL'abîme, les flots, l'océan. Il se précipita dans l'abîme.L'enfer, dans le langage de l'Écriture. Les puits de l'abîme. Ils tombent dans les abîmes éternels, BOSSUETPrédic. IPuisqu'il suit l'âme jusque dans le fond de l'abîme, où il la tient captive et asservie, quand, malgré lui, sera-t-elle en état d'en sortir ?, BOURD.Pens. t. III, p. 69L'Hébreu.... invoque l'abîme et les cieux et Dieu même, VOLT.Henr. v.Par exagération poétique. Sa sombre tyrannie entassait les victimes, Et des prisons d'État il peuplait les abîmes, M. J. CHÉN.Ch. IX, III, 1Ce qui est extrême, le dernier degré ; précipice, ruine, perte. C'est un abîme de vices. Se jeter dans un abîme de débauches. Cette maison est un abîme. Le luxe est un abîme qui engloutit tout. Tomber du faîte des grandeurs dans l'abîme. Mes ennemis me poussent dans l'abîme. Nous dormons sur les bords de l'abîme. L'homme impatient est entraîné dans un abîme de malheurs, FÉN.Tél. XXIVIl est toujours dans l'abîme de la douleur, SÉV.219Pour moi qui ne vois rien dans le trouble où je suis, Qu'un gouffre de malheurs, qu'un abîme d'ennuis, CORN.Rodog. v, 4Sous mes pas, c'est creuser un abîme, CORN.ib. v, 1Didon regarde avec horreur autour d'elle et ne voit que des abîmes, CHATEAUB.Génie, II, III, 2Mes frères, quel abîme qu'une grande place !, MASS.Louis.Ses yeux s'étaient fermés sur les bords de l'abîme, VOLT.Alz. v, 2Dans l'abîme effroyable où je suis descendu, VOLT.Tancr. II, 6.... sur le bord de l'abîme Où votre aveuglement vous conduit par le crime, VOLT.Catil. I, 5Dans quel abîme affreux vous me précipitez !, RAC.Mithr. II, 6De piége en piége et d'abîme en abîme, RAC.Ath. IV, 3Vous qui portez sur la conscience les abîmes d'une vie entière de désordre, MASS.Av. Bonh.L'homme n'est qu'un abîme de faiblesse, MASS.Prière, 1Faut-il que vous soyez un abîme de contradictions ?, MASS.Délai.Fait-elle monter de l'abîme de sa douleur les cris d'un repentir sincère ?, MASS.Impén.Cet abîme de soins et d'embarras ne lui laissait pas le loisir de chercher dans les prophéties d'Isaïe...., MASS.Bonh.Si vous ne sortez pas de l'abîme où vous vivez, MASS.Car. Conv.Les Juifs tombèrent dans un autre abîme, BOSSUETErreur.Replonger dans de nouveaux abîmes, LA BRUY.1Dans un sens favorable. Cet homme est un abîme de science, il est très savant. Les habitants de l'Élysée sont plongés dans cet abîme de délices. comme les poissons dans la mer, FÉN.Tél. XIX.L'âme va se perdre dans le vaste abîme de ses perfections, BOSSUETExcel. de Dieu.Lieu, chose impénétrable, mystère. La nature a caché la vérité au fond d'un abîme. L'âme humaine a des abîmes impénétrables. L'infini est un abîme pour l'esprit humain. Il se figure des abîmes inconnus dans sa conscience, MASS.Tiéd. J.Ô mon Dieu ! je n'ose regarder d'un oeil fixe les abîmes de vos jugements et de votre justice, MASS.Car. Nombre des élus.Je ne viens pas, Seigneur, sonder les abîmes de vos jugements, FLÉCH.Tur.Dieu, dont les jugements sont des abîmes, FLÉCH.ib.Dieu seul de nos esprits pénètre les abîmes, ROTROUBél. v, 5Des plus affreux complots il perce les abîmes, VOLT.Sém. I, 3Je n'ai jamais d'Helmonde approfondi le crime ; Mes yeux ont toujours craint de percer cet abîme, DUCISLear, I, 2Terme de blason. Centre de l'écu lorsqu'il porte une ou plusieurs pièces qui ne chargent aucune des autres. Il porte trois besans d'or, avec une fleur de lis en abîme.Géolog. Cavité naturelle presque perpendiculaire, d'une grande profondeur et ne renfermant aucun liquide.Chand. Auge de bois contenant le suif fondu.Prov. L'abîme appelle l'abîme, un malheur en appelle un plus grand. Un abîme attire un autre abîme, et une médisance une autre médisance, BOURD.Pens. t. III, p. 167On n'écrit plus abyme, malgré l'étymologie.XIIe s. Molt est griés chose d'eschevir l'abisme des vices, S. BERN.p. 167Li quatre venz eissent d'abisme, BENOITII, 2055XIIIe s. Et puis recheoit [le navire] si profond que avis estoit qu'elle cheïst en l'abisme et avenoit priès la tere el fons, Ch. de Rains, 47XIVe s. Son jugement [de Dieu] est un abisme ; N'est homs qui en sache la disme, MACHAULTp. 97XVe s. Tant sur terre comme en abysmes [en mer], FROISS.Buiss. de jeun.Pourquoi ne dirons-nous abysme de hardement et de prouesse estre en celui vaillant mareschal et sa noble compaignie, Bouc. II, 22XVIe s. Toi qui du coeur les abysmes connois, DU BELLAYII, 35, recto.Je vois sortir des abysmes Une orque pour m'abysmer, DU BELLAYII, 37, recto.Certainement il entendoit combien estoit grande l'abysme de nos pechés, CALV.Inst. 498Que l'abysme de ta misericorde engloutisse l'abysme de nos pechés, CALV.ib. 500Il a les grand'eaux amassées En la mer comme en un vaisseau ; Aux abysmes les a massées, Comme un tresor en un monceau, MAROTIV, 272Là de la terre et là de l'onde Sont les racines jusqu'au fond De l'abysme la plus profonde, RONSARD356Provenç. abis et abisme ; espag. abismo ; ital. abisso ; de abyssus, du grec, de alpha priv. et d'un terme grec signifiant fond, sans fond. Le terme grec qui signifie fond, sans fond est de même radical que bout (voy. ce mot). Abisme en français et en provençal, abismo en espagn. est un substantif superlatif représentant abyssimus, le gouffre le plus profond, comme en latin oculissimus, dominissimus. Les formes provençales et italiennes abis et abisso reproduisent directement le latin abyssus. Ce mot a été féminin dans le XVIe siècle, sans aucune raison, si ce n'est la terminaison en e muet.ABÎME. Ajoutez :10°En abîme, de haut en bas et à une grande profondeur. Un autre dessin déploie le panorama de Paris vu en abîme du plateau de la butte Montmartre, TH. GAUTIERJourn. offic. 30 août 1871, p. 3083, 2e col.
(a-bi-mé)v. a.
Précipiter dans un abîme. Jehova abîma Sodome. Un tremblement de terre abîme parfois une maison. Nous ne pouvons abîmer Télémaque dans les flots de la mer, FÉN.Tél. XIX.Dieu résolut enfin.... D'abîmer sous les eaux tous ces audacieux, BOILEAUSat. XIFig. Abîmer dans la douleur, dans les dettes. Cette nouvelle l'abîma en de graves réflexions. En l'esclavage un autre hymen l'abîme, CORN.Sert. 1Faites qu'elle aime ailleurs et punisse son crime Par ce désespoir même où son change m'abîme, CORN.Perth. II, 1L'inceste où malgré vous tous deux je vous abîme, Recevra de ma main sa première victime, CORN.Oed. v, 10Ruiner, endommager, gâter, tacher. Les procès ont abîmé sa fortune. L'ouragan abîme les blés. Les pluies abîment les chemins. Son chapeau est tombé dans la boue ; il est tout abîmé. Le soleil abîme certaines étoffes. Maux qui sont capables d'abîmer l'État, BOSSUETLett. XXXIVPour soutenir tes droits.... Abîme tout plutôt, c'est l'esprit de l'Église, BOILEAULutrin, IUn procès, une saison cruelle, une taxe qui vous abîme, MASS.Visit.Dans une discussion. Abîmer son adversaire, ne lui laisser rien de bon à répondre. On voit en tous ces endroits comme il les abîme [ces théologiens], BOSSUETAvertiss. VIS'ABÎMER, v. réfl.Tomber dans un abîme. Le vaisseau s'abîma dans la mer. Une grande partie s'abîma dans le fleuve. L'infanterie s'abîma dans un marais. Troie s'abîma dans les flammes. Au fond de l'eau bouillante elle s'est abîmée, ROTROUM. de Chrispe, v, 10Mourez ; tout doit mourir, et nos saints monuments S'abîment avec nous sans laisser plus de trace, C. DELAVIGNEParia, IV, 7Terre où je n'ai plus rien que mon coeur puisse aimer, Ouvre-toi ! Dans tes flancs puissé-je m'abîmer !, LEMERC.Fréd. et Br. IV, 4Fig. Tout s'abîme dans l'oubli. S'abîmer dans l'étude. Il s'abîme dans de tristes pensées. S'abîmer dans le désespoir. Toi donc qui vois les maux où ma muse s'abîme, BOILEAUSat. IIEt dans les doux torrents d'une allégresse entière Tu verras s'abîmer tes maux les plus amers, CORN.T. d'or, Prol.Que les tristes pensers où votre âme s'abîme, Ne vous empêchent pas de prévenir son crime, MAIR.Sol. II, 8Ces tristesses profondes où vous vous abîmez, BOURD.Pensées, t. III, p. 65Occupé de tout cela, rempli d'admiration à la vue de tout cela, on voudrait de quelque manière s'abîmer et s'anéantir, BOURD.ib. p. 386Boufflers s'abîma en respects, et répondit [au roi] que de si grandes marques de satisfaction le récompensaient au-dessus de ce qu'il pouvait mériter, SAINT-SIMON214, 144Je m'abîme dans ces pensées, SÉV.12, 6Château, chapelle, donjon, tout s'en va, tout s'abîme, P. L. COUR.1, 176Être gâté ou endommagé. Certaines étoffes s'abîment au soleil.ABÎMER, Tomber dans un gouffre, se perdre. Sodome abîma en une nuit. Toute sa fortune abîmera quelque jour. Sa maison a abîmé dans le tremblement de terre. Il semblait que le monde dût abîmer, PERROT D'ABLANCOURTdans FERAUDJurant à faire abîmer la ville de Valence, SCAR.Rom. com. II, 14Peu usité en cet emploi.Ce mot offre une idée de profondeur. Pourquoi, dit Voltaire dans ses remarques sur Corneille, dit-on abîmé dans la douleur, dans la tristesse ? C'est que l'on peut y ajouter l'épithète de profonde. Des grammairiens ont reproché à l'Académie d'avoir admis abîmer avec le sens de gâter : un habit abîmé. L'Académie n'a fait en cela que constater un usage, peu élégant sans doute, mais qui est très réel. En tout cas, cet usage n'a point amoindri le mot abîmer, qui garde dans sa plénitude sa grande signification.XVIe s. Il estoit homme désordonné, dissolu et desbordé en despense et abysmé de dettes, AMYOTGalba, 26En toute autre sumptuosité de faire jouer jeux et donner festes publiques, il abysma, par manière de dire, la magnificence de tous ceulx qui s'estoient efforcés d'en faire auparavant, AMYOTCésar, 6Si que les nefs sans crainte d'abismer Nageoient en mer à voiles avallées, MAROTII, 249Dont plus n'auront crainte ne doute, Et deust trembler la terre toute, Et les montagnes abismer Au milieu de la haute mer, MAROTIV, 291Sers-moi de phare et garde d'abismer [que ne s'abîme] Ma nef qui flotte en si profonde mer, RONSARD595Dont il est necessaire que les uns soient par desespoir jettés en un gouffre qui les abysme, CALV.Inst. 662Tous ensemble forment une indissoluble amitié pour abysmer les Lutheriens, CARL.VIII, 16Oh ! quantes fois de ton grave sourcy Tu abysmas ce faulx peuple endurcy !, DU BELLAYIII, 93, verso.Abîme ; Berry, abisser ; provenç. abissar ; anc. catal. abisar ; espagn. abismar ; ital. abissare. Le patois du Berry, ainsi que d'autres, ont suivi abyssus et non abyssimus.ABÎMER. Ajoutez :En général, maltraiter.Saint Augustin et les deux lettres auxquelles on nous renvoie y sont abîmés, BAYLELa France toute catholique, à la fin
(a-bi-mé, mée)part. passé.
Jeté dans le fond. Le vaisseau abîmé dans les flots. La flotte abîmée ou dispersée par la tempête. Il est arrivé plusieurs fois que des terrains mis à sec ont été recouverts par les eaux, soit qu'ils aient été abîmés, ou que les eaux aient été seulement portées au-dessus d'eux, CUV.Rév. 21Le petit espace que je remplis et même que je vois abîmé dans l'infinie immensité des espaces que j'ignore, PASC.Édit. Cous.Fig.Le Messie abîmé dans la douleur, BOSSUETHist. II, 4Possédé de Dieu et abîmé dans la gloire, BOSSUETCulte.Vous vous trouverez abîmés devant lui dans un sentiment de respect, BOSSUETRetr.La douleur où elle se voit abîmée, CORN.Ex. du Cid.L'autre, par Néron dans le vice abîmé, Ramènera ce luxe où sa main l'a formé, CORN.Oth. III, 3Le roi [Charles XII] paraissait abîmé dans une rêverie profonde, VOLT.Ch. XII, 1Toujours abîmé dans sa philosophie, SÉV.542Le pauvre chevalier était bien abîme de douleur, SÉV.211Mme de Vias est abîmée dans ses procès, SÉV.422J'étais abîmé dans la plus amère douleur, FÉN.Tél. IIBacchus était tel qu'il parut à la malheureuse Ariane, lorsqu'il la trouva seule, abandonnée et abîmée dans la douleur sur un rivage inconnu, FÉN.ib. XVIIUne tendre amante abîmée dans la douleur, HAM.Gramm. 11Un homme abîmé dans la débauche, MASS.Doute.Le crime où vous êtes abîmés depuis tant de temps, MASS.Délai.Ruiné, abattu, endommagé, en parlant des personnes et des choses. Il est abîmé. Abîmé dans une discussion. Pays abîmé par les impôts. Routes abîmées par les pluies. Robe tout abîmée. Sire, ce sont mes dettes ; je suis abîmé, SÉV.111Voilà une femme bien abîmée, SÉV.Tout le monde est abîmé [sans argent], ID.127Un tribut que le prince lèverait difficilement sur des sujets abîmés, MONTESQ.Esprit, v, 15
(a-ka-bi ; le t ne se lie pas)s. m.
Qualité bonne ou mauvaise des choses. Ces fruits sont de bon acabit. Ce mouton, ce drap sont de mauvais acabit.En parlant des personnes. Ce sont gens de même acabit.Vous ne le corrigerez pas, tel est son acabit, Acad.Loc. vic. Poires d'une bonne acabit, dites d'un bon acabit.XVe s. Se en cest malheur et labit Nous mourions par quelque acabit [accident], Ame n'y a qui bien nous fasse, VILLONBaill. et Mal.On a dit aussi acabie : Et de quelle acabie étoit-il conseiller ?, BOURSAULTÉsope, IV, 3 Le féminin n'est plus usité.Bas-latin, acapita, acapitis, acapitagium, mots qui signifient au propre l'action de se constituer vassal d'un seigneur, mot à mot, action de prendre pour chef ; par extension, droit d'entrée, et, par une nouvelle extension, toute espèce d'achat. Acabit veut donc dire achat, débit, et, comme le remarque MÉNAGE, des fruits d'un bon acabit signifient proprement des fruits d'un bon débit. Acapita, acapitagium sont composés de ad et capitagium ; capitagium, de caput, chef (voy. CHEF).
(a-ka-sia ; Castel et Béranger l'ont fait, en vers, de trois syllabes, et la prononciation ordinaire ne lui en donne non plus que trois ; mais on pourrait aussi, en vers, le faire de quatre syllabes, suivant l'habitude de notre poésie, qui tend plus à allonger les mots qu'à les raccourcir)s. m.
En botanique, nom d'un genre de la famille des légumineuses, dont deux espèces fournissent la gomme arabique et la gomme du Sénégal. Suc d'acacia, suc exprimé des gousses pilées du mimosa nilotica. Suc d'acacia indigène, suc tiré du fruit non encore mûr du prunellier. Le suc d'acacia est astringent.Dans le langage ordinaire, l'acacia est le faux acacia ou acacia blanc, arbre d'agrément, espèce de robinier à rameaux épineux et à fleurs blanches et odorantes. Ses gais refrains vous égalent en nombre, Fleurs d'acacia qu'éparpillent les vents, BÉRANGERÉm. Debraux.Sous l'acacia léger j'aurais placé Delille, CASTELles Plantes, IV, des acacias.XVIe s. Berberis, sumac, acacia et leurs semblables, PARÉVIII, 53Quant aux sucs solides et endurcis, comme l'aloès, l'acacia...., PARÉXXV, 27Provenç. acassia ; du latin acacia. Ce mot paraît venir d'un terme grec signifiant défaut de méchanceté [dérivé de deux mots traduits par privatif et méchant], parce que ce végétal, bien que couvert d'épines, fournit de bonnes choses.ACACIA. Ajoutez :Au Havre, sobriquet donné à certains hommes du port.Il y a aussi les acacias qui comblent les lacunes faites par les lamaneurs, lesquels sont quelquefois insuffisants pour le grand mouvement de navigation ou tout autre cas : ils halent les navires qui ne prennent pas de remorqueurs entre les jetées, Journ. du Havre, dans Journ. offic. 1er sept. 1873, p. 5673, 3e col.
(a-ka-dé-mi-siin ; en vers, il est de six syllabes ; par exemple, dans l'épigramme de Piron : Ci-gît Piron, qui ne fut rien, Pas même académicien. Cependant on pourrait aussi suivre la prononciation ordinaire et le faire de cinq syllabes)s. m.
Philosophe de la secte de l'Académie. Cicéron était académicien.Celui qui fait partie d'une société de gens de lettres. De zélés académiciens. Les réceptions de nouveaux académiciens. Il fit lever le plan de cette mer [Caspienne], et, grâce à ce conquérant académicien, on en connut enfin la véritable figure, FONTENELLECzar Pierre.Il possédait souverainement les qualités d'académicien, c'est-à-dire, d'un homme d'esprit qui doit vivre avec ses pareils, profiter de leurs lumières et leur communiquer les siennes, FONTENELLEDodart.Académicien a quelquefois un féminin. L'Académie de peinture a nommé quelques femmes académiciennes. Il y a en Italie des académiciennes.ACADÉMICIEN, ACADÉMISTE. Le premier se dit de celui qui est d'une académie de gens de lettres, et le second de celui qui est d'une académie où l'on apprend à monter à cheval, à tirer des armes, etc. Cette distinction s'est introduite assez tard ; la comédie de Saint-Évremond contre l'Académie était intitulée la comédie des Académistes.Académie.
(a-ka-dé-mie)s. f.
Jardin près d'Athènes où Platon enseigna.La doctrine même de Platon et de ses successeurs.Par extension, compagnie de gens de lettres, de savants ou d'artistes. L'Académie française, l'Académie des inscriptions et belles-lettres, l'Académie des sciences, l'Académie des beaux-arts, l'Académie des sciences morales et politiques ; ces cinq académies réunies forment ce qu'on nomme l'Institut. L'esprit de discussion est assez contraire à celui de décision ; mais l'Académie doit plus examiner que décider, suivre attentivement la nature par des observations exactes, et non pas la prévenir par des jugements précipités, FONTEN.Dodart.Je veux établir chez vous une académie de beaux esprits, MOL.Préc. Rid. 10, l'Académie française. Discours de réception à l'Académie. Le Dictionnaire de l'Académie. L'Académie, dépositaire des bienséances et de la pureté du goût.Par métaphore, en fait de style, forme académique. Les oreilles sont flattées par l'académie et l'arrangement des paroles, BOSSUETPar. de Dieu, 1Académie royale de musique, le théâtre de l'Opéra à Paris, ainsi dénommé dans les lettres - patentes de son établissement.Lieu où les jeunes gens apprennent l'équitation et d'autres exercices du corps. Tenir académie. Faire son académie. Pour m'entretenir à l'académie, HAMILT.Gramm. 3En 1691, je commençais à monter à cheval à l'académie des sieurs de Mémon et Rochefort, SAINT-SIMON1, 21Sans avoir fait son académie, un voyageur monte à cheval, J. J. ROUSSEAUÉm. IILes écoliers mêmes qui fréquentaient une académie. Ce jour-là tel écuyer fit monter toute son académie à cheval.Lieu où l'on donne à jouer en public. Les académies de jeux sont souvent des coupe-gorges. Il y a un livre intitulé Académie des jeux, qui donne les règles des jeux en usage. Il a perdu son argent dans une académie. Ma maison n'est point une académie, PICARDles deux Phil. II, 19 On dit maintenant maison de jeu.10°Division de l'Université de France dirigée par un recteur.11°En termes de peinture, une figure entière qui est peinte ou dessinée d'après un modèle, et qui n'est pas destinée à entrer dans la composition d'un tableau.Academia, du grec. Ce mot vient d'Académus, personnage de l'âge héroïque. Dans la guerre que les Lacédémoniens firent à Athènes pour reprendre Hélène enlevée par Thésée, Académus leur révéla où elle était cachée. En récompense de ce service, ils ménagèrent dans leurs ravages sa maison de campagne, qui était à 1 000 pas d'Athènes. L'orthographe n'est pas constante ; on écrit aussi Hecadémus. Dans Horace, Ep. II, II, 45, Atque inter silvas Academi quaerere verum, on trouve la variante Ecademi. Les termes grecs viennent sans doute de remède et peuple, qui guérit le peuple ; et de loin, qui est loin du peuple.
(a-ka-dé-mi-k')adj.
Qui appartient à la doctrine de Platon. La philosophie académique.Qui appartient ou qui convient à des académiciens, à une académie. Questions académiques. Séances académiques.Plus particulièrement, qui appartient à l'Académie française. Discours académique. Fauteuil académique.En parlant du style, des compositions littéraires et aussi des peintures correctes, élégantes, mais où la correction et l'élégance font tort à la vérité et à la simplicité. Pourquoi appelle-t-on académique un discours fleuri, élégant, ingénieux, harmonieux, et non un discours vrai et fort, lumineux et simple ?, VAUVENARGUES.Nouv. max. 12Dans les beaux-arts, figure académique, figure d'étude, traitée sans égard à l'ensemble d'un tableau.En parlant des personnes, digne d'être de l'Académie. Sujet académique, homme qui mérite d'être élu de l'Académie.Académie.
(a-ka-dé-mi-ke-man)adv.
D'une manière académique. Cela est écrit académiquement.Académique, et ment (voy. MENT).
(a-ka-dé-mi-zé)v. a.
Terme de peinture et de sculpture. Donner la manière académique. Qu'est-ce qui remplira votre attente ? est-ce l'athlète que sa sensibilité décompose et que la douleur subjugue, ou l'athlète académisé qui pratique les leçons sévères de la gymnastique jusqu'au dernier soupir ?, DIDER.dans GRIMM, Corresp. litt. oct. 1770
(a-ka-dé-mi-sm')s. m.
Néologisme. Terme d'art. Attachement étroit aux formes académiques. Son sujet prêtait à l'académisme, et l'académisme est le pire des dangers, la mort de la peinture d'histoire, dont il dégoûte le public, V. CHERBULIEZRev. Deux-Mondes, 15 juin 1876, p. 885
(a-ka-dé-mi-st')s. m.
Celui qui, dans une académie, se forme à certains exercices. Les gens de cette sorte sont académistes, écoliers, PASC.Préf. g.Avec un extérieur austère il [Harleyfils] était aussi parfaitement débauché et aussi ouvertement qu'un jeune académiste, SAINT-SIMON470, 107Celui qui tient une académie et enseigne les exercices.Académie.
(a-ka-gnar-dé)v. a.
Rendre cagnard.La mauvaise compagnie l'a acagnardé, Acad.S'acagnarder, Devenir cagnard. S'acagnarder dans un fauteuil. Ces enfants se sont acagnardés au coin du feu.Loc. vicieuse : acagnardir ou s'acagnardir. Ce verbe est de la conjugaison en er.XVIe s. Je ne me peux contenter de moi mesme, me voyant ici oisif, acagnardé à un foyer, YVER563Vous avez secouru des personnes qui estoient dans les rues ou accagnardées près du feu ; je vous demande l'aumosne pour des gens qui servent nuit et jour, HENRI IVLettres.À et cagnard ; Genevois, s'acagnardir et aussi s'acagner, se blottir.
(a-ka-gnar-dé, dée)part. passé.
Acagnardé par la fainéantise.
(a-ka-jou)s. m.
Bois d'acajou ou simplement acajou, bois rougeâtre et susceptible d'un beau poli, employé dans l'ébénisterie, la tabletterie, etc. et fourni par un arbre de l'Amérique Méridionale (Swietenia Mahogoni et Cedrela odorata). Meuble d'acajou. Lit d'acajou., des acajous.Noix d'acajou, fruit en forme de rein, lisse, coriace, et d'un brun grisâtre. Sous l'enveloppe se trouve un suc huileux, noir et caustique. A l'intérieur est une amande bonne à manger. Ce fruit est fourni par l'anacardium occidentale, grand arbre de la famille des térébinthacées. LaReiff le tire du brésilien acajaba.ACAJOU. Ajoutez :Terme de commerce. Acajou en fourches, acajou en canons, état dans lequel le bois d'acajou est apporté. Au Havre, l'acajou en fourches, qui s'était élevé à 99 c. [le kil.], descend progressivement à 43 c., en 1847 ; et l'acajou en canons, qui s'était élevé à 60 c., descend à 30 c., en 1847, Annales du comm. extérieur, France, Législ. (mars 1864), p. 25.Ajoutez : Espag. acaju ; portug. acaju, caju, acajueiro, cajueiro ; ital. acagiù, cajiù. Acaju se trouve dans le brésilien (GONÇALVES DIAZ, p. 8) ; mais, d'après M. Mahn, ce mot a été introduit du portugais dans la langue des Tupy. Le même M. Mahn, remarquant que l'indostani kâju est le nom de l'anacarde, pense que ce nom a passé à l'acajou et qu'il est d'origine dravidienne. Voici qui reporte vers l'Asie orientale l'origine du mot acajou : comme le terme malais kayou ( avec un a long), arbre, figure, sous la forme caju, dans le nom d'un grand nombre d'arbres originaires des Indes orientales, M. Devic, Dict. étym., est porté à croire que notre mot acajou, qu'on trouve également écrit cajou et cadjou, est le même mot malais. Le bois d'acajou, il est vrai, vient d'Amérique ; mais le véritable acajou croît dans les mêmes parages que tous les arbres dans la dénomination desquels entre caju. De la sorte le mot acajou proviendrait bien de l'Asie orientale, mais serait d'origine malaise, non dravidienne.
(a-ka-lè-f')s. m.
Nom général donné par les naturalistes aux polypes non sédentaires, comme les méduses, les physalies, les béroés.Du grec, ortie, nom que les Grecs donnaient aussi aux méduses ou orties de mer, en raison des démangeaisons qu'elles causent.
(a-kan-t')s. f.
Plante dite vulgairement branche-ursine et remarquable par ses belles feuilles découpées et recourbées vers l'extrémité. On a dit que la feuille d'acanthe avait servi de modèle pour l'ornement du chapiteau corinthien. Voici la fête d'Olympie ! Tressez l'acanthe et le laurier, V. HUGOOdes, IV, 10Ornement d'architecture imité de la feuille d'acanthe.Acanthus, du grec, épine, mot dans lequel est la racine grecque signifiant, pointe, aiguille (voy. AIGU).
(a-kan-to-lo-jie)s. f.
Nom qu'on a donné à un recueil d'épigrammes. L'Acanthologie ou dictionnaire épigrammatique de Fayolle.Du grec, épine, et, discours, livre.
(a-ka-r')s. m.
Terme d'histoire naturelle. Sorte d'animaux articulés de la classe des arachnides, dont un genre renferme le petit ciron qu'on trouve dans les vésicules de la gale, tant chez l'homme que chez le cheval. Le soufre ne guérit la gale qu'en tuant les acares.Le grec signifie, sorte de petit insecte.
(a-ka-ri-d' ou a-ka-riin ou a-ka-rin)s. m.
Ordre de la classe des arachnides, comprenant plusieurs familles, dont l'acare est le type.Voy. ACARE, au Dictionnaire.
(a-ka-ri-â-tr')adj.
Qui est d'une humeur fâcheuse et aigre.Il se met toujours après le substantif : Une femme acariâtre ; un esprit acariâtre.XVIe s. A tant de gens qui sont acariatres, RAB.Garg. I, 2Picard, accarienne. Ce mot vient de l'ancien français acarier, confronter, d'où l'adjectif désignant, avec le sens défavorable qu'a la finale âtre, celui qui tient tête dans la confrontation, et de là de difficile humeur. Acarier vient de à et de cara, face, visage (voy. CHÈRE).ACARIÂTRE. Ajoutez : Vous saurez cependant que votre cher époux S'informe à tout le monde incessamment de vous ; Il me vint voir un soir d'un air acariâtre, Mém. de Mme la duchesse de Mazarin, dans Mélange curieux contenant les meilleures pièces attribuées à M. de St-Évremond, t. I, p. 230, Cologne, 1708.
(a-ka-ta-lé-kti-k')s. m. et adj.
Terme de métrique ancienne. On appelait ainsi les vers auxquels il ne manquait aucune syllabe.Terme grec signifiant qui n'a pas de finale, dérivé de a privatif, et du mot grec indiquant qui a une finale ; ce dernier provient en grec de finir, de à et cesser.
(a-ka-ta-lé-psie)s. f.
Expression technique de Pyrrhon et des philosophes sceptiques, qui désigne l'impossibilité de connaître.Terme dérivé de deux mots grecs signifiant privatif et compréhension : impossibilité de comprendre, et par conséquent absence de certitude dans les connaissances humaines (voy. CATALEPSIE).
(a-ka-ta-lé-pti-k')adj.
Qui a rapport à l'acatalepsie.Acatalepsie.
(a-kô-l')adj.
Terme de botanique. Qui n'a pas de tige apparente.A privatif, et caulis, tige (voy. CHOU).
(a-kâ-blan, blan-t')adj.
Qui accable. Un poids accablant. Une charge accablante. Une douleur accablante. Des reproches accablants. A ces mots, Idoménée parut comme un homme qu'on soulage d'un fardeau accablant, FÉN.Tél. XILes affaires les plus désagréables, les embarras les plus accablants, les dégoûts et les déboires les plus affreux, BOURD.Pensées, t. III, p. 142Le nombre des matériaux nécessaires devient toujours plus accablant pour le géographe, et, s'il se pique de précision, tous ceux qu'il peut recouvrer lui sont nécessaires, FONTEN.Éloges, Delisle.Les remarques sont jugées accablantes pour M. de Cambrai, BOSSUETLett. quiét. 371Ces foudroyants regards, ces accablants reproches, TH. CORN.Ari. IV, 5Ah ! penser accablant où mon coeur s'abandonne !, CAMPIST.Andron. V, 4Il n'avait répondu que par un silence accablant à ses supplications, MASS.Prière, 2Mais qu'il est accablant de parler de sa honte !, VOLT.Brut. II, 1Importun, incommode. Un homme accablant. Visites accablantes.Il se met avant ou après le substantif : Une nouvelle accablante ; une accablante nouvelle.
(a-kâ-ble-man)s. m.
État d'une personne, d'un corps, d'un esprit, d'un peuple accablés. Être dans l'accablement de la douleur. Son accablement est extrême. Plongé dans l'accablement. Et je préférerais un peu d'emportement Aux plus humbles devoirs d'un tel accablement, CORN.Sert. IV, 1On croit cette imposition prématurée dans l'accablement où sont les peuples, BOSSUETLett. quiét. 472Quand il dort, c'est d'accablement, SÉV.502Des infortunés qui vivent dans l'accablement, MASS.Affl.Vous qui n'avez jamais de sourire moqueur Pour les accablements dont une âme est troublée, V. HUGOCrép. 38Action d'accabler. Pour dernier accablement, son adversaire lui donna un coup de pied, SCARR.Rom. com. 10Surcharge. Accablement d'affaires. Que deviennent les lois et le prodigieux accablement de leurs commentaires ?, LA BRUY.12Si c'est trop de se trouver chargé d'une seule famille, si c'est assez d'avoir à répondre de soi seul, quel poids, quel accablement que celui que donne un royaume !, LA BRUY.10ACCABLEMENT, ABATTEMENT, DÉCOURAGEMENT. L'idée commune est un état de langueur de l'âme. L'accablement est plus fort que l'abattement. L'homme abattu peut se relever ; l'homme accablé a succombé sous le poids, et ses forces sont brisées. Pour l'abattement et l'accablement, il y a toujours une cause extérieure et antérieure, un coup porté, une surcharge imposée. Le découragement, au contraire, est plus général, et ne suppose pas nécessairement quelque chose de grave qui ait précédé. Certains hommes sont pris de découragement pour des motifs fort légers ; on peut avoir perdu courage et n'être ni abattu ni accablé, mais l'abattement et l'accablement ôtent le ressort de l'âme et impliquent le découragement.Accabler.
(a-ka-blé)v. a.
Faire succomber sous. Accabler de coups de poing. Être accablé sous un fardeau. Ce fardeau énorme vous accable, quelque fort que vous soyez. Le poids des entreprises qu'il a commencées l'accable. Ses dettes finiront par l'accabler. Il fut accablé par la chute d'un rocher. J'irai sous mes cyprès accabler ses lauriers, CORN.Cid, IV, 2Leurs membres décharnés courbent sous mes hauts faits, Et la gloire du trône accable les sujets, CORN.Prol. de la Toison d'or, 1Sous tant de morts, sous Troie, il fallait l'accabler, RAC.Andr. I, 1Vaincre, ruiner, faire succomber. Il a été accablé par le nombre des ennemis. Ce désastre les accabla. Accabler un innocent. Ce dernier témoignage l'accabla. Accabler l'ennemi. Ainsi tout m'accable à la fois. Il a accablé ses adversaires de tant d'arguments. Je suis assez puni ; ne m'accablez pas. Rome.... ne désarma point sa fureur vengeresse Qu'elle n'eût accablé l'amant et la maîtresse, RAC.Bér. II, 2C'en est fait, le cruel n'a plus rien qui l'arrête ; Le coup qu'on m'a prédit va tomber sur ma tête ; Il vous accablera vous-même à votre tour, RACINEBrit. V, 7Fuyons tous deux, fuyons un spectacle funeste, Qui de notre constance accablerait le reste, RACINEBér. III, 1Assez et trop longtemps mon amitié t'accable, RACINEAndr. III, 1Quand je verrai ces yeux armés de tous leurs charmes, Attachés sur les miens, m'accabler de leurs larmes, RACINEBérén. IV, 5....mon coeur, respectant la vertu, N'accable pas encore un rival abattu, RACINEAlex. III, 1Ami, n'accable pas un malheureux qui t'aime, RACINEAndr I, 1Ne rougissez-vous pas d'accabler ma misère ?, VOLT.Orphel. IV, 4Est-il donc permis de se mettre si aisément au hasard de la violer, cette justice qu'on ne connaît pas, et qui peut être toute pour une partie adverse que l'on accable ?, BOURD.Pensées, t. II, p. 260Tout cela formera contre lui un témoignage qui l'accablera et qui ne lui laissera nulle excuse pour se justifier, BOURD.ib. p. 431Fig. Il est accablé de maladies. Un si grand malheur m'accable. Je suis si accablé de douleur que.... On l'accable d'injures, d'outrages. Accabler quelqu'un de questions. Depuis qu'il est en place, ses connaissances l'accablent de sollicitations. Le sommeil l'accablait Le combat qu'elle [la vertu] soutient au dedans contre tant de tentations qui accablent la nature humaine, BOSSUETReine d'Angleterre.L'ambition, l'amour, le dépit, tout m'accable, VOLT.Brut. II, 1Et plus vous la pouvez accabler d'infamie, CORN.Nic. III, 4Le poids de mes habitudes m'accable, la multitude et la grièveté de mes offenses m'effraye, BOURD.Pensées, t. II, p. 159S'il pouvait apprendre que son fils ne sait imiter ni sa patience ni son courage, cette nouvelle l'accablerait de honte, et lui serait plus rude que tous les malheurs qu'il souffre depuis si longtemps, FÉN.Tél. IILa mort de M. de Guise dont je suis accablée, SÉV.73. Cette nouvelle accable, SÉV.147Être à charge. Et sans doute elle attend le moment favorable Pour disparaître aux yeux d'une cour qui l'accable, RAC.Bér. I, 3Je me suis laissé accabler de visites, SÉV.463Un homme de ce caractère nous accabla pendant deux heures de lui, de son mérite, MONTESQ.Lett. pers. 50Charger en bonne part. Accabler de biens, de louanges, de politesses. Ceux au contraire que la fortune, aveugle, sans choix et sans discernement, a comme accablés de ses bienfaits, en jouissent avec orgueil et sans modération, LA BRUY.11Il me comble d'honneurs, il m'accable de biens, CORN.Cinna, III, 3Tu trahis mes bienfaits, je les veux redoubler ; Je t'en avais comblé, je t'en veux accabler, CORN.Cinna, V, 3Je sais ce que je dois au souverain bonheur Dont me comble et m'accable un tel excès d'honneur, CORN.Mort de P. IV, 5Madame, achevez donc de m'accabler de joie, CORN.Perth. III, 3. Vous m'accablez, vous êtes trop bon, trop poli, etc.S'accabler, Il ne faut pas s'accabler de travail. Ne vous accablez pas d'inutiles douleurs, RAC.Alex. IV, 2ACCABLER, OPPRIMER, OPPRESSER. Accabler exprime l'idée la plus générale ; il veut dire simple ment faire succomber sous le poids ; il se prend en bonne et en mauvaise part : accabler de chagrin, accabler de bienfaits. Les Romains accablèrent les Carthaginois. Opprimer ne se prend qu'en mauvaise part : le fort opprime le faible ; un roi opprime ses sujets ; un tyran domestique opprime sa femme et ses enfants. Oppresser n'indique qu'une action physique : une respiration gênée est oppressée ; oppressé par la douleur. De ce côté, oppresser redevient équivalent à accabler, sauf que oppresser indique plutôt la gêne de la suffocation, et accabler l'anéantissement des forces. C'est l'usage seul qui a introduit une différence entre opprimer et oppresser ; car ils sont de même origine, si bien que l'oppresseur est non pas celui qui oppresse, mais celui qui opprime.XVe s. Raoulin vint au suppliant, l'achabla et tira à terre, DU CANGEcabulus.XVIe s. Des arbres qui aient suffisante force pour soutenir la vigne sans s'accabler eux-mesmes, O. DE SERRES192Le comble de la galerie tumba sur les garsons qui estoient demourés dessous, et les accabla tous, AMYOTCimon, 29À et ancien français caabler. DU CANGE, au mot cité, rapporte ceci : De abattre à terre, que l'on appelle caable ; ce qui est traduit en latin : De prostratione ad terram quod quadablum (ou cadabalum) dicitur. Caabler ou chaabler veut donc dire renverser, et il vient du bas-latin cadabalum ou chadabula, en vieux français, chaable qui signifie une machine de guerre (voy. CHABLIS).
(a-kâ-blé, blée)part. passé.
Cédant, succombant sous le poids. Accablé sous un fardeau trop lourd. Dante a peint les avares accablés sous des chapes de plomb. La vigne était accablée sous son fruit, FÉN.Tél. IFig. Accablé de maux. Accablé de dettes. Il fut accablé par le nombre. Cet homme d'État, accablé par ses ennemis. Le régiment accablé par des forces supérieures. Accablé d'affaires. Accablé d'honneurs. Accablé d'outrages. Accablé d'une aussi haute fortune. Je suis accablé de voir que le mal a fait tant de progrès. Une femme qui n'avait nuls signes de grossesse, accablée d'ailleurs d'un grand nombre d'incommodités très cruelles, FONTEN.Littre.Accablé des malheurs où le destin me range, CORN.Cid. I, 8Il semble à l'âme que son mal est sans remède, tant elle en est possédée et accablée, BOURD.Pensées, t. II, p. 22Tâche de les convaincre par une multitude de preuves dont ils devraient être accablés, BOURD.ib. p. 274... j'allais, accablé de cet assassinat, Pleurer Britannicus, César et tout l'État, RAC.Brit. V, 5Non, non, je ne puis vivre accablé de sa haine, RAC.Alex. IV, 4Vous pensez.... qu'un coeur, accablé de tant de déplaisirs, De son persécuteur ait brigué les soupirs ?, RAC.Andr. II, 1Lusignan, ce vieillard accablé de douleurs, VOLT.Zaïre, III, 6Si je l'ai jusqu'ici de tant d'honneur comblée, De tant de faveurs accablée...., CORN.Agés. V, 2
(a-ka-diin, diè-n')s. m. et f.
Nom donné à un peuple que des assyriologues pensent avoir précédé les Sémites dans la Chaldée ; M. Oppert le nomme Sumériens, Journ. offic. 28 janv. 1873, p. 627, 1re col.Langue accadienne, la langue de ce peuple.
(a-kal-mie)s. f.
Terme de marine. Calme momentané qui succède à un coup de vent très violent.À et calme.
(a-ka-pa-re-man)s. m.
L'action d'accaparer ou le résultat de cette action. Vu les accaparements de blé qu'il avait faits.Accaparer.
(a-ka-pa-ré)v. a.
Arrher ou acheter tout ce qu'il y a sur le marché de denrées, de marchandises, afin de devenir maître du cours. Ces spéculateurs s'entendirent pour accaparer les sucres.Fig. Prendre tout pour soi. Ce candidat a su accaparer les voix des électeurs. Accaparer la faveur du peuple. Cet avocat accapare toutes les affaires.Ac pour ad, et le bas-lat. caparra ; ital. caparra et caparrare ; provenç. caparro ; espagn. caparra ; mots qui signifient arrhes, et qui viennent de cap pour capere (voy. CAPABLE), et arrhes (voy. ARRHES).
(a-ka-pa-reur, reu-z')s. m. et f.
Celui, celle qui accapare.Accaparer.ACCAPAREUR. Ajoutez :Ces accapareurs des emprunts viagers maîtrisaient le gouvernement, Décret du 23 floréal, an II, Rapport Cambon, p. 91
(a-ka-pa-ré, ée)part. passé.
Tout le sucre étant accaparé par quelques spéculateurs.
(a-ka-sti-Ila-j', ll mouillées)s. m.
Terme de marine. Partie de l'oeuvre morte d'un grand bâtiment qui reçoit des sculptures et des ornements. Voilà un bel accastillage. Les accastillages sont bien soignés dans ce port.Dans l'ancienne marine, le château de l'avant et le château de l'arrière d'un vaisseau.Accastiller.
(a-ka-sti-Ilé, ll mouillées)v. a.
Garnir un vaisseau de son accastillage. S'occuper de l'accastillage d'un vaisseau.À et castellum, château (voy. CHÂTEAU).
(a-ka-sti-Ilé, ée, ll mouillées)part. passé.
Vaisseau bien accastillé.Dans l'ancienne marine, il se disait d'un vaisseau qui a un château sur son avant et un autre sur son arrière.
(a-ksan-s')s. f.
Dans le département du Cher, nom donné à une contribution en argent plus ou moins élevée, que le colon donne au propriétaire dans les localités où la terre est productive, les Primes d'honneur, p. 360, Paris, 1874Bas-lat. accensa, action de donner à cens, de ad, à, et census, cens.
(a-ksan-s')s. m.
Terme d'antiquité romaine. Officier subalterne attaché à quelque fonctionnaire dans l'ordre civil et militaire, sorte d'appariteur.Les étymologistes latins ont varié sur l'origine de ce mot. Varron le fait venir tantôt de ciere, appeler, convoquer, tantôt de censere. Cette dernière étymologie est la plus probable ; accensus de accensere, ajouter, adjoindre, de ad, à, et censere, compter (voy. CENS).
(a-ksan ; ne prononcez pas a-san comme font les méridionaux)s. m.
Terme de grammaire. Élévation de la voix sur une syllabe dans un mot, c'est-à-dire intensité donnée à une syllabe relativement aux autres : cela s'appelle accent tonique.Inflexions particulières à une nation, aux habitants de certaines provinces. Accent anglais, italien. Accent gascon. On connaît à son accent de quelle province il est. L'air de cour est contagieux ; il se prend à Versailles, comme l'accent normand à Rouen ou à Falaise, LA BRUY.8L'accent du pays où l'on est né demeure dans l'esprit et dans le coeur, comme dans le langage, LA ROCHEF.Réflex. 342. Prononciation des personnes de province par rapport au parler de la capitale. Pour bien parler il ne faut pas avoir d'accent ; cette phrase veut dire qu'il faut donner l'accent consacré par le bon usage parmi ceux qui parlent bien. Il a perdu, conservé son accent.Accent oratoire ou pathétique, inflexion de la voix par rapport aux sentiments ou aux pensées. Je trouve qu'il prend toujours l'accent le plus convenable à son sujet. Il avait dans les morceaux pathétiques un accent de tristesse. J. J. Rousseau a fait confusion entre l'accent oratoire et l'accent proprement dit, en écrivant : Se piquer de n'avoir point d'accent, c'est se piquer d'ôter aux phrases leur énergie, Ém. I.Langage, chant, dans le style élevé et la poésie. Les accents de la passion, de la colère. De tristes accents. J'entends vos divins accents. Écoute les accents de sa mourante voix, CORN.Médée, V, 8Ce sont les accents de la nature qui causent ce plaisir : c'est la plus douce de toutes les voix, MONTESQ.Esprit, XXVI, 4Ces accents de la mort sont la voix de Ninus, VOLT.Sém. I, 3Son aspect, ses accents Ont fait trembler mon bras, ont fait frémir mes sens, VOLT.Oreste, IV, 5Aux accents de l'airain sonnant, les homicides...., M. J. CHÉN.Ch. IX, V, 2.... des clairons les belliqueux accents Pour la première fois font tressaillir mes sens, C. DELAV.Paria, I, 1Enfin sa bouche flétrie Ose prendre un noble accent, BÉRANGERJudas.Petite marque qui se met sur une syllabe, soit pour en indiquer la prononciation, soit pour la caractériser grammaticalement.La grammaire française a trois espèces d'accents : l'accent aigu, l'accent grave, l'accent circonflexe.1. L'accent aigu se met sur tous les é fermés qui terminent la syllabe, ou qui sont seulement suivis d'un s, signe du pluriel : bonté, vérité, assemblée, les procédés, les prés émaillés. Mais on écrira sans accent l'e fermé de nez, de berger, parce qu'ici ce n'est point l'e qui termine la syllabe.2. L'accent grave se met sur tous les è ouverts qui terminent la syllabe : pèle, règle, prophète, il mène ; ou qui sont suivis d'un s qui achève le mot : procès, succès, décès, après. Exceptions : ces, les, mes, tes, ses.... j'appelle, terre, coquette. En effet, dans ces trois derniers mots, le redoublement de la consonne donne à la voyelle un son ouvert et rend inutile l'accent grave. Il faut remarquer que l'è est toujours ouvert lorsqu'il termine la syllabe et qu'il est suivi d'une consonne et d'un e muet : il espère, il pèse, modèle. Sont exceptées les phrases interrogatives : aimé-je, dussé-je, veillé-je, etc. où l'e est fermé comme dans bonté. On a excepté aussi, du moins pour l'écriture, sacrilége, sortilége, collége, qu'on écrit par un accent aigu ; mais la prononciation usuelle met un accent grave et dit comme s'il y avait sacrilège, sortilège, collège. C'est un cas où l'Académie devrait intervenir. Dans plusieurs mots l'accent grave ne sert que de distinction grammaticale : à préposition et il a ; des article partitif et dès préposition ; où adverbe de lieu et ou conjonction ; là adverbe de lieu et la article féminin.3. L'accent circonflexe s'emploie : 1° lorsque la voyelle est longue, et surtout lorsqu'il y a suppression de lettre, comme dans les mots âge, bâiller, tête, épître, côte ; 2° sur l'avant-dernier e de quelques mots en ême, comme extrême, blême ; 3° sur l'i des verbes en aître, en oître, dans tous les temps où i est suivi de t : naître, paraître, accroître, il naît, il paraîtra, nous accroîtrons ; 4° sur o qui précède les finales le, me, ne, comme dans pôle, rôle, dôme, fantôme, trône. On en fait également usage à la première et à la deuxième personne du pluriel du prétérit défini de l'indicatif, et à la troisième personne du singulier de l'imparfait du subjonctif : nous aimâmes, vous aimâtes, vous reçûtes, qu'il fût, qu'il eût, qu'il aimât, qu'il reçût. Dans cet emploi l'accent circonflexe indique la suppression d'une lettre ou la longueur de la voyelle comme dans lâche, apôtre ; tantôt il indique seulement la longueur de la syllabe, sans suppression de lettre, comme dans pôle, trône ; tantôt enfin il indique seulement la suppression d'une lettre sans que la voyelle soit allongée, comme dans hôpital, où l'o n'est pas long. Dans certains cas, l'accent circonflexe ne sert non plus que de distinction grammaticale : du, article composé pour de le, et dû, participe passé du verbe devoir, anciennement deu ; tu, pronom personnel, et tû, participe passé du verbe taire, anciennement teu ; sur, préposition, et sûr, adjectif, anciennement seur. Ces accents, qui servent de signes dans l'écriture, sont très différents dans le grec et dans le français, qui pourtant les a pris du grec. Les accents aigu, grave et circonflexe, dans le grec, servent uniquement à noter la syllabe qui a l'accent tonique, et désignent des nuances de cette intonation. En français, l'accent tantôt dénote la prononciation de quelques voyelles, tantôt indique la suppression d'une lettre, tantôt est employé à distinguer l'un de l'autre deux mots qui, ayant des acceptions très différentes, s'écrivent, sauf cet accent, de même.Il y a, comme on voit, quatre sortes d'accents qu'il ne faut pas confondre, et que l'on confond souvent : 1° l'accent tonique, qui est l'élévation de la voix sur une syllabe d'un mot : dans donne, l'accent tonique est sur la pénultième ; dans amour, il est sur la dernière. Dans la langue française l'accent tonique n'occupe jamais que l'une de ces deux places. Dans le latin, l'accent tonique est en général sur la pénultième syllabe, si cette syllabe est longue, et sur l'antépénultième, si la pénultième est brève. C'est l'accent latin qui a déterminé la forme des mots français d'origine. La syllabe qui avait l'accent en latin l'a conservé en français : présbyter, prêtre, frágilis, frêle, ánima, âme. Le français, quoi qu'on en ait dit, a un accent très marqué : l'accent, en chaque mot, se trouve sur la dernière syllabe, si elle n'est pas terminée par un e muet, et sur l'avant-dernière, si la dernière est terminée par un e muet Dans le parler, les mots non accentués s'appuient sur les mots accentués et ne font qu'un avec eux ; ainsi dans ce vers tout monosyllabique de Racine : Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon coeur ; il y a cinq accents, un sur jour, un sur pas, un sur pur, un sur fond et un cinquième sur coeur, de sorte que pour l'oreille il n'y a vraiment que cinq mots. Le vers français, comme le vers italien, anglais ou allemand, est fondé sur l'accent aussi bien que sur le nombre des syllabes. Dans le vers alexandrin, il faut deux accents : l'un à la sixième syllabe, et l'autre à la douzième ; dans les vers de dix syllabes, il en faut deux aussi : l'un à la quatrième et l'autre à la dixième syllabe. 2° L'accent provincial, qui est l'intonation propre à chaque province et différente de l'intonation du bon parler de Paris, prise pour règle. 3° L'accent oratoire, qui est l'inflexion donnée aux mots conformément aux affections de l'âme de celui qui parle ou qui lit. 4° L'accent, signe grammatical servant dans l'orthographe à différents usages.XVIe s. Ses propos estoient belles chansons, estans les paroles accompagnées de chants, de gestes et d'accents pleins de douceur et de gravité, AMYOTLyc. 4Provenç. accent ; espagn. acento ; ital. accento ; d'accentus, de ad, à, et cantus, chant (voy. CHANT).ACCENT. - HIST. XVIe s. Ajoutez :L'accent ou ton en prononciation est une loi ou regle certaine pour elever ou abaisser la prononciation d'une chacune syllabe, MEIGRETdans LIVET, la Gramm. franç. p. 104
(a-ksan-tu-a-bl')adj.
Qui peut être accentué. Syllabe accentuable.Accentuer ; provenç. Accentual.
(a-ksan-tu-a-sion)s. f.
Manière d'accentuer, c'est-à-dire d'élever la voix su une syllabe. Les règles de l'accentuation française sont très simples (voy. ACCENT) ; celles de l'accentuation grecque sont beaucoup plus compliquées.Action de poser la petite marque dite accent. L'accentuation n'a été que tardivement introduite dans les livres. Les manuscrits français du moyen âge n'ont aucune accentuation.Accentuer.
(a-ksan-tu-é)v. a.
Prononcer suivant les règles de l'accent tonique. Le Français accentue uniformément la dernière syllabe d'un mot si elle est masculine, ou la pénultième si la dernière est féminine ; l'Italien accentue souvent l'antépénultième.Donner l'accent oratoire, et aussi appuyer sur une phrase pour la faire remarquer ou sentir. Cet homme est fatigant, il accentue tout ce qu'il dit.Poser convenablement les accents dans l'écriture. Les grammairiens Alexandrins sont les premiers qui aient accentué les mots grecs. Il n'y a pas longtemps qu'en français on accentue les e et autres voyelles.XIIIe s. Lire sais tu, voire chanter ; L'on le sait bien à l'accenter, DU CANGEaccentuare.XVIe s. Je ne puis pas accentuer à droyt en la langue latine ; car ma langue françoise m'empesche, PALSGR.p. 415Bas-lat. accentuare ; provenç. accentuar ; espagn. acentuar ; ital. accentuare ; d'accentus, accent (voy. ACCENT).ACCENTUER. Ajoutez :Fig. Néologisme. Donner un caractère plus marqué, plus décidé. Il accentua son opposition.
(a-ksan-tu-é, ée)part. passé.
Syllabe accentuée, celle sur laquelle porte l'accent tonique. Langue très accentuée, langue où l'accent tonique est très marqué et très varié. É accentué, e marqué d'un accent.ACCENTUÉ. Ajoutez :Terme d'algèbre et de géométrie. Lettres accentuées, celles qui portent un ou plusieurs accents, comme a', a'', a''', a''''...., et qui sont destinées à représenter des grandeurs ou des points analogues aux grandeurs ou aux points désignés par la simple lettre a. On prononce a prime, a seconde, a tierce, a quarte, etc.
(a-ksè-pta-bl')adj.
Qui peut être accepté. Conditions acceptables. Cela n'est pas acceptable. Ce sacrifice a été reçu et est acceptable à Dieu, PASC.Prov. 4Il suit toujours le substantif : Une proposition acceptable.XIIe s. Offrir dei [je dois] à Deu sacrefise ki li seit acceptable, Rois, 219E jo di ceste parole que la tue [tienne] parole seit ferme et acceptable cume sacrifice, ib. 170Tel offrende n'est acceptable, Adam, Myst. p. 47XVe s. Ce n'estoit pas honorable ni acceptable de prendre en treve et en repit ville, chastel ni forteresse, FROISS.II, II, 221XVIe s. Dieu a pour acceptable ce qui y est de bien, CALV.Inst. 660Acceptabilis, de acceptare, accepter.
(a-ksè-pta-ble-man)adv.
D'une manière acceptable.XIIe s. Samuel acceptablement el tabernacle serveit, et de vesture lunge fud aturnez, cume cil ki fud à Deu livrez, Rois, p. 8Un sacrefice appareilla à la deesse Diana, à la troiene maniere, Molt simplement et o preiere ; Molt le fist acceptablement En la presence de la gent, BENOITRoman de Troie, V. 4273
(a-ksé-ptan, ptant')s. m. et f.
En termes de pratique, celui, celle qui accepte un legs, un don fait par un acte constatant cette acceptation. En présence du donataire et de l'acceptant, LEGOARANTEn parlant de la bulle Unigenitus, les acceptants et les refusants, ceux qui l'acceptaient et ceux qui la refusaient.XVIe s. La grace qu'ils appellent acceptante n'est autre chose que la bonté gratuite du Pere celeste, dont il nous embrasse et reçoit en Jesus-Christ, CALV.Inst. 615
(a-ksè-pta-tif, ti-v')adj.
Qui a le caractère de l'acceptation. Le texte de la réponse négative ou acceptative de Pie IX, le journal le Temps, 5 oct. 1874, 1re page, 6e col.
(a-ksè-pta-sion)s. f.
Action d'accepter. L'acceptation que Dieu fait du sacrifice, PASC.Prov. 4Elle [la prière] peut devenir même plus agréable au Seigneur par l'acceptation des peines que vous y souffrez, MASS.Car. Prière.En termes de banque, acceptation d'une lettre de change, promesse de la payer à son échéance.En termes de droit, consentement légal de celui à qui on fait une offre. Acceptation de donation. Acceptation de communauté, acte par lequel une femme, après la dissolution de la communauté, déclare accepter sa part dans l'actif et le passif de la communauté.Hist. eccl. Action d'accepter les constitutions des papes, ou acte par lequel on les accepte.XIVe s. Combien que l'acceptation soit naturel, ORESMEEth. 76XVIe s. La justice n'est pas d'acceptation gratuite, mais de saincteté et vertu, inspirée par l'essence de Dieu laquelle reside en nous, CALV.Inst. 573La reine, en l'acceptation de son offre, n'y procedoit point de mauvaise intention, LANOUE563Accepter.
(a-ksè-pté ; prononciation vicieuse, acceter)v. a.
Agréer, consentir à, prendre ce qui est offert ou ce qui se présente. Il ne voulut rien accepter d'eux. Accepter la paix, une condition. L'excuse fut acceptée. Accepter une chose. J'accepterai tous les coups de la fortune plutôt que.... Accepter le débat en justice. Accepter un arrêt, une peine. Accepter un héritage. Il accepta l'invitation à dîner. Le sacrifice fut accepté de Dieu. L'empire qu'il n'avait accepté que par force. Acceptant ce qu'il avait refusé d'abord. Ce traité ne fut pas accepté par la cour de France. Il fait de fausses offres, mais extraordinaires, qui donnent de la défiance et obligent de rejeter ce que l'on accepterait inutilement, LA BRUY.10De grand coeur j'accepte la condition, BOURD.Pensées, t. II, p. 80Dans le fond, il doit se réputer digne des plus mauvais traitements, et les accepter, BOURD.ib. p. 129J'ai dû prévoir tout cela : que dis-je ? je l'ai même prévu ; et en le prévoyant, je l'ai accepté, BOURD.ib. p. 418Il ne rejetait pas ces victimes, il voulait bien les accepter, BOURD.ib. t. II, p. 421Jésus soutint le supplice de la croix, dit l'apôtre, et il accepta toute la confusion de la mort la plus infâme, BOURD.ib. t. I, p. 329Ce peuple abandonnerait son pays, ou se livrerait à la mort plutôt que d'accepter la servitude, FÉN.Tél. VIIIJ'accepte aveuglément cette gloire avec joie, CORN.Hor. II, 3Renoncer à la gloire, accepter pour jamais L'infamie et l'horreur qui suivent les forfaits, CORN.Sert. V, 4Cependant c'en est peu [de prudence] que de n'accepter pas Le bonheur qu'on recherche au péril du trépas, CORN.Cinna, II, 2Je t'adopte pour fils, accepte-moi pour père, CORN.Hér. V, 3Et faisons qu'à ses fils il ne puisse dicter Que les conditions qu'ils voudront accepter, RAC.Mithr. I, 5Il me fit d'un empire accepter l'espérance, RAC.Esth. I, 1J'accepte tous les dons que vous me voulez faire, RAC.Phèd. II, 3Il vient en m'embrassant de m'accepter pour gendre, RAC.Iphig. III, 3.... puis-je espérer encore Que vous accepterez un coeur qui vous adore ?, RAC.Andr. I, 4En citoyen zélé, j'accepte votre fille, VOLT.Tancr. I, 1Acceptez aujourd'hui Rome pour votre mère, Son vengeur pour époux, Brutus pour votre père, VOLT.Brut. III, 5J'entre, je me présente, on accepte ma foi, VOLT.Fanat. II, 1Accepter un défi, promettre de faire ce dont on a été défié, et, plus particulièrement, accepter un duel.Accepter le combat, se montrer prêt à soutenir le combat.J'en accepte l'augure, je souhaite qu'il en soit comme on me le fait espérer. J'accepte avec plaisir un présage si doux, RAC.Bérén. III, 2En termes de banque, accepter une lettre de change, s'engager à la payer à l'échéance.. On tira parole de cet homme qu'il accepterait. Un faible roi ne sachant ni refuser ni accepter.S'accepter, Être accepté. Cela peut s'accepter. Enfin l'offre s'accepte, et la paix désirée Sous ces conditions est aussitôt jurée, CORN.Hor. I, 4XIVe s. Que si li rois englois ne voloit acepter Et tenir loialment, sans lui aparjurer, La paix si faitement qu'on l'ot foit ordener, Guesclin, 21367XVIe s. Il accepta à prendre du vin qu'il avoit refusé, MONT.II, 129Provenç. acceptar ; espagn. aceptar ; ital. accettare ; de acceptare, fréquentatif de accipere, recevoir, de ad, à, et cipere pour capere, prendre (voy. CAPTURE).
(a-ksè-pteur)s. m.
Terme de banque. Celui qui accepte une lettre de change.XVIe s. Dieu n'est point accepteur de personne, lequel elit ce qu'il veut, MARGUER.Nouv. 2Acceptor, de accipere, de ac pour ad, et cipere pour capere, prendre (voy. CAPABLE).
(a-ksè-pti-la-sion)s. f.
Terme de droit romain. Acte par lequel un créancier décharge un débiteur sans avoir reçu de payement.Acceptilatio, de acceptum, chose reçue, et latio, action de porter.
(a-ksè-psion ; en poésie, de quatre syllabes, a-ksè-psi-on)s. f.
Action d'admettre par préférence. La loi ne fait pas acception des personnes. Ne faire acception de personne. Si l'on voit une acception de personnes dans la chaire de saint Pierre...., BOSSUETLettr. quiét. 129Le Dieu du ciel et de la terre qui n'a acception de personne, VOLT.Zad. 7Manière de prendre un mot, sens qu'on lui donne. Ce mot a plusieurs acceptions. Acception propre, acception figurée. On prend ce mot dans une double acception.XVe s. Soyez renommé en administration de vraie justice, et à icelle puissamment exercer et executer, sans acception de personne, J. DES URSINSCh. VI, 1410XVIe s. Sans nulles acceptions de personnes, D'AUB.Hist. II, 229Sans acception ne exception de personne, D'AUB.ib.Les fideles sont justes devant Dieu, non point par les oeuvres, mais par acception gratuite, CALV.Inst. 590Provenç. acceptio ; catal. accepció ; espagn. accepcion ; de acceptio, de accipere, recevoir, de ad, à, et capere, prendre (voy. CAPTURE).
(a-ksè-pté, ptée)part. passé.
Offres acceptées. Sacrifice accepté par les dieux. La paix acceptée des deux partis ou par les deux partis. Le débat étant accepté. Présage accepté. Le prix est de cent francs ; accepté.Accepté invariable se met sur un papier de commerce pour indiquer acceptation. Accepté pour la somme de....
(a-ksè-si-bi-li-té)s. f.
Qualité de ce qui est accessible. Dans ce qui s'écrit sur la religion maintenant, de quoi est-il question ? De la lumière du Thabor, de l'immaculée conception, de l'accessibilité, P. L. COUR.I, 195Accessibilitas, de accessibilis, accessible.
(a-ksè-si-bl')adj.
Où l'on peut arriver, pénétrer. Le rivage n'était pas accessible. Le temple de Cérès n'était pas accessible aux hommes. Rendre un coteau accessible.Fig. La vertu est accessible à tous. Sous l'ancienne monarchie, beaucoup de charges n'étaient pas accessibles aux roturiers.En parlant d'une personne qui se laisse approcher et reçoit avec bienveillance. Il était accessible au dernier des citoyens. Être accessible aux plaintes des malheureux. Il se rend accessible à tous les janissaires, RAC.Baj. I, 1Ce roi se rendit affable et accessible à tout le monde, MONTESQ.Espr. XIX, 2Ceux qui ne savent pas tirer parti des autres sont ordinairement peu accessibles, VAUVENARGUES.99Plus vif et moins austère, on te peignait sensible. Ami des malheureux, bienfaisant, accessible, M. J. CHÉN.Grac. I, 4Ouvert à. Il est accessible à de mauvaises impulsions. Accessible à la brigue. Si ton coeur sensible à la compassion peut se rendre accessible, CORN.Médée, IV, 5Et, se montrant alors à la peur accessible, MAIRETSophon. II, 4Plus il brûle pour vous, Plus il est accessible à des soupçons jaloux, DUCISOth. III, 1Accessibilis, de accedere, approcher (voy. ACCÉDER).
(a-ksè-sion)s. f.
Action d'adhérer à, de donner son consentement. Les puissances du Nord ont promis leur accession à ce traité.En jurisprudence, droit d'un propriétaire sur ce que produit sa propriété mobilière ou immobilière, ou sur ce qui s'y unit et s'y incorpore ; la chose même sur laquelle ce droit est exercé. Les atterrissements insensibles, les arbres qu'on plante sur un terrain sont des accessions et appartiennent au propriétaire par voie d'accession.Accession au trône, l'action d'y monterXVIe s. Et pourroit faire avecques ceste accession de forces un tel et si grand accroissement à la republique chrestienne que nul autre depuis Charles le Grand n'en auroit fait de pareil, M. DE BELLAY295Je ne trouve pas estrange que aux bonnes parties qui jà estoient en toy, il y ait une accession et accroissement si grand, AMYOTCom. refr. la col. 2Les accessions externes prennent saveur et couleur de l'interne constitution, MONT.I, 318La durée n'est aulcune accession à la sagesse [ne la rend pas plus grande], MONT.II, 271Accessio, de accedere, accéder.
(a-ksè-sit')s. m.
Nomination décernée, dans les écoles ou dans les académies, à ceux qui ont le plus approché du prix. Obtenir un accessit., les accessit ou les accessits. Il vaut mieux faire rentrer ce mot dans la classe des substantifs ordinaires et écrire les accessits.Accessit, 3e personne du sing. du prétérit d'accedere ; mot à mot, il s'est approché (voy. ACCÉDER).
(a-ksè-soi-r')
Qui est regardé comme la dépendance de quelque chose de principal. Dans notre projet, cela n'est qu'accessoire. J'ai dit qu'un grand État devenu accessoire d'un autre s'affaiblissait, MONTESQ.Esprit, XXVI, 23Subst. m. Ce qui dépend du principal. L'accessoire suit le principal. Il est bien juste que le principal l'emporte sur l'accessoire, BOURD.Pensées, t. I, p. 103Mon sujet est petit, cet accessoire est grand, LA FONT.Fab. XII, 10Tous ces hommes qui m'ont sacrifié, qui ont disposé de moi comme d'un accessoire dans leur vie, STAËLDelph. V, 6 Les accessoires, dans ce tableau, sont parfaitement traités. Les costumes, les décorations sont des accessoires dans un ouvrage dramatique.Au théâtre, accessoires, certains objets qui peuvent être nécessaires à la représentation, tels que bourse, écritoire, etc.Malencontre. Et tout ce qu'elle a pu, dans un tel accessoire, C'est de me renfermer dans une grande armoire, MOL.Éc. des Femmes, IV, 6Ce dernier sens, tombé en désuétude, est ancien, comme on peut le voir à l'historique.XVe s. Chevance et avoir ne sont qu'accessoires et serves à vertu et comme chamberieres, AL. CHARTIERQuadril. invectif.XVIe s. La prise de Velitres fut comme un accessoire de ceste expedition, car elle luy fut rendue sans coup ferir, AMYOTCam. 71Estimant que vaincre les ennemis par armes n'estoit qu'un accessoire, au prix de bien dresser et aguerrir ses citoyens par bonne discipline, AMYOTP. Aem. 6L'accessoire qu'il adjoustoit à ses facultez montoit plus que le principal qu'il avoit eu et herité de ses parents, AMYOTCaton, 45Detestant et mauldissant Neoptolemus, par lequel il avoit esté reduit à si piteux accessoire, AMYOTEumène, 14Ils fussent venus boire nostre vin jusques à nos portes, et vous eussent mis en merveilleux accessoire, Sat. Mén. 131Cette proposition, pour avoir esté iniquement interpretée, le meit aultrefois et teint longtemps en grand accessoire à l'inquisition de Rome, MONT.I, 161Provenç. accessori ; espagn. accesorio ; ital. accessorio ; d'un mot non latin accessorius, d'accessor, de accedere, s'adjoindre (voy. ACCÉDER).ACCESSOIRE. Ajoutez :Terme de fortification. Défenses accessoires, obstacles artificiels placés sur les abords d'un ouvrage de fortification, pour contraindre les assaillants à s'arrêter sous le feu des défenseurs.
(a-ksè-soi-re-man)adv.
D'une manière accessoire. Cet auteur, autour du sujet principal, a groupé accessoirement différentes questions.Accessoire et ment (voy. MENT) ; provenç. accessoriamen ; espagn. accesoriamente ; ital. accessoriamente.
(a-ksi-dan-s')s. f.
Terme de philosophie. Qualité, état, possibilité d'être de l'accident.Accidentia, de accidens, accident.
(a-ksi-dan)s. m.
Ce qui advient fortuitement. Des accidents bons et mauvais. Tous les accidents de la fortune. Quelque accident qu'il plaise à la fortune de m'envoyer. La renommée qui se plaît à répandre dans l'univers les accidents extraordinaires. Un pur accident le décida à renoncer à son projet., événement malheureux. Les accidents de la vie humaine. Dans les hôpitaux où se rassemblent toutes les infirmités et tous les accidents de la vie humaine. Cet accident le déconcerta. Mille accidents nous ravissent nos biens. Enlevé par un accident imprévu. Il fut choisi pour être médecin du Châtelet ; le grand agrément de cette place pour lui était de lui fournir des accidents rares et plus d'occasions de disséquer, FONTEN.Littre, 7[L'amitié] C'est une protection contre l'injustice, c'est un remède contre les accidents et les revers de la fortune, BOURD.Pensées, t. II, p. 255Il semble qu'il vous soit arrivé quelque accident, SÉV.15Secourez la princesse, Qu'un accident subit prive de mouvement, ROTROUBél. IV, 7À nouvel accident trouvons nouveau remède, ROTROUib. IV, 5Et pour garder enfin ses États d'accident, ROTROUVenceslas, I, 1Oyez un accident qui me transit d'effroi, ROTROUAntig. I, 2Mais nous ne verrons point de pareils accidents, Lorsque Rome suivra des chefs moins imprudents, CORN.Cinna, II, 2Je te donnai sa place en ce triste accident, CORN.ib. v, 1Jason, sans rien savoir de tous ces accidents...., CORN.Médée, V, 1En termes de médecine, phénomène inattendu qui survient dans une maladie et qui l'aggrave. Il a eu une fièvre qui d'abord semblait légère, puis il est survenu des accidents tout à fait alarmants.En termes de philosophie, ce qui est accidentel, par opposition à la substance. La substance est le support des accidents. Dans la cire, la blancheur n'est qu'un accident. En logique, les qualités abstraites, comme la blancheur, la rondeur, sont considérées comme des accidents. Ni l'édifice n'est plus solide que le fondement, ni l'accident attaché à l'être plus réel que l'être même, BOSSUETDuch. d'Orléans.Tout poëme où le merveilleux est le fond et non l'accident du tableau, pèche essentiellement par la base, CHATEAUB.Génie, II, I, 2En termes de grammaire, tous les changements que les mots peuvent éprouver. Les genres et les nombres sont les accidents des noms ; les temps, les personnes, les modes, les voix sont ceux des verbes.En termes de théologie, et en parlant du saint sacrement de l'Eucharistie, on appelle accidents la figure, la couleur, la saveur, etc., qui restent dans le pain et le vin après la consécration.Disposition variée du terrain, de la lumière. Les accidents de la lumière font un excellent effet dans ce tableau. Les accidents du terrain favorisaient les assaillants. Les rayons du soleil enrichissaient de mille accidents ce tableau, J. J. ROUSS.Ém. IRéunissez un moment, par la pensée, les plus beaux accidents de la nature, CHATEAUB.Génie, I, V, 2Musique. Se dit des bémols, dièses ou bécares qui, n'étant point à la clef, se trouvent dans le courant du morceau.D'ACCIDENT, Qui n'est pas essentiel par soi-même. L'esclavage dans la conquête est une chose d'accident, MONTESQ.Espr. X, 3Une puissance qui est d'accident, qui ne peut pas durer, qui n'est pas naturelle, MONTESQ.Rom. 1610°PAR ACCIDENT, Fortuitement. Le feu prit par accident. Par accident, il se trouvait au lieu de réunion des conjurés. Il aurait regardé la France comme un théâtre propre à faire éclater la gloire de Dieu, et, par accident, la sienne propre, FLÉCH.II, 137XIVe s. Se aucun veut rendre à celui à qui il est deu son depost ou son gage, et il est contraint à non rendre, l'en doit dire que il fait injuste par accident, ORESMEEth. I, 58Felicité est de Dieu principalement causée, qui est generalement cause de toutes choses, et très especialment de felicité plus que de nul autre accident, ORESMEib. 21Bien qui est substance est, par nature, devant bien qui est accident, ORESMEib. VI, 10XVIe s. À quoy s'accorde et se conforme aussi un accident qui lui advint en la ville d'Amphipolis, que l'on ne sçauroit referer ailleurs qu'à la faveur des dieux, AMYOTP. Aem. 39Il n'y eut cueur si dur en toute la ville de Rome à qui ce grand accident ne feist pitié, AMYOTib. 57Ceulx qui eurent advantage au rencontre de la Rocheabeille, faisants grand'feste de cet accident, MONT.I, 248S'ils avoient privilege qui les exemptast d'un si grand nombre d'accidents, MONT.I, 406Le poids, la couleur, et tous accidents sensibles, MONT.II, 199Non seulement les mauvais accidents et insupportables, MONT.II, 387Ce sont là les projets qu'on fait après un accident favorable, LANOUE645L'accident, et très leger, foule aux pieds la substance, et le vent emporte le corps, tant l'on est esclave de la vanité, CHARRONSagesse, I, 38Provenç. accident ; espagn. et ital. accidente ; de accidens, participe présent de accidere, advenir, de ad, à, et cadere, tomber (voy. CHOIR).
(a-ksi-dan-tel, tè-l')adj.
Qui advient par accident. Une mort accidentelle. Tant de causes accidentelles de mort.En termes de musique, signes accidentels, dièse ou bémol non indiqué à la clef ; lignes accidentelles, lignes au-dessus ou au-dessous de la portée.En termes de logique, qui est dans un sujet par accident, qui n'y est pas inhérent, par opposition à immanent. Dans un boulet de fer la pesanteur est immanente, mais la rondeur est accidentelle.En termes de grammaire, ce qui n'est pas essentiel à une chose. Le sujet, le verbe et l'attribut étant les termes essentiels d'une proposition, les compléments sont des termes accidentels. Les formes accidentelles des mots sont la même chose que les accidents.En termes de médecine, se dit des symptômes qui surviennent dans le cours d'une maladie sans connexion nécessaire avec elle, et des tissus qui se développent à la suite d'un travail morbide. Dans la fièvre intermittente le vomissement est accidentel ; les brides qui, après une inflammation, unissent la plèvre costale à la plèvre pulmonaire, sont un tissu accidentel.Suit toujours le substantif : Une circonstance accidentelle.XVIe s. Quelque qualité ou vice accidental, CALV.Inst. 523Les fievres accidentelles au lieu des essentielles, PARÉXX, 6Le froid semblablement, non de sa propre nature, mais accidentale, eschauffe, PARÉXXV, 3La beauté spirituelle estoit icy principale ; la corporelle, accidentale et seconde, MONT.I, 211Il se fault servir de ces commodités accidentales et hors de nous, MONT.I, 280Provenç. et espagn. accidental ; ital. accidentale ; d'accidentalis, d'accidens (voy. ACCIDENT). L'ancienne langue variait entre la terminaison al et la terminaison el.
(a-ksi-dan-tè-le-man)adv.
D'une manière accidentelle. Il n'est qu'accidentellement impliqué dans cette affaire ; ou Il n'est impliqué qu'accidentellement dans cette affaire.ACCIDENTELLEMENT, FORTUITEMENT. Accidentellement, par accident ; fortuitement, par fortune ou cas fortuit. Ce qui arrive accidentelle, ment est un événement qui survient contre notre attente, sans que nous nous reportions à la cause, qui nous est inconnue, mais qui est réelle. Ce qui arrive fortuitement est considéré comme arrivant sans cause. C'est accidentellement, non fortuitement, que le choléra a éclaté il y a quelques années ; c'est fortuitement et non accidentellement que, suivant Épicure, les choses du monde ont été produites. Mais il y a nombre de cas où la nuance importe peu à l'écrivain et où l'on emploie l'un pour l'autre.XVIe s. Or peuvent bien toutes ces choses estre advenues accidentellement et par cas fortuit, AMYOTCaesar, 83Accidentelle au féminin, et ment (voy. MENT) ; provenç. accidentalmen ; espagn. et ital. accidentalmente.
(a-ksi-dan-té, tée)adj.
Qui présente des accidents, des dispositions variées. Ce terrain est très accidenté, c'est-à-dire il a des hauteurs, des fonds, des ruisseaux, etc.Accident.
(a-ksi-pi-trin, trin')adj.
Terme de zoologie. Qui a des rapports avec un oiseau de proie.Accipiter, épervier, de accipere, prendre (voy. ACCEPTER).
(a-ksi-z')s. f.
Taxe levée en Angleterre sur les boissons et autres objets de consommation. En Angleterre, l'administration de l'accise a été empruntée des fermiers, MONTESQ.Espr. XIII, 19Bas-latin, accisia. Suivant du Cange, accisia est dit pour assisia ou assessio, assiette de l'impôt ; assisor, celui qui répartit les taxes ; assisa rerum venalium, règlement pour la qualité, le poids des choses qui se vendent ; assisia, l'impôt même accordé par les assemblées appelées assises. Toutefois, malgré ces indications, je crois qu'on ne peut pas ne pas tenir compte de la forme du mot accise. Accisia vient donc plutôt de accidere, couper, tailler, et signifie taille ; de ad, à, et cidere pour caedere, couper (voy. CÉSAR).ACCISE. Ajoutez :Que veut dire ce mot " accise " ? cela veut dire droit intérieur, comme le mot " excise " veut dire droit de douane, Journ. officiel, 4 juillet 1872, p. 4533, 1re col.XIIe s. Il [le roi] ne doit faire à clerc n'a iglise defeis, Ne tolir rien de lur, mes mettre i pot acceis, Th. le mart. V. 58, édit. HIPPEAU
(a-kkla-ma-teur)s. m.
Celui qui concourt à des acclamations. Des acclamateurs à gages. Lorsque Néron jouait de la lyre sur le théâtre, il avait pour premiers acclamateurs Sénèque et Burrhus, LAVEAUXGramm.Acclamer.
(a-kkla-ma-sion ; en poésie, de cinq syllabes, a-kkla-ma-si-on)s. f.
Action d'acclamer. Pousser des acclamations. Saluer quelqu'un par des acclamations. Exciter des acclamations. Ce discours ayant provoqué des acclamations. Une foule d'auditeurs qu'on traîne après soi, leur assiduité, leur attention, leurs acclamations, BOURD.Pensées, t. II, p. 208Les acclamations de ce puissant empire, VOLT.Sémir. I, 5Ils en admiraient la beauté avec une acclamation extraordinaire, LAMOTHE LEV.299Je vous demanderai compte de ces talents éclatants qui vous avaient attiré les bénédictions des justes et les acclamations même des mondains, MASS.Avent, Jug. univ.Nous l'avons vu entrer au bruit des acclamations publiques, MASS.Car. Pass.Par acclamation, Tout d'une voix et sans qu'il soit besoin de voter. Les Allemands s'étaient donnés à Charlemagne par acclamation, VOLT.Moeurs, 32XVIe s. Aussi ne fault il pas inconsideréement user de toutes sortes d'acclamations à la louange du disant, AMYOTComment il faut ouïr, 22Acclamatio, de acclamare (voy. ACCLAMER).
(a-kkla-mé)
Pousser des cris marquant la joie ou l'approbation. Ils acclamèrent à cette proposition.Se conjugue avec l'auxiliaire avoir. La foule acclama le triomphateur. Je recommandai au duc d'Orléans d'en saisir les premiers élans d'amour et de reconnaissance [des états généraux] pour se faire acclamer en conséquence des renonciations, et en tirer brusquement un acte solennel en forme de certificat du voeu unanime, SAINT-SIMON397, 151Ce mot n'est pas un néologisme, puisque Saint-Simon l'emploie ; dans tous les cas il est bon, et on ne doit pas se faire scrupule de l'employer.Acclamare, de ad, à, et clamare, crier (voy. CLAMEUR).
(a-klan-pé)v. a.
Terme de marine. Fortifier un mât, une vergue, en y attachant des pièces de bois par les côtés. Acclamper un mât.Ce mot paraît être de même radical que le provençal aclapar, amasser, entasser, de à et clap, tas, amas (comparez CLAPIER).
(a-klan-pé, pée)part. passé.
Terme de marine. Mât acclampé.
(a-kkla-mé, mée)part. passé.
La proposition fut acclamée, c'est-à-dire accueillie par des acclamations.
(a-kli-ma-ta-sion)s. f.
Action d'acclimater. Société d'acclimatation, société qui a pour objet d'acclimater en France des animaux et des plantes exotiques.Acclimater.
(a-kli-ma-te-man)s. m.
Résultat de l'acclimatation, état de ce qui est acclimaté. L'acclimatement des hommes, des animaux, des plantes. Favoriser l'acclimatement. Le succès des acclimatements. L'acclimatement résulte d'une modification plus ou moins profonde produite dans le corps par un séjour prolongé en un climat qui diffère notablement de celui où l'on a vécu. Plus la différence des deux climats est grande, plus l'acclimatement est difficile.
(a-kli-ma-té)
Habituer à un nouveau climat, tellement qu'on n'en ressente plus aucune mauvaise influence. La mortalité est grande aux Antilles parmi les Européens qui ne sont pas encore acclimatés. Il faut du temps pour acclimater une plante étrangère.S'acclimater, Les Européens s'acclimatent difficilement dans les Indes.Raynal paraît être le premier qui ait employé ce mot. L'Académie ne l'a reconnu que dans son édition de 1798.ACCLIMATER, NATURALISER. Il faut distinguer entre acclimater et naturaliser, entre acclimatation et naturalisation. Acclimater se dit des individus et des espèces ; naturaliser ne se dit que des espèces.À et climat.
(a-kli-ma-teur)s. m.
Celui qui acclimate des plantes, des animaux. Le souverain de l'Égypte a honoré de sa visite le Jardin d'acclimatation du bois de Boulogne.... le vice-roi est le premier agronome et le premier acclimateur de son royaume, Monit. univ. 22 juin 1867, p. 799, 1re col.
(a-kli-ma-té, tée)part. passé.
Plantes acclimatées. Le cerisier transporté en Italie par Lucullus était, cent ans après, acclimaté dans la Grande-Bretagne. Troupes acclimatées. Le cheval depuis longtemps acclimaté en Amérique.
(a-kkli-né, née)adj.
Terme d'histoire naturelle. Se dit d'une partie qui en couvre une autre par le côté.Ad, à, et clinis, penché.
(a-koin-ta-bl')adj.
Susceptible d'être accointé, abordable.XIIIe s. À luy se tint ung jouvencel Accointable, très gent et bel, Rose, V. 1242XVe s. Les gentilshommes d'Angleterre sont peu courtois, traittables et accointables, FROISS.Chr. t. IV, c. 61XVIe s. Si estoient les capitaines d'Othon plus accointables et plus gracieux à traicter et parler aux villes et aux hommes privez et particuliers, que n'estoient pas ceulx de Vitellius, AMYOTOthon, 10
(a-koin-tan-s')s. f.
Fréquentation et familiarité. Lors de faire accointance, LAFONT.Contes, Fér.Je suis bien aise, en vérité, De cette honorable accointance, VOLT.Épît. XIIElles n'évitaient pas avec moins de soin l'accointance des petits habitants, BERN. DE ST-P.Paul et Virg.Liaison entre deux personnes de sexe différent. Il a eu des accointances avec cette femme.XIIe s. [Son beau visage] Par quoi mes cuers se mit en l'acointance, Couci, XVIIDolente, sans conseil, mar [je] vi onques le jour, Que premier [je] vi d'Ugon l'acointance et l'amour, Romanc. 32XIIIe s. Miex aim morir recordans ses beautés Et son grant sens et sa belle acointance, R. DE NAV.29Por ce [il] amoit moult l'acointance De richesse et la bienvoillance, la Rose, 1125Ainsi va des amis poissans ; Douz est à lor mescognoissans Lor service et lor acointance Par le defaut d'experience, ib. 18781J'aimeroie mieux l'acointance Cent mille tans du roi de France Que d'ung povre, par nostre Dame !, ib. 11433XVe s. Je te feray avoir d'eulx accointance ; Là trouverons de tous biens habondance, CH. D'ORL.INonobstant qu'il n'eust onques à lui guere d'acointance, Bouciq. I, 15Et il [mon gosier] ne peut durer s'il n'a de l'acointance Avec eux [les vins] ses voisins, BASSEL.28Plusieurs femmes d'estat dont autreffois il avoit eu grant privaulté et grant accointance, COMM.III, 7Le dit prince de Salerne fut à Venise, parce qu'il y avoit grant accointance, COMM.VII, 1Après plusieurs paroles d'accointance, le bon homme..., L. XINouv. 24Celle dont il desiroit l'accointance et la jouissance, L. XIib.XVIe s. Celui là est certes bien indigne de son accointance [de la vertu], qui...., MONT.I, 70On trouve facilement des hommes propres à une superficielle accointance, MONT.I, 217Elle eut l'accointance de plusieurs grands personnages de la Grece, AMYOTPér. 46Accointer ; provenç. accoindansa
(a-koin-t')s. m.
Terme vieilli. Personne avec qui on a des accointances.XVe s. Cinq maris avoit eu, sans les acointes de costé, les Évang. des Quenouilles, p. 14
(a-koin-té)v. réfl.
Faire accointance. Il s'est accointé d'un homme, avec un homme de fort mauvaise réputation.XIIe s. Et pur ce que li reis l'aveit tant eshaucié, E mustré lui avoit sovent grant amistié, Qu'en tote rien lui out son conseil acointié, Ains ne trova li reis qui plus l'out corecié [courroucé], Th. le Mart. 37Le jur meesmes puis li fu bien acuintié, Et dui riche barun lui unt pur veir nuncié, Que s'il alout à curt, si ert aparillié, Il ert mis en prisun, ne verra mais sun pié, ib. 35Celle [ma dame] me fut crueus à l'acointier, Couci, XXMar [je] acointai sa très bele figure Pour ces douleurs et pour ces maus atraire, ib. 126Il les firent andeux [tous deux] en une isle nagier [passer] ; S'es [si les] ont andeux laissiez as armes acointier, Sax. 4Mar acointa Charles ton fier courage [à malheur Charles fit connoissance avec], Ronc. 14Cil s'acointa et dit à Guenelon, ib.Qui à mes coups n'est encore acointiés, ib. 89XIIIe s. Ignaures, ki ot le cuer gent, à toutes douze [dames] s'acointa, Lai d'Ignaurès[Il] Oï parler de celle dame, qui repairoit en sa tere, et fist tant qu'il parla à li et s'i acointa, Chr. de Reins, p. 14Et puis vint au castiel, et s'acointa au castelain de laiens [léans], et dist qu'il estoit menestreus de vielle, ib. p. 54À un moine courtois m'accointai tellement...., Berte, 1Onque si douce chose [je] ne vi ne n'acointai, ib. 57Quand je vois [vais] à Rome ou en Frise Porter nostre marcheandise, Vous devenez tantost si cointe ; Car je sai bien qui m'en acointe, Que partout en va la parole, la Rose, 8516Fox est qui s'acointe d'oiseuse [oisiveté] ; S'accointance est trop perilleuse, ib. 3017Miex me venist estre alé pendre, Au jor que je dui fame prendre, Quant si cointe fame acointai, ib. 8879Bon fait acointier hommes riches, S'il n'ont les cuers avers et chiches, ib. 13309Donques t'en vien aveques moi, Et je t'acointerai au roi Et à ma dame la roïne, Ren. 12212XVe s. Et emmena avec lui quinze jeunes et preux chevaliers d'Angleterre, pour eux accointer des seigneurs et des chevaliers qui là devoient estre, FROISS.I, I, 27Les Anglois escripvirent au duc de Bretaigne comme à leur accointié qu'il les voulust aider, J. DES URSINSCh. VI, 1387Car je te vueil avecques moi mener Vers un seigneur dont te fault acointier, CH. D'ORL.INostre gouge fit un beau fils, dont le pere adoptif s'acointa grandement, et de la mere aussi, L. XINouv. 22C'est de se acointer et approcher de lui gens vertueux et honnestes, COMM.II, 3En passant par Lyon il s'accointa d'un medecin appellé maistre Simon de Pavie, COMM.IV, 13XVIe s. Il s'accointa de cette Larentia et l'aima tellement qu'il la laissa son heritiere, AMYOTRom. 6Les prestres se crevent les yeux pour acointer les daimons, MONT.I, 112Autant qu'elles ont accointé de masles, MONT.I, 114Bourguig. s'accointai ; provenç. acoindar, aconjar ; ital. accontare, se rencontrer, s'aboucher, accontato, informé, acconto, ami intime ; angl. to acquaint ; de à et d'un radical roman qui existe en italien, conto, ami, connoissance. Bien qu'on trouve dans l'allemand kund qui a le même sens, il n'y a aucune raison pour ne pas chercher l'étymologie dans le latin cognitus, connu, de cognoscere (voy. CONNAÎTRE). Cognitus avec l'accent sur co donne régulièrement conte ou conto.
(a-koin-té, tée)part. passé.
Accointé avec des gens de mauvaise vie.
(a-koin-son)s. m.
Partie de charpente qu'on ajoute à un toit, pour le rendre égal.
(a-koi-ze-man)s. m.
Apaisement.Usité dans le XVIIe s ; inusité aujourd'hui.XVIe s. La mortelle operation du venin ne put plus estre empechée, mais elle fut bien un peu retardée par un acasement de cette violente douleur, YVERp. 591Accoiser.
(a-koi-zé)
Rendre coi, calme, tranquille. Adoucissons, lénifions et accoisons l'aigreur de ses esprits, MOL.Pourceaugnac, acte I, sc. 2Accoisez tous les mouvements de votre intérieur pour écouter cette parole, BOSSUETÉv. 74e jour.Si les couleurs semblent voguer au milieu de l'air, si elles s'affaiblissent peu à peu, si enfin elles se dissipent, c'est que, le coup que donnait l'objet présent ayant cessé, le mouvement qui reste dans le nerf est moins fixe, qu'il se ralentit, et enfin s'accoise tout à fait, BOSSUETConn. de Dieu.On voit que ce verbe était en bon usage au XVIIe s. ; il est aujourd'hui tombé en désuétude, à tort, et une emploi intelligent, s'autorisant de Bossuet, pourrait être essayé.XIe s. Franceis se taisent ; as les vous [les voilà] aquisez, Rol. 18XIIe s. Durement [il] s'esmerveille quant ele ne s'acoise, Romanc. p. 16Tuit ont de mi envie ; mais si me desmoterrai teil à ols [eux] que tuit cil qui lor envie acoyseront seront bieneureit, ST BERN.524XIIIe s. Apriès vinrent li conte et li grant seigneur, et prisent [prirent] trives à trois jours, et là dedens fut la cose acoisie et apaisiée, Chr. de Rains, p. 42Nuls n'en n'ose parler, l'un pour l'autre s'aquoise, Berte, 62Libaron sont tuit à repos ; Par la sale n'i a tant os [hardi] Qui i face ne crine noise ; Li rois parla ; Renart s'acoise, Ren. 13634Quant il fu un poi acoisiez...., ib. 6441Car manjue [démangeaison] s'acoise, qui ung petit la grate, J. DE MEUNG.Test. 844XIVe s. Et si faites cesser et acoisier vo gent, Tant que dit vous aurai mon fait tout pleinement, Guesclin, 20290XVe s. Le temps cessa et la mer s'aquassa, FROISS.I, I, 198En cel ardour, en ce desir, M'ala souvenir de ma dame ; Lors m'alai acoisier, par m'ame, FROISS.Épinette amoureuse.Et ceux qui contre lui avoient proposé lui grever pour la mort du duc d'Orleans, furent tous acoisez, P. DE FÉNIN1410Non mie que je vueille dire que tous les jeunes en chiéent [tombent] ès inconveniens susdits et que mains n'en y ait d'accoisiez et rassis, CHRIST. DE PISANCharles V, I, 10Et puis quant seroit appaisée La fumée et toute accoysée La mer...., LA FONT.1028Et ains demeura en celle place ce pied coy, attendant que la mer fust accoisée, Bouciq. II, 22XVIe s. Tu accoises les ruisseaux Et les bois hostes des bestes, YVER528Que la guerre d'Italie pour les grandes despenses et interests des princes s'accoise, D'AUB.Hist. I, 29À, et coi (voy. ce mot) ; provenç. aquezar.
(a-koi-zé, zée)part. passé
Apaisé.Usité dans le XVIIe siècle.
(a-ko-la-d')s. f.
Embrassade en jetant les bras autour du cou. Dans une accolade bien tendre Nous mêlerons nos cheveux blancs, BÉRANGERBouquet.Coup du plat de l'épée donné sur le cou d'un chevalier, lors de sa réception. Comme son chevalier en reçut l'accolade, RÉGNIERSat. IIAprès avoir reçu l'accolade et l'ordre de chevalerie, HAM.Gramm. 4Il ne fallait point avoir reçu l'accolade pour entrer aux diètes de l'Empire, VOLT.Moeurs, 97Ce faisant, aurez l'accolade et serez reçu chevalier, J. J. ROUSS.Hél. I, 35L'officiant me chaussa les éperons en me donnant l'accolade, CHATEAUB.Itin. III, 39Sorte de trait de cette forme { servant dans l'écriture à embrasser plusieurs objets.En termes de cuisine, accolade de lapereaux, deux lapereaux servis ensemble.Terme d'architecture. Certaines courbes qui couronnent les linteaux de portes et de fenêtres.Dans la langue d'oïl on disait non l'accolade, mais plus souvent l'acolée ; elle se donnait avec la main ou avec l'épée sur le chignon du cou, et, par extension, se prenait pour un coup quelconque.XIIIe s. L'acolée [de chevalier] [le roi] leur donne, puis les ala baiser, Berte, 129XVIe s. Lors, que de cheres et grandes accollées, MAROTII, 174Accoler.
(a-ko-la-dé)v. a.
Terme d'imprimerie et de commerce. Joindre par une accolade plusieurs objets destinés à former un tout ou ayant des rapports d'analogie.
(a-ko-la-j')s. m.
Terme de jardinage et d'agriculture. Action de fixer à des échalas ou à des espaliers les sarments de la vigne ou les branches des arbres fruitiers.Accoler.
(a-ko-le-man)s. m.
Action d'accoler, de joindre, de réunir. État de ce qui est accolé. Quelque monstrueux que fût l'accolement de la dignité de pair de France avec la qualité de conseiller de cour souveraine, l'indignation publique fut étouffée sous le poids du duc de Guise, SAINT-SIMON374, 4Terme d'architecture. Espace de terrain entre les fossés d'un chemin et les bordures du pavé, servant d'encaissement.XVIe s. Après les accolements et honneurs dignes de sa grandeur, YVER546Accoler.
(a-ko-lé)v. a.
Embrasser en jetant les bras autour du cou..... Lors, se tournant vers moi, M'accole à tour de bras..., RÉGNIERSat. VIIIAccoler la cuisse, la botte à quelqu'un, lui embrasser la cuisse, la botte, ce qui était une marque de grande soumission et d'infériorité.Accoler la vigne, l'échalasser.Réunir par une accolade. Accoler deux ou plusieurs articles dans un compte.Fig. Faire figurer ensemble. Il accola ces deux hommes, ces deux noms dans son discours.S'accoler, Se donner l'accoladeS'embrasser, s'unir, en parlant de la vigne, du houblon, etc.XIIe s. Et vous avez, par Dieu, meilleur envie D'un bel valet baiser et accoler, QUESNESRomanc. p. 108Et doucement les a touz acolez, Ronc. 202XIIIe s. Ensanle [ensemble] dorment doucement, Acolé sont estroitement, Fl. et Bl. 2597Assez fu Buiemons baisié et acollé, Ch. d'Ant. III, 477Briefment, tuit clerc fors escoler Vuelent avarisce acoler, RUTEB.222Charles Martiaus meïsmes court son fil [fils] acoler, Berte, 3XVe s. Si les festa liement et baisa et accola chacun de grant coeur, FROISS.I, II, 185Lors j'accolle mon oreille et crie : Merci amours...., CH. D'ORL.Bal. 12Dieu a les bras ouverts pour t'acoler, Prest d'oublier ta vie pecheresse, CH. D'ORL.Complainte de la France.XVIe s. C'est le saint nom du pape qui accolle Les chiens d'enfer, s'il lui plaist, d'une estolle, MAROTI, 257Lors accollant chauldement son mari...., MONT.III, 119Ils estoient joints face à face et comme si un plus petit enfant en vouloit accoller un plus grandelet, MONT.III, 136Le lierre corrompt et ruine la paroi qu'il accole, MONT.IV, 151À et col. D'après Palsgrave, p. 23, on prononçait les deux c.
(a-ko-lu-r')s. f.
Lien dont on se sert pour accoler la vigne.Assemblage des premières mises de bûches d'un train à flotter.Ligature dans la reliure d'un livre.
(a-ko-lé, lée)
. Qui reçoit une embrassade. Environné, accolé, entraîné de part et d'autre, je fus poussé à travers ce vaste appartement, SAINT-SIMON272, 175 Joint, réuni, mis ensemble. Ces deux noms accolés.En termes de blason, se dit des animaux qui ont des colliers ou des couronnes passés au cou ; des choses entremêlées à d'autres ; de deux écus qui sont joints ensemble ; des fusées, des losanges qui se touchent par leurs angles sans remplir l'écu. Mlle de Malause portait les armes de Bourbon, qui choqueraient le roi accolées avec les siennes [de Pontchartrain], SAINT-SIMON44, 5En jardinage, attaché à l'espalier, aux échalas. Sarments accolés.
(a-kkon-ban, ban-t')adj.
Terme de botanique. Se dit d'une partie qui est couchée sur le bord d'un autre.Accumbere, être couché auprès, de ad, à, et cumbere, cubare, être couché.
(a-ko-mo-da-bl')adj.
Qui se peut accommoder, concilier. Querelle, différend accommodable.Ne se place jamais qu'après son substantif.XVIe s. Mon appetit est accommodable indifferemment à toutes choses de quoy on se paist, MONT.I, 184Accommoder.
(a-ko-mo-da-j')s. m.
Apprêt que l'on donne aux aliments. L'accommodage d'un morceau de boeuf.Opération par laquelle le perruquier arrange les cheveux. L'accommodage de la perruque. Ce perruquier prend tant pour l'accommodage d'un mois.Ce dernier sens vieillit.Accommoder.
(a-ko-mo-dan, dan-t')adj.
Qui s'accommode, s'arrange avec. Se dit des personnes et des choses. Se montrer accommodant. L'autre est un esprit doux, patient, accommodant, BOURD.Pensées, t. II, p. 240Y eut-il jamais un esprit plus facile, plus accommodant, FLÉCH.Mont.Elle ne chercha pas des docteurs de la loi faciles et accommodants, pour calmer ses remords, FLÉCH.I, 204Vous aimez mieux un doute accommodant qu'une sûreté trop gênante, MASS.Carême, Salut.Quand vous avez entrepris de décider les cas de conscience d'une manière favorable et accommodante...., PASC.Prov. 13.... Sinon, qu'ils soient d'humeur accommodante, LA FONT.Cont. le Cal.
(a - ko - mo-da-sion)s. f.
Action d'accommoder ou de s'accommoder. L'accommodation des êtres vivants aux conditions dans lesquelles ils se trouvent.Terme de physiologie. On donne le nom d'accommodation de l'oeil aux changements qui s'y opèrent pour rendre la vision distincte à des distances diverses.Terme de philosophie. Procédé par lequel souvent on accommode une doctrine aux opinions, aux connaissances, aux préjugés de ceux à qui on l'enseigne.ACCOMMODATION. Ajoutez :Installation, disposition d'un local pour un objet quelconque.L'accommodation des écoles laisse à désirer, Journ. offic. 7 mars 1872, p. 1611, 3e col.Terme de linguistique.L'accommodation consiste en ce que le voisinage d'une lettre force la lettre voisine à changer d'une certaine façon, pour rendre la prononciation du mot plus facile, BAUDRYGramm. comp. des langues classiques, § 79 Ainsi dans ac-tum qui vient d'ag-ere, le changement du g sonore radical en sourde c a lieu pour en accommoder la prononciation à la sourde t qui suit. Quand l'accommodation assimile complétement la première consonne à la suivante, comme dans ac-cipere pour ad-capere, elle est dite assimilation.
(a-ko-mo-de-man)s. m.
Arrangement, restauration. Il faut faire à cette maison quelques accommodements.Action de mettre d'accord des hommes, d'arranger une affaire, une querelle. Par voie d'accommodement. Un esprit d'accommodement. Entrer en voie d'accommodement. Il y eut entre eux tentative d'accommodement. Le plus mauvais accommodement est préférable au meilleur procès. Quel est donc l'expédient qu'on imagine ? C'est de lui ménager un accommodement qui arrête le cours d'une affaire si épineuse et si fâcheuse, BOURD.Pensées, t. II, p. 262En matière d'accommodement, il est nécessaire que chacun se relâche, et alors la perte, comme le gain, doit être partagée, BOURD.ib.Je l'ai vu.... dans les accommodements, calmer les esprits aigris, par une patience et une douceur qu'on n'aurait jamais attendues d'une humeur si vive ni d'une si haute élévation, BOSSUETLouis de Bourbon.Les accommodements ne font rien en ce point, CORN.Cid, II, 3Mais si, jusques au jour de l'accommodement..., CORN.ib.Pour tâcher de ménager quelque accommodement, SÉV.235Le comte les porta à entrer dans quelque accommodement, BOSSUETDéf.Faisons ici votre accommodement, MOL.l'Amour méd. III, 1Expédients pour concilier, arranger. Le ciel défend, de vrai, certains contentements ; Mais on trouve avec lui des accommodements, MOL.Tart. IV, 5C'est un homme d'accommodement, de facile accommodement ; il est facile de s'entendre avec lui.Terme de peinture. Manière dont les draperies et les ajustements sont choisis, assortis et disposés.ACCOMMODEMENT, RACCOMMODEMENT. L'accommodement se fait entre des personnes qui sont en procès, en querelle, mais qui auparavant ne se connaissaient pas ou étaient indifférentes l'une à l'autre. Le raccommodement se fait entre des amis, des parents qui se sont brouillés : le raccommodement d'un père avec son fils.XVIe s. Accommodement est terme de haute vollerie ou de gibeciere, ou style de bourreau pour l'accommodement de la corde au patient, D'AUB.Faen. III, 22Accommoder.
(a-ko-mo-dé ; quelques-uns prononcent a-k'-mo-dé, comme si le premier o était un e muet ; cette prononciation est à éviter)v. a.
Donner de la commodité, de l'aisance, convenir. Quand cela vous accommodera. Des terres qui l'accommoderaient le mieux du monde. De manière à accommoder tout le monde. Tout ce qui vous accommode vous appartient déjà, MASS.Prosp.Rechercher avec un empressement extrême des superfluités qui m'accommodent, BOURD.Pensées, t. II, p. 405Arranger, agencer, ajuster. Accommoder sa maison, son jardin. Accommoder ses affaires, les mettre en meilleur état. Accommoder le feu, MME DE GRAFFIGNYLett. 143L'idée Que j'ai sur le papier en prose accommodée, MOL.Femmes sav. III, 2Un geai prit son plumage, Puis après se l'accommoda, LA FONT.Fab. IV, 8Accommoder une personne, lui arranger son lit, sa toilette, etc. Elle s'était amusée à accommoder Mme la duchesse, SÉV.5Accommoder, apprêter, en parlant d'un mets. Que voulez-vous qu'on vous accommode pour votre dîner ? Accommoder des champignons.Coiffer, arranger des cheveux. Accommoder une perruque. Accommoder quelqu'un. Il est allé chez le coiffeur se faire accommoder.Bien accommoder, bien traiter. Cet aubergiste accommode bien ses hôtes. Ce marchand accommode bien ses pratiques.Ironique et familier. Il l'a bien accommodé ; je l'accommoderai comme il faut : c'est à dire, Il l'a maltraité ; je le traiterai durement. Est-ce qu'on n'en voit pas de toutes les espèces Qui sont accommodés chez eux de toutes pièces ?, MOL.Éc. des Femmes, I, 1On ne saurait aller nulle part où l'on ne vous entende accommoder de toutes pièces, MOL.l'Av. III, 5Il me prend des tentations d'accommoder tout son visage à la compote, MOL.G. D. II, 4Il est étrangement accommodé, il a ses habillements en mauvais état ou en désordre. Un cabriolet l'a éclaboussé, le voilà bien accommodé.Concilier, terminer à l'amiable. Accommoder un procès, une affaire. Accommoder deux adversaires. Tout est accommodé, MOL.l'Étour. V, 7Il se résout d'accommoder l'affaire sans bruit, CORN.Ex. du Cid.Elle a fait trop de bruit pour ne pas s'accorder, Puisque déjà le roi veut les accommoder, CORN.Cid, II, 3On arrête les procès, on accommode les différends, BOURD.Pensées, t. II, p. 137Ils accommodent la religion avec les plaisirs, FLÉCH.Dauph.Il y a certains intérêts délicats que les dévots ne savent que trop accommoder avec leur vertu, FLÉCH.ib. t. II, p. 138Accommoder Dieu avec le monde, FLÉCH.Serm. I, 86On ne songe nullement à accommoder l'affaire, BOSSUETLettr. Quiét. 326Accommoder une brouillerie, ST-RÉALIV, 7Son ambition [d'Alexandre] le porta aux Indes, quand il pouvait accommoder la gloire et le repos, SAINT-ÉVREMOND.II, 65Céder par vente ou autrement à quelqu'un un objet qui lui convient. Je vous prie de l'accommoder de ces objets qu'il désire. Le libraire l'accommoda de très beaux livres. Si vous avez quelque manuscrit persan, vous me ferez plaisir de m'en accommoder, MONTESQ.L. pers. 142Le roi avait aidé le maréchal d'Humières à accommoder Mouchy, SAINT-SIMON23, 12Vous voilà tous pourvus ; n'est-il point quelque fille Qui pût accommoder le pauvre Mascarille ?, MOL.l'Étour. V, 16Je fais un échange avec Paul, afin de me loger ; mais Paul n'a pas de quoi m'accommoder ; il substitue de l'argent en la place du logement que je lui demande, BOSSUETPensées chrét. 34Conformer, approprier. Accommoder son discours aux circonstances. Il accommodait les lois à ses passions. On accommode la règle aux personnes, loin de juger les personnes par la règle, MASS.Car. Prosp. tempor.Vous nous reprocherez peut-être un jour d'avoir accommodé la sainte vérité de votre Évangile aux indulgences et aux adoucissements de nos siècles, MASS.Car. Par. de Dieu.On veut accommoder tout le monde à soi, FLÉCH.Serm. I, 234J'accommode ma flamme au bien de mes affaires, CORN.Médée, I, 1Il faut que l'air soit accommodé aux paroles, MOL.B. G. I, 2S'ACCOMMODER, v. réfl.Se donner des commodités, des aises. Voyez comme il s'accommode.10°Bien s'accommoder, devenir riche. Je l'ai vu pauvre, mais il s'est bien accommodé.11°Se concilier. Ils se sont accommodés. Leur différend s'accommodera. Il y a trop de peine à s'accommoder pour le profit, PASC.Prov. 8Le maréchal s'est accommodé avec ses créanciers, SÉV.29Si la soif des grandeurs, l'amour de commander Avec son joug étroit pouvaient s'accommoder, RAC.Ath. III, 3Peut-être pensez-vous que la prospérité et la religion ne s'accommodent guère ensemble, FLÉCH.t. III, p. 28312°S'accommoder à, se conformer à. Sachant s'accommoder à tous les goûts, FÉN.Tél. XVIIl faut qu'il [le roi] s'accommode à leurs faiblesses [des hommes], qu'il les corrige en père, qu'il les rende sages et heureux, FÉN.ib. XXIVEst-ce ainsi qu'à nos voeux il sait s'accommoder ?, RAC.Baj. IV, 1C'est une vie à laquelle il ne peut s'accommoder, PASC.édit. Cousin.Pour s'accommoder à la faiblesse des hommes, PASC.Prov. 7Si vos résolutions s'accommodaient à nos désirs, SÉV.421Pour s'accommoder à la dépravation de nos désirs, MASS.Car. Prosp. temp.Le Seigneur, attentif à ce qui se passe dans nos coeurs, et indigné de n'y rien trouver pour lui, s'est accommodé à nos souhaits, MASS.ib.Je n'aurai pas besoin pour m'accommoder à mon sujet, de vous donner des titres spécieux, MASS.Villars.Qui s'accommode à toutes les dispositions, aux faibles et aux forts, aux sains et aux malades...., BOURD.Pensées, t. III, p. 399Qu'il faut vivre avec ses amis, qu'il faut s'accommoder à eux, faire comme eux, ou rompre avec eux, BOURD.ib. t. II, p. 267Je ne sais comment il me sera possible de m'accommoder au temps et de ne pas trahir mon honneur, VAUGEL.Q. Curce, 36913°S'accommoder de, accepter avec facilité et sans humeur. Il s'accommode de tout. C'est un homme dont je m'accommodais très bien. Ma fille a de la complaisance, et vous verrez qu'elle s'accommodera entièrement de vous, MOL.Mar. forcé, 14Cela est fort agréable et fort divertissant, et je m'en accommoderais assez, MOL.Fest. de Pierre, I, 2Le moyen, mon oncle, qu'une fille un peu raisonnable se pût accommoder de leur personne ?, MOL.Les Préc. rid. 5Vous ne serez pas de ces maris incommodes, qui veulent que leurs femmes vivent comme des loups-garous ; je vous avoue que je ne m'accommoderais pas de cela et que la solitude me désespère, MOL.Mar. forcé, 4L'orgueil de votre nom ne s'accommode guère de ce qui suit...., BOURD.Pensées, t. II, p. 115On ne s'accommode nulle part d'un homme noté et décrié, BOURD.ib. p. 195Ce seul terme de clôture marque déjà, par soi-même, quelque chose de triste et dont la nature ne doit pas s'accommoder, BOURD.ib. p. 480Les méchants s'accommodent mieux des bons, FÉN.Tél. VIIIPeu d'écrivains s'accommodent de ce style, LA BRUY.1Une vie dont l'anachorète le plus pénitent aurait de la peine à s'accommoder, MASS.Car. Jeûne.14°S'accommoder d'une chose, l'acheter, l'acquérir. Il s'en accommoda au prix qu'on voulut. Je voudrais vous prier de les voir [ces esclaves] et de les entendre pour les acheter, s'ils vous plaisent, ou pour leur enseigner quelqu'un de vos amis qui voulût s'en accommoder, MOL.le Sicil. 815°Proverbes. On l'a accommodé tout de rôti, c'est-à-dire on l'a fort maltraité.Accommodez-vous, le pays est large, se dit à un homme qui prend ses commodités sans se gêner suffisamment.XVIe s. Si tu te veux accommoder à nos façons de faire et adorer le roi, tu le pourras veoir et parler à lui, AMYOTThém. 29Il se sçavoit dextrement accommoder à toutes compaignies, AMYOTPéricl. 8Accommodant la matiere à ma force, MONT.I, 104Enfin, Cinna, je t'ay rendu si accommodé et si aysé que...., MONT.I, 129D'une façon noble et accommodée au temps et au lieu, MONT.I, 182Ils se prestent et accommodent aux inclinations naturelles, MONT.II, 234La noblesse en seroit plus accommodée d'argent et moins endettée, LANOUE95Et s'il a esté aspre pour la parachever [sa maison], il ne l'est pas moins pour l'accommoder par dedans, LANOUE167[Les chefs] pour estre bien parés s'accommodent de la moitié des payes des soldats, LANOUE264Il accommode le soulier à nostre pied, c'est à dire la despense à notre pauvreté, LANOUE276Bourguign. equemodai ; Berry, acmoder ; wallon, k'moide ; d'accommodare, de ad, à, et commodus (voy. COMMODE).
(a-ko-mo-dé, dée)part. passé.
Ajusté, arrangé.Apprêté, en parlant d'un mets. Ce boeuf est bien accommodé.Terminé à l'amiable. Querelle accommodée.Conformé à. Cette pièce a été refaite et accommodée au goût du public. Une religion accommodée est propre à durer, PASC.Pensées, Prov. 3Pensées ou réflexions sensibles, familières, instructives, accommodées au simple peuple, qu'il n'est pas permis de négliger, LA BRUY.Prologue.Pourvu de. Les magasins pleins, les particuliers accommodés de toutes choses, SARASINSiége de Dunk. 10Être peu accommodé des biens de la fortune. Un homme assez accommodé des biens de la fortune. Quoique peu accommodé des biens de la fortune, Socrate se tint dans les termes d'un désintéressement parfait, FÉN.Socr.. À l'aise, riche. J'ai découvert sous main qu'elles ne sont pas fort accommodées, MOL.l'Av. I, 2Le seigneur Anselme est.... un gentilhomme qui est noble, doux, posé, sage et fort accommodé, MOL.ib. I, 7Mon père était des premiers et des plus accommodés de son village, SCARRONRom. Com. I, 13M. et Mme de Ventadour ne voulaient pas ouïr parler d'un cadet fort peu accommodé, SAINT-SIMON21, 250Les ouvriers en avaient encore construit un grand nombre d'autres [échafauds pour un spectacle], qu'ils avaient loués aux familles les plus riches et les plus accommodées, VERTOTRév. IX, p. 250Accommodé a un peu vieilli dans ce dernier sens, et, pour l'employer, il faudrait quelque précaution, c'est-à-dire que l'emploi en fût tel, qu'aucun doute sur le sens ne pût s'élever.
(a-kon-pa-gna-j')s. m.
Trame fine dont on garnit le fond d'une étoffe de soie brochée d'or.
(a-kon-pa-gnateur, tri-s')s. m. et f.
Terme de musique. Celui, celle qui accompagne la partie principale d'un morceau.Le néologisme a créé accompagnateur ; et ce serait pécher contre l'usage que de dire accompagneur.Accompagner.
(a-kon-pa-gne-man)s. m.
Il fut choisi pour l'accompagnement de la princesse. La dernière de ces conférences [entre le maréchal de Boufflers et le prince d'Orange] fut plus nombreuse en accompagnement, et les suites se mêlèrent et se parlèrent avec force civilité, SAINT-SIMON49, 77Fig. Ce qui accompagne, ce qui est accessoire. Le mérite et son accompagnement ordinaire, l'estime publique. La figure principale de ce tableau aurait besoin de quelques accompagnements. Quand il est seul et sans ces accompagnements, PASC.P. div. 10En termes de blason, tout ce qui est hors de l'écu, comme les supports, le cimier. Porter des armoiries sans aucun accompagnement.Union des instruments avec la voix. Chanter avec accompagnement de plano. Quel accompagnement sublime Pour les chants inspirés du barde audacieux Que le bruit du canon...., LAMART.Ép. à A. de Percev.Un organiste lui a donné quelques leçons d'accompagnement, J. J. ROUSS.Ém. V Une leçon d'accompagnement est celle où l'on enseigne l'art d'accompagner et non pas celle où l'on accompagne. C'est une faute grave, quoique très commune chez les jeunes pianistes, surtout celles qui sont un peu avancées, d'appeler leçons d'accompagnement celles qui leur sont données par un violoniste qui joue avec elles. C'est presque toujours une leçon de style ou une leçon d'ensemble donnée par accompagnement. La longueur de la phrase explique, mais ne justifie pas une locution fausse.En chirurgie, accompagnement de la cataracte, matière blanchâtre et visqueuse qu'on a vue quelquefois autour du cristallin, et aussi lambeau de la membrane cristalline devenue opaque.XIIIe s. Et aucune fois fait on tex acompaignemens, parce que li uns a plus de paine en aministrer les besongnes de le [la] compaignie que li autres, BEAUMANOIRXXI, 33Accompagner.
(a-kon-pa-gné)v. a.
Aller de compagnie. Il m'accompagne dans tous mes voyages. J'accompagnais partout le vieillard. La reine qui l'accompagna au coeur de l'hiver, BOSSUETR. d'Anglet.À en juger selon l'estime du monde profane et corrompu, vous vous voyez dans une espèce de nécessité de seconder cet ami [en un duel], de lui offrir votre secours, de l'accompagner, BOURD.Pensées, t. II, p. 272Et partout Xipharès accompagne ses pas, RAC.Mithr. IV, 1Oser accompagner ma fuite, ID.Phèdre, v, 1De mon heureux rival j'accompagnai les armes, RAC.Berén. I, 4Fig. La fortune semble l'accompagner. Ces anathèmes partis du siége apostolique et secondés de tant d'autres qui les ont accompagnés ou suivis dans les églises particulières...., BOURD.Pensées, t. II, p. 342Toutes les traverses dont le faux bonheur du monde est accompagné, BOURD.ib. p. 374L'amour de la sagesse lui fit préférer la douceur du célibat aux soins qui accompagnent le mariage, FÉN.Philos. Thalès.Courage, mon garçon ! Tout heur nous accompagne, MOL.l'Étour. III, 5.... un traître qui n'est hardi qu'à m'offenser, De qui nulle vertu n'accompagne l'audace, RAC.Mith. II, 4Et toujours quelque crainte accompagne l'amour, RAC.Brit. V, 3Suivre par honneur, conduire en cérémonie, reconduire par honneur. Ce prince est toujours accompagné d'une suite nombreuse. C'est lui qui a la charge d'accompagner l'ambassadeur à l'audience. Quand il s'en alla, on l'accompagna jusqu'à sa voiture.Escorter. Il se fait toujours accompagner, il ne sort que bien accompagné, à cause de ses ennemis.Convenir à, aller avec. Sa voix, son geste accompagnent son visage, LA BRUY.8La mode qui fait la tête des femmes la base d'un édifice à plusieurs étages.... qui éloigne les cheveux du visage, bien qu'ils ne croissent que pour l'accompagner, LA BRUY.13On y joint souvent l'adverbe bien : Cette garniture accompagne bien la robe.Accompagner de, joindre à, ajouter. Il accompagne ses remontrances de menaces.En termes de musique, faire un accompagnement. Si vous voulez chanter, je vous accompagnerai sur le piano, avec le piano. J'irais de la pastourelle Accompagner les chansons, BÉRANG.Petit oiseau.Accompagner se dit aussi absolument. Il accompagne bien, il accompagne mal.S'ACCOMPAGNER, Il s'accompagna de gens de main pour faire le coup. Si vous vous accompagnez en ce voyage de vos muses et de vos papiers, nous n'aurons que faire pour nous entretenir, BALZ.Lettr. I, 16En musique, se faire à soi-même l'accompagnement. Il chanta en s'accompagnant du piano, de la guitare.10°Être accompagné. La fièvre s'accompagnait de délireACCOMPAGNER, ESCORTER. Nous escortons par précaution, pour empêcher les accidents qui pourraient survenir, ou pour mettre à couvert de l'insulte de l'ennemi qu'on peut rencontrer dans sa marche. Accompagner est plus général qu'escorter. On peut dire accompagner au lieu d'escorter, mais on ne peut pas dire toujours escorter pour accompagner.XIIe s. Et tuit si frere l'aiderent, et tuit cil qui estoient acompaigné od son pere, Machab. I, ch. 3A Guenelon icil s'aconpagna, Ronc. p. 72XIIIe s. Se tu te voloies acompaigner à moi, je te porterai foi et loiauté, et porrions conquerre assés de ceste contrée, VILLEH.133Acompaignié [associés] sont li baron En poi d'heure por le bacon [jambon], Ren. 7053Et tiex puet on acompaignier Dont l'en a puis grant enconbrier, ib. 7530Ensemble vous et lui vous acompaignerai, Berte, 57Se tele compaignie [société, association] se fait, ne sont il pas compaignon de toz lor biens, mais des choses tant solement de quoi il s'acompaignerent [s'associèrent], BEAUMANOIRXXI, 30Ay acompagnié et acompagnons Monseigneur le duc et ses hoirs à toutes les choses que j'ay, DU CANGEassociare.XIVe s. Nous l'acompaignons des ores en avant en tous les biens faits en nostre église, DU CANGEib.XVe s. Feu Thomas a donné aux dits religieus, afin qu'il soit acompaignié en leurs aumosnes et oraisons, DU CANGEib.Et si s'acompagnoient à un pilot [pièce de bois] vingt ou trente, et s'escueilloient et puis boutoient de grant randon contre le mur, FROISS.I, I, 137XVIe s. Seion sa grace infinie, J. C. s'accompagne avec nous qui sommes bas et contemptibles, CALV.Inst. 363Voilà pourquoi saint Paul accompagne la doctrine avec la foi d'un lien inseparable, CALV.ib. 421Afin que ceux au nom desquels il offroit fussent accompagnez aux fideles qui estoient morts pour maintenir la vraie religion, CALV.ib. 529Et s'accompagnant honteusement à la cause et entreprise des infideles, MART.DU BELLAY, 348Nos romans disent ordinairement adestrer pour accompaigner, MONT.I, 358Ils se promettent une vie terrestre accompaignée de toutes sortes de plaisirs, MONT.II, 252J'escrivois cecy, accompaigné de telle douleur en la vessie...., MONT.III, 12Mais toujours de douleur le plaisir s'accompagne, RONSARD266Ainsi qu'avec l'Espaigne La France s'accompaigne [s'allie], DU BELLAYVIII, 10, recto.Provenç. acompanhar ; catal. acompanyar ; espagn. acompañar ; ital. accompagnare ; de a et du verbe roman qui se trouve en provençal et en italien, companhar, compagnare (voy. COMPAGNON).
(a-kon-pa-gné, gnée)part. passé.
Accompagné d'une foule nombreuse. Craignant une attaque, il sortit bien accompagné. Peu accompagné.Fig. Un présent accompagné d'une lettre polie. Quels coups accompagnés de regards effroyables...., RAC.Mithrid. V, 4Quelques dehors spécieux, accompagnés de beaucoup de confiance et de présomption, BOURD.Pensées, t. II, p. 197Terme de musique. Soutenu par un ou plusieurs instruments, une ou plusieurs voix. Il est mal accompagné.En termes de blason, se dit des pièces qui sont réparties auprès d'une pièce principale et particulièrement des croix, sautoirs, chevrons, etc., lorsqu'ils sont également disposés dans les quatre cantons de l'écu.En termes de vénerie, se dit du cerf lorsque, pressé par les chiens, il se joint à d'autres bêtes pour donner le change.Le roi accompagné de ses gardes. Télémaque accompagné par Minerve. En général on préférera par à de, quand la personne dont nous sommes accompagnés, nous est supérieure pour le rang et la qualité.
(a-kon-pli, plie)
. Effectué, achevé. Voeu accompli. Prophéties accomplies. L'oracle est accompli. Les ordres le plus sûrement accomplis sont ceux.... Qu'en un lieu, qu'en un jour un seul fait accompli Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli, BOILEAUArt. p. IIFaut-il, Abner, faut-il vous rappeler le cours Des prodiges fameux accomplis de nos jours, RAC.Ath. I, 1Révolu. Il a trente ans accomplis. Depuis douze siècles presque accomplis. Le terme est accompli. Les temps sont accomplis, princesse, il faut parler, RAC.Ath. I, 2 Pourvu de tout ce qui complète. Accompli de tout point, accompli en tout genre. Un ouvrage accompli. Une beauté accomplie. Turenne fut un général accompli. Rome n'a rien produit de plus accompli que ces deux hommes. Le roi Henri VIII, prince en tout le reste accompli, BOSSUETR. d'Anglet.Seize années d'une prospérité accomplie, BOSSUETib.Le modèle d'un roi accompli, BOSSUETHist. II, 4Il faut auparavant que je donne l'idée d'une méthode encore plus éminente et plus accomplie, PASC.Pensées, part. I, 2D'où il paraît que les hommes sont dans une impuissance naturelle et immuable de traiter quelque science que ce soit dans un ordre absolument accompli, PASC.ib.Ce serait un roi accompli si...., FÉN.Tél. XJ'étais né pour servir d'exemple à ta colère, Pour être du malheur un modèle accompli, RAC.Andr. V, 5Balzac a dit accompli de : Les périodes sont accomplies de tous leurs nombres, Lettr. I, 1.ACCOMPLI, PARFAIT. Le sens de l'un et de l'autre est à qui il ne manque rien. Ces deux mots peuvent se prendre souvent l'un pour l'autre ; et la nuance qui les sépare n'est pas tranchée. Pourtant on remarque que parfait se dit plutôt d'une qualité, d'un talent considéré isolément, et accompli, d'un ensemble de qualités, de mérites. Un musicien parfait ; un poëte parfait ; mais un homme accompli, parce que l'on considère alors l'ensemble des qualités. Si l'on dit, Turenne fut un général parfait, cela appellera plutôt l'attention sur sa supériorité en tant que général ; si l'on dit, il fut un général accompli, cela appellera plutôt l'attention sur l'ensemble de ses qualités militaires.
(a-kon-plir)v. a.
Mener à complément, à terme, à exécution. Quand le temps convenu sera accompli. Elle n'a plus pensé qu'à accomplir son temps de pénitence. Accomplir son noviciat, son apprentissage. Accomplir un voeu, son devoir. Il accomplira ses bonnes résolutions. Vos vengeances ne sont-elles pas encore accomplies ? Ainsi fut accompli de point en point l'ancien oracle. Accomplissant ce que le plus grand des philosophes avait dit autrefois. Que pouvait penser le prince, si ce n'est que, pour accomplir les plus grandes choses, rien ne manquerait à ce digne fils que les occasions ?, BOSSUETLouis de Bourbon.Ce sont ces choses simples : gouverner sa famille, édifier ses domestiques.... accomplir le bien que Dieu veut et souffrir les maux qu'il envoie...., BOSSUETib.À en juger selon la prudence du siècle, c'était un dessein chimérique ; et l'on sait néanmoins avec quelle ardeur ils s'y employèrent, avec quelle constance ils le soutinrent, avec quel bonheur ils l'accomplirent, BOURD.Pensées, t. II, p. 188Motif nécessaire et sans lequel il n'est pas possible d'accomplir tout le précepte de la charité chrétienne, BOURD.ib. p. 239N'ayant rien à souffrir de personne, comment accomplirions-nous cette divine leçon de saint Paul : Supportez-vous les uns les autres ?, BOURD.ib. p. 297Il faut, pour accomplir cette course, que la lune aille cinq mille six cents fois plus vite qu'un cheval de poste, LA BRUY.16Doit-elle se mettre en peine, pourvu que j'accomplisse ma promesse ?, MOL.D. Juan. II, 5Promets au roi Louis, à l'Europe, à ton père, De ne point accomplir cet hymen odieux, Avant que le pontife ait éclairé tes yeux, VOLT.Zaïre, III, 4J'ai reçu ta parole ; il faut qu'on l'accomplisse, VOLT.Alz. I, 4J'accomplis l'ordre de Mithridate, RAC.Mithr. V, 2Une esclave empressée Qui courait de Roxane accomplir le désir, RAC.Baj. III, 1Rien ne me retient plus, et je puis dès ce jour Accomplir le dessein qu'a formé mon amour, RAC.Baj. II, 1Et l'empereur ne fait qu'accomplir à regret Ce que toute la cour demandait en secret, RAC.Brit. III, 3Résolu d'accomplir ce cruel sacrifice, J'y voulus préparer la triste Bérénice, RAC.Bérén. II, 2Que peut-on m'ordonner que mon bras n'accomplisse ?, CORN.Cid, V, 8Le prêtre accomplissait les mystères divins, C. DELAV.V, sicil. III, 1Si le ciel veut se faire obéir, Qu'il me donne des lois que je puisse accomplir, VOLT.Orph. IV, 6Accomplir la loi, faire ce que la loi exige. Ceux qui accomplissent la loi, sont ses amis, BOSSUETPent. 2Teinture. Accomplir la cuve, y mettre un nouveau brevet.S'accomplir, s'effectuer. Les prophéties s'accomplirent. Une promesse s'accomplit tôt ou tard. Tant de prédictions qui se sont accomplies. J'en ai fait le serment, il faut qu'il s'accomplisse !, VOLT.Fanat. III, 7Avec quelle douleur verra-t-il s'accomplir en lui ce reproche du prophète !..., BOURD.Pensées, t. II, p. 210XIIe s. Puis fu set ans acomplis et entiers, Ronc. p. 31Quant on me fiert d'un roit espieu tranchant, J'en preng vengeance molt tost au riche brant ; Vers le bastard vuell acomplir cest champ, R. de Cambrai, 193Beaus reis, se tu voleies escerchier les escris, Plusurs reis trovereies que Deus out ains eslis ; Quant il les out au mund muntez et encheriz, Mal unt encontre deu lur mestiers acompliz, Th. le mart. 75Fuiez, fait li Reinalz, quant se fu purpensez. - Nel ferai, fait li sainz ; ici me troverez, Et vos grans malveistiez ici acumplirez, ib. 148Elle a pooir d'acomplir Mon vouloir toute ma vie, Couci, 15Toute leur volentez or en iert [sera] acomplie, Sax. 20Mais d'itant sui esbahis Que j'ai si très haut pensé Qu'à peines ert [sera] acomplis Li servirs dont j'atent gré, ib. 12Benoit seies tu de nostre seignur Deu ; kar jo ai acumpli sun cumandement, Rois, 55XIIIe s. Et cis, pour leur proiere acomplir et pour le besoing qu'il veoit, dit qu'il iroit mout volentiers, VILLEH.119Il savoit bien certainement que, sans cele ost, ne pooit li servises nostre Seigneur estre acomplis, VILLEH.55Moult avoit grant desir d'acomplir son vouloir, Berte, 65Et se il a bois au bail, il ne doit estre copés devant qu'il ait sept ans acomplis, BEAUMANOIRXV, 22Quant li terme du service ne sunt acompli...., BEAUMANOIRXXIX, 20La fame n'a nulle poesté de soi, de ses convenances acomplir sans la volenté de son mari, BEAUMANOIRXXXIV, 50El n'acomplit tout mon voloir ; Si m'en estuet plaindre et doloir, la Rose, 4155Il nous promist que char [chair] prendroit, Et que de nous lui souviendroit ; Ses promesses sont acomplies, J. DE MEUNGTr. 732XIVe s. Il ne font faute de despendre [dépenser] pour acomplir leur concupiscence, ORESMEEth. 109XVe s. Ils avoient acompli et achevé leur desir à l'aide de Dieu, tout à leur plaisir, FROISS.I, I, 22Tout fut acordé et acompli, COMM.III, 11XVIe s. Rien ne peut combattre la durée d'une histoire eloquente, acomplie des qualitez qu'elle doit avoir, AMYOTPréf. III, 28Estimant estre raisonnable qu'il accomplit la paction que lui mesme avoit faite, AMYOTRom. 6Ce fut un acte de vertu si accomplie qu'il n'est pas possible de le deuement exprimer, AMYOTRom. et Thés. comp. 2Quand le temple fut de tout point accomply, et qu'il eut tous ses ornements et embellissements, AMYOTPubl. 27Toutefois l'on dit que ceste prophetie fut accomplie par un autre exploit, AMYOTNicias, 26Là est toujours le parfait et accompli usage de toutes choses, MONT.I, 234Bourguig. ecompli ; de à et un ancien verbe complir (voy. COMPLET).
(a-kon-pli-se-man)s. m.
Action d'accomplir, état de ce qui est accompli. Hâter l'accomplissement d'un ouvrage. L'accomplissement de vos désirs. Leur sacrifice a reçu son accomplissement. Ils voient l'accomplissement des menaces de Dieu. Ne trouvant aucune résistance dans l'accomplissement de leurs volontés. La prophétie eut un manifeste accomplissement, BOSSUETHist. II, 5Les prophéties ont eu un accomplissement manifeste, BOSSUETib. 6Il faut.... Faire avoir à nos voeux leur accomplissement, MALH.II, 8Que ce soit pour mourir, ou que ce soit pour vivre, Notre siècle va voir un accomplissement, V. HUGOCrép. Prél.C'est dans l'accomplissement de ce désir qu'est renfermée toute mon espérance, BOURD.Pensées, t. I, p. 43XIIIe s. Et qui à cele table pooit seoir les accomplissemens de son cueur avoit en toutes manieres, MERLINf° 54, recto.XIVe s. Enquerre la verité des crimes et faire, sur ce, accomplissement de justice, Bibl. des Chartes, 4e série, t. II, p. 69La fin et l'accomplissement d'une operacion est ou temps que l'en la fait, ORESMEEth. 48XVIe s. Les devins le prirent en mauvaise part, craignans que ce ne fust l'accomplissement de la prophetie qui...., AMYOTNic. 26Accomplir.
(a-kon-pli-seur)s. m.
Celui qui accomplit.XVe s. Ne soies mie solement ensigniere de vertus, mes accomplissieres, Miroir du chrestien, dans POUGENS, Archéol. franç
(a-kon)s. m.
Terme de marine. Bateau à fond plat qui cale fort peu d'eau, et qui sert principalement, dans les Antilles, au chargement des navires de commerce.Bateau à fond plat employé dans la pèche des huîtres.Petit bateau à fond plat, qui sert à aller sur des vases, quand la mer est retirée.Les Poitevins appellent ainsi ces petits bateaux avec lesquels ils vont par les marais, et que celui qui est dedans mène en poussant la terre avec le pied, MÉNAGE. Origine inconnue. Ménage tire ce mot de acus, aiguille, parce que ces bateaux sont terminés en pointe ; mais cette étymologie ne peut se soutenir.
(a-ko-nié)s. m.
Celui qui dirige un accon, sorte de bateau.Un ouvrier acconier, Richard Viaud, demeurant rue Sainte-Françoise, Journ. de MarseilleMaître d'alléges ou de gabarres, pour le chargement et le déchargement des navires dans le port ou la rade, Pétition d'un marin marseillais.
(a-kon-ve-nan-se-man)s. m.
Ancien terme de droit en Bretagne.Synonyme de bail à convenant (voy. BAIL, au Supplément), MÉHEUSTdans Mém. de la Soc. centrale d'agric. 1873, p. 300
(a-ko-ki-né)v. a.
Voy. ACOQUINER.
(a-ko-ra-j')s. m.
Terme de marine. Action d'accorer.Énsemble des pièces de bois qui servent à maintenir un navire d'aplomb, pour le réparer.Accorer.
(a-kor ; le d ne se lie pas : un accord harmonieux, a-ko-r harmonieux. L's du pluriel ne se lie pas davantage : des accords harmonieux, des a-ko-r harmonieux. Cependant, d'après une autre prononciation, l's se lie : des a-kor-zharmonieux)s. m.
Réunion des coeurs ou des esprits sur un même point, assentiment. L'accord des sentiments et des volontés. Le bon accord entre parents. Ces frères passèrent leur vie dans un parfait accord. Comme par un accord général.Être d'accord, s'entendre, être du même avis. Les moins sévères lois en ce point sont d'accord, CORN.Hor. V, 3Ils sont parfaitement d'accord entre eux, FÉN.Tél. VIQuoiqu'ils parussent n'être jamais d'accord en rien, FÉN.Tél. XIIQuand deux personnes qui pensent sont d'accord sans s'être donné le mot, il y a beaucoup à parier qu'elles ont raison, VOLT.Lettre à d'Alembert.Je devrais bien plutôt d'accord avec les dieux...., VOLT.Oed. V, 2Je ne suis pas si bien d'accord avec vous du jugement que vous faites de nos deux poëtes, VOIT.L. 187Être d'accord de, consentir à. Quels que soient ses mépris, peignez-vous bien sa mort, Madame, et votre coeur n'en sera pas d'accord, CORN.Perth. II, 1Toute votre justice en est-elle d'accord ?, CORN.Cid. V, 8Être d'accord, confesser, reconnaître. Le roi même est d'accord de cette vérité, CORN.Cid, IV, 2César est généreux, j'en veux être d'accord, CORN.M. de Pomp. V, IQu'aux pressantes clartés de ce que je puis être, Lui-même soit d'accord du sang qui m'a fait naître, MOL.Amph. III, 5Vaillant, j'en suis d'accord, mais vain, fourbe, flatteur, ROTROUVenc. I, 1Autant qu'il est d'accord de vous avoir aimée, MOL.Amph. II, 6Être d'accord, être conclu, arrangé. Je vais appeler mon père pour lui dire que tout est d'accord, MOL.Le Mar. forcé, 16Mon affaire est d'accord, CORN.Ment. III, 1Voltaire condamne cette expression, prétendant qu'elle ne se dit que des personnes ; mais on dit : Tout est d'accord, et cela justifie Corneille.Être d'accord, s'accorder avec, être concordant. La forme du corps et le tempérament sont d'accord avec la nature, BUFF.le Chat.Tomber d'accord, s'accorder, consentir à, reconnaître. Si son père et le mien ne tombent point d'accord, CORN.Ment. V, 4Ces coeurs en sa faveur tombent soudain d'accord, CORN.Théod. IV, 4J'en ai fait tomber d'accord ma mère, SÉV.247Je tombe d'accord que c'est un boeuf, HAM.Gramm. 7Marg. Buffet, dans ses Observ. p. 32 (en 1668), prétend que : Il est tombé d'accord de cette affaire, est une locution vicieuse, et qu'il faut dire : Il est demeuré d'accord. Il est certain qu'elle est bizarre et peu facile à expliquer. Tomber d'accord, c'est comme si on disait tomber du même avis ; et il faut prendre tomber dans le sens de cette phrase-ci : Cela tomba parfaitement pour lui. Les puristes du XVIIe siècle ne voulaient pas recevoir cette locution qui alors n'était pas fort ancienne, mais qui, on le voit, était employée par Corneille. L'usage l'a confirmée. Pourtant demeurer d'accord n'est sujet à aucune objection.Demeurer d'accord, avouer, reconnaître. Il faut demeurer d'accord que ce terme était familier aux spirituels, BOSSUETOr, 6Pour demeurer d'accord de sa capacité, MOL.Méd. m. lui, I, 5On doit demeurer d'accord que les Français ont quelque chose en eux de poli, de galant, que n'ont point les autres nations, MOL.Sic. 14Je demeure d'accord que je trouve bien mieux mon compte avec l'un qu'avec l'autre, MOL.Pr. d'El. II, 2e interm.Une grâce dont il faut que vous demeuriez d'accord, MOL.Les Préc. 5J'en demeure d'accord, CORN.Ex. d'Hor.Il demeure d'accord de tout, SÉV.44Il ne pouvait demeurer d'accord de ce que le fils d'Ulysse lui disait, FÉN.Tél. XXIIID'accord, j'en conviens, j'y consens. Eh bien ! d'accord, j'ai commis une faute.10°Mettre d'accord, accorder. J'y veux mettre d'accord l'amour et la nature, être père et mari dans cette conjoncture, CORN.Nic. IV, 3Le feu, l'air et le temps, les enfers et le sort, Pour nous faire périr, se sont tous mis d'accord, MAIR.M. d'Asdrub. I, 3Mettez-nous d'accord, monsieur, MOL.Festin de pierre, II, 5Aussi n'est-ce que par là que je vous veux mettre d'accord, MOL.ib.Dites-moi donc, seigneur, ce qu'en jugent vos yeux, S'ils laissent votre coeur d'accord de vos promesses, CORN.Agés. II, 211°Convention, accommodement. L'accord conclu entre la France et l'Allemagne. Il fait un tel effort Que, la ville aux abois, on lui parle d'accord, CORN.Rod. I, 6Il voudrait qu'un accord, avantageux ou non, L'affranchît d'un emploi qui ternit ce grand nom, CORN.Sert. I, 2Conclure un accord, CORN.ib. III, 2Argatiphontidas ne va point aux accords [à l'arrangement des affaires d'honneur], MOL.Amph. III, 8Les vainqueurs firent divers accords et divers partages, BOSSUETHist. III, 7Tout accord entre le mensonge et la vérité se fait toujours aux dépens de la vérité même, MASS.Car. Passion.12°Accords, au plur. convention préliminaire d'un mariage. On a signé les accords. Ô belles fleurs sans fruits ! accords sans hyménée !, ROTROUAntig. V, 113°Union, association. Et nouons entre nous de si parfaits accords Que nous n'ayons qu'un coeur et qu'une âme en deux corps, ROTR.Bél. I, 6L'orgueil s'assortit mal avec le mauvais sort ; Et tous deux, insolents, font un mauvais accord, ROTR.Antig. IV, 3Le ciel n'a point encor, par de si doux accords, Uni tant de vertus aux grâces d'un beau corps, CORN.M. de Pomp. III, 3J'épouse une princesse en qui les doux accords Des grâces de l'esprit avec celles du corps Forment le plus brillant et plus noble assemblage, CORN.Suréna, II, 1.... je vois en vous les accords Des grâces de l'esprit et des beautés du corps, CORN.D. Sanche, II, 714°Convenance, juste rapport, ensemble. Il y a un merveilleux accord entre les parties du corps humain. L'accord entre la nature d'un pays et ses productions vivantes. Ces bateliers ne rament pas d'accord.15°Union de plusieurs sons entendus à la fois et formant harmonie. Accord parfait. Accords consonants, dissonants.16°État d'un instrument dont les cordes sont montées juste au ton où elles doivent être. Mettre un violon, un piano d'accord. Ce piano ne tient pas l'accord.17°Chants, vers, poésies, surtout poésie lyrique. Comme autrefois David par ses accords touchants Calmait d'un roi jaloux la sauvage tristesse, RAC.Esth. III, 3Lévites, de vos sons prêtez-moi les accords, RAC.Athal. III, 7Achitoas les interrompait de temps en temps par les doux accords de sa voix et de sa lyre, dignes d'être entendus à la table des dieux, FÉN.Tél. VIIIL'on entendait les tendres accords d'une voix avec une lyre, FÉN.ib. XVIIOui, j'irai sur les tourelles Former des accords plaintifs, BÉR.Pet. Ois.18°En termes de peinture, bon effet résultant de l'harmonie des couleurs, des lumières, des ombres. Il y a un bel accord dans ce tableau. On y voit [à Palmyre] une espèce d'arbre dont le feuillage échevelé et les fruits en cristaux forment avec les débris pendants de beaux accords de tristesse, CHATEAUB.Gén. III, 5, 419°Terme de grammaire, convenance d'après laquelle deux ou plusieurs mots qui se rapportent à un seul et même objet prennent, autant qu'il est possible, les mêmes formes accidentelles. Accord est opposé à régime ; il exprime le rapport d'identité, quand celui-ci exprime le rapport de différence.Être de tous bons accords, être d'une humeur aisée et consentir à ce que les autres veulent.XIe s. Se ceste accorde me voulez otrier, Ch. de Rol. 32XIIe s. L'apostolies i a sovent ses briefs tramis As conciles qu'il unt de l'acorde entre els pris, Th. le mart. 104XIIIe s. Et bien tesmoigne li livres apertement que plus de la moitié de l'ost estoient en leur accort, VILLEH.58Par l'accort et par la volonté aus autres, VILLEH.16Dist Ysengrin : N'en parlez pas ; Je voil qu'on m'arde en-es-lepas [aussitôt], Quand je à lui prendrai acorde, Ren. 14723Li acors des amis fu tix [tel] qu'il marierent le [la] demoiselle de l'aage de dix ans, BEAUMANOIRXV, 29Li quix [lequel] acors doit estre fes [fait] en le [la] presence du seigneur, BEAUMANOIRXV, 81Le Temple et l'Ospital lui respondirent d'un acort, que il estoit bon que l'en essayast à prenre la cité, JOINV.275Il prisrent un commun acort qui fu tel...., JOINV.203XIVe s. Et est verité que presque tous sont d'un accord et confessent que ce est quant au nom, ORESMEEth. 4XVe s. Il s'en decouvrit bien secretement à aucuns chevaliers de Picardie, qui tous furent de son accord, car la prise de Calais leur touchoit trop malement, FROISS.I, I, 326S'ils sont d'accord de rendre le chastel, je ne le debattrai jà ; et s'ils sont d'accord du tenir, quel fin que j'en doive prendre, j'en atendrai l'aventure avecques eux, FROISS.II, III, 8Et eust le dit roi Robert vu volontiers qu'on eust les dessus dits rois mis à accord et à fin de leur guerre, FROISS.I, I, 123Les douze pers et barons de France s'assemblerent à Paris et donnerent le royaume d'un commun accord à messire Philippe de Valois, FROISS.I, I, 49XVIe s. .... qui en accords plus divins qu'angeliques Alloient chantant à l'envy maints beaux vers, MAR.III, 305Bientost après, allans d'accord tous quatre, Par les preaux toujours herbus s'esbattre, MAR.III, 308D'un commun accord, CALV.Inst. 959L. Marcius sema des entrejects d'accord, MONT.I, 23Venir à accord, MONT.I, 25Traité d'accord, MONT.I, 25L'ephore ne s'esmoie pas si la musique en vault mieux, ou si les accords en sont mieulx remplis, MONT.I, 121Ce seroit un meslange de trop mauvais accord [les harangues et la joie], MONT.I, 121Cette narration d'Aristote n'a non plus d'accord avecques nos terres neuves [l'Amérique], MONT.II, 233Accorder ; bourguig. écor ; provenç. accort ; anc. catal. acord ; espagn. acuerdo ; ital. accordo. Dans l'ancien français on disait accord, s. m. et accorde, s. f.
(a-kor-da-bl')adj.
Qui peut s'accorder, se dit dans toutes les acceptions d'accorder. Ces plaideurs ne sont pas accordables. Cette grâce est accordable. Ce piano n'est plus accordable.Se met toujours après son substantif.XIIIe s. Et chose plus accordable au monde est garder ce qui est enconvenancé [convenu] entre les genz, Livre de just. 100XVe s. [Les envoyés] commencerent à traiter et cheirent sur aucunes voies assez accordables, FROISS.I, I, 144Par longue accoustumance il ramena à douceur et accord mesuré et plaisant à ouïe, sa voix qui souloit estre laide et mal accordable, Hist. de Bouciq. IV, 10Accorder.
(a-kor-dâ-l' ; ll mouillées, et non a-kor-dâ-ye)s. f. plur.
Réunion pour signer un contrat de mariage. Il se trouva peu de parents aux accordailles.Accorder.
(a-kor-dan, dan-t')adj.
Ancien terme de musique. Qui s'accorde. Plusieurs sons mêlés ensemble seront accordants ou discordants, DESC.l'HommeN'ayant lieu entre les sons accordants que par accident...., DESC.Mus. Aujourd'hui on dit plutôt consonant.Qui consent, qui concorde. Il est impossible qu'ils soient accordants avec toutes les diverses opinions des hommes, DESC.Méth. 6XIIIe s. Et tout cil qui s'i acordent doivent estre mis en escrit comme acordans, BEAUMANOIR81XVIe s. Bref, rien n'y faut sinon que ton plaisir Soit accordant à mon ardant desir, MAROTI, 333Nourrissant en mesme giste, d'une societé accordante et paisible, le crime et le juge, MONT.I, 396Une assemblée de quatre si accordants et si unis d'amitié, MONT.IV, 326
(a-kor-d')
Terme de marine. Commandement que l'on fait aux rameurs pour qu'ils rament ensemble. Et substantivement, commander l'accorde.Impératif du verbe accorder.
(a-kor-de-man)s. m.
Action d'accorder. L'accordement de deux adversaires.Il n'y a aucune raison de ne pas accepter ce mot qui est ancien et qui se comprend sans peine.XIIe s. N'i pout avoir accordement Ne par amiz ne par parent, Rou, 7699
(a-kor-dé)v. a.
Mettre en bonne intelligence, concilier, arranger. Accorder deux plaideurs. Accorder des ennemis. Accorder un différend. Comme le sujet de leur querelle fut public, elle fut accordée au sortir du palais par M. le duc d'Orléans, LAROCHEF.Mém. 182Le ciel, qui de sa main daigna nous accorder, Doit faire que l'effet à l'attente réponde, ROTROUAntig. I, 4Effacer les contrariétés, les désaccords, concilier. C'est celle qui accorde les contrariétés par un art tout divin, PASC.édit. Cousin.Il accorde en peu de mots l'immatérialité de l'âme avec le pouvoir qu'a la matière d'altérer ses fonctions, PASC.ib.Mais d'ailleurs comment pourrions-nous accorder avec l'infinie bonté de Dieu, notre Créateur et notre père, de nous avoir appelés à un état où il ne nous fût pas possible d'obtenir la souveraine béatitude ?, BOURD.Pensées, t. I, p. 77Accordez ces discours que j'ai peine à comprendre, CORN.Mort de P. V, 3D'Albe avec mon amour j'accordais la querelle, CORN.Hor. I, 4Accordez le respect que mon trône vous donne Avec cet attentat sur ma propre personne, CORN.Sert. II, 2Vous saurez accorder votre amour et ma gloire, CORN.Sert. III, 4Quelle convention peut-il y avoir entre J. C. et Bélial, et comment peut-on accorder le temple de Dieu avec les idoles ?, BOSSUETHist. II, 358Pour accorder le franc arbitre et la prédestination, LA MOTHE LEVAYER12Comment peut-on avec tant de colère Accorder tant d'amour ?, RAC.Ath. III, 8.... je saurai peut-être accorder quelque jour Les soins de ma grandeur et ceux de mon amour, RAC.Andr. I, 2Il a accordé une piété solide avec une profonde érudition, FONTEN.Oracl. 9Il faut accorder les contradictions qui ne sont qu'apparentes ; il faut faire un choix bien raisonné, quand elles sont réelles, FONTEN.de Lisle.J'étais fatigué de me trouver toujours entre deux hommes que je ne pouvais accorder [qui conseillaient des choses opposées], FÉN.Tél. XIIPouvant accorder la résidence avec la cour, SÉV.453Accorder en ce sens prend avec, et quelquefois à :Je ne sais s'il y a moyen pour donner des règles fermes, pour accorder les discours à l'inconstance de nos caprices, PASC.Pens. I, 3... un prince aimable Qui sait accorder si bien.... Aux talents d'un capitaine Les vertus d'un citoyen, CHAUL.à Vendôme.Demeurer d'accord, avouer. J'accorde cette proposition, ce fait. Oui, j'accorde qu'Auguste a droit de conserver L'empire où sa vertu l'a fait seule arriver, CORN.Cinna, II, 1De quel poids peut être le suffrage d'un homme comme moi, d'un homme sans lettres et sans étude ? On vous l'accorde ; l'Église peut fort bien se passer de votre suffrage, BOURD.Pensées, t. II, p. 347Plutôt que d'accorder qu'il faille dire la forme d'un chapeau, j'accorderais que...., MOL.le Mar. forcé, 6Ils ne nient ces choses ni ne les accordent ; ils n'y pensent point, LA BRUY.16Au cas qu'on ait accordé les principes, et qu'on demeure ferme à les avouer, PASC.Pensées, I, 3Concéder. Accorder un privilége, une grâce, une demande. Il lui accorda de venir auprès de lui. Accordez-moi une audience. Ne rien accorder aux faiblesses de la nature. Les dieux ne lui ont pas accordé de revoir sa patrie, FÉN.Tél. IIIJe ne te veux qu'un mot ; accorde ma prière, ROTROUSt-Genest, IV, 4Puisque vous le voulez, j'accorde qu'il le fasse, CORN.Cid, IV, 5Une vie où l'on n'accorde rien aux passions extrêmes, MASS.Rich.Accorder à Dieu une chiquenaude pour mettre le monde en mouvement, PASC.édit. Cousin.On se remet en grâce avec eux ; on leur pardonne, et on leur demande qu'ils nous accordent le même pardon, BOURD.Pensées, t. II, p. 300Il est vrai, reprit Jésus-Christ, Moïse vous l'a accordé, mais il ne l'a accordé qu'à la dureté de votre coeur, BOURD.ib. p. 360De n'avoir point de repos que les superfluités ne me soient accordées, BOURD.ib. p. 405Lorsqu'on verra qu'elle s'accorde tous les soulagements et se ménage toutes les douceurs qu'elle est en pouvoir de se procurer, BOURD.ib. p. 467Il semble que l'on n'entre dans un emploi que pour pouvoir obliger et n'en rien faire ; la chose la plus prompte et qui se présente d'abord, c'est le refus ; et l'on n'accorde que par réflexion, LA BRUY.11Accorder une fille, la promettre en mariage. Mon père est près de m'accorder, LA FONT.Nic.Terme de musique, mettre d'accord. Accorder la voix avec un instrument. Accorder un piano. On a un vieux clavecin ; Émile l'accorde, J. J. ROUSS.Ém. VPour accorder ma flûte avec ton instrument, RÉGNIERSat. XIl semble.... Que Phébus à leur ton accorde sa vielle, RÉGNIERSat. IIIPrès du temple sacré, les Grâces demi-nues Accordent à leurs voix leurs danses ingénues, VOLT.Henr. IXC'est ressembler à un musicien qui se contenterait de trouver des sons harmonieux, et qui ne se mettrait point en peine de les unir et de les accorder pour en composer une musique douce et touchante, FÉN.Tél. XXIIEn peinture, accorder les tons, assortir les couleurs et les nuances.Terme de grammaire, mettre l'accord entre les mots. Accorder un verbe avec son sujet en personne et en nombre.S'accorder, S'arranger, être arrangé à l'amiable. Leur différend s'est accordé. Les deux adversaires se sont accordés. Tu n'as dans leur querelle aucun sujet de craindre ; Elle a trop fait de bruit pour ne pas s'accorder, CORN.Cid, II, 310°Être d'accord, en bonne intelligence. Moi-même, je ne m'accorde pas toujours avec moi-même, BOSSUETConn. de Dieu.Les nôtres bien souvent s'accordent mal ensemble, CORN.Poly. IV, 6L'enfant et le héros s'accordent mal ensemble, CORN.Oed. II, 4Est-il possible que celui-là m'estime, en l'estime duquel tous nos ennemis s'accordent ?, BALZ.Lett. I, 2On dit communément ami jusqu'aux autels, pour signifier que, dans toutes les autres choses qui n'ont nul rapport à la religion, et qui d'ailleurs ne sont pas mauvaises en elles-mêmes, on peut s'accorder avec un ami, BOURD.Pensées, t. II, p. 273Hélas ! combien se sont liés et accordés ensemble aux dépens du pauvre et de l'innocent, BOURD.ib. p. 304Réunissons trois coeurs qui n'ont pu s'accorder, RAC.Andr. V, 5[Un roi qui] meurt, et laisse après lui, pour venger son trépas, Deux fils infortunés qui ne s'accordent pas, RAC.Mithr. I, 1Si sa bouche s'accorde avec la voix publique, RAC.Bérén. I, 3La vérité s'accorde avec la renommée, RAC.Baj. I, 2Que ta voix s'accorde avec ce que j'écris, RAC.Iph. I, 1Tous deux jaloux de plaire et plus de commander, Ils sont montés trop haut pour pouvoir s'accorder, VOLT.Catil. I, 6[Ils] rapprocheront trois coeurs qui ne s'accordaient pas, VOLT.Irène, V, 3Les Anglais avec moi pourraient mal s'accorder, VOLT.Adél. IV, 5Nos volontés ne s'accordaient pas avec les siennes, LESAGEle Bach. I, 139On était prêt à passer à une guerre ouverte, lorsqu'on s'accorda de part et d'autre de s'en tenir aux décisions de l'oracle, FÉN.Philos. Thalès.Accordez-vous donc avec vous-mêmes, MASS.Injust.Qu'il est rare, mes frères, que la nature s'accorde avec la grâce, MASS.Car. Vocation.Cette république [l'Europe chrétienne], quoique divisée, s'était accordée longtemps dans les projets des croisades, VOLT.Ess. sur l'hist. gén. I, 333Hélas ! ces deux partis, sans pouvoir se détruire, Ne se sont accordés qu'à déchirer l'empire, DUCISMacbeth, I, 111°Demeurer d'accord, consentir à. Les provinces s'accordaient encore à cette forme de gouvernement, PERROT D'ABL.Tac. 3Madame, enfin Galba s'accorde à nos souhaits, CORN.Oth. II, 3Je ne désespère pas de me pouvoir accorder de cela avec vous, VOIT.Lett. 52Étant tous unis dans le dessein de perdre M. Arnauld, ils se sont avisés de s'accorder de ce terme de prochain, que les uns et les autres disaient ensemble, quoiqu'ils l'entendissent diversement, PASC.Prov. 1A tout ce qu'on disait, doucet je m'accordais, RÉGNIERSat. XCharnacé stipule qu'il le couchera [le tailleur], le nourrira et le payera avant de le renvoyer ; le tailleur s'y accorde et se met à travailler, SAINT-SIMON59, 23612°Être en accord, en conformité, en rapport. Ces maximes ne s'accordent pas au dessein de la plupart des gens, PASC.Prov. 5La force s'accorde avec cette bassesse, PASC.édit. Cousin.Mon récit ne s'accorde guère avec ce que raconte cet auteur, BOSSUETHist. I, 7Sa demande s'accorde à mon désir, MOL.Mis. V, 2Le moyen de lui résister quand elle [la voix de la nature] s'accorde à la voix du coeur ?, J. J. ROUSS.Hél. I, 10Toute religion qui pourrait s'accorder avec le code, serait admise ; toute religion qui ne s'y accorderait pas, serait proscrite, IDEMI, 447Il n'y a aucun de ces tempéraments qui puisse, en quelque manière, s'accorder non-seulement avec le christianisme le plus exact et le plus étroit, mais avec le christianisme le plus modéré et le moins sévère, BOURD.Pensées, t. II, p. 259Le zèle de la religion et l'amour des richesses, principes bien opposés, s'accordaient à augmenter tous les jours le nombre des découvertes dans les climats lointains, FONTEN.Delisle.Tout cela, évalué avec toutes les précautions nécessaires, s'accordait à donner à la Méditerranée la même étendue que les observations astronomiques dont on voulait se défier, FONTEN.ib.13°Être concédé. Des grâces pareilles s'accordent difficilement. Comme cette dignité ne s'accorde pas toujours au mérite.14°En grammaire, prendre, autant qu'il est possible, les mêmes formes accidentelles. L'adjectif s'accorde en genre et en nombre avec son substantif, c'est-à-dire qu'il en prend le genre et le nombre. Le verbe s'accorde en nombre et en personne avec son sujet, c'est-à-dire qu'il se met au même nombre et à la même personne.Accordez vos flûtes, c'est-à-dire faites vos préparatifs, vos arrangements.1. S'accorder, dans le sens d'être d'accord, régit l'infinitif avec à : Les évangélistes s'accordent à nommer saint Pierre devant tous les apôtres. On se sert aussi, bien que plus rarement, de la préposition de : Ils s'accordèrent tous de prendre ce parti.2. Accorder, dans le sens de reconnaître, régit l'indicatif ou le subjonctif, si la phrase est affirmative : J'accorde que cela est ou que cela soit, qu'il le fera ou qu'il le fasse ; mais le subjonctif seulement, si elle est négative : Je n'accorde pas que cela soit. Quand la phrase est affirmative, le sens est différent avec le subjonctif ou l'indicatif : J'accorde que cela soit, signifie une concession provisoire ; je ne sais si cela est, mais je l'accorde. Au contraire, j'accorde que cela est indique une concession définitive : vous m'avez convaincu ; je donne mon assentiment.3. Accorder, dans le sens de octroyer, veut toujours le subjonctif : J'accorde que vous fassiez cela. J'ai accordé à mon fils qu'il allât à Paris. On pourrait aussi, au temps passé, se servir du conditionnel : Il lui accorda qu'il irait à Paris. Autrement, on emploie de avec l'infinitif : Je vous accorde de faire cela, d'aller à Paris.ACCORDER, RACCOMMODER, RÉCONCILIER. Mettre l'union entre des personnes qui sont en opposition. On accorde ceux qui sont en dispute pour des prétentions ou des opinions. On raccommode ceux qui se sont brouillés. On réconcilie ceux qui entretiennent entre eux des inimitiés. Entre les gens qu'on accorde, il peut n'y avoir rien de personnel ; entre les gens qu'on raccommode ou qu'on réconcilie, des affaires personnelles, des passions, des intérêts sont toujours intervenus. La nuance est faible entre raccommoder et réconcilier. Raccommoder est plus familier que réconcilier, et quand il est nécessaire de les distinguer, il y a entre eux la différence qu'il y a entre la brouille et l'inimitié.XIe s. À Charlemagne [il] se voudrat acorder, Ch. de Rol. 185Mais Guenelon fai (fais) acorder au rei, ib. 285XIIe s. Se m'i poez par enging acorder, Ronc. p. 4A cel conseil s'acordent tel cinq cent chevaliers, Sax. 16Les enemis faisiens [nous faisions] acorder et païer [mettre en paix], ib.Sire, car faites mander Vos barons et acorder, HUES DE LA FERTÉRomanc. p. 191Bien fust ore la terre de mon pere escillie [ruinée], Se la guerre ne fust acordée et païe [appaisée], AUDEFROI LE BASTARDRom. p. 12XIIIe s. Si ne se purent à cele fois acorder, por ce qu'il lor sembla qu'il n'avoient mie encore deniers assez, VILLEH.8Et s'acorderent entre aux [eux] à ce qu'il se trairoient envers Venise, VILLEH.ib. 10Dame, bien m'i puis acorder, la Rose, 5523Li aucun des homes voelent dire que.... mais je ne m'i accort pas, BEAUMANOIRX, 9En heritages qui sont tenu en vilenages, s'acorde nostre coustume à l'usage de France, BEAUMANOIRXVIII, 24Et por ce je m'acort que longe prison li soit baillie, BEAUMANOIRXXX, 19Que la vieille sa mere s'est au roi acordée...., Berte, 16Ensi s'accorderent tout au mainsné [puîné], Chr. de Rains, p. 3Au conseil que nous lui donames s'acorda li rois, dont la royne fu moult lie, JOINV.288Je lui demandai au quel avis il s'acordoit, et il me dit : Je m'acorde que nous nous laissons tous tuer ; si nous en irons tous en paradis. Mais nous ne le creumes pas, JOINV.240Le traité de l'acorder fu tel que l'en devoit rendre au soudanc Damiete..., JOINV.237Ainsi li rois acorda le comte de Champaigne à la royne de Chypre, JOINV.204À tant qu'il sceust se li amiraus de Egypte lui acorderoient la treve que il avoient rompue, JOINV.161Acordé fu que le roy descendroit à terre le vendredi devant la Trinité, JOINV.214XIVe s. David li prophete jadis, Quant il voloit apaisier l'ire De Dieu, il acordoit sa lire, Dont il harpoit si proprement, MACHAULTp. 9Quand les paroles s'acordent as oeuvres, il [elles] sont creues, ORESMEEth. 295A chose vraye toutes choses s'acordent, ORESMEib. 17XVe s. Adonc [je] congneu que ma pensée Accordoit à ma destinée, CH. D'ORL.Bal. 62Ains accorderent ses ennemis entre eux paisiblement et firent secretement savoir à la roine, FROISS.I, I, 9Ainsi et sur cet estat fut la journée accordée de combattre [il fut convenu de combattre], FROISS.I, I, 91Il leur accorda tout ce qu'ils demandoient, FROISS.II, III, 8Et disoient les deputés au comte de Flandre : Cher sire, accordez vous tellement que nous reportions paix en la ville de Gand, FROISS.II, 2, 55Et à ce s'accorde Aristote semblablement, Seneque et tous les autres sages, selon le contenu de leur dit, CHRIST. DE PISANII, 4Leur capitaine saillit dehors à seureté pour cuider composer, il ne peut accorder, COMM.III, 9Et le marquis s'y accorda et son oncle y contredit, COMM.VIII, 6Et si l'on dit que par là.... je m'accorderai assez que ung jeune roy le fist, COMM.VI, 13Disant au dit duc que ceulx qui estoient en Bretaigne pourroient bien acorder sans lui...., COMM.II, 5XVIe s. Il n'a pu accorder avecques le pape, parce que il y demandoit excessive somme d'argent pour l'investiture de ses terres, RAB.Epi. 14La tourterelle en gemit, et en mene Semblable deuil : et j'accorde à leurs chants, MAR.III, 298... je confesse ce point, Que ce seul don ne t'accorderois point, ID.IV, 59Disant : Mon fils, ma parole et ma voix Trop de leger s'acorda à la tienne, MAR.ib.Nous avons aussi un autre ancien pere qui accorde à notre opinion, CALV.Inst. 280Et encore que nous leur accordissions que ceste dissimulation fust bonne pour quelque temps, CALV.ib. 667Par quoy ces deux choses s'accordent très bien, CALV.ib. 904Ils n'estiment point qu'un homme soit chrestien, sinon qu'il s'accorde à toutes leurs exterminations, CALV.ib. 928Le roi accorda trefve pour quelques jours, MONT.I, 23Dionysius se mocquoit des musiciens qui accordent leurs flutes et n'accordent pas leurs moeurs, MONT.I, 145Et cet aultre que Plutarque vouloit induire à s'accorder avecques son frere, MONT.I, 207S'il advient que mes humeurs plaisent et accordent à quelque honneste homme...., MONT.IV, 114Il advient souvent que les jugements d'aultruy ne s'accordent pas aux miens, MONT.IV, 123A la fin ils accorderent entre eux qu'ils decideroient ce differend par le vol des oiseaux, AMYOTRom. 14Accorder une lyre ou une viole, AMYOTThém. 2Il arriva des ambassadeurs avec plein pouvoir d'accorder et appointer tous differends, AMYOTAlc. 23Deidamia, estant encore petite garse, avoit esté accordée à Alexandre fils d'Alexandre le Grand et de Roxane, AMYOTPyrrh. 7Bourguig. écodai ; provenç. et espagn. acordar ; ital. accordare. D'après Ménage, accorder vient de corda, corde. C'est une erreur ; il vient de à et cor, coeur (voy. ce mot), comme le prouvent le mot français concorder et les mots latins parallèles, concors, vecors, excors. Concordare a en latin presque tous les sens d'accorder, et Ovide a dit : " Concordant carmina nervis. " Accorder, dans l'acception de mettre d'accord un instrument de musique, est donc non la signification propre, mais la signification figurée.
(a-kor-deur)s. m.
Celui qui cherche à arranger les différends.Celui qui accorde certains instruments. Un accordeur de pianos. Il n'est guère usité aujourd'hui que dans ce dernier sens.XVIe s. Ils se moquoient des grandes differences de religion, louoient les accordeurs...., D'AUB.III, 363Accorder.
(a-kor-doir)s. m.
Sorte d'outil qui sert à accorder certains instruments de musique.Accorder.
(a-kor-dé)s. m.s. f. , ACCORDÉE (a-kordée)
Homme, femme liés réciproquement par un engagement de mariage. L'accordé et l'accordée. Le domestique amène l'accordée au fils de son maître, CHATEAUB.Gén. II, 6, 3Je vous dis que vous ne caressiez point nos accordées, MOL.Le Festin de pierre, II, 3XVIe s. Le chevalier Salviati, oncle de son accordée, rompit son mariage, D'AUB.Vie, 27Accorder.
(a-kor-dé, dée)part. passé.
Mis d'accord. Les deux adversaires ayant été accordés. Ces passages, en apparence contradictoires, étant accordés.Concédé. Privilége accordé. Demande accordée par le sénat. Ces principes étant accordés.. Accordé, je vous l'accorde, j'y consens. Vous demandez de l'argent, accordé.En termes de musique, mis d'accord. Un clavecin bien accordé ne fournit que des touches qui expriment la juste valeur de chaque son, FÉN.t. XXI, p. 146
(a-kor-dé-on)s. m.
Nom donné à un instrument de musique à soufflet et à touches qu'on tient et qu'on manoeuvre avec les mains.Accorder.
(a-ko-r')s. m.
Terme de marine. Con tour d'un banc, d'un écueil.Pièce de bois qu'on dresse pour étayer. Les accores sont des étançons ou fortes pièces de bois qui servent à étayer un vaisseau en construction ou en réparation. Une côte, une terre est accore, quand elle est coupée verticalement à la surface de la mer ou fortement inclinée.À et l'anglais shore, rivage, accore, étai ; to shore up, accorer.
(a-ko-ré)v. a.
Terme de marine. Étayer avec des accores un bâtiment en construction ou en réparation.Accore.
(a-kor-né, née)adj.
Terme de blason. Il se dit des animaux qui ont des cornes, quand elles sont d'une autre couleur que l'animal.À et corne.
(a-kor, kor-t')adj.
Qui est de gentil esprit, qui est à la fois avisé et gracieux. Il poursuivait Pompée et chérit sa mémoire ; Il veut tirer à soi, par un courroux accort, L'honneur de sa vengeance et le fruit de sa mort, CORN.M. de Pomp. IV, 4Son éloquence accorte, enchaînant avec grâce L'excuse du silence à celle de l'audace, CORN.Oth. II, 1Voyant une beauté folâtrement accorte, RÉGNIERSat. VIIJe ne sais comment Il faut se taire accort ou parler faussement, RÉGNIERSat. IIIInsinuant et quelquefois flatteur. Je vis de jeunes Grecques, vives, jolies, accortes, CHATEAUB.Itin. II, 45D'humeur accorte, PERRAULTChaper. rouge, 20Aussi ce prince [Germanicus] était-il d'un esprit doux et accort, PERROT D'ABL.Tacite, 29XVIe s. C'est bien le plus grand mal qu'un homme puisse avoir, Que servir une femme accorte à decevoir, RONS.125Le libertin courtisan est si accort, qu'il n'oublie aucun artifice pour couvrir ce qu'il sçait bien que plusieurs reprouvent, LANOUE510Lyon, regnard ; car vous tenez de la hardiesse et valeur de l'un, et estes accort, prevoyant et advisé comme l'autre, CARLOIXV, 25Tant estoit accort et ruzé en ses responses, CARLOIXVIII, 14Voltaire, tout en remarquant que ce mot n'est plus en usage dans le style noble (ce qui est vrai ; pourtant on pourrait l'y faire rentrer dans quelques cas bien choisis), le tire de accord. C'est une erreur ; accort vient de l'italien accorto, avisé, de accorgere (accorgersi, s'apercevoir) pour accoreggere, de a et correggere (voy. CORRIGER) : accorto, mot à mot, qui s'aperçoit, avisé, habile.
(a-kor-te-man)adv.
D'une manière accorte. Ma bouche accortement saura s'en acquitter, CORN.Méd. II, 5XVIe s. Quand il apparoit y avoir grande injustice en icelui [commandement], ne vaut-il pas mieux qu'il s'excuse accortement de l'accomplir [le commandement] ?, LANOUE220Le nombre n'est pas petit de ceux qui sont abreuvez de ceste fausse opinion et qui la publient accortement es lieux où ils frequentent, LANOUE492Accorte au féminin, et ment (voy. MENT).
(a-kor-ti-ze)s. f.
Humeur accorte. L'accortise italienne calma la vivacité française, VOLT.Louis XIV, 37Ses souplesses [d'Orry] et son accortise l'avaient attaché et lié avec M. de Luxembourg et ses amis, SAINT-SIMON131, 196Mme d'Espinoy n'était qu'une mortelle qui vivait avec Mme de Soubise dans l'accortise et la subordination de sa beauté et de sa faveur, SAINT-SIMON59, 245Accort.
(a-ko-ré, rée)part. passé.
Navire accoré.
(a-ko-sta-bl')adj.
Qu'on peut aborder facilement. Les plats.... N'avaient ni le maintien ni la grâce accostable, RÉGNIERSat. XSi le maire était noble de son chef, nous le trouverions accostable, P. L. COUR.II, 297XVIe s. L'ayant trouvé bien conditionné et de conversation fort accostable...., CARL.III, 7Lors vous trouvant aussi douce et traitable Qu'auparavant vous n'estiez accostable...., RONS.817Accoster.
(a-ko-sta-j')s. m.
Terme de marine. Action d'accoster. Les ponts de débarquement s'avançaient à perte de vue presque au milieu de la rade, afin de permettre l'accostage des navires d'un grand tirant d'eau, R. LE ROYRev. des Deux-Mondes, 15 janv. 1872, p. 449
(a-ko-stan, stan-t')adj.
Qui accoste avec facilité, lie facilement conversation. Termes était poli et accostant, mais à peine lui répondait-on en fuyant, SAINT-SIMON129, 177
(a-ko-st')
Terme de marine. Commandement d'approcher. Accoste au quai. Substantivement, commander l'accoste.Impératif du verbe accoster.
(a-ko-sté)v. a.
Aborder quelqu'un qu'on rencontre. [Gens qui] vous viennent accoster comme personnes ivres, RÉGNIERSat. IIS'accoster de, Prendre pour compagnon, hanter, fréquenter. N'ayant point dîné, Je m'accostai d'un homme à lourde mine, VOLT.P. Diable.Accostez-vous de fidèles critiques ; Fouillez, puisez dans les sources antiques ; Lisez les Grecs, savourez les latins ; Je ne dis tous, car Rome a ses Cotins, J. B. ROUSS.Ép. III, 1, à Marot.En termes de marine, en parlant d'un bâtiment, d'une embarcation, venir se placer le long et à côté de. La chaloupe accosta le vaisseau. Ce vapeur accosta le quai.XIIe s. Ses homes se acosterent à lui, si li distrent : Bel pere, se li prophetes te deïst que....., Rois, 363Lez Oliver s'acoste le meschin [il se met près du jeune Olivier], Ronc. 50Et à un pilier [il] s'est tenuz et acostez, Th. le Mart. 148XIIIe s. Maintes fois avint que en esté il aloit seoir au bois de Vincennes, après sa messe, et se acostoioit à un chesne, JOINV.199Lez un fossé se plaint et plore, Et cil lui corent andoi seure Là où il se fu acostez, Ren. 18573XIVe s. Au lez devers la mer [il] les a fais acoster ; Les pors lor a tolus, et les pas destournez, Guesclin, 14782XVe s. Les archers d'Angleterre estoient accostés aux deux lez du chemin, FROISS.I, I, 218XVIe s. J'avois le latin si prest et si à la main que mes precepteurs craignoient à m'accoster, MONT.I, 194Junia s'estant accostée d'elle familierement, elle la repoussa rudement, MONT.III, 180M. de Vendosme vint acoster M. de Vielleville, CARLOIXIV, 16Toutefois il s'acosta de lui pour se descharger de sa creance, CARLOIXII, 7[Dans le cortége] les archevesques de Cologne et de Mayence accostoyent [étaient à côté] l'empereur, SLEIDANp. 18Wallon, acoister ; provenç. et espagn. acostar ; ital. accostare ; de ad, à, et costa, côte (voy. CÔTE). Joinville a dit acostoier, verbe fait de à et costoyer, que nous disons côtoyer. Il y avait, dans l'ancien français, le substantif acost, qui signifiait action d'accoster :Et Renart si s'en vait fuyant Qui n'avoit soing de son acost, Ren. 25915 On remarquera que nos anciens auteurs écrivaient généralement par un seul c accoster et les mots composés semblablement. Cela prouve qu'ils n'en prononçaient qu'un seul. Nous n'en prononçons qu'un seul non plus ; pourquoi ne faisons-nous pas comme eux ? C'est une simplification digne d'être recommandée à l'Académie.
(a-ko-sté, stée)part. passé.
Accosté par un individu de mauvaise mine. Le vaisseau fut accosté par une chaloupe.En blason, se dit de toutes les pièces de longueur, mises en pal ou en bande, quand elles en ont d'autres à leur côté.ACCOSTÉ. Ajoutez :Qui a à côté de soi. La chambre d'entrée [du grand collecteur] est assez grande et accostée des cabinets nécessaires à la garde des instruments de travail, MAX. DU CAMPRev. des Deux-Mondes, 1er juill. 1873, p. 22
(a-ko-te-man)s. m.
Terme d'horlogerie. Rencontre vicieuse d'une roue et d'un pignon.En termes de ponts et chaussées, espace compris entre la chaussée et le fossé, entre le ruisseau et la maison.Accoter.
(a-ko-té)v. a.
Soutenir à l'aide d'une cale, appuyer par côté. Accoter sa tête. Accoter un pot, de peur qu'il ne se renverse.S'accoter, S'accoter contre une muraille. Heurtant contre une porte, en pensant m'accoter, RÉGNIERSat. X Être couché sur le côté par la force du vent, en parlant d'un navire.En horlogerie, frotter l'une contre l'autre, en parlant des pièces.XIIIe s. Dedenz le cortil au vilein, S'entrerent andui tout à plein ; Le vilein ont moult redoté ; Lez la paroi sont acoté, Ren. 12250XVe s. Et je me sarray cy à terre, Et m'acoteray sur le coute, Afin que j'entende et escoute, Myst. Resurr. de N. SNorm. acout, appui, acouter, appuyer ; wallon, ascot, appui, ascoter, accoter. Dans le génevois, il y a cotte, étai, cale, cotter, serrer, assujettir ; dans le franc-comtois, coute, appui. Notre verbe vient donc de à et d'un radical cote ou cotte, radical qui est sans doute celui du verbe cotir (voy. COTIR). Dans l'ancien français il est souvent difficile de distinguer accoter et accouder, qui se disait acouter.
(a-ko-toir)s. m.
Ce qui sert à s'appuyer par côté. Les accotoirs d'un carrosse, d'un fauteuil. Cela vous servira d'accotoir.Étai sur lequel on appuie les navires en construction.Accoter ; bourguig. écotôrre, appui, dossier.
(a-ko-té, tée)part. passé.
Accoté contre un arbre.En blason, se dit des pièces qui sont posées à côté d'une autre pièce de l'écu.
(a-kou-ar-di, die)part. passé.
Rendu couard, devenu couard.
(a-kou-ar-dir)v. a.
Rendre couard.Bon mot, anciennement français, et qui se comprend sans aucune explication.XIIIe s. Par parole sont moult hardi ; Mais tost restent acoardi, Quant vienent à un poi d'effort, Ren. 16712XIVe s. Il estoit preux es armes, couraigeux et hardis ; Oncques en un bon fait ne fut acouardis, Girard de Ross. V. 1375XVe s. Ma dame, que Jhesus honneure ! Me regardoit, ce m'estoit vis Si liement que tous ravis Estoie, en soi seule esgardant ; Mais tous m'aloie acouardant, FROISS.Ep. Am.XVIe s. La demeure de la maison n'acouardit pas tellement ceux qui la suivent, qu'une bonne partie ne soit en bonne disposition de bien faire quand l'honneur le commande, LANOUE210Si du front m'as osté L'honneur, la honte et l'audace premiere, Acouardant mon ame prisonniere, Serve à ta volonté, RONS.185À et couard.
(a-kou-che-man)s. m.
Tout le travail de la mise au monde de l'enfant depuis les premières douleurs jusqu'à la terminaison. Accouchement heureux, laborieux.Action d'aider une femme à accoucher. Faire un accouchement, un cours d'accouchement.Fig. Difficulté qu'on éprouve à dire une chose, à prendre un parti. C'était un accouchement pour lui que de traiter ce point délicatACCOUCHEMENT, ENFANTEMENT. Le premier est un terme de médecine, et le second est un terme général. Le premier indique non-seulement l'enfantement, mais tout ce qui le précède et le suit immédiatement ; le second n'indique que l'action de mettre l'enfant au monde. Le premier a un sens passif : l'accouchement de cette femme par une sage-femme ; le second n'a qu'un sens actif.Accoucher.
(a-kou-ché)
Mettre au monde. Accoucher à terme, avant terme. Elle est accouchée de deux jumeaux. Et la triste Émilie est morte en accouchant, CORN.Sert. V, 2Que ses parents et ses voisins l'avaient vue grosse de la fille dont elle avait accouché, VERTOTRév. rom. V, 60Elle vient d'accoucher d'un garçon, SÉV.3Fig. et dans le style badin ou critique. L'un enfante des volumes, l'autre accouche d'épigrammes. Que votre esprit accouche enfin de ce que.... Le sort de ce sonnet a droit de vous toucher ; Car c'est dans votre cour que j'en viens d'accoucher, MOL.F. sav. III, 1Mais enfin j'accouche d'un dessein Qui passera l'effort de tout le genre humain, REGNARDLég. IV, 2Monsieur avait accouché de projets toute la nuit, RETZIII, 176Si quelquefois il n'enfantait pas heureusement ses idées, du moins il savait faire accoucher heureusement ses auditeurs des vérités cachées qui étaient en eux, DESFONT.Éloge de Renau.S'expliquer. Parlez, accouchez enfin, et voyons ce qui vous inquiète. Le roi insistant, il fallut bien accoucher, et Chamillart lui dit que...., SAINT-SIMON105, 120 Aider une femme à accoucher. Accoucher une femme. Ce chirurgien accouche bien.Accoucher, se conjugue avec être quand il s'agit d'exprimer l'état, et avec avoir quand il s'agit d'exprimer l'acte : Elle est accouchée depuis un mois ; Elle a accouché heureusement. Loc. vic. : Elle a accouché d'hier. Dites : Elle est accouchée d'hier.XIIIe s. Mahius de Montmorency accoucha malades, et tant fu agrevés qu'il morut, VILLEH.89Li quens del Perche s'acoucha de maladie, VILLEH.29La comtesse Marie si acoucha d'une fille, VILLEH.180Novellement est acouchée, à chascun [petit] donoit sa bouchée, Ren. 363Et pour les dites maladies [j'] acouchai au lit malade en la mi careme, JOINV.237Car trois jours devant ce que elle acouchast, lui vinrent les nouvelles que li rois estoit pris, JOINV.252Et avint antre ces entrefates que la reïne fust preste d'acouchier ; et lo jor devant que ele acouchast...., MERLINf° 68, recto.XIVe s. Si le [Piètre] leva de fons [fut sa marraine] la roÿne jolie, Qui d'une fille estoit à ce temps acouchie, Guesclin, 8621XVe s. Après advint que celle dame fut enceinte, et le dit roi, son mari, accoucha malade au lict de la mort, FROISS.I, I, 49L'abbesse, qui belle et jeune et en bon point lors estoit, nagueres s'acouche malade, L. XINouv. 21Advint qu'elle fut malade et au lit de la mort acouchée, L. XINouv. 51Là accoucha malade messire Henry de Bar en une ville que on nomme Trevise, Bouc. I, 27XVIe s. Ci dessous git estendue et couchée, Une qu'amour si bien vaincue avoit, Que plusieurs fois elle en fust accouchée ; Mais c'estoit mal dont elle relevoit, ST-GELAIS197....où les femmes s'accouchent sans plainte et sans effroy, MONT.I, 113Une montagne fut quelque fois en travail d'enfant, et puis enfin elle s'accoucha d'une souris, AMYOTAgés. 63Elle s'accoucha en la prison d'un beau fils que...., AMYOTDion, 72Bourguig. écouchai ; picard, acouker. On voit par l'historique que accoucher ou s'accoucher signifie proprement se coucher, s'aliter ; ce n'est que peu à peu qu'il a pris le sens exclusif de se mettre au lit pour enfanter. De à et coucher.
(a-kou-cheur, cheû-z')s. m. et f.
Celui, celle qui pratique les accouchements. S'agit-il de chercher une nourrice, on la fait choisir par l'accoucheur, J. J. ROUSS.Ém. IAccoucher.
(a-kou-chée)
Cette femme ayant été accouchée par le forceps. Femme qui vient d'accoucher.Elle est parée comme une accouchée, se dit d'une femme fort parée, à cause de l'habitude qu'avaient les femmes de recevoir en toilette, dans leur lit, les visites de leurs amies.Le caquet de l'accouchée, conversation frivole, que l'on nomme ainsi à cause du babil ordinaire dans les visites qui se rendent aux femmes en couches.XVIe s. Aux accouchées laissons Ces douceresses boissons ; Ce bon cidre caressons, J. LE HOUX11
(a-kou-de-man)s. m.
L'action de s'accouder.Art militaire. État de rapprochement des soldats d'infanterie dans les rangs.Accouder.
(a-kou-dé)v. réfl.
S'appuyer du coude. Il s'était accoudé sur la table.XIIe s. Sur l'erbe verte ont les tapis getez ; Raoul s'i est couchiés et acoutez, R. de Cambrai, 51XIIIe s. Et la mauvaise vieille s'est lez lui acoutée, Berte, 16En un anglet [je] m'alai toute seule acouter, ib. 112Deleiz le roi s'est Rollan acouteiz, Ger. de Viane, 1227Et Renart, qui tant à mal est, Desus le puis s'est acoutez, Grains et mariz et trespensez, Ren. 6615Et ainçois que li rois fust couciés, entrerent il en la sale où li rois Henris estoit acousté sour une coute, Chr. de Rains, p. 11XIVe s.Dessus une fenestre s'est alé aqueuter, Guesclin, dans DU CANGE, accubitus.XVIe s. Et s'estant acouldé à l'une des fenestres de sa chambre, CARLOIXII, 9Norm. acouter ; picard, akeuter ; provenç. acodar, acoudar, acoltar ; espagn. acodar ; de adcubitare, de ad, à, et cubitus, coude (voy. COUDE).
(a-kou-doir)s. m.
Ce qui sert à s'accouder.En architecture, balustrade ou mur à hauteur d'appui devant une croisée, ou à l'extrémité d'un mur de terrasse, ou entre les piédestaux et les socles des colonnes.Loc. vic. Une accoudoire.XVIe s. Mectre en la dicte garde-robe trois plattes-bendes et, par le devant, acouldouers, Bibl. des Chartes, 4e série, t. III, p. 63On a dit aussi accoudiere : Il donna de l'esperon à son cheval, et le fit sauter par dessus les accoudieres dedans la Loire, DES PÉRIERSCont. 57Accouder.
(a-kou-dé, dée)part. passé.
Accoudé sur le balcon, il regardait la foule.
(a-kou-é)v. a.
Attacher des chevaux ensemble, de manière que le licou de celui qui suit soit lié à la queue de celui qui précède ; de la sorte ces animaux marchent à la file.Terme de chasse. Se dit de l'action du veneur qui suit le cerf et le joint pour lui donner le coup au défaut de l'épaule ou lui couper le jarret. Le veneur vient d'accouer le cerf. Le cerf est accoué.XVIe s. Nous n'avons pas faict marché, en nous mariant, de nous tenir continuellement accouez l'un à l'aultre, MONT.IV, 108À et queue. Provençal, acoatar ; italien, accodare. Accouer est proprement suivre à la queue.
(a-kou-pla-j')s. m.
Action d'accoupler. Par accouplage clandestin, SCARR.Virg. VIIJe demande pardon de cet accouplage, J. DE MAISTREDe l'Eglise gall. II, 9
(a-kou-pl')s. f.
Terme de vénerie. Lien avec lequel on attache les chiens ensemble.XVe s. Les acouples de ses nerfs qui les tenoient ensemble, PERCEFOR.t. V, f. 95
(a-kou-ple-man)s. m.
Assemblage par couples. Accouplement de boeufs pour la charrue. Accouplement de colonnes, arrangement de colonnes disposées deux à deux.Conjonction du mâle et de la femelle, en parlant des animaux. Le mulet vient de l'accouplement de l'âne et de la jument. Dans l'espèce des cailles il y a des accouplements, et pas un seul couple.Conjonction en parlant des hommes ; mais alors ce mot a une acception odieuse, ou bien il est modifié par quelque épithète qui sert de correctif à l'idée trop physique d'accouplement. Des cavités où l'on a dit que ces gens-là faisaient leurs accouplements, J. J. ROUSS.Conf. IDes colosses debout regardant autour d'eux Ramper des monstres nés d'accouplements hideux, V. HUGOOrient. IAccouplement fatal et des dieux détesté, MALH.Tu menais le blond hyménée Qui devait solennellement De ce fatal accouplement Célébrer l'heureuse journée, ID.IV, 5XVIe s. L'homme en l'accouplement...., PARÉXVIII, 39Accoupler.
(a-kou-plé)v. a.
Disposer par couples, deux à deux. Ces deux personnes sont mal accouplées. Accoupler des boeufs, les mettre ensemble sous le joug. Accoupler des mots qui ne vont pas ensemble. Les âmes humaines veulent être accouplées pour valoir tout leur prix, J. J. ROUSS.Hél. II, 13En parlant des animaux, apparier le mâle et la femelle.S'accoupler, S'unir pour la reproduction, en parlant des animaux. Les ours s'accouplent au commencement de l'hiver.XIIe s. Si's [si les] acoplons deus et deus as chevaus, Ronc. 150XIIIe s. Deus ciens [chiens] acoplés, Ch. d'Ant. VI, 502Moult menace Tybert et jure, à lui se voudra acoupler [assaillir], Se jamais le puet encontrer, Ren. 2499Li braconier les chiens descoplent ; Et li brachet au leu s'acoplent ; Et Ysengrin moult se herice, Ren. 1222Li veneres sans plus d'arest A fait acopler les levriers, ib. 22337Leurs engins avoient si acouplez aus chauciées que l'ost avoit fait pour boucher le flum, que nulz n'osoit aler aus chas chastiaus, JOINV.223XIVe s. Au mast [ils] ont les enfants loiés [liés] et acouplés, Et il reclaiment Dieu, qui en crois fu penés, Baud. de Seb. IX, 500Laiens y ot pillars qui firent à blasmer ; Bertran les fit trestous lier et acoupler, Guesclin, 20383XVe s. Si ce diable le commença à acoupler et le bon chevalier de soi defendre, L. XINouv. 70XVIe s. Jamais l'homme ne voudroit s'accoupler avec la femme, PARÉXVIII, 1Force haims [hameçons] dont il accouployt souvent les hommes et les femmes, en compaignies où ils estoyent serrez, RAB.Pant. II, 16Il acoubla les doigz, de mode que le pouce dextre touchoyt le guausche, et le petit guausche touchoyt le dextre, RAB.Pant. II, 19C'est mal accouplé, ce me semble, Vivre à l'aise et savoir ensemble, MAROTIV, 155Car si tu as des mots tant seulement soucy, Tu seras bien grossier et lourdaut, ce me semble, Si par art tu ne peux en accoupler ensemble Quelque peu...., DU BELLAYIV, 85, recto.Il meit aussi tost la main à l'espée ; mais ainsi comme ilz estoient accouplez ensemble [aux prises]...., AMYOTAlex. 27À et couple ; Berry, accoubler.
(a-kou-plé, plée)part. passé.
Boeufs accouplés. Mots mal accouplés ensemble.En termes d'architecture, colonnes accouplées, celles qui, étant deux à deux, s'entre-touchent par leurs bases et leurs chapiteaux.Au jeu de trictrac, dames accouplées, deux dames sur la même flèche.
(a-kour-si, sie)part. passé.
Par un chemin accourci. Une phrase heureusement accourcie. Ceux qui.... Virent dès le matin leur beau jour accourci, MALH.I, 4Le bras du Seigneur est-il accourci ?, FLÉCH.Serm. I, 168
s. m.
Terme de marine. Passage ménagé dans le fond de cale et des deux côtés pour aller de la poupe à la proue le long du vaisseau.
(a-kour-cir)v. a.
Rendre plus court. Accourcir une robe, un bâton, un discours, une scène. Les Parques ont accourci le fil de ses jours, FÉN.Tél. XIX.Et ma jalouse humeur t'est un monstre plus fort Que tous ceux dont tes bras ont accourci le sort, ROTROUHerc. m. I, 3Que n'ont tant de géants accourci mon destin ?, ROTROUib. III, 3Le beau fil de tes jours ne peut être accourci, TRISTANMariane, III, 3Accourcir son chemin, prendre un chemin de traverse qui diminue la distance.Absolument : Prenez le bois, et vous accourcirez.Rendre brève une syllabe qui est longue. Un Romain aurait sifflé un acteur qui eût allongé ou accourci une syllabe mal à propos, D'OLIVETPros. Fr.Terme de chasse. Accourcir le trait, le ployer à demi ou tout à fait pour tenir le limier plus court.S'accourcir, Devenir plus court. [Il] s'allonge, s'accourcit, Ses muscles étendant, RÉGNIERSat. IS'il arrive que ce muscle s'accourcit, DESC.Pass. 7Je souhaitai que ma vie pût s'accourcir, FÉN.Tél. v.Lorsque les jours s'accourcissaient, le roi travaillait le soir chez Mme de Maintenon, SAINT-SIMON417, 13Locut. vic. Les jours accourcissent. Dites : Les jours s'accourcissent, ou les jours diminuent. Accourcir n'est pas un verbe neutre.ACCOURCIR, RACCOURCIR. Proprement raccourcir devrait signifier accourcir de nouveau ce qu'on a déjà accourci. L'usage ne lui a pas laissé ce sens précis, et il l'a confondu avec accourcir. Il est fâcheux que la nuance que donnait la composition du mot ait disparu.XIIe s. Cortoisement se sont aparillié ; Li auquant ont lor estriers acorcié, R. de Cambrai, 94XIIIe s. Les quarante jours que li home poent prendre, ne lor pot li quens [comte] acorchier, mais alongier les pot, s'il veut, BEAUMANOIRLXV, 4Dieu a pooir d'alongier nos vies et d'acourcir, JOINV.260Car mains acorcent bien lor vie, Ains que l'umor soit defaillie, la Rose, 17193XVe s. Si le voyage y estoit accoursé, les chrestiens y viendroient communement, toujours conquerant avant, FROISS.III, IV, 15XVIe s. Ny les maladies ne l'accourcissent [l'espoir d'une longue vie], MONT.I, 78Nous accourcirons le temps à force d'honnestes propos, MARG.Nouv. 10La main de Dieu n'est point accourcie, qu'il ne nous puisse sauver, et son oreille n'est point estoupée, qu'il ne nous puisse ouïr, CALV.Inst. 589Il s'avança pour desloger Pluviaud de Marans, et, par là, commencer d'accourcir le commerce et les vivres aux Rochelois, D'AUB.Hist. I, 325Je ferai accourcir ceux qui s'eleveront contre moi, D'AUB.ib. III, 461....la pauvreté, des muses l'héritage, La quelle est à ceux-là reservée en partage, Qui, dedaignant la cour, fascheux et mal plaisans, Pour allonger leur gloire accourcissent leurs ans, DU BELLAYle Poëte courtisan.À et court ; provenç. acorchar, accorsar ; catal. acursar ; espagn. acortar ; ital. accorciare. Dans l'ancien français le verbe est généralement de la première conjugaison, acorcier.
(a-kour-si-se-man)s. m.
Diminution d'étendue ou de durée. Accourcissement du chemin, des jours.XVIe s. Boiteux à raison de l'accourcissement de la jambe, PARÉXVII, 13Accourcir.
(a-kou-rir)v. n.
J'accours, j'accourus, j'accourrai, accourant, accouru ; se conjugue comme courir. Courir vers. Il accourt à Paris. On accourait de toutes parts vers le lieu de l'incendie. On accourut lui annoncer l'heureuse nouvelle. J'accours, pour vous en faire un funeste rapport, CORN.Rod. V, 4Mon père, à ma venue, accourt les bras ouverts, ROTROUHerc. m. IV, 2Quand verrai-je de toutes parts Tes peuples en chantant accourir à tes fêtes ?, RAC.Esth. I, 2A vos genoux bientôt s'il accourait se rendre ?, DUCISAbuf. I, 3Accourez, peuples ; venez contempler dans la première place du monde la rare et majestueuse beauté d'une vertu toujours constante, BOSSUETMarie-Thérèse.Au premier bruit d'un mal si étrange on accourait à Saint-Cloud, BOSSUETDuch. d'Orl.Phalante accourait au secours de son frère, FÉN.Tél. XVIQuand on fit les funérailles du roi, pendant quarante jours les peuples les plus reculés y accoururent en foule, FÉN.ib. IIVous m'êtes, en dormant, un peu triste apparu ; J'ai craint qu'il ne fût vrai ; je suis vite accouru. Ce maudit songe en est la cause, LA FONT.Fab. VIII, 11Accourir se construit avec l'auxiliaire avoir et l'auxiliaire être. L'on se sert du premier quand on a particulièrement l'intention d'exprimer l'action d'accourir ; et du second, quand on a l'intention d'exprimer l'état d'une personne qui est accourue. Elles ont accouru en hâte nous porter secours ; elles sont accourues et ont contemplé ce triste spectacle.XIe s. De son palais vers les autres [il] acurt, Ch. de Rol. 182XIIe s. Li Sarazins acort à grant espois [hâte], Ronc. p. 26Jo n'ai pas trait m'espée, ne jo ne li cur sure ; N'autrui ne baillerai la cruiz, qui k'i acure [quelque soit celui qui y accoure], Th. le Mart. 36XIIIe s. Lor gent les en relevent qui là sont accouru, Berte, 101S'ele est bele, tuit i aquerent, Tuit la porsivent, l'eneurent, la Rose, 8629Por Dieu et por sa mere ne nous decevons pas, Nous veons que la mort aqueurt plus que le pas, J. DE MEUNGTest. 162XVe s. Et vinrent messagers accourans jusques à Paris, FROISS.II, 265XVIe s. Tel defaut nous contraint d'accourir aux medecins en la necessité, O. DE SERRES885À et courir ; provenç. accorre ; espagn, acorrer ; ital. accorrere.
(a-kou-r')s. f. plur.
Plaines entre deux bois, où l'on place les dogues et les lévriers qui doivent coiffer l'animal au débucher.
(a-kour-s')s. f.
Terme d'architecture. Galerie extérieure par laquelle on communique dans les appartements.
(a-kou-ru, rue)part. passé d'accourir
La foule accourue à ce spectacle.
(a-kou-tre-man)s. m.
Le vêtement considéré dans son ensemble. L'or.... N'est pas moins en leurs moeurs qu'en leurs accoutrements, MALH.VI, 10Le bailli, grave personnage, Endossera l'accoutrement Sous lequel assez rarement Il rend justice en ce village, CHAUL.à la Duch. du Maine.En mauvaise part, vêtement arrangé bizarrement. Dans un misérable accoutrement. L'intendant qui devait accompagner le roi fut choqué de l'accoutrement de MM. les Scrittori, P. L. COUR.Lettr. II, 81XVIe s. Accoustré et revestu tout ne plus ne moins et des mesmes accoustremens que le sont tels ouvriers, AMYOTAlc. 65Comme les accoutremens nous eschaufent, non de leur chaleur, mais de la nostre qu'ils conservent, CHARRONSagesse, I, 17Accoutrer ; bourguig. écoutreman ; Berry, accoustrement (l's se prononce).ACCOUTREMENT. Ajoutez : - REM. Dans la correspondance de Frédéric avec Voltaire, t. III, p. 17, édit. Beuchot, accoutrement est condamné comme vieilli et hors d'usage : " Pourquoi les Français ressusciteraient-ils de nos jours le langage antique de Marot ?... quel plaisir une oreille bien née peut-elle trouver à des sons rudes, comme le sont ceux de ces vieux mots onques, prou, accoutrements ? " Malgré cette proscription, accoutrement est en plein usage.
(a-kou-tré)v. a.
Mettre des habits sur le corps de quelqu'un. On l'a plaisamment accoutré.Fig. Maltraiter en paroles ou en actes. Pendant son absence, on a parlé de lui, et on l'a accoutré de toutes pièces. Le pèlerin.... de horions laidement l'accoutra, LA FONT.Contes, coc.S'accoutrer, Cette femme n'a pas de goût, elle s'accoutre ridiculement.XIIIe s. Luxure confond tout là où ele s'acoutre, J. DE MEUNGTest. 1809XVe s. Et ses divers tours m'a monstrez, Biens et maulx ensemble accoustrez, Non pas petis, mais tous oultrez, AL. CHARTIERLivre des quatre Dames.Car d'eulx vous prenez la matiere, Et des cieulx la forme premiere Pour quanque soit que labeuriez, Ou à vos labeurs accoustriez, l'Alch. à Nat. 42Quelque deux mille lances.... qui n'estoient point si bien acoustrez que ceulx de dedans Paris pour la longue paix qu'ils avoient eue, COMM.I, 8Les mieulx parés et acoustrez qui pourroient estre, COMM.II, 4Luy fist faire quatre grosses nefz qu'il luy fist acoustrer au port de la Vere [Hollande], COMM.III, 6XVIe s. Ils leur permettoient d'accoustrer leurs cheveux et embellir leurs armes et leurs habillemens, AMYOTLyc. 46Pisistratus donna à entendre que ce avoient esté ses ennemis, qui l'avoient ainsi mal accoustré [blessé], AMYOTSol. 63Il fit aussi accoustrer et fortifier le fort de Piraee, AMYOTThém. 38Toutes sortes de viandes exquisement accoustrées, AMYOTLucull. 80Ses gens lui avoient fait accoustrer à disner, CARL.III, 12Berry, accoustrer (l's se prononce) ; bourguig. écoutrai ; provenç. acotrar. Mot d'origine obscure. Sylvius le tire de adconsternere ; Caseneuve, de cultellatus qui, dans le moyen âge, a signifié plissé, vestis cultellata, habillement plissé, et, de là, habillement en général ; mais rien n'indique que ce mot ait passé dans la langue vulgaire. D'autres le tirent de cotte, jupe, ancien allemand chozza. Génin le tire de coustre, cuistre, custos : Accoutrer, dit-il, c'est arranger, mettre en ordre, comme faisoit le coustre des ornements de l'église. On peut penser, à cause du sens et de l'orthographe, à coudre, cousu, cousture ; et Diez a donné cette étymologie. Il y a pourtant une objection : c'est le provençal acotrar, qui, dans cette hypothèse, devrait être acostrar. Il faut remarquer que les exemples cités par Raynouard appartiennent seulement à la Chronique des Albigeois, écrit qui est du XIIIe siècle ; on pourrait supposer qu'il est venu du français dans le provençal : mais cela n'est qu'une conjecture, et l'étymologie de accoutrer reste incertaine.
(a-kou-treur)s. m.
Ouvrier tireur d'or qui resserre et polit le trou de la filière.Accoutrer.
(a-kou-tré, trée)part. passé.
Femme simplement accoutrée.Fig. Accoutré de toutes pièces, maltraité en paroles ou en actes.
(a-kou-tu-man-s')s. f.
Action de s'accoutumer. La jeunesse change de goûts par l'ardeur du sang, et la vieillesse conserve les siens par l'accoutumance, LAROCHEF.Réfl. 109C'est une marque de l'accoutumance au péché, que de pécher sans remords, BOSSUETHabit. 1Lorsque J. C. a assuré que son joug était doux et léger, il nous a ordonné en même temps de le porter chaque jour : l'onction est attachée à l'accoutumance, MASS.Carême, Salut.L'accoutumance ainsi nous rend tout familier, LA FONT.Fab. IV, 10" Ce mot, dit Bouhours, qui commençait à vieillir du temps de Vaugelas, s'est rétabli peu à peu ; on le dit et on l'écrit tous les jours. " Cependant Marg. Buffet, Observ. p. 60, en 1668, remarque que c'est un méchant terme qui ne se dit plus. Aujourd'hui, il est de nouveau devenu peu usité ; mais il n'est pas perdu, et ce serait en effet dommage de le perdre.XIIIe s. Il ne s'en pooit pas tenir Qu'il ne lui portast reverence Par la force d'accoustumance, la Rose, 6268XIVe s. Les autres par malvese acoustumance, les autres pour la très grant malice et perversité de leur nature, ORESMEEth. 203Et est telle qualité acquise par estude ou par acoustumance, ORESMEib. 32Convient que l'ame de l'auditeur soit preparée par bones acoustumances à ce que elle se delette et esjoisse en bien, ORESMEib. 325XVe s. Urbain VI voult retrancher aux cardinaux plusieurs choses de leur droit et outre leurs acoustumances, FROISS.II, II, 48XVIe s. Elle gaigna cela par l'accoustumance qui...., MONT.I, 105Accoutumer ; picard, acoutumanche ; provenç. acosdumnansa ; ital. accostumanza.
(a-kou-tu-mé)
Faire prendre une coutume. Vous avez accoutumé votre fils à ne point vous cacher ses secrets. Accoutumer un taureau à la charrue. Accoutumer un État libre à la servitude. Il accoutuma ses troupes à.... La bonne éducation des enfants qu'on accoutumait à l'obéissance, au travail, à la sobriété, à l'amour des arts ou des lettres, FÉN.Tél. IIAccoutumez vos peuples à suivre inviolablement les règles, FÉN.ib. IIID'autres peuples, profitant de votre imprudence, attirent chez eux les étrangers et les accoutument à se passer de vous, FÉN.ib.Il trouve moyen de nous apaiser, de nous accoutumer insensiblement au discours de sa passion, MOL.Préc. Rid. 5Et l'indigne prison où je suis renfermé, A la voir de plus près m'a même accoutumé, RAC.Baj. II, 6La main qui vous opprime et que vous soutenez, Les accoutume au joug que vous leur destinez, CORN.Sert. III, 2Avoir accoutumé, v. n. (Usité seulement aux temps composés : j'ai accoutumé, j'aurai accoutumé, que j'aie accoutumé, que j'eusse accoutumé ; il veut, avec un infinitif, la préposition de) Avoir coutume. Il cite ce passage selon les Septante, comme il avait accoutumé, BOSSUETHist. II, 7Les hommes n'ayant pas accoutumé de former le mérite, PASC.Rel. 51Je n'ai point accoutumé de dissimuler mes défauts, CORN.Ex. d'Hor.La colère du roi, comme dit Salomon, Est terrible, et surtout celle du roi lion ; Mais ce cerf n'avait pas accoutumé de lire, LA FONT.Fab. VIII, 14Allez, monsieur, on voit bien que vous n'avez pas accoutumé de parler à des visages, MOL.Mal. im. III, 6Comme les rois, par grandeur et par dignité, ont accoutumé de traiter leurs grandes affaires par l'entremise de leurs ministres, FLÉCH.Panég. I, 279Ils sont accablés d'un fardeau qu'ils n'ont pas accoutumé de porter, FLÉCH.ib. II, 354Quelles précautions n'avait-il pas accoutumé de prendre !, FLÉCH.Letell.Je ne sais ; mais vous n'avez pas accoutumé d'être ainsi, BRUEYSle Muet, III, 2Les animaux qui ont accoutumé de ne sortir que pendant la nuit, FÉN.Tél. XVIIIThalès avait accoutumé de remercier les dieux de trois choses : d'être né raisonnable plutôt que bête ; homme plutôt que femme ; grec plutôt que barbare, FÉN.Philosoph. Thalès.L'ambition dont il était dévoré se trouvant jointe à une vanité excessive, il prit le chemin qu'ont accoutumé de tenir ceux qui affectent la tyrannie, VERTOTRév. rom. VII, 217L'avocat ou conseil qu'on avait accoutumé de donner aux accusés, VOLT.L. XV, chap. 42Une terre sur laquelle nous avions accoutumé de lever le cens, MONTESQ.Esprit, XXX, 15Les vierges avaient accoutumé de laver leurs robes d'écorce dans ce lieu, CHATEAUB.Atala, 235En ce sens, accoutumer prend aussi pour sujet un nom de chose. La connaissance des premiers principes n'a pas accoutumé d'être appelée science, DESC.Rép. 2Mes lettres n'avaient pas accoutumé de se suivre de si près ni d'être si étendues, PASC.Prov. 16Construit ordinairement avec l'auxiliaire avoir, il peut prendre aussi l'auxiliaire être :On est accoutumé de se laisser aller au péché par les caresses des femmes, PASC.Prov. 15Le soin qu'on eut de garnir la salle d'une foule de docteurs, moines et mendiants, qui n'étaient pas accoutumés de s'y trouver, fit dire à Pascal...., VOLT.L. XIV, chap. 37Cette solitude, il [le duc d'Orléans] était trop accoutumé du bruit pour la pouvoir supporter, SAINT-SIMON326, 19Des grammairiens ont signalé comme une locution vicieuse l'emploi de l'auxiliaire être ; on voit que de très bons auteurs s'en sont servis, et il ne peut y avoir aucun scrupule à s'en servir aussi après eux.On remarquera que, neutre, ce verbe n'est employé qu'aux temps composés ; mais il n'en faut pas conclure qu'il ne soit pas verbe neutre ; l'emploi que nous en faisons de cette manière n'est qu'un débris de l'ancien usage, suivant lequel accoutumer pouvait être neutre aux temps simples comme aux temps composés (voy. HISTORIQUE).S'ACCOUTUMER, Contracter une habitude. S'accoutumer aux armes. Il s'était accoutumé à se contenter de peu. Une volonté indocile qui ne peut s'accoutumer au joug, BOURD.Pensées, t. II, p. 74Ses yeux même pourront s'accoutumer aux miens, RAC.Bérén. III, 2Ah ! ma soeur, puisqu'enfin mon destin éclairci Veut que je m'accoutume à vous nommer ainsi...., CORN.Hér. III, 1Bientôt on s'accoutume à des maîtres nouveaux, VOLT.Irène, v, 6Descends du haut des cieux, auguste vérité, Que l'oreille des rois s'accoutume à t'entendre, VOLT.Henr. IComment avez-vous pu vous accoutumer au secret dans une si grande jeunesse ?, FÉN.Tél. IIIIls deviendraient comme un homme qui a de bonnes jambes et qui, perdant l'habitude de marcher, s'accoutume enfin au besoin d'être toujours porté comme un malade, FÉN.ib. VIIIMais du nom des Césars Rome toujours charmée, Sous un si noble joug s'est trop accoutumée, M. de NéronV, 1S'accoutumer veut d'ordinaire à avec l'infinitif ; mais on dit aussi de. On s'accoutume de donner, comme le monde, à toutes les passions, des noms adoucis, MASS.Conf. Fuite du monde.Il vous importe de vous accoutumer de bonne heure de haïr l'injustice, VOIT.Lett. 9S'accoutumer avec. Il a eu beaucoup de peine à s'accoutumer avec ce voisin que le hasard lui a donné. Il faut s'accoutumer de bonne heure avec ces sortes d'idées, si l'on veut se les rendre familières.S'ACCOUTUMER à, S'ACCOUTUMER AVEC. On emploiera de préférence avec, quand s'accoutumer s'approchera du sens de se familiariser. On s'accoutume avec quelqu'un, quand on se fait à ses manières. S'accoutumer avec le péril, c'est devenir familier avec le péril et en faire une sorte de connaissance ; s'accoutumer au péril, c'est, y étant souvent exposé, le considérer comme une chose habituelle et qui ne surprend plus. S'accoutumer avec exprime donc quelque chose de plus intime, de plus étroit.XIIIe s. En leur terres n'est il mie accoustumé que il le facent, VILLEH.94Il apartient au bailli savoir quix avocas acoustument à pledier par devant lui, BEAUMANOIRV, 19Nous n'avons pas accoustumé que homs de poesté face procureur, BEAUMANOIRib. 86Li tiers ensoines si est, s'il est acoustumés de maladie qui vient soudainement, BEAUMANOIRLXI, 6Si vous prie je pour l'amour de Dieu premier et pour l'amour de moi, que vous les acoustumez à laver [les pieds aux pauvres le jeudi saint], JOINV.195XIVe s. Il prouva son entencion par le commun parler acoustumé, ORESMEEth. 28Nulle chose ne se peut acoustumer au contraire de ce qu'elle a de nature, ORESMEib. 33XVe s. Si alla en Jherusalem au pelerinage du saint Sepulcre, qu'il visita très devotement, et aussi fut par tous les saints lieux accoustumés, Bouc. I, 15C'est chose assez accoustumée que...., COMM.Prol.Car ainsi estoit-il accoustumé de parler, COMM.I, 3Les Suisses ont tant acoustumé l'argent dont ils avoient petite connoissance par avant, que...., COMM.VI, 4XVIe s. Les cerimonies qu'on avoit accoustumé en telles choses, MONT.I, 17J'ai accoustumé de considerer, MONT.I, 58Pratiquons le, accoustumons le [accoutumons-nous-y], MONT.I, 76Accoustumer les hommes à...., MONT.I, 80S'accoustumer à vivre d'araignées, MONT.I, 106Sa femme, le bienveignant de ses criailleries accoustumées, MONT.III, 127Ils n'estoient pas accoustumez de prendre en bonne part les remontrances de gents armez, MONT.IV, 21La jument accoustumera l'asnon [s'habituera à le nourrir], O. DE SERRES311Numa vouloit accoustumer ses gens à ne servir ni ne parler point aux dieux en passant, AMYOTNuma, 25Les maux qui ont accoustumé de travailler les hommes, AMYOTib. 32La chambre où ils avoient accoustumé de coucher estoit au plus haut estage, AMYOTPél. 65Tu es tout accoustumé à.... là où, quant à moi, je n'ai point accoustumé de...., AMYOTCat. 18Il s'acoustuma à estre toujours le premier à l'aller et le dernier à retourner, AMYOTPhil. 5Accoustumez de rejeter, LANOUE44À et coutume ; bourguig. écoutumé ; provenç. acostumar ; espagn. acostumbrar ; ital. accostumare.
(a-kou-tu-mé, mée)part. passé et adj.
Qui a pris une habitude. Accoutumé à la guerre. Accoutumé, dès la jeunesse, aux luttes populaires. Tribu accoutumée à vivre sous les armes. Peu accoutumé à entendre la vérité. Une âme accoutumée aux grandes actions Ne se peut abaisser à des soumissions, CORN.Cid. II, 7Vous irritez un roi dont vous voyez l'armée Nombreuse, obéissante, à vaincre accoutumée, CORN.Nic. III, 2Vos maux sont accoutumés désormais à ces divins remèdes, MASS.Recherch.Nourri dans l'abondance, au luxe accoutumé, VOLT.Henr. XÀ ces viles grandeurs ton âme accoutumée, VOLT.Fanat. I, 4Mon âme à la vengeance est trop accoutumée, VOLT.Orphel. V, 4Ma raison, chaque jour, s'y voit accoutumée, VOLT.Zaïre, I, 1Accoutumé à vivre de peu, FÉN.Tél. VPassé en habitude, habituel, ordinaire. A l'heure accoutumée. Cérémonies accoutumées. Cela a manqué à la fortune accoutumée de César. Reprends auprès de moi ta place accoutumée, CORN.Cinna, V, 3Forme accoutumée, CORN.Othon, III, 4Au milieu d'un petit nombre de témoins domestiques et accoutumés, le personnage cesse, et l'homme prend sa place, MASS.Or. fun. Madame.À l'accoutumée, À l'ordinaire, comme de coutume. Me promenant un jour, à l'accoutumée, BALZ.le Prince, avant-proposVous agirez donc à l'accoutumée, par le seul sentiment de la vertu, BALZ.liv. VIII, lett. IVLe pape n'osa recevoir l'hommage annuel du royaume de Naples, que le connétable Colonne se préparait à lui rendre à l'accoutumée, SAINT-SIMON96, 22Il [le P. Tellier] ne me parla plus pour cet emploi, mais d'ailleurs toujours à son accoutumée, SAINT-SIMON369, 129David jouait de la harpe devant Saül comme à l'accoutumée, VOLT.Phil. IV, 315Nous entrons enfin dans la grotte dont il tient la clef ; tout s'y passe comme à l'accoutumée, ARNAULTle Sexagénaire, t. III, p. 232
(a-kou-é, ée)part. passé.
Attaché par la queue. Chevaux accoués ensemble.
(a-kkrè-ssan, san-te)adj.
Se dit, en botanique, des parties de la fleur, autres que l'ovaire, qui prennent de l'accroissement après la fécondation.Accrescens, de accrescere (voy. ACCROÎTRE).
(a-kro ; le c ne se lie jamais : Un accroc à la robe ; dites un a-kro à la robe. Au plur. des akro, ou, suivant d'autres, des a-krô)s. m.
Déchirure faite par ce qui accroche, un clou, une épine, etc. Votre robe a un accroc.Ce qui accroche. J'ai rencontré un accroc qui a déchiré mon habit.Fig. Ce qui retarde, ou empêche la conclusion d'une affaire, d'une entreprise, etc. Cette négociation allait bien, mais il est survenu un accroc. Il [le diable] emporte polichinelle ; Autre accroc fait à la douleur [nouvelle distraction], BÉRANGERLes Nègres.À et croc.
(a-kro-cha-j')s. m.
Terme d'exploitation houillère. Jonction des galeries de roulage avec les puits d'extraction, où l'on accroche les cuffats.Chambre d'accrochage, même sens.Chargeur à l'accrochage, ouvrier occupé à la manoeuvre des berlines ou chariots au fond du puits.
(a-kro-ch')s. f.
Difficultés, retardements qui arrivent en quelque affaire. M. le chancelier peut venir à Lyon pour éviter toutes les accroches qui arriveront s'il n'y est point [dans le procès de Cinq-Mars], RICHELIEULettres, etc. 1642, t. VII, p. 26Les oppositions à ce décret sont les accroches qui retarderont longtemps notre payement, FURETIÈRE
s. m.
Petite mèche de cheveux en boucle plate sur la tempe. Des accroche-coeur.
(a-kro-che-pla)s. m.
Suspension formée de petites bandes métalliques croisées et terminées en crochet, pour exposer les faïences et porcelaines à plat le long d'un mur.
(a-kro-che-man)s. m.
Action d'accrocher. L'accrochement de deux voitures.Fig. Difficulté, embarras. Bien des accrochements survinrent dans cette affaire.XVIe s. Afin de bien faire entendre à Sa Majesté toutes les difficultés et accrochements qui s'y estoient presentés [à la conclusion de la paix], CARLOIXVII, 22Accrocher.
(a-kro-ché)v. a.
Attacher, suspendre à un crochet, à quelque chose de crochu. Accrochez ce tableau au clou qui est à la muraille. Le hasard a-t-il accroché, par un concours d'atomes, les parties du corps avec l'esprit ?, FÉN.Exist. 45Arrêter en perçant, en déchirant. Prenez garde à ce clou, il accrochera votre habit. Les buissons accrochent la laine des brebis.En termes de marine, accrocher un vaisseau, y jeter les grappins pour en venir à l'abordage.Arrêter, heurter une voiture avec le moyeu d'une autre, qui en passe trop près. Cette charrette va accrocher votre voiture. D'un carrosse en tournant il accroche une roue, BOILEAUSat. VI. Ce cocher est maladroit, il accroche souvent.Fig. Embarrasser, retarder. Les bâtards ne songèrent plus qu'à embarrasser et accrocher l'affaire, SAINT-SIMON466, 1115Attirer à soi une personne, gagner, obtenir quelque chose. À force de démarches il a accroché une bonne place. D'Huxelles accrochait de jeunes officiers qu'il adomestiquait, SAINT-SIMON116, 7Sa rivale n'avait pas manqué de l'accrocher de conversation, HAM.Gram. 7S'accrocher, Votre habit va s'accrocher à ces ronces. Les atomes s'accrochent ensemble. Nos braves s'accrochant se prennent aux cheveux, BOILEAUSat. IIIFig. S'accrocher à tout, faire tout ce qu'on peut pour se soutenir. S'accrocher à quelqu'un, s'attacher à la fortune de quelqu'un. L'amour-propre s'accroche à tout, BOSSUETObl. 2Nous tenons à tout, nous nous accrochons à tout, J. J. ROUSS.Ém. IICette âme simple qui ne cherche qu'à s'accrocher à ce qui l'environne, J. J. ROUSS.Hél. I, 64Ce vilain et dangereux escargot [l'abbé de Vaubrun] se produisit à la cour et chercha à s'y accrocher, SAINT-SIMON78, 4XIIIe s. As autres choses que son aversaire aura dittes, responde le miaus [mieux] que il saura, sanz ce que il s'acroche à prover autrement que par sa saisine et sa teneure, Ass. de Jer. 110Coveitise ne sait entendre à riens qu'à l'autrui acrochier, la Rose, 192Et s'ele [la femme] plusors en acroche [hommes], Gart, comment que la chose cueure [coure], Qu'ele ne mete à deus une heure, ib. 13805Qui en porroit ung [bouton] acrochier, Il le devroit avoir moult chier [cher], ib. 1659XVe s. Si [ils] les jetoient [les crocs] dedans les nefs de l'une à l'autre, et les acrochoient ensemble, FROISS.I, I, 121XVIe s. Les puissans accrochent tous jours sur leurs poures voysyns, PALSGR.p. 417Accroc ; bourguig. écrôché.
(a-kro-ché, chée)part. passé.
Son manteau resta accroché. Accroché à des ronces, à un clou. Voiture accrochée par une charrette qui la renverse. Accroché à l'improviste par ce quidam, je voulais....Fig.Mais aux hommes par trop vous êtes accrochées, MOL.Amph. II, 5Arrêté, empêché. Notre procès demeura accroché jusqu'à l'hiver suivant, SAINT-SIMON26, 49
(a-kroi-r'. D'après Vaugelas on prononçait de son temps accraire. Un dictionnaire de 1786 indique les deux prononciations, a-krè-re et a-kroi-re)v. a. usité seulement à l'infinitif et avec faire.
Faire accroire, faire croire ce qui n'est pas vrai. Non qu'il y fût par un désir de gloire, Comme possible alors il vous l'a fait accroire, MAIRETSol. II, 2Quand on voudrait faire accroire une chose fausse, PASC.Prov. 9J'aurais assez d'audace pour faire accroire à votre père que...., MOL.l'Avare, II, 4, 1On lui fera accroire toutes choses, dès qu'elles seront à sa louange, BOURD.Pensées, t. II, p. 229Faire accroire à tout un peuple que ce sont là les livres anciens, BOSSUETHist. II, 13En faire accroire, conter des sornettes à quelqu'un, le tromper par de belles paroles. Ce n'est pas vous, Monseigneur, à qui on en peut faire accroire, BALZ.liv. VI, lett. VIS'en faire accroire, présumer trop de soi-même, s'attribuer un mérite qu'on n'a pas. Comme gens entendus [ils] veulent s'en faire accroire, RÉGNIERSat. IIVous savez mieux que personne au monde si je m'en fais accroire dans ce que je viens de vous dire, SCARR.Rom. com. 2e part. 14Je ne m'en fais pas accroire..., MARMONT.Cont. mor. I, 295XIIe s. Si idunkes fu ocis et al coeu [cuisinier] fu livrez ; Li keus manja le cuer ; quant li fu demandez, Fist al seignur acreire que senz cuer esteit nez, Th. le Mart. 31XIIIe s. Et li rois li carga [lui chargea] sa lettre de proiere et d'acroire, s'il en avoit mestier, Chr. de Reins, 244Nus ne vos devoit tant deçoivre, Que ne deüssiez aperçoivre Qui mensonge vous fait acroire Et qui vous conte chose voire, Ren. 13709XVe s. Adonc fit le comte de Bouquinghen asavoir parmi la cité que, si ses gens avoient rien acru [pris à crédit], on se traïst avant, et on seroit payé, FROISS.II, II, 83Et quand à l'accroire [à faire crédit] on ne leur faisoit bonne chere, ils disoient : Que nous demandez-vous ? encore vaut il trop mieux que nous despendons les biens de ce pays que les François les trouvent et aient aise, ID.II, II, 36Je irai ; mais il fait mal d'accroire ; Ce savez-vous bien à l'estraine, le PatelinXVIe s. Ferons nous accroire à nostre peau que les coups d'estriviere la chatouillent ?, MONT.I, 301Les propres condamnations sont tousjours accrues, les louanges mescrues, MONT.IV, 34Ilz ont feinct d'avoir communication avec les dieux, fiction utile et salutaire à ceulx mesmes à qui ilz le faisoient à croire, AMYOTNuma, 8Numa leur faisoit à croire qu'il avoit veu quelques visions estranges, AMYOTNuma, 13C'estoient hommes qui pouvoient facilement persuader et faire à croire tout ce qu'ilz vouloient, AMYOTCaton, 47Les armes prent, et d'un hardy courage Passe les monts pour venger cest outrage ; Cent ans d'accru [pris à crédit] à une heure se paye, J. MAROTV, 87À et croire ; Berry, accreire et ancreire ; wallon, acreûre, faire crédit (comme dans Froissard) ; provenç. acreire ; espagn. acreer. La langue ancienne a souvent confondu acroire avec à croire, écrivant faire acroire ou faire à croire, surtout dans un temps où les accents n'existaient pas ; mais il est certain qu'il y a eu un verbe acroire, et qu'il vaut mieux écrire dans les anciens textes faire acroire que faire à croire.
(a-kroi-se-man)s. m.
Action de croître, de pousser. L'accroissement de nos corps. L'accroissement des plantes. Pendant que Bernard plante et arrose, Dieu donne l'accroissement, FÉN.t. XVII, p. 237Plantons, arrosons, et laissons au Seigneur l'accroissement, MASS.Incarn.Plus ces membres croissent et se fortifient, plus le corps prend d'accroissement et acquiert de force, BOURD.Pensées, t. II, p. 314Le faon ne quitte pas sa mère dans les premiers temps, quoiqu'il prenne un assez prompt accroissement, BUFF.Cerf.Augmentation, agrandissement, extension. L'accroissement du fleuve. Un conquérant enflé de l'accroissement de son empire. De perpétuels accroissements d'honneur et de gloire. Les accroissements successifs de la Russie. Les soucis accompagnent l'accroissement de la fortune. La gloire de Turenne reçut un nouvel accroissement. Une reine, si grande par tant de titres, le devenait tous les jours par les grandes actions du roi et par le continuel accroissement de sa gloire, BOSSUETMarie-Thérèse.Le Seigneur, éloigné de ce lieu saint par vos profanations, ne donne plus l'accroissement à nos travaux, MASS.Car. Respect, temples.L'indulgence d'Auguste en fait l'accroissement [de ce mal], TRISTANMort de Chrisp. IV, 1Tant cette doctrine reçoit d'accroissement par le temps, PASC.Prov. 13Demandons à l'esprit de Dieu qu'il anime nos discours et qu'il nous porte par sa grâce à un accroissement de vertus que nous remarquons dans ce saint, FLÉCH.Panég. II, 180En voyant les accroissements de ces pernicieuses doctrines, FLÉCH.ib. II, 217Ces accroissements de charité que la grâce produit dans les coeurs dociles, FLÉCH.ib. II, 469Terme de droit. En parlant d'une chose, d'une valeur, d'un fonds territorial, action par laquelle cela accroît au profit du possesseur. Les terres que l'atterrissement ajoute à un rivage appartiennent au propriétaire par droit d'accroissement.En minéralogie, accroissement des cristaux, propriété des cristaux de se grossir sans changer de forme.XIIIe s. Tels miracles comme vous avez oï, et tel acroissement à l'empire de Constantinople fist nostre Sires as chrestiens à celui termine, H. DE VAL.X.XIVe s. La congnoissance de ceste fin donne grant aide et grant acroissement de bien à vie humaine, ORESMEEth. 2Une de celles puissances ou vertus est cause de nourissement et de acroissement, ORESMEEth. 30Par convivre et converser avecques les bons est faitte une exercitation et accroissement de vertu, si comme disoit le poete Theognis, ORESMEEth. 284Puissance augmentative par quoy est fait acroissement, ORESMEib. IX, 15XVIe s. Arminius qui seul empeschoit l'accroissement de la domination en ces contrées-là, MONT.III, 236Ce n'estoit pas un petit accroissement de forces et d'authorité, AMYOTPhil. 25Accroître ; provenç. acreisemen ; espag. acrecimiento ; ital. accrescimento.
(a-krou-pi, pie)part. passé.
Assis sur ses talons. Accroupi auprès du feu.En termes de blason, se dit des animaux assis.
(a-krou-pir)v. réfl.
S'asseoir sur les talons. La vieille s'accroupit auprès du feu.Chacune sur le cul au foyer s'accroupit, RÉGNIERSat. XXIIIe s. Quand il est à l'eve venus, Si s'acropi por soi laver, Ren. 5852Desus Renart s'est acroupiz : Haï ! fait-il, com sui traïz !, Renart, 7793XIVe s. Ay, Dieux ! ce dit Pietre, voi me ci acroupi ; Je serai atrappé, et si ai tant fuï, Guesclin. 16413Quele ribaudaille sont ceux-là qui nous veullent acroupir ?, CARPENTIERt. I, col. 49XVIe s. Logez pesle mesle plusieurs ensemble dessoubs petites tentes et cabannes estouffées, demourans accroupis tout le long du jour, sans pouvoir rien faire, AMYOTPéric. 66Je luy ay appris à faire acroupir le chapeau à ses perruques, D'AUB.Conf. II, 1Renjeunissez, saillez de vos cavernes, Vieux accroupis, par aage exanimés, MAROTII, 232À et croupir ; bourguig. écrepi ; provenç. acropit, vil, avili.
(a-krou-pi-se-man)s. m.
État d'une personne accroupie.Accroupir.
(a-kroi)s. m.
En parlant d'une plante, Facilité à croître.XVIe s. Il bordera ses allées d'arbres, de ceux qui seront de plus facile accroist, et de plus grand profit et plaisir, O. DE SERRES16
(a - kroî - tr'. Se conjugue comme croître : j'accrois, j'accrus, accroissant, accru. Un dictionnaire de 1786 donne pour prononciation akrê-tr', prononciation aujourd'hui tout à fait abandonnée ; il ne parle pas d'a-kroî-tr')
Donner de la croissance, de l'agrandissement, de l'extension. Accroître sa fortune. Cette ardeur d'accroître tous les jours son nom. Le royaume de Juda fut accru par de nouvelles conquêtes. Peut-être [ils] ne feroient qu'accroître mon malheur, RAC.Ph. V, 7Ne cours point à ta honte, et fuis l'occasion D'accroître sa victoire et ta confusion, CORN.Méd. V, 8Ils ont beau vers le ciel leurs murailles accroître, MALH.II, 12J'accroîtrai, s'il se peut, son rang et ses emplois, ROTROUBél. I, 2Accroître quelqu'un, lui donner plus de pouvoir, d'honneur. Ce prince avait tellement accru son ministre.... Je mourrai satisfaite après cet orgueilleux Sous qui César m'abaisse à force de l'accroître, ROTROUBélis. II, 17 Devenir plus grand. Son avidité accroît avec sa richesse.Vos dangers sont accrus, VOLT.Adél. IV, 5Mes désirs toutefois sont accrus de moitié, Depuis que j'ai connu votre ardente amitié, MAIR.Soph. IV, 1La beauté de l'infante était beaucoup accrue, LA FONT.Fiancée.En termes de droit, revenir au profit de quelqu'un. La part des absents accroît aux présents.S'accroître, Prendre de l'accroissement. Cette propriété s'est accrue entre mes mains. Rome s'accroît de la ruine d'Albe. Sa famille s'accrut d'une fille. Ton courage ne fera que s'accroître. Sa réputation s'accroissait de jour en jour. Mes ans se sont accrus, mes honneurs sont détruits, RAC.Mith. III, 5Cet amour s'est longtemps accru dans le silence, RAC.Mithr. I, 1Rome s'accroissait, mais faiblement, BOSSUETHist. I, 7Je sais qu'il [ton état] doit s'accroître, et que tes grands destins Ne se borneront point chez les peuples latins, CORN.Hor. I, 1Accroître, v. n. se construit avec l'auxiliaire avoir et l'auxiliaire être. Dans le premier cas on pense à l'acte d'accroissement ; dans le second, à l'état d'accroissement. Ses richesses ont accru par un heureux coup de bourse ; ses richesses sont accrues à un point incroyable.XIe s. Les humes le rei sont venu devant le rei David, si lui ont dit : Deus accreissed le num Salemun sur le tuen, Rois, 226E vit Judas et si frere que li mal sunt acreü en la terre, Machab. I, 3XIIIe s. Quant il furent acreü de gent, si s'esbaudirent plus et chevauchierent plus seürement que devant, VILLEH.155De chou [ce] que vous iestes accreü, est il biel [beau] à monseigneur, H. DE VAL.16La gent nostre seigneur va tousjours acroissant, Et li Turs orguillous forment amenuisant, Ch. d'Ant. VIII, 1350Li peuples comencha à accroistre, et guerres et maltalent furent commencié, BEAUMANOIRXLV, 31Vous en acrestroiz [accroîtrez] votre pris, Rom. de la PoireSe cist s'amie eüst creüe, Moult eüst sa vie accreüe, la Rose, 15970Guillaumes, par la grace de Dieu, rois des Romains et toudis acroisans, DU CANGEaugustus.XIVe s. Donques est delettacion bonne chose, car tout bien en est acreu, ORESMEEth. 296Encore acroist la misere par la memoire du bon temps passé, ORESMEib. 22XVe s. Naturellement la plus part des gens ont l'oeil ou à s'accroistre ou à se saulver, COMM.I, 9Il combattoit pour gens qui ne l'accreurent jamais, pour service qu'il leur fist, COMM.VIII, 9XVIe s. Les nuisibles herbes s'accroissans parmi, au vide qu'elles y treuvent, le suffoquent, O. DE SERRES113Provenç. acreisser ; espagn. acrecer ; ital. accrescere ; d'accrescere, de ad, à, et crescere (voy. CROÎTRE).
(a-kru, krue)part. passé.
Ses biens accrus par une sage économie. L'hérésie accrue par tant de factions et de cabales. Athènes par mon père accrue et protégée, RAC.Phèdre, II, 2.... accru de leurs soldats, Nous verrons notre camp grossir à chaque pas, RAC.Mithr. III, 1
(a-krue)s. f.
Agrandissement d'un terrain par le retrait des eaux, par l'extension des bois, etc.Maille qu'on ajoute à chaque rangée pour accroître la largeur d'un filet.XVIe s. Toutes accrues [terres envahies par les bois voisins] sont reputées vaines pastures, LOYSEL248Accroître.
(a-kré-di-té)v. a.
Mettre en crédit, en réputation. La probité est ce qui accrédite le mieux un négociant.Accréditer un ministre auprès d'un gouvernement étranger, l'en faire reconnaître.Donner cours, autoriser. Accréditer un bruit, une opinion. Cette crédulité était si accréditée que.... Des bruits trop répandus que la haine accrédite, B. CONSTANTWalstein, I, 4S'accréditer, Se mettre en crédit. Ce chef s'accrédite partout par son activité et son ardeur. Il savait combien il lui était important pour la conversion des infidèles de s'accréditer dans leurs esprits, afin qu'ils devinssent par là plus dociles à l'écouter, BOURD.Pensées, t. II, p. 195Prendre cours ou faveur. La chose s'accrédite. Les bruits de guerre s'accréditaient. Fausse opinion qui s'est accréditée. L'alchimie s'accrédita singulièrement durant le moyen âge. On dirait que, pour s'accréditer, La fable en sa naissance ait voulu l'imiter, L. RAC.Relig. IIIQuand ses disciples, s'apercevant que l'école de leur maître commençait à déchoir, et que celle de Jésus-Christ s'établissait de jour en jour et s'accréditait, BOURD.Pensées, t. II, p. 181À et crédit.ACCRÉDITER. Ajoutez :Accréditer un négociant auprès d'un autre, lui donner une lettre de crédit, SCHIEBE et ODERMANNCorresp. comm.
(a-kré-di-té, tée)part. passé.
En parlant des personnes. Banquier accrédité. Être accrédité au barreau. Le chef le plus accrédité parmi les huguenots. Gens peu accrédités. C'est un procès dont la perte doit causer un dommage irréparable ; il est entre les mains d'un juge accrédité dans sa compagnie, BOURD.Pensées, t. I, p. 15Il voit l'iniquité dominante, l'iniquité honorée, accréditée, toute-puissante, BOURD.ib. p. 32Son beau-père très accrédité auprès de Darius, BOSSUETHist. I, 8Et voyant contre Dieu le diable accrédité N'osent qu'en bégayant prêcher la vérité, BOILEAUÉp. XI Ambassadeur accrédité auprès d'une cour étrangère.En parlant des choses. L'opinion la plus accréditée est que.... C'est là une tradition accréditée. Bruits accrédités. La vérité, pour s'établir sur la terre, a souvent eu à combattre des erreurs accréditées qui, plus d'une fois, ont été funestes à ceux qui l'ont fait connaître, LAPLACEExp. V, 1
(a-kkré-man-ti-si-èl, è-l')adj.
Terme de physiologie. Génération accrémentitielle, celle qui consiste en ce qu'une partie organique, brisant les liens qui l'unissaient à l'individu par lequel elle a été formée et avec lequel elle ne formait qu'un primitivement, se développe en un individu distinct et en tout semblable à celui d'où elle procède. Cela a lieu dans beaucoup de végétaux et d'animaux inférieurs.Voy. ACCRÉMENTITION.
(a-kkré-men-ti-sion)s. f.
Terme de physiologie. Génération par accrémentition, phénomène caractérisé par la naissance d'éléments anatomiques entre ceux qui existent déjà et semblables à eux, à l'aide et aux dépens d'un blastème qu'ils ont fourni ou fournissent peu à peu ; d'où accroissement des tissus.Mot dérivé du latin accrementum, accroissement, de accrescere, accroître (voy. ACCROÎTRE).
(a-kkré-tion)s. f.
Terme de physiologie. Action de croître, de se développer.Accretio, de accrescere (voy. ACCROÎTRE).
(a-keull ; ll mouillées)s. m.
Action d'accueillir, réception que l'on fait à quelqu'un. Tout l'accueil qu'il lui fit, ce fut de lui tendre la main. Faire un brillant accueil à quelqu'un. On ne sentait point en l'approchant ces inquiétudes secrètes que forme le succès douteux de l'accueil, MASS.Dauphin.Grand roi, faites leur bon accueil, MALH.VI, 4Penses-tu que, plus vieille, en la maison céleste Elle eût eu plus d'accueil ?, MALH.VI, 18L'accueil gracieux qu'il recevait de vous, CORN.Hor. I, 3Et vos yeux la verront, par un superbe accueil, Immoler à vos pieds sa haine et son orgueil, CORN.M. de Pomp. IV, 3Lui faire tout le meilleur accueil qu'il vous sera possible, MOL.l'Av. III, 5Vous ne me dites rien ? quel accueil ! quelle glace !, RAC.Brit. II, 6Quel est l'étrange accueil qu'on fait à votre père ?, RAC.Ph. III, 5être d'un bon accueil à tout le monde, FLÉCH.Serm. II, 311Elle m'a fait sentir à ce premier accueil Autant d'humanité qu'Assur avait d'orgueil, VOLT.Sém. II, 1... je n'attendais pas l'accueil que je reçois, CRÉBRhad. I, 3Faire accueil, se dit toujours en bonne part et signifie faire une réception civile et honnête. A quel étrange office, amour, me réduis-tu ? De faire accueil au vice et chasser la vertu !, ROTROUVencesl. I, 2Mon accueil, son accueil, leur accueil, signifie d'ordinaire l'accueil que je fais, qu'il fait, qu'ils font. Mais il s'est pris aussi quelquefois au sens passif pour l'accueil que je reçois, qu'il reçoit, qu'ils reçoivent. Quoi que notre faible pouvoir En votre accueil ose entreprendre, MALH.III, 1XIIe s. Les douze pairs a mis en mal acuel, Rom. de Roncevaux dans DU CANGE, colligereXIIIe s. Mais que vous n'i soiez que troi ; Et soit avec vous Bel-acueil, la Rose, 15202XVe s. Quant plaisance lui monstrera à l'ueil Gente beauté pleine de doulx acueil, CH. D'ORL.IAccueillir ; provenç. acuelh. L'orthographe de ce mot est restée celle de l'ancienne langue où notre son eu était exprimé par ue ; ce qui l'a maintenue, ce qui a empêché que ue ne devînt eu comme dans les autres cas, ce fut la nécessité de laisser au c le son d'un k. Mais l'orthographe actuelle n'en demeure pas moins fautive, puisque la combinaison ue n'a plus le son de eu. On remédierait à cet inconvénient en écrivant acoeuil comme coeur, ou acoeil comme oeil.
(a-keu-llan, llan-t' ; ll mouillées, et non a-keu-yan)adj.
Qui fait bon accueil. Accessible, accueillant, honnête, FLÉCH.Letell.C'était [le duc de Berry] le plus beau et le plus accueillant des trois frères, SAINT-SIMON356, 196Je me représente notre prélat avec cet air affable et serein, toujours accessible, toujours accueillant...., MASS.Villars.
(a-keu-lli, llie ; ll mouillées, et non a-keu-yi)part. passé.
Bien accueilli partout. Il fut accueilli du nonce. Mal accueilli par son maître. Accueilli par les huées de la foule. Le vaisseau accueilli par l'orage. Les propositions les plus cruelles étaient les mieux accueillies.
(a-keu-llir', ll mouillées, et non a-keu-yir. Se conjugue comme cueillir : accueillant, accueilli, j'accueille, j'accueillis, j'accueillerai)v. a.
Recevoir bien ou mal une personne ou une chose. Accueillir quelqu'un chez soi. Il m'accueillit avec bonté. Nulle part la députation ne fut bien accueillie. Ils accueillirent favorablement ces ouvertures. Les paroles de l'orateur furent accueillies avec des acclamations. Ce discours fut bien accueilli par le peuple. Accueillir légèrement une médisance, une accusation. Accueillir avec chaleur une idée. Jamais son père ne l'accueillit [l'enfant prodigue] avec plus de douceur ni plus d'affection ; jamais il ne parut plus sensible pour lui, BOURD.Pensées, t. I, p. 285Accueillir, sans adverbe ou locution adverbiale qui le modifie, signifie toujours bien accueillir. Accueillir une proposition. Ils accueillaient cet espoir de liberté. J'ai daigné dans ces lieux D'une femme plaintive accueillir la prière, BRIFAUTNinus II, III, 4On m'accueille, on me flatte, VOLT.Mér. III, 4On y voit avec joie, on accueille, on honore Tous ceux qu'à votre nom le zèle attache encore, VOLT.Tancr. III, 1Et toi, Marseille, assise aux portes de la France, Comme pour accueillir ses hôtes dans tes eaux...., LAMART.Harm. A l'acad. de Marseille.Accueillir, en parlant d'événements fâcheux qui surviennent. Nous fûmes accueillis de la tempête à la sortie du port. Un feu meurtrier accueillit le régiment. Depuis que cette tache eut obscurci ma vie, Il n'est point de malheur qui ne m'ait accueillie, MAIR.Soph. I, 2Bouhours dit : " Ce verbe est presque passé ; on ne s'en sert plus en bonne part. On pourrait encore l'employer en mauvaise part dans le figuré : Accueilli de toutes sortes de malheurs. " Et Th. Corneille, approuvant, ajoute qu'au lieu de : Il a été favorablement accueilli, on dit : Il a été bien reçu. Le fait est qu'on ne trouve pas souvent accueillir au sens actuel dans les auteurs du siècle de Louis XIV ; mais le fait est aussi que accueillir est rentré dans la plénitude de l'usage.XIe s. Les aquillit et tempeste et oret, Ch. de Rol. 53XIIe s. Droit vers Espaigne [il] a sa voie acoillie, Ronc. 89Donc se sont enbrunchié li quatre forsené, N'acuilent ses salus, ne ne l'ont salué, Th. le Mart. 139L'arcevesques Thomas sovent le mercia De son bel acuilleir, et que tant l'onura, ib. 58De saint Jame par Flandres son chemin [il] acuilli, ib. 51Sire, fait il, pur Deu, nel faites pas ainsi ; Laissiez ester cel plait, qu'avez ore acuilli, ib. 42Lor agait mettent dedens un val parfunt ; La proie acollent et à val et à munt, Raoul de C. 230S'avec ces biens [beauté et courtoisie] acuilliez felonie, Vostre fin cuer en feriez blasmer, Couci, XXXIIIe s. Tybert a laissié le plaidier ; Si aqeut [prend] l'andoille à mangier, Ren. 2390Lietard, qui plus celer ne veut, Ne se targe que il n'aquelt [aborde] Le garçon que il doute et crient, ib. 16388En vostre foi, car dites ore Qui est li pires ne li mieudre ; Chascun se velt as bons acueudre, ib. 8534Il convient faire preuve comment il puisse acuillir la preuve à soi, quand besoin lui est, Ass. de Jér. 109Je n'acueill le congié sans la paie de ce que voz me devez, ib. I, 210Me gart l'heür que beste m'y aient acueilloite, Berte, 29Un grant cerf ont trové, celui ont acueilli [se sont mis à sa poursuite], ib. 108Chapelez ont de fleur vermeille Qui trop est bele à grand merveille, Quant ele est freschement cueillie ; Mais quant li chauz l'a acueillie, Tost est morte, matie et mate, RUTEB.II, 31Si sont il mort [je les tuerai], s'il ne m'acoillent, la Rose, 11206Quant il ot aqueillie sa praie [proie]...., JOINV.272Pour accueillir moi et mes successeurs en leur priere, DU CANGEadcolligere.XIVe s. Jehan coustelier se alloua ou accueilli à un maistre du dit mestier, DU CANGEib.XVe s.Sur le point du jour ils vinrent devant Courtray, accueillirent, entour soleil levant, toute la proie de là environ, FROISS.I, I, 107XVIe s. Quand les Romains se perforçoient de gravir contre mont, ilz estoient accueilliz de force coups de dard et de trait qu'ilz leur donnoient de çà et de là par les flancs, AMYOTFlam. 5La bouche de la riviere du Rosne avoit accueilli tant de vase et si grande quantité de sable, que les ondes de la mer y amassoient et entassoient, que...., AMYOTMarius, 25A Aubigné s'accueillent [se joignent] trente gentilshommes ou capitaines, D'AUB.Hist. II, 449Wallon, acoï, assaillir ; provenç. acuelhir ; catal. acullir ; ital. accogliere ; de accolligere, de ad, à, et colligere (voy. CUEILLIR). L'italien est le seul qui ait été fidèle à la conjugaison latine ; les autres ont changé la conjugaison de 3e en 4e : accolligire pour accolligere. Le vieux français qui avait un infinitif acueudre, akeudre, le tirait par contraction de accolgere, d'où une conjugaison qui se suivait sur ce type.ACCUEILLIR. Ajoutez :En Saintonge, accueillir un domestique, se dit pour louer un domestique, faire le marché de louage.
(a-kul)s. m.
Lieu où l'on est acculé, qui n'a point d'issue. Les voleurs, poussés dans un accul, y furent pris.Fig.Pontchartrain fut fort blâmable de n'avoir point senti de quel accul de fortune il [Pelletier] l'avait tiré, SAINT-SIMON59, 140Le fond du terrier où les chiens poussent les renards, les blaireaux, etc. Le renard est à l'accul.En termes de marine, une espèce de crique trop petite pour les grands bâtiments.En termes d'artillerie, piquets qu'on enfonce en terre pour empêcher le recul du canon.À et cul.
(a-ku-le-man)s. m.
Action d'acculer, au propre et au figuré. Je le laissai dire [le duc d'Orléans] et comme prendre haleine de l'acculement où j'avais réduit son incomparable fausseté, SAINT-SIMON511, 5Acculer.
(a-ku-lé)v. a.
Pousser dans un accul. Les chiens avaient acculé le sanglier. Le prince d'Orange se retrancha à la hâte [à l'abbaye de Pure] et se repentit bien de s'y être laissé acculer si promptement, SAINT-SIMON11, 126Fig. Acculer quelqu'un, le mettre dans l'impossibilité de répondre, d'agir.S'acculer, S'adosser. Poursuivi par quatre hommes, il s'accula contre la muraille et se défendit.En termes de manége, le cheval s'accule lorsque, arrivé sur ses voltes, il marche de côté en rapprochant sa croupe du centre ; lorsqu'il recule vers un obstacle et y reste fixé contre la volonté du cavalier ; ou encore lorsqu'il se jette brusquement sur les jarrets au moment où on l'arrête.Dans les premières éditions de son dictionnaire, l'Académie tolérait l'expression d'acculer ses souliers ; mais les dernières ne permettent plus que le verbe éculer. Acculer s'est dit autrefois en ce sens (voy. l'historique).XIII. s. Or donc, Bernart, qui fors rains as, Va, si t'accule à cel huiset, Et si l'entr'ovre un petitet, Ren. 13345XVIe s. ....où se sied et accule, Et là, seant, en toute pars specule, MAROTIV, 48Il se veaultroyt par les fanges, acculoyt [mettait à cu, éculait] ses souliers, RAB.Garg. I, 11De sa lance, rompoyt ung huis, enfonceoyt ung harnois, aculoit une arbre, RAB.Garg. I, 23Où Dragut se voyant aculé et amusant les chrestiens de quelque petit fort...., D'AUB.Hist. I, 39Accul.
(a-ku-lé, lée)part. passé.
Mis dans un accul, au propre et au figuré. Le renard acculé. Cet homme acculé et ne sachant plus que dire. La comtesse de Roucy me répondit, acculée et dans l'excès de sa colère, qu'enfin Praslin était lieutenant général, et que son mari ne l'était pas, SAINT-SIMON104, 107En termes de blason, se dit du cheval et du lion quand ils sont cabrés, et de deux canons placés sur leurs affûts, et dont les culasses sont opposées l'une à l'autre.
(a-ku-lée)s. f.
Action d'un navire qui frappe la mer avec sa poupe.
(a-ku-mu-la-teur, tri-s')s. m. et f.
Celui, celle qui accumule.Accumuler.ACCUMULATEUR. Ajoutez :Engin propre à accumuler la force.Accumulateurs et presses hydrauliques, Journ. offic. 9 sept. 1876, p. 6855, 1re col.
(a-ku-mu-la-sion)s. f.
Action d'accumuler, résultat de cette action. L'accumulation de la population.En jurisprudence, accumulation de droit, augmentation de droit sur quelque chose.Fig. Accumulation de preuves. Faire une accumulation de mots. L'accumulation, figure de rhétorique.Accumulatio, de accumulare, accumuler.
(a-ku-mu-lé)v. a.
Mettre ensemble, entasser. Accumuler de la terre au pied des arbres. Il accumule chez lui tant de trésors. Sa race accumulant d'immenses héritages, VOLT.Tanc. I, 1D'autres n'ont garde d'abandonner un bénéfice qu'ils possèdent ; il est dans leurs mains, mais leurs mains ne sont pas remplies ; que leur faut-il donc ? Accumuler bénéfices sur bénéfices, BOURD.Pensées, t. II, p. 360, amasser des richesses. Il ne songe qu'à accumuler. Fureur d'accumuler, monstre de qui les yeux Regardent comme un point tous les bienfaits des dieux, LA FONT.Fab. VIII, 27D'autres, accumulant pour enfouir encor, Recueillent dans la fange une poussière d'or, LAMART.Harm. IV, 11Fig. Au sens moral. Accumuler les honneurs sur la tête de quelqu'un. Accumuler faute sur faute. Si je multipliais tout cela, si je le redoublais, si je l'accumulais sans mesure, après y avoir épuisé toutes les puissances de mon âme, BOURD.Pensées, t. I, p. 29D'où il s'ensuit qu'ayant toujours jusqu'à présent accumulé péché sur péché, je n'ai fait, dans tout le cours de mes années, qu'accumuler dettes sur dettes, BOURD.ib. t. II, p. 79Je l'ai vu contre vous accumuler les crimes, VOLT.Mér. III, 5Quels maux sont en ces lieux accumulés sur moi ?, VOLT.Mér. III, 1S'accumuler, Devenir accumulé. Les denrées s'accumulent dans les magasins. Les honneurs s'accumulent sur sa tête. Les dettes s'accumulaient. Les prospérités qui s'accumulent sur vous.Provenç. acomolar ; espagn. acumular ; ital. accumulare ; de accumulare, de ad, à, et cumulare, combler (voy. ce mot).ACCUMULER. Ajoutez : - HIST. XIVe s. Accumulant mals aus mals (1339), VARINArch. admin. de la ville de Reims, t. II, 2e part. p. 817XVIe s.Grosses richesses ainsi accumulées de tant de diverses sortes et manieres, Archives de Besançon, dans Rev. histor. t. I, p. 128 (1534)
(a-ku-mu-lé, lée)part. passé.
Terre accumulée. Trésors accumulés depuis des siècles.Fig. Arguments accumulés. Les maux accumulés sur sa tête.
(a-ku-za-bl')adj.
Qui mérite d'être accusé, qui peut être accusé. Suis-je accusable encor du meurtre de Gustave ?, PIRONGust. Wasa, IV, 6XVIe s. Les troisiemes sont accusables et punissables, CHARRONSagesse, I, 15Accusabilis, de accusare, accuser (voy. ce mot).
(a-ku-za-teur, tri-s')
Celui, celle qui accuse en justice. L'accusateur public. Se porter pour accusateur. Susciter un accusateur. Le père le plus tendre est son accusateur, VOLT.Tancr. IV, 2Les deux accusateurs que lui-même a produits...., CORN.Nic. III, 8A votre accusateur que pourrai-je répondre ?, RAC.Ph. III, 3Pourquoi, par quel caprice Laissez-vous le champ libre à votre accusatrice ?, RAC.Phèd. V, 1.... on cabale, on suscite Accusateurs et gens grevés par ses arrêts. De nos biens, disent-ils, il s'est fait un palais, LA FONT.Fab. X, 10Tout peut se réparer : qu'un peuple accusateur Du forfait qu'il condamne ose nommer l'auteur, LANCIVALHect. IV, 6Accusator, de accusare, accuser.ACCUSATEUR, DÉNONCIATEUR, DÉLATEUR. Celui qui informe l'autorité qu'un tel a commis une action coupable. L'accusateur non-seulement dénonce, mais poursuit celui qu'il accuse. Le dénonciateur révèle un fait, le rend public, le défère à l'autorité : il ne se cache pas. Dans les troubles publics, les voisins sont souvent les dénonciateurs les uns des autres. Le dénonciateur est, suivant les motifs qui l'animent, à louer ou à blâmer. Le délateur fait toujours un métier odieux ; il se cache ; ses rapports sont secrets ; il cherche d'ordinaire ou à nuire à l'objet de ses délations, ou à flatter les passions de celui à qui il les fait.XIIIe s. Comme accuseür contre celi à qui on met sus le cas de crieme, BEAUMANOIRVI, 12XIVe s. Et li accuseur aura cinq sols, Ordonn. des R. de Fr. 1313, t. I, p. 521Provenç. acuzaire, acusador ; ital. accusatore ; de accusator, de accusare (voy. ACCUSER). Accusator, acc. accusatorem, a donné au nominatif, avec l'accent sur l'a, en provençal acuzaire, et dans l'ancien français aurait donné acusere, toutefois ici sans exemple ; et au régime, avec l'accent sur l'o, en provençal acusador, et en français acuseor, acuseür et les formes italiennes et espagnoles. Accuseür au sujet, comme dans l'exemple de l'historique, serait une faute, si le XIVe siècle ne commençait pas à perdre la distinction du cas sujet et du cas régime. Quant à accusateur, il a été refait directement sur le latin : la forme française d'origine serait accuseur.
(a-ku-za-tif)s. m.
Terme de grammaire. Cas, dans les langues où les noms se déclinent, qui sert principalement à indiquer le régime direct des verbes actifs ou transitifs, et celui de certaines prépositions. C'est par abus de terme qu'on a nommé en français accusatif le complément direct d'un verbe actif. En français, le régime appelle aussitôt un accusatif qui ne peut se déplacer, FÉN.XXI, 192XVe s. Quant rencontré a un accusatif, CH. D'ORL.Rond. 68Accusativus, de accusare, accuser ; provenç. acusatiu ; espagn. acusativo ; ital. accusativo
(a-ku-za-sion ; en poésie, de cinq syllabes)s. f.
Action en justice par laquelle on accuse quelqu'un. Les chefs d'accusation. Accusation d'empoisonnement. Intenter une accusation contre quelqu'un. Dresser une accusation. Par son éloquence, l'avocat ruina l'accusation. Il se lava de l'accusation de péculat. Il défendit aux tribunaux d'admettre les accusations de fourberie. L'accusation qu'il suscita contre cet ecclésiastique, PASC.Prov. 16Toute espèce de reproche, d'imputation. Ne prêtons pas l'oreille aux accusations. Il fut indisposé contre moi par des accusations mal fondées. Former des accusations contre quelqu'un, BOILEAUSat. XII, avertiss.Au sens passif, l'accusation de quelqu'un, l'accusation dont il est l'objet. Encore que ses accusations soient incessamment aux oreilles de V. M...., PELLISSONII, 161Action de révéler, de confesser. Nous entendons tous les jours des pécheurs qui mêlent à l'accusation de leurs fautes les maximes du siècle et le langage des passions, MASS.Carême, Confession.XIIIe s. Verités est que toutes accusations de foy, à savoir mon qui croit bien en le [la] foy et qui non, la conoissance en appartient à sainte Eglise, BEAUMANOIRII, 2XVIe s. Le peuple ayant mis en justice d'accusation capitale ses capitaines, MONT.I, 3Provenç. accusation ; espagn. acusacion ; ital. accusazione ; de accusatio, de accusare, accuser. Dans l'ancien français, on ne se servait guère que d'accusement dont les exemples abondent. Accusement a été employé jusque dans le XVIe s. : Le riche dessous toy ne craint point que son bien Par faux accusement ne demeure plus sien, RONS.857 Quant à accusation cité plus haut de Beaumanoir, c'est une forme faite directement sur le latin et non un mot d'origine. La forme d'origine eût été acusaison, comme raison, oraison, etc.
(a-ku-za-toi-r')adj.
Qui a le caractère de l'accusation devant un tribunal.Dans les formes de la procédure pénale, il y a deux systèmes : le système accusatoire et le système inquisitorial.... jusqu'au XIIe siècle, le système accusatoire a été seul pratiqué, Journ. offic. 14 mai 1870, p. 805, 2e col.
(a-ku-sé)v. a.
Imputer un crime à quelqu'un. Il fut accusé de brigue, de violence. Accuser quelqu'un d'un crime capital. On l'accusa d'avoir fui du combat. Socrate fut accusé de nier les dieux que le peuple adorait. Pour vous justifier du crime dont ma raison vous accusait...., MOL.Fest. de Pierre, I, 3Je n'accuse personne et vous tiens innocent, CORN.Rod. V, 4Ce n'est pas qu'après tout tu doives épouser Celui qu'un père mort t'obligeait d'accuser, CORN.Cid, IV, 2D'un amour criminel Phèdre accuse Hippolyte, RAC.Phèd. IV, 2Je le crois criminel, puisque vous l'accusez, RAC.ib. V, 7Dans le droit criminel actuel, poursuivre, en vertu d'un arrêt de la chambre des mises en accusation, une personne devant la cour d'assises.Accuser un acte faux, soutenir qu'un acte est faux.Cette locution a vieilli. On dit présentement, arguer un acte de faux.En général, imputer, reprocher. Tu pouvais, pour toi, m'accuser de froideur, MOL.l'Étour. I, 6Il l'avait accusé de discours médisants, MOL.ib. III, 5Quand vous devez la vie aux soins de ce grand homme, Vous osez l'accuser d'avoir trop fait pour Rome, VOLT.Catil. V, 1Ah ! si nous périssons, n'en accusez que vous, RAC.Baj. II, 3La vie n'était pour lui qu'un esclavage et une triste captivité ; et sans en accuser la Providence ni s'en plaindre...., BOURD.Pensées, t. I, p. 45Gourmander, blâmer. D'Egmont.... De l'incertain Mayenne accusait la lenteur, VOLT.Henr. VIIIMais avec quel courroux, avec quelle tendresse Mahomet de mes sens accusa la faiblesse !, VOLT.Fanat. IV, 3Contre l'effort des vents ces myrtes sans appuis Accusent notre indifférence, C. DELAV.Paria, II, 5N'accuse point mon sort ; c'est toi seul qui l'as fait, CORN.Cinna, III, 4Par des ambassadeurs accuser ma paresse, RAC.Mithr. III, 1Où donc est ce grand coeur dont tantôt l'allégresse Semblait du jour trop long accuser la paresse ?, BOILEAULutr. II.... En vain de ton départ Les tiens impatients accusent le retard, DELILLEÉnéide, IIIEn parlant des choses, servir de preuve, d'indice. Le fait même l'accuse. Devant les dieux vengeurs, mon désespoir m'accuse, VOLT.Sémir. I, 5Voyons qui son amour accusera des deux, RAC.Mithr. III, 4Et son silence même accusant sa noblesse Nous dit qu'elle nous cache une illustre princesse, RAC.Iph. I, 2Caché sous des lambeaux, un reste de richesse Semble encor de son rang accuser la noblesse, DUCISLear, II, 2À certains jeux de cartes, accuser son jeu, en faire connaître ce que les règles veulent qu'on déclare.Accuser juste, accuser faux, être exact, inexact dans son récit. Chamillart convenait que Catinat accusait vrai en tout et partout, SAINT-SIMON105, 120La renommée accuse juste en contant ce que vous valez, MOL.Préc. 10Accuser une douleur, accuser son âge, dire qu'on sent une douleur, qu'on a tel âge.10°Accuser la réception ou accuser réception d'une lettre, d'un paquet. M. Plet ne nous accusa ni la réception de cette lettre ni celle d'un assez gros paquet que je lui avais adressé, VOLT.Lettr. Prusse, 35Je n'ai de temps que pour en accuser la réception, BOSSUETLettr. Quiét. 190La plupart commencent par accuser la réception de ma lettre, SÉV.24311°En termes de peinture, faire sortir certaines parties qui sont recouvertes par quelque enveloppe. Accuser les muscles, les os.12°S'accuser, Se dire coupable. Il s'accuse d'homicide. S'accuser d'une faute, de sa crédulité. Elle s'accusait de ralentir ma marche. Vientelle s'accuser et se perdre elle-même ?, RAC.Ph. III, 6Votre coeur s'accusait de trop de cruauté, RAC.Brit. IV, 3Je m'accuse, moi-même, d'en avoir trop entendu, MOL.Festin de pierre, I, 3Je me suis accusé de trop de violence, CORN.Cid, III, 413°S'accuser, déclarer ses péchés au prêtre dans la confession. S'accuser d'avoir rompu le jeûne.Régnier a dit : Un rêveur m'accuse Que je ne suis pas net.... Sat. II. Cette tournure est insolite, et l'on dit d'habitude de avec l'infinitif : De n'être pas net. Cependant elle n'a rien qui soit fautif en soi.XIIe s. S'aucuns est acuseis qu'il ait aucun ochis...., TAILLIARRecueil, p. 491Et feissent deux homes avant venir, qui Naboth acusassent et sur lui testemoniassent que il out mesparlé de Deu meïme et del rei, Rois, 331XIIIe s. Cil cui je n'avoie riens mesfait, m'acusoient, Psautier, f. 48Par iceste maniere bien nous acuserons [nous prouverons notre fait], Berte, 23Qui est accusé de cas de crieme, il ne se puet defendre par procureur, BEAUMANOIR80En cas de crieme dont on pot perdre vie ou membre, li acusés n'est pas tenus à jurer, se li cas n'est de gages, BEAUMANOIRXX, 9Li mariages fu après acusés, et fu depeciés [cassé], et fut tenu por malvès, BEAUMANOIRXVIII, 18Tretout ansinc vous dis pour voir [vrai] Que li cristal, sans decevoir, Tout l'estre du vergier accusent à ceux qui dedans l'iaue musent, la Rose, 1569XIVe s. Et encore eüst on tout occis et tué, S'il n'eüssent nommé l'englois et accusé Qui les armes pendi de Bertran l'aduré, Guesclin, 19767Dame, dist Galerans, jà n'aie je pardon, Se je vous en accuse par nulle entention, Baud. de Seb. II, 90XVIe s. Ils ne nous accusoient [dénonçaient] jamais aux ennemys, CARLOIXV, 6Ceux qui accusent les hommes de...., MONT.I, 11Les vieux du Senat accuserent [blâmèrent] cette pratique, MONT.I, 23Les mesmes paroles qui accusent [indiquent] ma maladie, MONT.I, 34Provenç accusar ; espagn. acusar ; ital. accusare ; de accusare, de ad, à, et d'un radical sur lequel on a varié. Priscien dit que ce radical est cusare, fréquentatif de cudere, qui veut dire forger. Mais il est plus vraisemblable de le rattacher à causa, cause (voy. ce mot). Ce qui ajoute quelque probabilité à cette étymologie, c'est que Bède dit que accusare s'est aussi écrit avec deux ss, orthographe qui est aussi celle de causa, caussa.ACCUSER. - REM. Ajoutez :2. Accuser réception a été créé par Balzac, d'après GÉNIN, Variat. p. 315.
(a-ku-zé, zée)
. Accusé d'un crime. Accusé d'aspirer au trône. Les vents, les mêmes vents si longtemps accusés Ne te couvriront pas de ses vaisseaux brisés ?, RAC.Iph. V, 4Un homme, justement accusé d'adultère, vint lui demander s'il lui était permis de se justifier par serment, FÉN.Philosophes, Thalès.Selon vous, on est coupable dès qu'on est accusé ; un soupçon mérite la mort, FÉN.Tél. XXAccusé, accusée, et f. Celui, celle qui est accusé en justice. C'est lui qui est l'accusé. Se consacrer à la défense des accusés. Qui fonde vos soupçons ? de vains cris ? de faux bruits ? Quels sont les accusés ? ..., M. J. CHÉN.Charles IX, IV, 4Dieu, jugez entre nous ; Les accusés tremblants sont ici devant vous, DUCISLear, III, 8Accusé de réception, mot d'écrit par lequel on reconnaît avoir reçu une lettre, un paquet.
(a-ksê ; l's se lie)s. m.
Arrivée à, entrée dans. Lieux d'un difficile accès. Comme personne n'avait accès dans le temple. Pour ne laisser aucun accès aux abeilles. Si on ne laissait aucun accès à l'air. Les verres de télescopes, qui avaient été sa première occupation, lui donnèrent beaucoup d'accès à l'Observatoire, FONTEN.Hartsoëker.Les sables et les bancs cachés dessous les eaux Rendent l'accès mal sûr à de plus grands vaisseaux, CORN.Mort de P. II, 2La montée était torte et de fâcheux accès, RÉGNIERSat. IINous avons accès à l'autel de sa miséricorde, BOSSUET3 Purif.Et depuis quand, Seigneur, entre-t-on dans ces lieux, Dont l'accès même était interdit à nos yeux, RAC.Baj. I, 1De ce triste chemin, route affreuse, homicide, Un voyageur osa me disputer l'accès, VOLT.Oed. III, 4De ce dépôt sacré, tu sais quel est l'asile ; Tu n'es point observé ; l'accès t'en est facile, VOLT.Orphel. I, 6Quelque accès m'est ouvert en ce séjour sacré, VOLT.Sémir. I, 1Non, plus d'accès Aux procès ; Vidons, joyeux Français, Nos caves renommées, BÉRANGERGr. org.Entrée auprès de quelqu'un pour le voir, pour l'entretenir. Soyez d'un facile accès. Avoir accès auprès du ministre. Donner accès à quelqu'un. Ils étaient du nombre de ces petits à qui Jésus-Christ donnait un accès si facile auprès de sa personne, BOURD.Pensées, t. I, p. 425C'est la paix qui chez vous me donne un libre accès, CORN.Hor. I, 4J'aurai déjà gagné chez elle quelque accès, CORN.Ment. I, 6L'amant Eut à la fin accès chez sa maîtresse, LA FONT.Rem.Il me fermera tout accès auprès d'elle, MOL.Sic. 5Toute sorte d'accès m'est fermé auprès d'elle, ID.Médecin malgré lui, II, 9Leur donnant un libre accès auprès de lui, BOSSUETHist. I, 10Il est rare qu'elle ait accès auprès du trône, MASS.Obst.Ceux qui ont accès auprès des rois, FLÉCH.Mont.Leurs yeux [des gens que leur fortune aveugle], leur démarche, leur ton de voix et leur accès marquent longtemps en eux l'admiration où ils sont d'eux-mêmes, LA BRUY.11Fig. La pitié eut accès dans son âme. Donner accès à l'amitié. Un accès plus facile aux honneurs. Le peuple aurait accès aux premières dignités. Laisser peu d'accès à la vérité. La colère ne trouve pas d'accès dans l'âme du sage. La brigue n'aura pas d'accès dans son palais. Pour trouver de l'accès dans le coeur des femmes, HAM.Gram. 6Tes discours trouveront plus d'accès que les miens, RAC.Phèd. III, 1Mais peut-être ma voix, la voix de l'innocence, Trouvera dans les coeurs plus d'accès qu'on ne pense, BRIFF.Ninus II, I, 10Ouvrez-moi, m'a-t-il dit, un accès dans son coeur, C. DELAV.V, Sicil. I, 5Invasion périodique ou non d'accidents morbides. Accès de folie. Accès de goutte. Les accès réguliers d'une fièvre intermittente. Il est justement arrivé le jour de mon accès. M. de Pâris a eu quelques accès de fièvre tierce, BOSSUETLettr. quiét. 367Elle a eu trois accès marqués de fièvre quarte, SÉV.322Fig. Invasion passagère de certains mouvements de l'âme. Dans un accès de fureur. Il a des accès de libéralité. J'ai ressenti de nouveaux accès de joie à toutes les lettres, PASC.Prov. ICe fer si près de moi sur l'édit de Narsès De ma juste frayeur renouvelle l'accès, ROTROUBél. II, 9Je vois de vos chagrins les funestes accès, VOLT.Adél. II, 7C'est toi seul que je plains, intraitable rimeur ; Ta mère te conçut dans un accès d'humeur, GILBERTApol.En droit canon, au conclave, lors de l'élection d'un pape, ballottage qui se fait entre les cardinaux proposés au scrutin, sans qu'aucun ait réuni le nombre nécessaire de voix, et qui a pour conclusion l'accession de la pluralité des voix à un des noms. L'accès est ainsi nommé, parce que la formule est accedo domino.... Je me joins à....Il fut fait pape à l'accès, Acad.Faculté de posséder un bénéfice vacant par l'incompétence d'âge ou par la mort du titulaire.XVe s. Un poure accès de fievre l'homme efface, Ou aage viel qui est determiné, E. DESCHAMPSProfiter de la jeunesse.Le dit legat se partit de Paris et s'en ala au pays de Picardie et de Flandres, cuidant avoir leur acceps d'entrer au dit pays, JEAN DE TROYESChron. 1480XVIe s. L'accès que la fortune m'a donné aux chefs des divers partis, MONT.I, 103Feu de fiebvre, subject à accez et remises, MONT.I, 209Ces trois choses n'ont nul accez prez de Dieu, MONT.II, 226Qui me deffendroit l'accez de quelque coing des Indes, je...., MONT.IV, 242Accessus, de accedere, approcher (voy. ACCÉDER).
(a-ksé-dé. Pour l'accent aigu ou grave sur cé, on observe la règle du verbe céder. Il ne se conjugue qu'avec l'auxiliaire avoir : j'ai accédé)v. n.
Entrer dans des engagements déjà contractés par d'autres, donner son assentiment à. Cette puissance accède au traité déjà conclu. J'accède à votre proposition. Accéder aux désirs de quelqu'un. Il accéda enfin au parti qu'on lui fit comprendre devoir être incessamment le plus fort.Accedere, de ad, à, et cedere, aller (voy. CÉDER).
(a-ksé-lé-ra-teur, tri-s')adj.
En physique, force accélératrice, celle qui, continuant d'agir sur un corps mobile après son départ, lui communique à chaque instant une nouvelle vitesse. Le rapport de la vitesse acquise au temps, est constant pour une même force accélératrice ; il augmente ou diminue, suivant que ces forces sont plus ou moins grandes ; il peut donc servir à les exprimer, LA PLACEExp. III, 2En anatomie, muscle accélérateur, muscle qui accélère une évacuation.Il ne se met qu'après le substantif : Muscles accélérateurs, force accélératrice.Accélérer.ACCÉLÉRATEUR. Ajoutez : - REM. La pesanteur est une force accélératrice pour un corps qui tombe, et une force retardatrice pour un corps lancé de bas en haut, pendant tout le temps qu'il s'élève. L'expression de force accélératrice a comporté différentes acceptions, ainsi que le montrent les définitions suivantes : - Trabauld : Quand une puissance qui s'applique à un corps produit le mouvement par une seule impulsion, le mouvement est uniforme dans sa durée, et la puissance est appelée simplement motrice ou force instantanée ; quand la puissance renouvelle son action, elle est appelée force accélératrice. - D'Alembert : On entend par le mot de force accélératrice la quantité à laquelle l'accroissement de la vitesse est proportionnel. - Laplace : Le rapport de la vitesse acquise au temps est constant pour une même force accélératrice ; il augmente ou diminue, suivant qu'elles sont plus ou moins grandes ; il peut donc servir à les exprimer. - Lagrange : La force accélératrice est représentée par l'élément de la vitesse divisé par l'élément du temps. Le produit de la masse et de la force accélératrice exprime la force élémentaire ou naissante. - La force accélératrice de Trabauld est ce qu'on nomme actuellement une force continue ; celle de Laplace, une force constante ; celle de Lagrange, c'est l'accélération.
(a-ksé-lé-ra-sion)s. f.
Augmentation de vitesse. L'accélération du mouvement dans la chute des corps graves.En médecine, accélération du pouls, accélération de la respiration se dit quand, dans un temps donné, il y a plus de pulsations ou de respirations qu'en état de santé.Prompte exécution, prompte expédition. L'accélération des travaux, d'une affaire, d'un jugement.Accélérer.ACCÉLÉRATION. Ajoutez :Terme de mécanique. Dans le mouvement d'un corps soumis à l'action d'une force constante, l'accélération est la quantité dont la vitesse du corps s'accroît par chaque unité de temps. L'accélération des graves est de 9m, 809, c'est-à-dire qu'après chaque seconde la vitesse d'un corps qui tombe librement dans le vide est augmentée de 9m, 809.Dans un mouvement varié quelconque, l'accélération moyenne correspondant à un intervalle de temps déterminé est l'accélération du mouvement uniformément accéléré dans lequel le mobile recevrait le même accroissement de vitesse pendant le temps considéré.L'accélération instantanée ou à un instant donné est celle que posséderait ce mobile, si, à cet instant, la force motrice dont il est animé restait constante.Dans le mouvement curviligne, l'accélération normale, tangentielle, est l'accélération dirigée suivant la normale, la tangente.En astronomie, accélération diurne des étoiles, quantité dont leurs levers et couchers avancent chaque jour, ainsi que leur passage au méridien.
(a-ksé-lé-ré. L'accent sur la syllabe lé est aigu ou grave, suivant la règle qui est observée pour le verbe céder)v. a.
Augmenter la célérité, rendre plus rapide, plus prompt. La pesanteur d'un corps qui tombe en accélère le mouvement. Il voulait qu'on accélérât la marche des troupes. Il accélérait sa mort par des imprudences continuelles. Accélérer le pouls, la respiration. Accélérer un travail, la terminaison d'une affaire. Son fils, ce faible enfant qu'il porte entre ses bras, D'un cher et doux obstacle embarrasse ses pas, Des pas que va bientôt accélérer la joie, DUCISOscar, III, 5Quelle ardeur violente Accélère mon sang en ma tête brûlante ?, LEMERCIERCharles VI, III, 4XVIe s. Là-dessus le roi les licencia, leur commandant d'accelerer le procès, CARLOIXII, 13La tunique charnue de l'oesophage est tissue de filaments transversaux pour accelerer tant le boire et le manger que les vomissements et vents rejettés de l'estomac au dehors, PARÉII, 20Accelerare, de ad, à, et celerare, hâter (voy. CÉLÉRITÉ).
(a-ksé-lé-ré, ée)part. passé.
Marche accélérée. Respiration accélérée. Pouls accéléré. L'affaire a été accélérée par son activité.En termes militaires, pas accéléré, sorte de pas plus rapide que le pas ordinaire.Voiture accélérée, ou simplement Accélérée, et Accéléré, Voiture qui fait un trajet donné avec une vitesse plus grande qu'on ne faisait auparavant.ACCÉLÉRÉ. Ajoutez :Terme de mécanique. Un mouvement accéléré est celui dont la vitesse va en augmentant ; si la vitesse croît de quantités égales en temps égaux, autrement dit si l'accélération est constante, le mouvement est dit uniformément accéléré.
(a-san)s. m.
Terme d'anciennes coutumes. Terre ou héritage quelconque tenu à cens.À et cens.
(a-san-se-man)s. m.
Terme d'anciennes coutumes. Action de donner à cens.XIVe s. La seureté de tout le vendaige ou acensissement des dis moulins, DU CANGEaccensamentum.Acenser ; provenç, acessamen, assensament.
(a-san-se)v. a.
Terme d'anciennes coutumes. Donner à cens, c'est-à-dire sous la redevance d'une rente.XIIIe s. Il ont acensi pour els et por les oirs du roi de Navarre les maisons le roi qui sont...., DU CANGEaccensare.Et s'il avenoit que je acensesisse mon winage, DU CANGEib.XIVe s. Que toutes les revenues de la dicte ville seront acensées, DU CANGEib.XVe s. Les communes de Paris s'esmurent et armerent, et occisent tous ceux qui avoient assencé ces gabelles et ces impositions, FROISS.II, II, 137Robaut dist au suppliant qu'il se achenssast et composast par devers Jehan, DU CANGEib.Acens ; Berry, accenser ; provenç. acessar ; ital. accensare.
(a-san-seur)s. m.
Terme d'anciennes coutumes. Celui qui a pris une chose à cens, un péage notamment, et qui en perçoit le denier au nom du seigneur péager.XVIe s..... Seroit payé à mondit seigneur, à ses commis et acenseurs, MANTELLIERGloss. Paris, 1869, p. 3
(a-san-sé, sée)part. passé.
(a-ser-b')adj.
D'un goût âpre. Fruits acerbes.Fig. Sévère et dur. Des paroles acerbes. C'est un homme acerbe. Il m'écrivit sur un ton très acerbe.Acerbus. Ce mot a une parenté évidente avec acer, âcre (voy. ÂCRE), et avec tous les mots qui, formés avec le radical ac différemment varié, ont le sens de pointu et de piquant.
(a-sèr-bi-té)s. f.
Qualité de ce qui est acerbe. L'acerbité de ce fruit.Fig. L'acerbité de son langage. L'obligation de raconter le fait lui rappelle la mémoire plus vive de l'acerbité d'un événement qui...., P. L. COUR.I, 71Acerbitas, de acerbus, acerbe.ACERBITÉ. Ajoutez : - HIST. XVIe s. L'acerbité d'icelle loy contre les esclaves, BODINRépublique, I, 5
(a-sè-ssan-s')s. f.
Terme didactique.. Disposition à s'aigrir.Acescent.
(a-sè-ssan, ssant')adj.
Terme didactique.. Qui commence à devenir acide.Acescens, de acescere, devenir acide, d'un radical ac qui se trouve dans acide (voy. ACIDE).
(a-kê-n')s. m.
Voy. AKÈNE.
(a-cha-lan-da-j')s. m.
L'ensemble des chalands.Achalander.
(a-cha-lan-dé)v. a.
Achalander une boutique, y faire venir des chalands.Fig. Procurer la vogue. Il fallait bien des cérémonies, bien du temps pour achalander un oracle, VOLT.Moeurs, Oracle.S'achalander, Devenir achalandé.À et chaland.
(a-cha-lan-dé, dée)part. passé.
Qui a beaucoup de chalands. Boutique achalandée. Ce marchand est très achalandé. Il y a des artisans bien plus achalandés les uns que les autres, plus forts et plus adroits, et qui gagnent par conséquent davantage, VAUBANDîme, p. 94
(a-char-ne-man)s. m.
Action d'un animal qui s'attache opiniâtrément à la chair qu'il dévore.Fureur avec laquelle se battent des animaux ou des hommes. Combattre avec acharnement. On poursuivit l'ennemi avec acharnement.Fig. Animosité opiniâtre. L'acharnement des plaideurs. L'acharnement des guerres civiles. L'acharnement odieux du chancelier Séguier contre Fouquet.Acharner.
(a-char-né)v. a.
Donner aux chiens, aux oiseaux de proie le goût de la chair.Irriter des hommes, des animaux les uns contre les autres. Ce n'est point, madame, et ce ne peut point être votre dessein d'acharner les fidèles contre les fidèles, BALZ.Disc. à la Régente.Le premier sang versé rend sa fureur plus forte [du peuple] ; Il l'amorce, il l'acharne, il en éteint l'horreur, CORN.Nicom. V, 4Puisse leur liberté, préparant leur ruine, Acharnant les époux, les pères, les enfants...., VOLT.Scyth. V, 4Qu'allons-nous donc faire par le renvoi de la délibération ? Manquer le moment décisif, acharner notre amour-propre à changer quelque chose à un ensemble que nous n'avons pas même conçu !, MIRAB.Collection, t. II, p. 182S'acharner, Mettre fureur et opiniâtreté dans la lutte. S'acharner sur les vaincus. Ce qu'il y avait de plus grand en France s'acharnait à ce combat. On s'acharne, on combat sur le corps d'Indatire, VOLT.Scyth. IV, 7Que l'ours s'acharne peu souvent Sur un corps qui ne vit, ne meut ni ne respire, LA FONT.Fab. V, 20Ton extrême rigueur S'acharne sur mon coeur, MOL.Princ. d'Él. III, 3e interm. 2S'attacher avec opiniâtreté. Ils s'acharnent à diffamer cette harangue. Ils s'acharnaient contre le baptême des petits enfants, BOSSUETVar. IIXVe s. Et tant estoit sur eulx acharné qu'après eulx es jardins ficher se vouloit, Bouciq. II, 20XVIe s.Bertrand leur remit le coeur en disant qu'il falloit s'acharner sur la personne du baron de Mareuil, Guesclin. Mém. 8Il se verroit maistre de ces vices qui sont habituez et acharnez en luy, MONT.I, 397Qui a jamais leu d'homme si obstinement acharné envers femme, que de celui-là envers Poppée ?, MONT.IV, 382Des puissants dieux et des hommes mocqueur, Tout acharné de meurtre et de furie, Enfié d'orgueil, enflé de vanterie, RONS.652Prince né avec un esprit vif, prompt à tout, acharné à toutes sortes d'amour, D'AUB.Hist. II, 129À et chair (voy. ce mot) ; Berry, achargner ; bourguig. écharné.
(a-char-né, née)part. passé.
Attaché furieusement à sa proie, au propre et au figuré. Accusateur acharné. C'est un joueur acharné. Elles n'étaient pas moins acharnées les unes contre les autres, BOSSUETHist. II, 8D'un peuple d'assassins les troupes effrénées, Par devoir et par zèle au carnage acharnées, VOLT.Henr. IIOn dit que ces brigands aux meurtres acharnés...., VOLT.Orphel. I, 5Je courais, furieux dans ma rage homicide, Sur ses flancs acharné, dévorer un perfide, DUCISRom. IV, 5Ce n'était plus, dans cet amas confus d'hommes acharnés les uns sur les autres, que massacre, vengeance...., FÉN.Tél. XXOù il y a de l'acharnement. Un combat acharné. On fait une guerre acharnée. Haine acharnée.
(a-char)s. m. pl.
Fruits, légumes, bourgeons confits dans le vinaigre, comme nos cornichons, ou dans d'autres préparations fortement épicées ; condiment très goûté dans l'Archipel Indien, à Maurice, à la Réunion, etc.On écrit aussi achards. Les achards colorés par le safran, SIMONINVoyage à l'île de la RéunionPersan, atchar ( 2nd a long), en malais atchar, DEVIC Dict. étym.
(a-cha ; le t se lie : l'achat et la vente, dites : l'acha-t et la vente ; au pl. a-châ, rimant avec appas ; d'autres prononcent a-cha, comme au singulier ; l's se lie ; les achats et les ventes, dites : les acha-z et les ventes)s. m.
Action d'acheter. Hispal fit achat d'un château, LA FONT.Fiancée.Faites achat d'un vin qui pousse à vivre, BÉRANGERMon tombeau.La chose achetée. Je veux vous montrer mes achats.XIIIe s. Et gardés que nus qui l'achat N'i puisse faire bon achat, la Rose, 13248Ce ne puet estre que Jehans tiengne un ceval par title d'achat et par title d'emprunt, BEAUMANOIRVI, 26Je fac savoir que tous les acas...., DU CANGEaccatum.XIVe s. Les volontaires sont teles comme vendicion, achat, prest, plegerie, usage, ORESMEEth. 145XVIe s. L'achet de paradis estoit taxé à certains deniers, CALV.Inst. 522....perdit sa chalemie et son pipeau d'avaine, Qui valoient bien d'achat quatre toisons de laine, Rons. 743Voy. ACHETER.
(a-ka-t')s. m.
Fidèle compagnon. C'est son fidèle Achate.Achates, nom, dans l'Énéide, du fidèle compagnon d'Énée, et qui est devenu, dans notre langue, un nom commun.
(a-ch')s. f.
Plante ombellifère qui ressemble au persil. Le front couronné d'ache toujours verte, nous nous excitions à jouir de la vie, CHATEAUBR.Mart. 150XVIe s. Nous disons quand quelcun est bien malade et en grand danger de la vie, qu'il ne lui fault plus que l'ache, c'est à dire la sepulture, pour ce que nous avons accoustumé de couronner les sepultures des morts avec ceste herbe, AMYOTTimol. 35Apium, du grec.
(a-che-mi-ne-man)s. m.
Ce qui est voie, chemin d'une chose. Toute la vie est un acheminement vers la mort. Cela était un acheminement au consulat Ce premier crime fut un acheminement à un autre. Cette manière de vivre est un merveilleux acheminement à la passion, PASC.édit. Cous.La venue des faux prophètes semblait être un acheminement à la dernière ruine, BOSSUETHist. II, 9J'ai cru que, pourvu que nous conservassions les effets de l'histoire, toutes les circonstances [de la tragédie] ou, comme je viens de les nommer, les acheminements étaient en notre pouvoir, CORN.Ex. de Rodog.Acheminer.ACHEMINEMENT. Ajoutez : - HIST. XVIe s.N'ayant sceu ni entendu que lesdicts soldats se fussent acheminés par mon commandement et ordonnance, et que par adventure l'on ne vous aura pas à la verité fait entendre la modestie de leur acheminement, Lettres missives de Henri IV, à M. le marquis de Villars, 1571, t. I, p. 26Le bon acheminement que donnez aux affaires de par de là, ib. au maréchal de Dampville, 1576, t. I, p. 92
(a-che-mi-né)v. a.
Mettre dans le chemin, au propre et au figuré. Acheminer du blé vers le camp. La joie où vous m'acheminez...., MOL.le Dép. V, 5C'est une nouvelle qui achemine la paix, SÉV.329Il refusait d'acheminer cette affaire par des voies raisonnables, BOSSUETProjet.Au trépas Chaque moment de plaisir l'achemine, LA FONT.Mandrag.En termes de manége, acheminer un cheval, habituer un jeune cheval à marcher devant lui.S'acheminer, Se mettre en chemin, partir pour. Je n'ai point trouvé étrange de les voir arrivés où je les avais vus s'acheminer, BALZ.7e Disc. sur la cour.Le maréchal s'étant acheminé pour aller à Trèves...., SÉV.205Une troupe mutine, Maîtresse de la ville, au palais s'achemine, QUIN.Paus. V, 1Fig. Arriver à son but, à ses fins. Sa sagesse.... S'achemine à grands pas à l'empire du monde, CORN.Nic. V, 1Depuis ce coup fatal le pouvoir d'Agrippine Vers sa chute à grands pas chaque jour s'achemine, RAC.Brit. I, 1L'oeuvre de Dieu s'acheminait, BOSSUETHist. II, 5Les choses s'acheminent où nous voulons, MOL.Pourc. III, 1Il n'y a pas une ode dont le but soit plus évident et où le poëte s'y achemine plus droit, DIDER.Lettr. à Gal.Ce qui fut décidé maintenant s'examine ; Et vers nous pas à pas la raison s'achemine, M. J. CHÉN.Charles IX, II, 3On est trop heureux de n'être trompé que dans des choses médiocres ; les grandes ne laissent pas de s'acheminer ; et c'est la seule chose dont un grand homme doit être en peine, FÉN.Tél. XXIIXIe s. [Il] entre en sa veie, si s'est acheminez, Ch. de Rol. 26Vers doulce France tuit sont acheminié, ib. 53XIIe s. Ne à haut ne à bas lur conseil ne mustrerent ; Quant il virent lur aise, par nuit s'acheminerent, Th. le Mart. 50Quant il orent ensemble, tant cum voldrent, parlé, Muntent sur lur chevals et sunt acheminé, ib. 118En vers la mer se sunt nuitantre acheminé, ib. 50XIIIe s. Il issent de la ville ; es les acheminés, Ch. d'Ant. III, 588Jusques à l'endemain que sont acheminé, ib. III, 477Ysengrin s'est acheminez, Et erre tant qu'il vint à cort, Renart, 8248Lors après cele departie, Eschivant la destre partie, Vers la senestre m'achemin Por querre le plus brief chemin, la Rose, 10063Si [elle] l'a tant poursivui [le sentier] et tant acheminé...., Berte, 45Au temps que les cornoilles braient Et la froidure s'achemine...., RUTEB.II, 66XVe s. Si s'en achemina [de Dynant] vers Vennes, FROISS.I, I, 208XVIe s. Chose à quoy nature mesme nous achemine, MONT.I, 11Il s'achemina de ce pas au supplice, MONT.I, 19Mon opinion est de les acheminer tousjours aux meilleures choses et plus proufitables, MONT.I, 159[Cette chose] acheminant ainsi cette amitié que nous avons nourrie, MONT.I, 206Estant donc les Barbares acheminez en ceste intention vers Rome...., AMYOTCam. 31Ses affaires estoient jà si bien acheminez qu'il les tenoit pour achevez, AMYOTTim. 12Quand toute la monstre de son triumphe fut acheminée, luy mesme monta dessus son chariot triumphal, AMYOTMarc. 10Lucullus ne laissa point d'acheminer et haster son armée le plus tost qu'il lui fut possible, AMYOTLucull. 44Ces choses ainsi faittes, Lucullus s'achemina devers la cité de Tigranocerta, AMYOTib. 48À et cheminer ; picard, akeminer.ACHEMINER. Ajoutez :Terme de procédure. Mettre en voie de....M. V.... soutenait qu'il les avait remis [des fonds], à titre de commission, aux personnes qui avaient traité avec la société, et cela dans l'intérêt de celle-ci.... le Tribunal de commerce ne trouva pas que la preuve de cette remise fût faite, et il achemina M. V.... à la faire ; au lieu de cela, M. V.... appela du jugement devant la Cour d'appel, Gaz. des Trib. 10-11 janv. 1876, p. 35, 3e col.
(a-che-mi-né, née)part. passé.
Mis en chemin, au propre et au figuré. Convois acheminés. Du blé acheminé au marché. Une affaire bien acheminée. De nous voir en nostre navire à si bon port acheminés, MALH.III, 3Le cardinal voyant l'affaire assez acheminée pour pouvoir former le dessein de l'arrêter [M. le Prince], il résolut de prendre des mesures avec Mme de Chevreuse, LAROCH.Mém. 103Technologie. Se dit d'une glace dont on a enlevé les plus grosses aspérités.
(a-chèr-nar ou akar-nar)s. m.
Étoile brillante à l'extrémité de la constellation d'Éridan ; elle ne se lève jamais sur l'horizon de Paris.Arabe, akhir-an-nahr ( a long pour akhir), l'extrémité du fleuve.
(a-che-té ; ne prononcez pas a-je-té, ni, comme Vaugelas le défend aussi, a-jé-ter. La syllabe che est muette quand la syllabe qui suit est sonnante, et prend l'accent grave quand cette syllabe qui suit est muette ; gardez-vous donc bien de prononcer, comme font quelques personnes, ach'trai pour a-chè-te-rai, et ainsi de suite)v. a.
Acquérir une chose à prix d'argent. Acheter une maison. Les gens qui font la traite achètent des noirs sur la côte d'Afrique. Des étrangers achetèrent de quelques pêcheurs ce qu'ils allaient tirer du coup de filet qu'ils venaient de jeter dans la mer, FÉN.Philosophes, Thalès.Comme une pierre précieuse qu'on n'achète qu'en se défaisant de tout le reste et le vendant, BOURD.Pensées, t. I, p. 90Une femme de qui il achetait des herbes au marché, LA BRUY.Disc. sur Théoph.M'habiller de bonnes étoffes et me nourrir de viandes saines, et les acheter peu, LA BRUY.10Les huit ou dix mille hommes sont au souverain comme une monnaie dont il achète une place ou une victoire ; s'il fait qu'il lui en coûte moins...., LA BRUY.10. La manie d'acheter.Acheter un homme, lui donner une somme pour qu'il serve en place d'un autre à l'armée.Acheter des soldats, donner à un gouvernement étranger de l'argent pour qu'il fournisse des soldats. Dans la guerre d'Amérique, l'Angleterre acheta plusieurs régiments dans les petits États de l'Allemagne,Procurer à prix d'argent une chose qui n'est pas vénale, corrompre à prix d'argent. Acheter ses juges. Il acheta par des largesses l'attachement des soldats. Et des mêmes présents qu'il verse dans mes mains, J'achète contre lui les esprits des Romains, CORN.Cinna, I, 2Je gage, s'il naît un Voltaire, Qu'on emprunte pour l'acheter, BÉR.Poëte de Cour.Fig. Obtenir avec peine et difficulté. Acheter la bienveillance par des flatteries. Il acheta la victoire au prix du sang de ses meilleurs soldats. .... Ceux qui de leur sang m'ont acheté l'empire, CORN.Cinna, V, 1Ce que de tout mon sang je voudrais acheter, CORN.Pol. IV, 3N'achetez point si cher une gloire inutile, RAC.Alex. V, 3J'entrevois vos mépris, et juge, à vos discours, Combien j'achèterais vos superbes secours, RAC.Iph. IV, 6Nul ne leur a plus fait acheter la victoire, RAC.Mithr. V, 5Il a par trop de sang acheté leur colère, RAC.Andr. I, 1Vous achetiez sa mort avec mon hyménée, VOLT.Mér. IV, 2Que les jours de mon fils n'achètent point ses jours, VOLT.Orphel. II, 3Il achetait par ses propres périls sa réputation, FLÉCH.Mar. Th.Les plaisirs qui se font acheter par des remords, MASS.Prod.Chactas avait acheté la vertu par l'infortune, CHATEAUB.Atala, 207Si les hommes ne sont point capables d'une joie plus sensible que de connaître qu'ils sont aimés, et si les rois sont hommes, peuvent-ils jamais trop acheter le coeur de leurs peuples ?, LA BRUY.10Fallût-il donc l'acheter [le salut] par les mêmes supplices, par les mêmes sacrifices [que les martyrs], nous y devons être disposés, BOURD.Pensées, t. I, p. 98Qu'est-ce après tout que ce retour ? et, si j'ose le dire, doit-il être d'un grand mérite devant Dieu, lorsqu'on le lui a fait acheter si cher ?, BOURD.ib. p. 283S'acheter, Être vénal. C'est un bien qui ne s'achète pas.Proverbe. Qui bon l'achète, bon le boit, se dit du vin et en général de toute marchandise.ACHETER à, ACHETER DE. À quel marchand avez-vous acheté cela, ou de quel marchand ? Le premier est plus usité dans le langage ordinaire ; mais voici toute la différence. D'après Lafaye, on dira le premier quand on voudra aller trouver le marchand pour acheter un objet semblable, et le second quand on aura seulement l'intention d'indiquer la provenance : à désignant vers qui l'on est allé, à qui l'on s'est adressé, et de désignant de qui on tient la chose achetée. Mais l'usage confond tout à fait ces deux emplois. Et en effet, soit qu'on achète à, soit qu'on achète de, il faut toujours aller à celui qui vend.Je me suis acheté un manchon, c'est-à-dire j'ai acheté un manchon pour moi, est une locution qui peut se dire, puisqu'il n'y a aucune amphibologie. Mais déjà l'amphibologie commence si l'on met : On m'a acheté un manchon, qui peut signifier : on a acheté pour moi, ou de moi, un manchon. On peut voir au n° 5 que Corneille s'en est servi ; mais elle mérite beaucoup d'attention, pour qu'il n'y ait pas d'équivoque. Le danger de l'amphibologie augmente dans une phrase comme celle-ci qu'on entend tous les jours et qui est en effet dans le dictionnaire de l'Académie : J'ai acheté une montre à mon fils, avec le sens de pour mon fils ; mais qui peut aussi signifier : J'ai acheté de mon fils une montre, il m'a vendu une montre. On prendra donc bien garde, en s'en servant, à l'amphibologie ; et, en tout cas, on remarquera qu'ici l'emploi de à au lieu de pour est du parler vulgaire et négligé.XIe s. E il ait testimoines que il l'achatad al marchied le rei, L. de Guill. 25XIIe s. Respundi li reis : n'iert pas issi [ce ne sera pas ainsi] ; mais jo l'achaterai à tei, Rois, 219Qui l' pourra prendre moult m'aura achaté [m'aura rendu un grand service], Roncisv. p. 183Si en [par largesse] puet l'on acheter L'amour au roi de Paradis [de Dieu], LE COMTE DE BRET.Romanc. p. 162XIIIe s. Jà n'i verrez joiel, tant soit de chere vente, Que je ne vous achate, Berte, 111La paour que [elle] a eüe, [vous] eüssiez achetée [payée cher], ib. 115Voirs est se je demande aucun heritage, por ce que je di que je l'acetai, et li defenderes met resons encontre...., BEAUMANOIRVII, 7Ençois [plutôt] voulons soffrir martire Et travail por nos amender Et por Dame Deu achater, Ren. 13246XVe s. Si achapterent le chasteau des Anglois ceux de Bayonne quatre mille francs, FROISS.II, II, 39XVIe s. Il en achapte force mestayryes, force granges...., RAB.Pant. IV, Nouv. Prol.Les Acheens les retirerent et achepterent tous à cinquante escus par teste, AMYOTFlam. 28Picard et norm. acater ; bourguig. echetai ; provenç. acaptar, prendre à redevance ; anc. espagn. acaptar ; anc. portug. achatar ; bas-lat. accapitare. Diez le tire de ad-captare ; mais la forme accapitare ne le permet pas. Le mot vient de ad, à, et caput, tête (voy. CAPITAL), et signifie prendre pour chef, prendre à bail, à redevance, acheter. C'est ainsi que capital est devenu cheptel, qui signifie toute espèce d'avoir, en ancien français, chetel ou catel.
(a-che-teur, teû-z')s. m. et f.
Celui qui achète. L'empire trouva un acheteur, BOSSUETHist. I, 10Son livre, aimé du ciel et chéri des lecteurs, Est souvent chez Barbin entouré d'acheteurs, BOILEAUA. P. ICelui ou celle qui a la manie d'acheter. C'est un grand acheteur, c'est une grande acheteuse.XIIIe s. Se il vent cel uzage à grengneur personne, estimations doit estre fete à l'aceteur, selonc ce que li venderes en pooit uzer, BEAUMANOIRXXIV, 18L'avoir, le pris a li vendierres, Si que tout pert li achatierres, la Rose, 10833XVe s. Les acatours des prises, DU CANGEaccatum.XVIe s. Et pourtant parloit il lui mesme à part aux achepteurs qui mettoient à l'enchere, AMYOTC. d'Ut. 48Acheter.
(a-che-té, tée)p. passé.
Acquis à prix d'argent. Des noirs achetés à la côte d'Afrique. Je gouverne l'empire où je fus acheté, RAC.Esth. II, 1Gagné par corruption. Applaudissements achetés. Un témoin acheté. Retourner à l'armée ! Ah ! sachez que la reine La sème d'assassins achetés par sa haine, CORN.Nic. I, 1Obtenu avec peine. Récompense achetée au prix d'un grand travail. L'honneur d'un si beau choix serait trop acheté...., CORN.Hor. II, 8Ce reste malheureux [de vie] serait trop acheté, S'il faut le conserver par une lâcheté, RAC.Baj. II, 3Au prix du déshonneur quelques heures de plus Lui sembleraient trop achetées, A. CHÉN.200[Pierre le Grand] remportant avec lui la science de la construction des vaisseaux, acquise en moins de deux ans, parce qu'il l'avait acquise par lui-même, et achetée courageusement par une espèce d'abdication de la dignité royale, FONTENELLECzar Pierre.Il est si ordinaire à l'homme de n'être pas heureux, et si essentiel à tout ce qui est un bien d'être acheté par mille peines, qu'une affaire qui se rend facile devient suspecte, LA BRUY.11
(a-che-va-j')s. m.
Dernière façon qu'on donne à une poterie moulée.ACHEVAGE. Ajoutez :Il se dit aussi d'autres produits manufacturés, par exemple, des armes.
(a-che-va-lé)v. a. et n.
Terme de guerre. Mettre à cheval sur, être à cheval sur un fleuve, une rivière, en occuper les deux rives.
(a-che-van, van-t')adj.
Les esprits qui entreprennent sont communs ; les esprits achevants ne le sont pas.
(a-che-vé. La syllabe che est muette quand la syllabe qui suit est sonnante ; elle prend l'accent grave quand la syllabe qui suit est muette)v. a.
Mener à terme. Achevons notre entretien. César acheva de subjuguer la Gaule. Quelques-uns achèvent de se corrompre par de longs voyages, et perdent le peu de religion qui leur restait, LA BRUY.16Achevez de vous convaincre par cette méthode d'étudier, que c'est la paresse des hommes qui...., LA BRUY.14Voici ce qui glacera le coeur, ce qui achèvera d'éteindre la voix, ce qui répandra la frayeur dans toutes les veines...., BOSSUETAnne.Rendre complet. Et ce qui achève notre impuissance à connaître les choses, PASC.édit. Cousin.Laisse-les, je te prie, achever leur repas, LA FONT.Fab. XII, 13Il fixa l'année à 365 jours et borna chaque mois à 30 jours ; à la fin de chaque douzaine de mois il ajoutait cinq jours pour achever l'année, FÉN.Thalès.Puisqu'en un même jour l'ardeur d'un même zèle Achève le destin de son amant et d'elle, CORN.Hor. V, 3.... dis-lui que je cours achever sa vengeance, CORN.Pomp. V, 1Comme si je vivais, achevez l'hyménée, CORN.Hor. II, 4.... laissons-les sans nous achever leurs querelles, CORN.Rod. III, 5Arrêtez, n'achevez pas ce souhait étrange, MOL.Princ. d'Élide, II, 1Je voulais que ton zèle achevât en secret De confondre un amour qui se tait à regret, RAC.Bérén. II, 2L'amour achèverait de sortir de mon coeur, RAC.Andr. I, 1Je tremble qu'Athalie, à ne vous rien cacher, N'achève enfin sur vous ses vengeances funestes, RAC.Ath. I, 1Heureux si, sur son temple achevant ma vengeance, Je puis convaincre enfin sa haine d'impuissance, RAC.ib. III, 3Rigoureuse fortune, achève ton courroux, RAC.Théb. V, 3Le dessein en est pris, je le veux achever, RAC.Andr. III, 1Vérité que j'implore, achève de descendre, RAC.Esth. III, 4Ma vengeance s'étonne et craint d'être achevée, QUINAULTAgripp. V, 2On croit faire grâce à des malheureux quand on n'achève pas de les opprimer, FLÉCH.dans GIR. DUVIVIERAh ! Madame, empêchez qu'on n'achève le crime, VOLT.Mér. III, 4Il vit pour achever le malheur de Zamore, VOLT.Alz. V, 4J'ai tout Calot hormis une seule estampe, qui n'est pas, à la vérité, de ses bons ouvrages ; au contraire, c'est une des moindres, mais qui achèverait Calot, LA BRUY.43. Parle, achève, ô mon Dieu ! Ce sont là de tes coups, VOLT.Zaïre, II, 3Heureux si sa fureur, qui me prive de toi, Se fait bientôt connaître en achevant sur moi !, CORN.Rod. V, 4Venir au terme de